Les Tchèques changent de carrure

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La Royal Arena est pleine comme un oeuf. C’est qu’un République Tchèque – Russie n’est pas un match comme les autres, surtout pour le cinquantième anniversaire du printemps de Prague…

Des Tchèques qui enregistrent les renforts de David Pastrňák et David Krejčí. Les deux hommes sont alignés avec Dmitrij Jaškin, alors qu’ils descendent à peine de l’avion : arrivés à 8h45 le matin même, sans avoir dormi pendant le vol, les deux joueurs de Boston sont pourtant déjà prêts. Rittich alterne dans les buts, après un match de Francouz.

Côté russe, Soshnikov entre en 13e attaquant, alors que Nikita Gusev attendra le prochain match. Koshechkin débute, après une apparition de Shestyorkin.

Krejci et Pastrnak (c) Jonathan Vallat

Des Tchèques en folie

Les Tchèques entament avec une intensité folle et bombardent la cage. Pourtant, la Russie se montre plus efficace. Un slalom finit devant la cage et le palet est rejeté vers le cercle. Nikita Nesterov s’avance, ne se pose aucune question et reprend en force (0-1).

Coup dur pour les Tchèques, qui partent à l’abordage. Plekanec place une banderille. Chaque montée de palet suscite les encouragements d’une foule pro-tchèque. Mais difficile de percer le rideau défensif russe, qui verrouille la neutre et force le jeu vers l’extérieur.

République Tchèque – Russie (c) Jonathan Vallat

Une muraille blanche et rouge prive les Tchèques de tirs réellement dangereux, alors que la possession est à sens unique. La Russie joue en contre, mais quels contres ! Šulák doit se jeter pour priver Andronov d’une position préférentielle sur le côté du but.

Globalement donc, le jeu quitte rarement la zone défensive russe. Koshechkin repousse de la botte, et est tout heureux que le rebond ne soit pas repris.

À force de pousser, les joueurs de Jandač finissent par trouver l’ouverture. Un lancer de la bleue met le feu dans l’enclave. Krejčí parvient à contrôler le rebond en hauteur, le pose au sol et pivote : lucarne opposée, l’épaule de Koshechkin ne pouvant que dévier (1-1).

Le jeu s’ouvre. La défense rouge repousse un assaut russe, et contre. Moravčík, servi d’une passe-abandon, trouve la plaque du gardien. Les Tchèques s’appuient de plus en plus sur leurs joueurs NHL. Pastrňák entre dans la neutre, relaie avec Krejčí et fonce à l’échec-avant. Le duo gagne le duel dans le fond en bloquant un dégagement, contrôle et Pastrňák trouve Jaškin seul dans le slot. La reprise ne laisse aucune chance au gardien (2-1). Un but en fin de tiers qui permet aux Tchèques de mener au score de manière largement méritée.

Un tiers incroyable

La Russie frappe donc son premier obstacle après trois matchs faciles. Elle reprend le couteau entre les dents. Buchnevich travaille au fond, récupère et sert devant la cage Grigorenko lancé (2-2).

Les Tchèques répliquent et mettent le feu dans le slot, mais le palet file à côté et Khafizullin est sanctionné de deux minutes. Anisimov vole alors un palet à sa bleue et file en contre. En échappée, il se heurte à la jambière de Rittich.

La pénalité est tuée, mais les Tchèques gardent leur temps fort. Pastrňák déborde et centre au deuxième poteau vers Krejčí. Le palet est dévié et finit derrière la cage, mais Krejčí le trouve, sert Pastrňák qui a une cage grande ouverte car Koshechkin est du mauvais côté (3-2).

But de Barabanov (c) Jonathan Vallat

Sonnée, la Russie ? Que nenni ! Peu après, Shalunov écarte pour Zaitsev au cercle droit. Le défenseur feinte le lancer balayé, mais passe au contraire vers Barabanov, planté dans l’enclave. Rittich a mordu et le but est grand ouvert (3-3).

Le spectacle est au rendez-vous et on file d’un but à l’autre. Une nouvelle pression russe pousse Šulák à la faute, avec un cinglage. La Russie fait circuler le palet à toute vitesse et Rittich sauve son camp sur un déplacement rapide.

La pénalité est tuée et le rythme ne faiblit pas. Les Tchèques font le jeu, les Russes tentent des contres, que Gudas, puis Moravčík, coupent de justesse. Puis la Russie accélère, avec un long temps dans la zone offensive et un Rittich bombardé. Les Tchèques filent en deux-contre-un mais Plekanec ne peut pas reprendre et touche le gardien : pénalité…

Le disque va de plus en plus vite. Un lancer de la bleue dévié rebondit derrière Rittich, frappe le poteau, retombe sur la ligne rouge et sort ! Une dernière occasion incroyable, et le score est de 3-3 après quarante minutes…

Un autre genre de but est marqué pendant la pause : une demande en mariage acceptée, et célébrée par le « goal » de l’écran géant sous les vivas du nombreux public de l’arena !

Les défenses se referment

Les deux équipes resserrent leur jeu défensif à la reprise, et limitent les occasions. La Russie prend le contrôle de la partie et tourne, tourne… sans parvenir à lancer au but, tant la défense tchèque est mobile. Et physique, aussi : Polášek écrase Andronov dans le coin et est puni de deux minutes.

Le jeu de puissance peine à produire. Buchnevich tente tout de même de reprendre dans une cage ouverte, mais il manque le palet. L’attaquant des Rangers concède ensuite une crosse haute.

Les Tchèques installent leur supériorité et un tir flottant de la bleue signé Hronek percute l’angle du poteau et de la barre transversale. Koshechkin sauve ensuite son camp devant Hyka.

Il reste dix minutes d’un match toujours aussi indécis. Les deux équipes échangent des occasions, avec Datsyuk ou Dadonov en fers de lance côté russe. Buchnevich et Anisimov mettent aussi le feu dans l’enclave de Rittich, de plus en plus sous pression.

Les Tchèques restent capables de beaux mouvements. Koshechkin doit sortir du bâton un tir dévié venu de la bleue, suite à, encore une fois, un gros travail du duo Pastrňák-Krejčí. Pas de but au bout : prolongation !

But de Pastrnak (c) Jonathan Vallat

Pastrňák, héros du jour

La Russie tourne, tourne… et perd un palet. Nečas lance un deux-contre-un, Polášek reçoit le palet et Koshechkin sauve son camp. Les espaces s’ouvrent, et les Tchèques contrent. Hronek récupère et remonte le palet jusqu’à la zone offensive, et les deux défenseurs russes se replient sur lui. Mais Hronek laisse derrière lui à Krejčí, qui décale sur sa gauche Pastrňák lancé. L’ailier de Boston échoue sur Koshechkin, mais le gardien est hors de position. De derrière la cage, Pastrňák récupère et lance sur la jambe de Yakovlev et donne la victoire à son pays (4-3). Une défense russe aux abonnés absents sur l’action : deux hommes sur un défenseur, le troisième en train de changer, et le nouvel entrant qui se replie au ralenti…

Les Tchèques bouleversent donc l’ordre établi et font tomber la Russie. Des Russes dont on avait du mal à estimer le niveau après trois matchs aisés. Au bilan, la Russie aligne une équipe sur courant alternatif, non dénuée de talent, mais pas aussi dominatrice que l’on aurait pu le penser. Les Tchèques, moyens au début de tournoi, prennent soudain un costume d’outsider. Les deux arrivants de Boston changent radicalement la physionomie de l’équipe.

Désignés joueurs du match : David Krejčí (République Tchèque) et Alexander Barabanov (Russie)

Commentaires d’après match (propos recueillis par Evgeniia Stepanenko)

Kirill Kaprizov (attaquant de la Russie)
Pourquoi avez-vous su mal à gérer le jeu des deux nouveaux joueurs, qui sont venus sur la glace juste après leur arrivée de l’aéroport ?
Je ne sais pas.

Avez-vous regardé de près le jeu de ces deux joueurs ?
On a regardé le jeu de l’équipe.

Qu’est-ce vous n’avez pas réussi à faire ce soir ?
Je ne sais pas. On va regarder la vidéo du match, les coachs nous diront.

Vous avez pris une charge dans la tête au premier tiers. Y-a-t-il des conséquences ? Comment vous sentez-vous ?
Ça va. Si les arbitres n’ont rien dit ça veut dire que ce n’a pas été grave.

Est-ce que ce match a été plus important pour vous que les matchs que vous avez joué avant ?
C’était un adversaire plus compliqué que les précédents, oui. Mais chaque match et chaque adversaire est important pour nous.

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie)
Avez-vous senti la différence dans le jeu et dans le niveau du hockey avec l’arrivée de deux joueurs de Boston ?
C’est clair qu’ils se sont vite et bien trouvés dans leur équipe. Je pense qu’ils sont encore excités de leur arrivée. Le match et le niveau du jeu étaient très bons de la part deux équipes. On a fait beaucoup d’erreurs et il faut en tirer les leçons.

Après les changements dans les lignes au cours du jeu vous vous êtes sentis plus confiants ?
Ce n’est pas le jeu d’une ou deux lignes qui fait changer le match. Ce qui compte c’est le travail collectif de toute l’équipe. Si le coach fait les changements au cours du match, il le fait pour booster le jeu et pour le bien de l’équipe.

Pouvez-vous nous décrire vos émotions après la défaite ? C’est frustrant de perdre ?
Oui, bien sûr ce n’est jamais facile de perdre, mais on va étudier tout ça, rien n’est perdu, il faut qu’on en tire les leçons et on sortira pour les matchs suivants plus forts encore.

Josef Jandač (entraîneur de la République Tchèque)
Votre décision d’aligner les nouveaux arrivants était-elle compliquée ?
On les a attendus, on a attendu l’aide qu’ils pouvaient apporter à l’équipe. Ils sont arrivés ce matin et c’était leur décision de sortir sur la glace ce soir. Ils se sont reposés et ils ont dit qu’ils se sentaient capables de jouer et qu’ils voulaient être sur la glace avec leur équipe. Ce sont eux qui ont fait la différence dans le jeu de l’équipe que vous avez vu ce soir par rapport aux matchs qu’on a joué avant. C’est la première ligne qui a mis tous les buts ce soir.

Êtes-vous surpris que tous les buts soient marqués par ces deux joueurs ?
Non, je ne suis pas surpris. Krejčí et Pastrňák sont les meilleurs joueurs de la République Tchèque, de plus ils jouent bien en NHL également. La question qui nous a préoccupés, c’est qui on allait aligner avec eux.

Quelle l’impression l’équipe de la Russie vous a-t-elle laissée ?
Ils ont bien joué, mais ils n’ont pas réussi à marquer. Ils ont bien joué en défense, leur power play est très bien géré également. Mais à mon avis c’est le vrai premier test pour la Russie face un adversaire fort. On a joué fort, la chance était de notre côté ce soir et on a su en profiter.

Ilya Vorobiev (entraîneur de la Russie)
Qu’est-ce que vous pouvez dire du match de ce soir ?
C’était une autre façon de jouer au hockey. C’était du hockey plus rapide et plus physique. C’était une belle équipe et un bel adversaire.

Étiez-vous prêts pour le hockey de ce niveau ?
On en a parlé lors des préparations à ce match. Je pense qu’on a eu un peu trop de respect pour l’adversaire au début. Le deuxième et le troisième tiers ça allait mieux à notre avis.

Pour comprendre comment vous allez fonctionner pour les prochains matchs, c’est bien que Krejčí et Pastrňák aient joué ce soir ?
Oui, c’est bien, mais c’est notre jeu à nous qui nous intéresse.

Pourquoi avez-vous mis Kaprizov en troisième ligne au cours du match ?
J’ai trouvé qu’il n’avait pas bien joué au premier tiers. Il fallait trouver d’autres solutions, c’est pour ça on a changé les lignes.

Avez-vous aimé le jeu de la première ligne après les changements ?
Je pense que ça a donné l’impulsion à l’équipe. La clé de notre réussite à ce Mondial c’est le jeu d’équipe, ce n’est pas une ligne ou un joueur en particulier.

République Tchèque – Russie (c) Jonathan Vallat

République Tchèque – Russie 4-3 après prolongation (2-1, 1-2, 0-0, 1-0)
Jeudi 10 mai 2018, 20h15. Royal Arena de Copenhague. 12490 spectateurs.
Arbitrage de Brett Iverson (CAN) et Linus Ohlund (SUE) assistés de Jake Davis (USA) et Nathan Vanoosten (CAN)
Pénalités : République Tchèque 6′ (0′, 4′, 2′), Russie 4′ (0′, 2′, 2′)
Tirs : République Tchèque 25 (12, 5, 4, 4), Russie 23 (4, 8, 11, 0)

Récapitulatif du score
0-1 à 01’11 : Nesterov assisté de Barabanov et Kablukov
1-1 à 14’41 : Krejčí assisté de Jaškin et Gudas
2-1 à 18’39 : Jaškin assisté de Pastrňák et Krejčí
2-2 à 21’00 : Grigorenko assisté de Buchnevich et Anisimov
3-2 à 24’17 : Pastrňák assisté de Krejčí
3-3 à 25’49 : Barabanov assisté de Zaitsev et Shalunov
4-3 à 63’23 : Pastrňák assisté de Krejčí et Hronek

(c) Jonathan Vallat

République Tchèque

Attaquants
Dmitrij Jaškin (+3) – David Krejčí (+4) – David Pastrňák (+3)
Roman Červenka (C, -1) – Radek Faksa – Tomas Hyka (-1)
Dominik Kubalík (-2) – Martin Nečas (-2) – Michal Řepík (-2)
Filip Chytil – Tomáš Plekanec (A, 2′) – Andrej Nestrašil
Roman Horák

Défenseurs
Libor Šulák (2′, +1) – Radko Gudas (A, +2)
Filip Hronek – Michal Moravčík (-1)
Michal Jordán – David Sklenička (-1)
Adam Polášek (2′)

Gardien :
David Rittich

Remplaçant : Pavel Francouz (G). Réservistes : Domink Hrachovina (G), Jakub Krejčík (D), Robert Kousal (A)

Russie

Attaquants
Kirill Kaprizov (-1) – Pavel Datsyuk (C, -2) – Yevgeni Dadonov (A, -2)
Mikhail Grigorenko (+1) – Artyom Anisimov – Pavel Buchnevich (2′)
Maksim Mamin (-1) – Sergei Andronov (A, -1) – Ilya Mikheyev (-1)
Aleksandr Barabanov (+2) – Ilya Kablukov (+2) – Maksim Shalunov (+2)
Nikita Soshnikov

Défenseurs
Vladislav Gavrikov – Bogdan Kiselevich (-1)
Nikita Nesterov (+1) – Nikita Zaitsev
Nikita Tryamkin – Dinar Khafizullin (2′)
Yegor Yakovlev (-1)

Gardien :
Vasili Koshechkin

Remplaçant : Igor Shestyorkin (G).

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