Présentation des finales de conférence en NHL

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Nous voici dans le final four, et les grosses équipes sont au rendez-vous, avec seule Washington en demi-surprise. Franchir la marche suivante et accéder à la grande finale demeure toutefois historiquement une étape où la crème se sépare du petit lait. Voyons cela en détail.

 

On se souvient des beaux parcours de Phoenix ou d’Ottawa l’an passé. Les équipes surprises parviennent de temps en temps à se hisser en finale de conférence. Mais aucune ne va jusqu’en finale de Coupe Stanley. Il y a un début à tout mais cela fait bien longtemps que ce n’est pas arrivé.

Washington, malgré son classement en saison régulière, fait donc figure ici de petit poucet et fera face à un tout autre défi contre le Lightning. Tout comme Vegas va réellement voir l’opposition grimper d’un cran à ce stade de la compétition. Et si le modèle Normandy avait donné des oppositions très serrées en demi-finales (trois 51-49 et un 52-48), les écarts sont cette fois-ci beaucoup plus larges, et deux favoris émergent clairement.

 

Tampa Bay – Washington

Normandy donne donc 59% de chances à Tampa Bay de gagner. C’est plus que contre New Jersey au premier tour (56-44)… Le modèle se repose uniquement sur la saison régulière car l’étude des séries n’apporterait qu’un trop petit échantillon de matchs, et jouer tout le temps le même adversaire influence trop les statistiques, mais il faut bien dire que Washington a haussé son niveau de jeu d’un cran ce printemps. Cela sera-t-il suffisant ? On en doute quand même.

Face à Columbus, les Caps ont étouffé des Jackets peut-être un peu tendres et un brin abandonnés (une nouvelle fois) par Bobrovsky. Face aux Penguins, Washington a légèrement dominé aux tirs (50,8%) mais perdu aux buts anticipés (51,6% pour Pittsburgh). La différence est venue de Braden Holtby, impérial depuis son retour dans les cages au match 3 contre Columbus. Il a fait la différence en demi-finale alors que Matt Murray coulait ses coéquipiers. Holtby a toujours très bien performé en séries et ce n’est qu’un juste retour des choses que de le voir enfin là. Tout comme Alex Ovechkin. Le capitaine qui totalise 45 points en 43 matchs de demi-finale de conférence dans sa carrière passe enfin à l’étape suivante. En espérant que cela fasse taire les mauvaises langues qui lui attribue un statut de looser. On est un looser jusqu’au jour où l’on gagne. Question de perception…

La question pour les Caps sera cette fois de contenir la profondeur du Lightning. La défense en carton des Penguins a plié sous les accélérations de Washington mais ce sera une autre affaire face à Tampa. Et si Washington peut aligner trois bons trios, dont l’excellente 3e ligne pilotée par Lars Eller capable de bloquer le jeu, la 4e ligne et la 3e paire seront des cibles de choix pour Tampa Bay.

Tampa qui a impressionné contre Boston. Les Bruins semblaient en bout de course mais tant pis pour eux, il ne fallait pas perdre contre Florida lors de la dernière journée. Défaite synonyme de 2e place de la division et d’affrontement contre Toronto. Pris de court lors du premier match, les Bolts ont gagné les 4 suivants, éteignant complètement Bergeron & co grâce à un formidable travail du trio de Brayden Point qui n’avait pas apprécié d’en prendre 4 lors de la première manche…

Tampa, qui semble au complet et en santé (gros bonus à ce stade des séries), n’a pas encore tremblé ce printemps et joue sa partition à la perfection. À l’image de la saison régulière, Kucherov et Stamkos focalisent beaucoup d’attention. Le Russe a 12 points en 10 matchs et son capitaine 10 en 10. Mais dans le jeu, ces deux-là ne sont pas les plus efficaces. Kucherov présente encore parmi les pires taux de possession et de buts anticipés de son équipe, et le trio a inscrit 5 buts pour 4 encaissés à 5 contre 5 jusqu’ici. Comme cet hiver, ils font plutôt leur pain et leur beurre en supériorité numérique où les deux ont chacun inscrits 6 de leurs points. À l’inverse, Point, 10 points en 10 matchs, en compte 8 à 5 contre 5, où son trio a inscrit 10 buts, le double de la première ligne, pour 8 encaissés mais dont 4 dans ce premier match contre Boston.

Au final, cela reflète la saison régulière, où Tampa produisait largement plus de tirs et de buts anticipés que Washington, et en accordait moins. Tampa, moins pénalisé et dont les unités spéciales sont meilleures. Tampa qui compte aussi son lot de snipers et un gardien solide dans les cages. Le seul espoir des Caps semble d’espérer un immense Holtby et de bouger les défenseurs secondaires du Lightning. C’est un peu compliqué pour la paire McDonagh-Strålman, mais Point les tire d’affaire. C’est aussi difficile pour Girardi qui tire la langue aux côtés de Hedman. Si Eller pouvait contenir Point, si Ovechkin pouvait faire jeu égal contre Stamkos, Bäckström-Oshie pourraient gagner leur bataille contre la 3e ligne des Bolts. Si Vasilevskiy venait à craquer, il y aurait peut-être une brèche pour Washington, mais ça fait beaucoup de si…

La prédiction de Germain Fanchtein : Tampa était attendu et a répondu présent. De façon assez impressionnante, surtout face aux Bruins. L’équipe est équilibrée, avec un gardien qui fait les arrêts et aussi sans blessures majeures. Au contraire, les Caps sont la surprise cette année. Beaucoup les voyaient tomber dès le premier tour, quasiment tout le monde ou presque les donnaient perdants contre les Penguins, et ils ont prouvé qu’il fallait compter sur eux. Holtby est frais et ça se voit. Seul bémol, l’indisponibilité de Bäckström va les faire souffrir à long terme. Parce qu’ils ont ce petit je ne sais quoi, les Capitals vont passer en 7 matchs.

La prédiction du très occupé Nicolas Leborgne : Tampa en 5

Winnipeg – Las Vegas

Je parlais dans le métro à un ami qui a déconnecté du hockey depuis quelques années et il me disait sa stupeur d’apprendre la veille que Las Vegas était en finale de conférence. Y a une équipe à Vegas ? Soyons clairs : tout le monde avait faux sur les Golden Knights. Et sans vouloir enlever à la performance de l’équipe, cette première saison est un rêve éveillé. Marc-André Fleury joue son meilleur hockey en carrière à 33 ans, les cadeaux de Florida (Marchessault et Smith) ont fourni une première ligne digne de ce nom avec un William Karlsson qui connaît, lui aussi, la saison de sa vie. L’équipe a relativement évité les blessures et, pour finir, la faiblesse de la division Pacifique avait également été sous-estimée. Alors que San José semble la seule équipe à peu près solide, que Calgary a joué de malchance, qu’Edmonton se saborde, que Los Angeles vivote, et que Vancouver et Arizona plongent, se retrouver en séries n’est au final pas si illogique que ça. Passer les Kings a été une formalité et écarter les Sharks s’est fait sereinement (54% des tirs tentés et 52% des buts anticipés). Résumons ça simplement : Vegas a su éviter tous les pièges depuis octobre et il faut leur tirer notre chapeau. Mais la vraie saison commence.

Car en face, ça se corse. Winnipeg est, personnellement, mon favori pour la coupe depuis le début des séries. Présent à la 3e place du Cup Score, forts dans tous les aspects du jeu, les Jets ont tous les atouts pour aller au bout, y compris l’avantage de la glace contre les équipes de l’Est. Le duel face à Nashville pouvait également ressembler à une finale avant l’heure, tant les deux formations sont probablement les plus fortes de la ligue. Et si Normandy avait donné 51% aux Preds, c’était uniquement grâce à l’avantage de la glace car, techniquement, Winnipeg semblait bien une coche au-dessus. Et, au final, domicile ou extérieur n’a pas voulu dire grand-chose dans cette série, alors que Winnipeg a gagné 3 des 4 matchs à Nashville… Avec 50,6% des tirs tentés et 51,4% des buts anticipés, Winnipeg s’est élevée juste ce qu’il fallait pour passer son principal adversaire. Les coups d’accélérateur donnés ici et là ont fait basculer des matchs en faveur des Manitobains alors que Connor Hellebuyck se montrait constant et fiable, tout ce qu’on demande à un gardien en séries (suivez mon regard vers Pekka Rinne).

Difficile de trouver des points faibles à ces Jets. Les quatre trios fonctionnent bien, les trois paires de défense aussi. Dustin Byfuglien et Toby Enström sont peut-être ceux qui s’en sortent le moins bien, mais même eux restent positifs sur les indicateurs de jeu et Big Buff sait imposer son grain de sel dans les confrontations. Mark Scheifele est le meilleur buteur de ces séries, Paul Stastny se révèle une excellente acquisition, et il faut se dire qu’avec 3 buts, Patrik Laine est loin de son rendement habituel. Attention quand il va décoller.

Face à cette armada compacte, le problème de Vegas risque bien d’être à court de ressources. Certes, le trio Marchessault-Karlsson-Smith survole ces séries : 60% des tirs tentés et des buts anticipés, 9 buts inscrits à 5 contre 5 pour 2 encaissés, mais derrière, cela risque d’être ric-rac. Perron-Neal n’ont pas dominé dans le jeu cette saison et cela continue en séries. Malgré les succès de Vegas, ils ne sont qu’à 50% de possession du palet. La paire Schmidt-McNabb est du même acabit et Derek Engelland va trouver que ça va vite en face. Et, surtout, le duel des fonds d’alignement semble largement en faveur des Jets. Les compagnons de Pierre-Edouard Bellemare peuvent jouer les éteignoirs (1 but marqué et 1 encaissé à 5 contre 5 depuis le début des séries), mais les « plombiers » des Jets le font aussi bien ET peuvent marquer en plus.

Est-ce la fin de la route pour Vegas ? Sûrement.

La prédiction de Germain Fanchtein : Repêchage contre repêchage d’expansion ? Des vraies fausses surprises au vue de leur saison respective. Les deux gardiens sont en feu, ce qui promet du spectacle. Ce sont eux qui dicteront l’avenir de leurs équipes. Affrontement serré en perspective. Les Jets vont s’offrir la première finale de leur histoire. Le tout en 7 matchs évidement.

La prédiction du très occupé Nicolas Leborgne: Winnipeg en 6

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