Analyse-bilan KHL (II) : super-héros et dirigeants douteux

270

Du futur club de Charles Bertrand (le Sibir éliminé d’un rien) aux clubs moscovites opposés dans un derby quui a attiré les foules, plusieurs équipes de KHL ont lutté pour les play-offs juste au bout. Le deuxième volet de notre analyse-bilan de la saison KHL s’intéresse à ce milieu de tableau où figurent aussi deux clubs servant de base arrière à leurs équipes nationales respectives, et qui en expliquent les difficultés.

 

HK Sotchi (14e) : versatile comme Superman

SotchiEn début de saison, les jours de l’entraîneur Sergei Zubov paraissaient comptés. Sa tête semblait déjà placée sur le billot après la défaite 11-3 à Ufa… mais l’équipe a répliqué en gagnant 5-0 à Kazan ! Capable du pire mais aussi du meilleur, Sotchi a même créé la sensation en gagnant à Saint-Pétersbourg (3-2 après prolongation) pour infliger sa première défaite au SKA et interrompre sa série victorieuse de 20 rencontres.

Après de tels exploits, les joueurs se sont drapés d’un surnom : les Sotchimen, des super-héros comme Superman. D’où le costume bleu à cape rouge enfilé au All-Star Game par Pavel Padakin, leur révélation de la saison (passé de 12 à 31 points). Versatile comme son équipe, cet attaquant qui atteint tout juste 24 ans en est déjà à son second mariage (sa première épouse canadienne rencontrée pendant ses années juniors à Calgary ne s’imaginait pas vivre ailleurs qu’en Amérique du nord) et à sa seconde équipe nationale, puisqu’il a troqué le maillot de l’Ukraine pour celui de la Russie.

Malgré cette belle saison, le HK Sotchi reste un club qui joue avec la tolérance de la KHL pour payer les salaires avec juste assez de retard et ne pas verser les bonus (qui ne comptent pas dans le respect des contrats pour que la ligue accorde le droit de se réinscrire en championnat !)

 

Spartak Moscou (15e) : la communion devant 11000 fidèles

Sept ans que le peuple du Spartak attendait cela ! Les rouge et blanc se sont enfin qualifiés pour les play-offs à l’issue d’un match décisif remporté (4-3) face au Dynamo devant 11 337 spectateurs. On était loin d’imaginer une telle consécration mi-octobre quand il se traînait à l’avant-dernière place de la Conférence Ouest. Le directeur général Aleksei Zhamnov – qui est aussi dans le staff de l’équipe nationale – s’était alors mouillé en rejoignant l’entraîneur Vadim Epanchintsev sur le banc. L’effet a été immédiat. Le Spartak a remporté 11 des 13 premières parties avec le tandem sur le banc.

La saison spartakiste a été portée par deux joueurs : réduit à un maigre temps de jeu au SKA, Aleksandr Khoklachev a pu exprimer ses qualités techniques en revenant dans son club formateur, devenant carrément le sixième marqueur de toute la KHL. Plus inattendu encore, Nikita Bespalov, qui a été numéro 2 toute sa carrière, a multiplié les arrêts spectaculaires pour déboulonner Markus Svensson de sa place de titulaire.

Mais si le Spartak est le numéro 1 du public à Moscou, il n’est pas encore le numéro 1 sportif. Il a devancé le Dynamo, mais en play-offs, la cinquième attaque de KHL n’a mis qu’un but en quatre rencontres (!) face au SKA. Hormis Lukas Radil qui a donné satisfaction, les autres étrangers ont été critiqués dans cette phase décisive. Ben Maxwell n’a jamais pu trouver la forme entre plusieurs petites blessures. Le centre américain Ryan Stoa était sur une courbe descendante et a manqué d’agressivité. Enfin, le défenseur Ville Lajunen, peut-être affecté par sa non-sélection olympique, a commis trop d’erreurs.

 

Severstal Cherepovets (16e) : impossible à exclure… pour l’instant

SeverstalCette saison aurait pu être la dernière en KHL pour le Severstal. La ligue avait annoncé l’exclusion des trois clubs les moins bien notés selon sa grille multi-critères… dont elle n’a jamais donné le détail de l’attribution des notes. Or, le Severstal – pourtant revenu en play-offs – est resté dans les trois derniers, et son score a même chuté selon la KHL ! Incompréhensible pour tous les observateurs. Seuls deux clubs ont été écartés, car l’exclusion du Severstal aurait été impossible à justifier.

Le club de la Vologda a donc finalement sauvé sa tête en se qualifiant de belle manière pour les play-offs. Il a pris 4 points dans les deux derniers matches qui restaient après la longue trêve olympique, deux déplacements chez les cadors CSKA et SKA. Le Severstal a réussi à bâtir une équipe combative autour de l’exemplaire Maksim Rybin, leader de vestiaire aux mises en échec redoutées. Ceux qui ne rentrent pas dans cet état d’esprit sont renvoyés : le meilleur buteur de la saison précédente Maksim Trunyov a été écarté pendant la pré-saison parce qu’on ne lui trouvait plus de place dans le top-6, et le renfort tchèque Petr Holik a vite été renvoyé au bercail parce qu’on jugeait qu’il fuyait les duels physiques.

Toute collective qu’elle ait été, la réussite du Severstal a été intimement liée aux performances d’un joueur dominant : Dmitri Kagarlitsky. Il n’avait plus qu’à signer un contrat tout prêt à Ufa, mais il avait choisi de rester pour un salaire inférieur dans sa ville natale, l’année où sa femme allait accoucher. Dans la série de play-offs contre le SKA, Kagarlitsky a été le meilleur joueur sur la glace, mieux que toutes les stars adverses, et il a été élu dans l’équipe-type de la KHL. Mais une fois que Kagarlitsky sera parti (curieusement au Dynamo Moscou et non chez un prétendant au titre), que les play-offs n’apporteront plus d’immunité, le Severstal pourra-t-il échapper à son renvoi hors de la KHL ?

 

Sibir Novosibirsk (17e) : Cicéron, c’est pas qualifié

sibirAncien adjoint chargé de la défense, le nouvel entraîneur Pavel Zubov a surtout conquis… les journalistes. Ils s’ennuyaient parfois pendant le match mais jamais pendant ses conférences de presse. Ils l’ont même surnommé le « Cicéron de la KHL » pour ses talents d’orateur et ses formules (« Je ne peux même pas qualifier notre jeu de cirque. Le cirque est un spectacle coloré et joyeux que les enfants aiment »).

Mais en interne, les joueurs étaient fatigués des discours et des réunions incessantes. La communication n’est pas passée avec tout le monde : le courageux défenseur Fyodor Belyakov a été échangé (au Spartak) après un conflit, et le défenseur tchèque Adam Polasek a décidé de partir (à Sotchi) car il n’a pas apprécié que le contenu d’un dialogue qu’il pensait privé soit répété le lendemain à la télévision.

Pour autant, le manager Kirill Fastovsky n’a jamais regretté d’avoir nominé Zubov. L’été dernier, les volontaires ne se bousculaient pas pour diriger une équipe du Sibir dépouillée une fois de plus de tous ses meilleurs joueurs. D’où les réunions nécessaires pour reformer un collectif avec des recrues inexpérimentées. Les cadres encore présents n’étaient pas des leaders : Stepan Sannikov n’était plus que l’ombre de lui-même, et le gardien Alexander Salak, qui a un caractère de meneur, n’était plus en position de l’être car il ne retrouvait plus son niveau après une blessure, concurrencé par Nikita Bespalov.

Le 7 décembre, Zubov est finalement retourné au poste d’adjoint et le Sibir a recruté Vladimir Yurzinov junior, qui avait conduit Kunlun en play-offs l’an dernier. Ayant travaillé en Finlande, Yurzinov a mis en place moins engoncé dans les vieux schémas défensifs russes, ce qui convenait mieux aux joueurs étrangers. Son équipe a alors remporté 13 des 17 rencontres restantes… mais cela n’a pas suffi pour se qualifier. L’équipe de Novosibirsk a été victime du niveau très compétitif de la Conférence Est, où seulement points séparaient le premier du malheureux neuvième – le Sibir.

 

Dynamo Moscou (18e) : restructuré mais éliminé

NIKULIN Ilya-110512-408Après avoir repris en main les clubs de football et de hockey sur glace, qui menaient une vie indépendante sans aucun contrôle, le Comité Central du Dynamo a découvert une dette totale de 200 millions d’euros. Des créances renvoyaient à une compagnie chypriote soupçonnée d’appartenir à l’ex-président (du club de football) Boris Rotenberg. Deux plaintes ont aussi été déposés contre l’ex-manager du hockey Safronov.

Le dirigeant de la section water-polo a été installé à la tête du club de hockey : Sergei Fedorov – à ne pas confondre avec le hockeyeur du même nom – est un ancien nageur diplômé de pédagogie qui a fait carrière dans les assurances. L’entraîneur Vladimir Vorobiev a donc été consulté sur le recrutement et a eu les joueurs qu’il voulait, sauf Mat Robinson parti gagner bien plus au CSKA.

Et pourtant, ce Dynamo restructuré a manqué les play-offs pour la première fois depuis 17 ans ! Il a vécu les mêmes problèmes que l’an passé : l’absence d’un vrai marqueur (aucun attaquant n’a dépassé 23 points et le meilleur pointeur a été le défenseur Ilya Nikulin avec 27) et une infirmerie trop remplie. On pensait que l’expérience de sa défense suffirait à qualifier le Dynamo, mais le gardien Aleksandr Eremenko a pris un mauvais but lors du match décisif chez le Spartak. Longtemps meilleur club moscovite après la chute de l’URSS, le Dynamo a perdu de son lustre.

 

Barys Astana (19e) : l’auto-égorgement

Barys AstanaTout allait bien pour le Barys Astana jusqu’à la trêve de novembre. Il était alors premier de la Conférence Est et ses leaders offensifs, Nigel Dawes et Linden Vey, figuraient parmi les meilleurs marqueurs du championnat. Mais la direction s’est crispée toute seule en voyant le capitaine Dawes poster des photos de ses vacances aux Émirats Arabes Unis sur les réseaux sociaux. Le Canadien naturalisé a eu une retenue de salaire pour « départ non autorisé » alors qu’il était de bonne foi et avait bien eu l’autorisation de son entraîneur, afin qu’il se repose d’un calendrier contraignant.

Dawes en a voulu au coach Evgeny Koreshkov, qui n’y était pour rien. Des tensions ont alors commencé à apparaître dans le vestiaire. Le Barys a vécu une dégringolade, ne remportant que 7 points sur les 20 matches suivants. Rien n’a arrêté la chute, ni le licenciement de Koreshkov le jour du Nouvel An pour le remplacer par Galym Mambetaliyev (simple intérimaire et parfait inconnu qui a pourtant officié comme coach au All-Star Game de KHL à Astana dans les jours suivants), ni l’abattage rituel d’un mouton sur la glace lors d’un entraînement, qui a rendu certains joueurs étrangers malades.

Le Barys s’est privé peu à peu de tous les Canadiens qui portaient son offensive : Martin Saint-Pierre a été échangé à Vladivostok contre le peu convaincant James Wright, et enfin Linden Vey a quitté le club pour Zurich. Ce dernier départ a déclenché une rumeur : il aurait été viré parce qu’il aurait refusé de prendre la nationalité du Kazakhstan (ce que l’on comprend tout à fait puisqu’il a obtenu une médaille de bronze avec le Canada aux JO). Les ZSC Lions, son nouveau club, ont été obligés de publier un communiqué pour démentir et corroborer la version du Barys d’une décision mutuelle. La pression pour prendre un passeport du Kazakhstan doit pourtant bien exister, puisque le gardien Henrik Karlsson – souvent sélectionné dans l’Euro Hockey Tour avec le maillot suédois – a endossé à son tour la tenue turquoise, sans que cela suffise à faire remonter le Kazakhstan dans l’élite.

C’est la pire saison du Barys dans ses dix ans d’histoire. On ne sait plus bien quelle est la stratégie de son propriétaire Askar Mamin, à qui certains conseillers souffrent de faire une chambre de naturalisation. Mais en changeant d’entraîneur chaque année, et en se défaisant de ses meilleurs étrangers, on a l’impression qu’il s’est mis dans une impasse.

 

Dynamo Minsk (20e) : les prémisses de l’échec du Bélarus

Même si le licenciement de Dave Lewis en plein milieu du championnat du monde pourrait laisser croire le contraire, le siège éjectable des entraîneurs ne s’allume pas toujours n’importe quand au Bélarus. La non-qualification du Dynamo Minsk en play-offs n’a ainsi pas été imputée sur le dos de Gordie Dwyer. Au contraire, le coach canadien a reçu les compliments du Président de la République qui a annoncé lui-même qu’il fallait continuer la coopération avec Dwyer, « un homme de NHL, un homme bon et un sportif ». Et personne ne risque de remettre en cause la parole présidentielle au Bélarus…

Dwyer a en effet subi des handicaps bien compris : il a été nommé tardivement, et les recrues aussi, alors qu’elles avaient besoin d’un temps d’adaptation. Seul des 5 étrangers déjà présent, le défenseur Marc-André Gragnani a été le meilleur marqueur de l’équipe. Le gardien suédois Jhonas Enroth a vite retrouvé les angles d’une grande glace et a tenu le Dynamo bien des soirs. Le bilan est plus contrasté pour le trio offensif nord-américain. Quinton Howden a été utile sur les engagements importants et en infériorité numérique. Justin Fontaine et surtout Jack Skille – arrivé en septembre après le début en championnat – ont eu du mal à s’adapter à une responsabilité de première ligne alors qu’ils jouaient sur un troisième ou quatrième trio en NHL.

Pour autant, ils n’ont guère eu de concurrence interne. Aucun des attaquants biélorusses (naturalisés inclus) n’a vraiment pu remettre en cause leur place en première ligne. Si le Dynamo est arrivé à exploiter la vulnérabilité défensive des favoris qui pratiquaient un hockey offensif, il a connu beaucoup de problèmes face à des équipes regroupées en défense. Cette inefficacité offensive, on l’a vue par la suite aux Mondiaux, avec comme conséquence une piteuse relégation. Les éléments de cet échec étaient déjà contenus dans la saison du Dynamo, y compris la déception du défenseur Dmitri Korobov dont on attendait plus et qui a été renvoyé avant la fin de son contrat.

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :