Présentation de KHL 2018/19 (III) : la plus grande aréna du monde ?

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Si la KHL a dû modérer ses ambitions et ne prétend plus rivaliser sportivement avec la NHL, elle peut cependant déplacer le point de comparaison. L’obsession du toujours plus grand n’existe pas qu’en Amérique. On le verra dans cette suite de la présentation de la KHL…

Après avoir présenté les deux divisions de la Conférence Est, on « passe à l’ouest » avec les équipes de la division Bobrov (pour les retardataires, plus personne ne peut ignorer qui est Bobrov, depuis sa biographie publiée pour le lancement de la Coupe du monde de football).

Alors que son club a été étonnamment discret pendant l’été en matière de transferts de choc, le président du SKA Saint-Pétersbourg Gennadi Timchenko a quand même fait parler de lui par une grande annonce. Il avait jusqu’ici été uniquement question d’une reconstruction de la patinoire actuelle, qui date de 1991. Il projette maintenant rien moins que la plus grande aréna du monde : 22 400 places, soit plus que le Centre Bell de Montréal (21 288). L’idée est qu’elle soit prête pour le championnat du monde 2023, dont l’attribution à la Russie ne serait qu’une formalité avec un tel atout. Le président de la fédération internationale René Fasel pourrait prendre l’aspirateur à salive dans son cabinet d’ancien dentiste pour nettoyer la bave pointant à la commissure de ses lèvres…

Timchenko a évalué ce projet à 20 milliards de roubles (260 millions d’euros), plus qu’un stade de la récente coupe de monde de football – et Timchenko sait de quoi il parle en la matière puisque sa compagnie Stroytransgaz a construit ceux de Volgograd et Nijni Novgorod. À vouloir tout faire en grand, n’est-ce pas surdimensionné ? Certes le SKA a fait du bon travail pour populariser le hockey à Saint-Pétersbourg, mais il y a une marge avec l’adoration quasi-religieuse pour ce sport à Montréal. La salle ne se remplirait que pour les grandes occasions, alors que le Centre Bell est tout le temps plein. Mais Timchenko, un partenaire de judo du locataire du Kremlin qui avait déjà fait son beurre avec les contrats des Jeux olympiques de Sotchi, est bien placé pour savoir qu’en Russie rien n’est jamais trop cher quand il s’agir d’une priorité politique et de prestige international.

Quid, en attendant ce grand projet, de la saison qui commence ? Rappelons que deux stars du SKA ont choisi de retourner en KHL : Ilya Kovalchuk a signé un très beau contrat pour son âge à Los Angeles, et on se demande bien comment Vyacheslav Voynov pourra en faire de même avec un talon d’Achille encore endommagé et surtout une réputation entachée en Amérique du nord pour des faits de violence de 2014 sur sa compagne (qui l’a épousé depuis…), même si son interdiction d’entrer sur le territoire américain a été levée.

Le SKA n’a pas recruté de nom de résonance équivalente. Sa recrue la plus célèbre est Naïl Yakupov, ancien n°1 de draft NHL qui y a toujours déçu, pas par manque d’envie mais par manque de résultats : s’il a appris à travailler défensivement en devenant un simple joueur de troisième ou quatrième ligne ces dernières années, il n’a plus guère exprimé son potentiel offensif avec un faible temps de jeu. Ce joueur qui fonctionne à la confiance est « chouchouté » à Saint-Pétersbourg : il a tout de suite été placé dans des conditions idéales à l’aile droite de la première ligne avec Nikita Gusev et Pavel Datsyuk, deux joueurs subtils qui peuvent libérer par leur intelligence de jeu les espaces dans lesquels il peut s’engouffrer avec sa vitesse. Yakupov a marqué sur son premier tir à sa première présence du premier match de préparation, mais il a parfois encore tendance à trop en faire, y compris dans le jeu sans palet en quittant sa position. C’est donc un joueur qui devra être coaché en permanence – ce qui n’a guère été le cas depuis sa première année NHL avec Ralph Krueger – par Ilya Vorobyov, qui a succédé à Znarok aux commandes de l’équipe de Russie et maintenant du SKA. Ce retour – trop tardif ? – au pays est la dernière chance pour Yakupov, à 24 ans, de donner un autre sens à sa carrière que l’étiquette du pire numéro 1 de draft de l’histoire.

Même plateforme idéale pour le jeune Andrei Kuzmenko. En finissant par convaincre le CSKA de l’échanger contre le plus polyvalent et défensif Sergei Kalinin, le SKA a offert à ce talent offensif ce que les Moscovites ne pouvaient pas lui offrir : une place en deuxième ligne aux côtés de Nikolaï Prokhorkin et de la révélation de la dernière saison en équipe de Russie, Aleksandr Barabanov. Saint-Pétersbourg semble avoir gagné dans cet échange, surtout à moyen terme. Des attaquants de « neutralisation » comme Kalinin, le SKA en a déjà avec le duo Kablukov-Ketov, même sans les mettre en avant comme le CSKA.

S’il y a une faiblesse par rapport à ce grand rival, c’est qu’il semble y avoir moins de solutions et de polyvalence au centre : après la non-reconduction de Shipachyov, l’équipe de Saint-Pétersbourg est plus que jamais dépendante de la bonne santé du désormais quarantenaire Pavel Datsyuk. Mais aux ailes, en défense et même dans les cages (c’est maintenant Magnus Hellberg qui a remplacé Koskinen comme partenaire gênant du jeune gardien russe Igor Shestyorkin), la profondeur de banc reste forte. Le SKA a cartonné dès la pré-saison avec 9 victoires en 9 rencontres et n’a rien perdu de ses ambitions.

 

Le bilan de Lauri Marjamäki en deux années aux manettes de l’équipe de Finlande a été assez piteux. Il a parfois été décrit comme le pire sélectionneur national de l’histoire. Il avait pourtant un bon bilan chez les Kärpät. A-t-il été incompris ? Est-il plutôt fait pour entraîneur de club, où les joueurs ont le temps de s’imprégner de son système et de l’appliquer ? La réponse sera donnée chez les Jokerit Helsinki.

L’équipe finlandaise de KHL est en effet un bon étalonnage. Elle a gardé les trois quarts de son effectif, forcément de haut niveau au vu de ses moyens financiers et de l’absence de quotas nationaux pour les clubs étrangers de la ligue russe. Marjamäki connaît les renforts : après avoir utilisé son « chouchou » Sakari Manninen (170 cm) toute la saison dernière en équipe nationale, il l’aligne maintenant sur le premier trio offensif avec Steve Moses (175 cm) et le capitaine Peter Regin.

Les Jokerit n’ont pas hésité à faire le grand écart sous la toise : si la quatrième ligne est toujours dominée par Marko Anttila qui dépasse les deux mètres, la priorité à la vitesse est nette sur les autres trios. L’Américain Brian O’Neill (175 cm) est toujours présent aux côtés de l’international suédois John Norman et du grand Jesse Joensuu. L’autre nouveau venu avec Manninen, l’international biélorusse Geoff Platt (176 cm), fait quant à lui équipe avec Pekka Jormakka (174 cm) et le puissant buteur danois Nicklas Jensen. Ces petits gabarits sont ainsi capables de faire circuler le palet à haute vitesse en zone offensive avec de constants changements de position. Dans le système défensif, si les bases restent en place, les Jokerit sont plus agressifs au forechecking. Ils restent donc les plus à même de perturber la domination des deux géants de la Conférence Ouest.

 

La principale recrue du Dynamo Moscou a 81 ans. Valeri Shantsev a connu la période faste des bleu et blanc à partir de l’effondrement de l’URSS, d’abord comme directeur commercial du club puis comme vice-maire de Moscou. Cet âge d’or s’est arrêté lors du titre 2005… au moment exact où Shantsev est parti pour devenir gouverneur de la région de Nijni Novgorod. Depuis, le Dynamo a enchaîné les crises structurelles. Nommé directeur général en avril, Shantsev est donc apparu comme l’homme providentiel. Il a arrêté la politique et ne vient pas avec une manne financière, simplement avec une voix écoutée et une capacité reconnue de prise de décision. Tout n’est pas affaire d’argent : le Dynamo avait le quatrième budget de l’ouest l’an passé, cela ne l’a pas empêché de finir neuvième et donc de rater les play-offs.

Mais cette fois, il a pu se mettre au travail très tôt et récolter deux des meilleurs joueurs sur le marché. Vadim Shipachyov s’est totalement planté sur son choix de carrière en rejoignant Vegas (ville où il est « impossible de vivre » selon lui) sans connaître les subtilités contractuelles NHL, au lieu de rester ou de suivre son partenaire habituel Dadonov en Floride. « Il rêvait d’une ville étrangère / Une ville de filles et de jeux. […] Il a dit « Je retourne en arrière » / Il s’est brûlé les yeux »… Shipachyov, qui ne sait pas que Francis Cabrel avait prédit son destin il y a 30 ans (!), reste un des meilleurs centres russes, capables de passes géniales. Formé également à Cherepovets, l’ailier gauche Dmitri Kagarlitsky est lui aussi un joueur capable de faire la différence par son talent.

L’arrivée de ces deux vedettes a engendré des attentes considérables. Le Dynamo a vendu 2000 abonnements, deux fois plus que l’an passé. Mais deux joueurs, même sur-utilisés par un entraîneur (Vladimir Vorobiev) sentant l’épée pendre au-dessus de sa tête, ne suffisent pas à faire une équipe. Le Dynamo a aussi fait revenir deux joueurs formés au club, Maksim Afinogenov, encore un des plus en forme à 37 ans selon les tests physiques de pré-saison, et le défenseur Andrei Mironov, mais ce dernier s’est malheureusement blessé au bras.

 

Maintenant qu’il est revenu en play-offs, le Spartak Moscou aimerait se positionner en outsider crédible. Il en a les moyens. Il a gardé ses joueurs-clés et s’est bien renforcé pendant l’été, sur tous les secteurs. La défense a gagné en robustesse et en expérience avec Maksim Goncharov et Andrei Kuteikin.

Quatre nouveaux joueurs ont pris place dans le top-6 offensif. Le Tchèque Robin Hanzl, qui a passé la phase d’apprentissage de la KHL à Nijnekamsk, accompagne sur un nouveau trio étranger les internationaux lettons Martins Karsums et Kaspars Daugavins. Le centre russe Ilya Zubov est venu pour sa part compléter et encadrer les jeunes stars locales Aleksandr Khokhlachev et Vyacheslav Leshchenko.

Les Moscovites ont aussi de la profondeur de banc. Même dans les cages, Nikita Bespalov, qui avait pris le dessus sur un Svensson que l’on contraignait à jouer contre-nature, a comme toujours durant sa carrière hérité d’un nouveau concurrent étranger, l’international Julius Hudacek, toujours aussi showman et qui a par exemple enfilé le masque de la mascotte du club, un soldat spartiate, pour célébrer dans sa position favorite assis sur la cage.

Le Spartak a besoin de connaître une bonne saison pour faciliter ses démarches logistiques à moyen terme. Le puissant CSKA a emménagé dans la même patinoire au Parc des légendes, ce qui a compliqué le calendrier déjà publié car il faut deux jours d’intervalle pour redécorer la glace et les bandes selon le club qui joue à domicile. Mais surtout, le CSKA a cinq ans de contrat alors que le bail du Spartak arrive à expiration l’an prochain : la colocation entre rivaux, déjà dénoncée par les « ultras » du CSKA, risque de ne pas durer, et c’est le Spartak, dont la patinoire Sokolniki est une antiquité, qui devra chercher une autre solution.

 

SeverstalDébut mars, le capitaine Dmitri Kagarlitsky rasait la tête de son entraîneur Aleksandr Gulyavtsev qui avait tenu son pari franchement pas évident : qualifier le Severstal Cherepovets en play-offs. Une consécration obtenue par un formidable esprit d’équipe. Le club est allé au maximum de ses possibilités pour retenir Kagarlitsky, mais il a choisi le Dynamo. Les plus virulents l’ont qualifié de traître, mais ce joueur formé au club, qui a hésité, a fait son choix en conscience et a déjà rendu de fiers services à sa ville natale. Le Severstal n’a en revanche pas essayé de retenir Pavel Chernov, car il jugeait que le centre serait moins efficace sans Kagarlitsky et n’en valait pas le prix.

Chaque rouble est pesé à Cherepovets. Le recrutement est soigneusement pesé. Quand un joueur n’est pas très gourmand, comme le défenseur-bombardier de 35 ans Denis Kulyash, la porte lui est vite ouverte. Quand ses exigences dépassent le budget, comme Nikolaï Lemtyugov après l’avoir accueilli à l’essai en pré-saison après sa convalescence (rate perforée et passage en soins intensifs en octobre dernier), on ne peut accéder à ses demandes. Les étrangers sont forcément parmi les moins chers de KHL. Carter Ashton revient ainsi d’une longue blessure. Dominik Furch reste sur une dernière saison en demi-teinte à Omsk, et c’est ce qui le rendait abordable. Le Tchèque, qui parle russe et connaît la ligue, a été jugé plus sûr qu’une recrue prise en Liiga ou en Extraliga.

La survie reste l’enjeu. La compagnie sidérurgique Severstal avait voté son dernier financement pour 3 ans, et on atteint la dernière année. Malgré tous les efforts accomplis, la ville industrielle reste si peu « sexy » qu’on a l’impression que la KHL s’en débarrassera facilement pour des projets d’expansion à l’ouest, même si ceux-ci semblent aujourd’hui peu avancés quand on voit l’empressement de la ligue à communiquer sur une hypothèse Paris très prématurée et embryonnaire (voir interview de Luc Tardif). Dans tous les cas, la réduction à 24 équipes est annoncée dans un an, et la méthode de notation est si opaque et inconnue dans l’obscur classement « multi-critères » de la KHL que le Severstal sait qu’être mal classé est s’exposer à une mise à la porte. Ce serait dommage pour une ville qui continue de produire de bons joueurs : le plus récent est le défenseur de 21 ans Vadim Kudako, même si sa compréhension du jeu n’est pas encore au niveau de ses bases techniques.

 

Dinamo RigaQue reste-t-il au Dinamo Riga si tous les meilleurs joueurs lettons sont à Moscou ? Daugavins et Karsums sont donc au Spartak, et le capitaine et meilleur marqueur Miks Indrasis est parti cet été au Dynamo Moscou. Il sera remplacé par le Suédois Linus Videll, qui avait été le meilleur marqueur de l’équipe en 2014/15 et fait son retour.

Même la découverte de la saison passée, Janis Kalnins, a filé chez les Jokerit avec le risque de n’y être que second gardien dans l’ombre de Zapolski. C’est peut-être la grande chance pour son successeur Kristers Gudlevskis. S’il paraissait le gardien d’avenir de l’équipe de Lettonie il y a quelques années, il a longtemps été frustré en AHL. Il n’a presque jamais eu sa chance en NHL malgré de bonnes statistiques lors de ses rares apparitions épisodiques (trois en saison régulière et deux en play-offs). Pendant ce temps, d’autres lui sont passés devant et le plus jeune Merzlikins s’est imposé en numéro 1 dans la hiérarchie nationale des gardiens. En jouant dans la capitale lettone Riga, il sera à l’endroit idéal pour marquer les esprits et ne pas se faire oublier.

De plus en plus largué au classement chaque année, le Dinamo Riga a besoin de garder son public : il reste un club d’économie « occidentale », qui tire quand même une bonne partie de son budget de ses ressources propres. Les renforts étrangers doivent donc plaire au public, et de ce point de vue le recrutement semble intéressant avec deux petits gabarits de 175 cm qui ont ce petit quelque chose en plus. Le défenseur offensif Matthew Maione a été élu « joueur le plus spectaculaire » de la Liiga finlandaise, et Kevin Clark est un joueur plein d’émotion avec un sens du but notoire.

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