Deux Red Bull, un seul trinquera

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La présence d’un club allemand seul à ce stade de la Ligue des Champions aurait déjà été qualifiée d’exploit, et plus encore celle d’un club autrichien. Les voir s’affronter pour une place en finale est donc une sensation. Que les deux équipes en question aient le même propriétaire et sponsor rend ce derby encore plus spécial. Les possessions du milliardaire Dietmar Mateschitz ne suscitent pourtant pas un enthousiasme à tout crin, car les deux Red Bulls sont vus comme des équipes assez artificielles. Médiatiquement, cette demi-finale était dans l’ombre du « Winter Game » de DEL, le derby extrêmement populaire entre Cologne et Düsseldorf. Mais le match aller, dans une patinoire munichoise pleine, s’est déroulé devant 210 000 téléspectateurs (330 000 en pointe), de bons chiffres pour du hockey de clubs en Allemagne.

Munich, qui a un budget bien supérieur et une équipe plus forte sur le papier, était légitimement favori. Son entraîneur Don Jackson avait déclaré qu’il « attendait » que son équipe remporte la victoire. Au match aller la semaine dernière, il a attendu, attendu… et rien n’est jamais venu ! Comme depuis le début de la compétition, Salzbourg a patiné très fort et a sans doute un peu surpris son adversaire par sa vitesse et son agressivité. Munich a mis du temps à s’ajuster et a mieux fini la rencontre, mais le 0-0 (!) a donné raison à Greg Poss, l’entraîneur de Salzbourg, qui annonçait très peu d’écart entre les deux équipes…

Tout se joue donc ce soir à Salzbourg, invaincu à domicile dans cette CHL et qui a ainsi l’avantage de la glace. Ici aussi, on joue aux guichets fermés (tous les billets ont été vendus depuis une semaine) et l’ambiance est évidemment festive. Les nombreux confettis, coincés dans les filets qui surplombent le plexiglas derrière les cages, tombent sur la glace avant… et même après le coup d’envoi. Ils obligent à des balayages de la glace et le match est longuement arrêté alors que 23 secondes seulement ont été jouées.

Munich ne se laisse pas perturber. La leçon de la semaine dernière a été apprise et les Allemands veulent être les premiers à imposer leur forechecking. Frank Mauer vient charger en fond de zone Brent Regner et cette récupération de palet offre une première occasion nette à Max Kastner dans le slot. Salzbourg, très discipliné à l’aller, commet cette fois la première incartade avec un accrochage de Brant Harris en zone offensive, mais les Bavarois font peu de choses de cet avantage numérique.

Ce sont les Autrichiens qui mettent fin à la disette de buts qui dure depuis 73 minutes : le tir du cercle droit d’Alexander Pallestrang frappe les jambières du gardien héros des Jeux olympiques Danny aus den Birken. Le rebond axial est une aubaine pour Alexander Rauchenwald, qui avait frappé le poteau au match aller et qui propulse cette fois le palet au fond. Munich ne se laisse toujours pas démonter, avec de l’engagement physique dans la conquête du palet et de la pression. Mark Voakes occupe le « bureau de Gretzky » derrière le but et y trouve une bonne passe vers Kastner, qui réussit cette fois à tromper Stephen Michalek, sous le bras. Et six petites secondes avant la pause, la passe de derrière la cage fait de nouveau office d’arme fatale : la passe de Derek Joslin est détournée par un défenseur… mais le palet arrive en haut d’enclave sur son collègue défenseur Yannic Seidenberg. Il marque en lucarne, côté mitaine, et donne l’avantage aux Allemands (1-2).

Passés devant de manière méritée après 19 tirs en 20 minutes, les Munichois ont-ils fait le plus dur ? Ce n’est pas l’avis de Salzbourg, qui lance à son tour autant que possible à la cage pour provoquer sa chance et chercher des rebonds. Brent Harris rabat dans les filets un palet en cloche, mais avec une crosse si haute que cette égalisation est immédiatement refusée sans discussion. Un palet libre au rebond, il y en a un après un tir du poignet de la ligne bleue de Regner, mais Hochkofler ne le voit pas assez vite.

Munich contrôle la partie en troisième période : de longues séquences dans le camp adverse sont encore la meilleure manière d’éloigner le danger. Les premières pénalités allemandes qui surviennent dans ce dernier tiers-temps (une charge avec la crosse de Shugg et une obstruction de Mauer) ont d’ailleurs lieu en zone offensive, comme l’unique prison autrichienne en début de match ! Elles pourraient coûter cher mais restent sans conséquence. Entre-temps, Patrick Hager a creusé l’écart, une fois encore sur une passe de derrière la cage (de Yasin Ehliz). Même après la sortie du gardien local en fin de match, Munich ne tremble jamais vraiment. Le public continue ses encouragements mais semble inconsciemment résigné. On ne sent aucune étincelle qui pourrait renverser le cours des choses. Salzbourg n’aura signé que cinq tirs dans ces vingt dernières minutes.

Le favori a gagné. Munich est en finale de CHL face à l’ogre de la compétition Frölunda (qui recevra en tant que club mieux classé en poule). Un nouvel exploit pour le hockey allemand, un an après la finale des Jeux olympiques. Les six internationaux de Munich qui ont déjà participé à l’aventure coréenne (Hager, Ehliz, Mauer, Boyle, Seidenberg, Aus den Birken) comptent bien gagner la finale cette fois. Ils savent que rien n’est impossible et ont insufflé cette conviction à leur équipe.

Commentaires d’après-match :

Greg Poss (entraîneur de Salzbourg) : « Munich est une très bonne équipe. Nous n’avons pas été aussi constants qu’eux. Le deuxième but à la fin du premier tiers a fait mal. Nous nous sommes stabilisés, mais Munich a très bien joué. Cette demi-finale reste une belle réussite. J’espère naturellement que Munich gagnera la finale. »

Don Jackson (entraîneur de Munich) : « Je suis très fier du parcours accompli. Nous avons bataillé face à de bonnes équipes, dans notre groupe, aux tours précédents avec Berne et Malmö, la semaine dernière et ce soir avec Salzbourg. »

Salzbourg – Munich 1-3 (1-2, 0-0, 0-1)
Mercredi 16 janvier 2019 à 20h20 à l’Eisarena de Salzbourg. 3400 spectateurs (guichets fermés).
Arbitrage de Mikael Nord et Sören Persson (SUE) assisté d’Elias Seewald et David Nothegger (AUT).
Pénalités : Salzbourg 2′ (2′, 0′, 0′) ; Munich 4′ (0′, 0′, 4′).
Tirs : Salzbourg 28 (10, 13, 5) ; Munich 38 (19, 11, 8).

Évolution du score :
1-0 à 13’26 : Rauchenwald assisté de Pallenstrang
1-1 à 16’57 : Kastner assisté de Voakes et Seidenberg
1-2 à 19’54 : Seidenberg assisté de Wolf et Joslin
1-3 à 49’59 : Hager assisté d’Ehliz et Wolf

Salzbourg

Attaquants :
Thomas Raffl (-2) – Ryan Duncan – John Hughes (-1)
Raphael Herburger (-1) – Christopher Vandevelde (-1) – Brant Harris (-1, 2′)
Peter Hochkofler – Alexander Rauchenwald (-1) – Mario Huber (+1)
Florian Baltram – Michael Schiechl – Alexander Cijan

Défenseurs :
Dominique Heinrich – Brent Regner
Robert Raymond – Daniel Jakubitzka (-1)
Alexander Pallestrang (-2) – Martin Štajnoch (-1)
Matthias Trattnig

Gardien :
Stephen Michalek [sorti à 57’38]

Remplaçants : Lukas Herzog (G), Dario Winkler. Absents : Dustin Gazley (épaule), Layne Viveiros (doigt cassé).

Munich

Attaquants :
Yasin Ehliz (+1) – Patrick Hager (+2) – Michael Wolf (+2)
Maximilian Kastner (+1) – Mark Voakes – Frank Mauer (2′)
Justin Shugg (2′) – Matthew Stajan – Trevor Parkes
Ryan Button – Andreas Eder – Tobias Eder
Maximilian Daubner

Défenseurs :
Keith Aulie – Daryl Boyle
Konrad Abeltshauser (+1) – Yannic Seidenberg (+2)
Andrew Bodnarchuk – Derek Joslin (+1)

Remplaçants : Kevin Reich (G), Jakob Mayenschein. Absents : John Mitchell (jambe), Jason Jaffray (« bas du corps »), Mads Christensen (opéré du « haut du corps »).

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