Coupe du monde annulée, un mal pour un bien ?

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2020 devait être une année de Coupe du monde pour la NHL, c’est en tout cas ce qu’elle avait laissé entendre jusque-là. Il n’en sera rien alors que l’ombre d’un nouveau lock-out est toujours menaçante.

Éviter le fiasco de 2004

C’est cette semaine via un communiqué commun de la NHL et son association des joueurs, la NHLPA, que fut annoncée l’annulation de la prochaine Coupe du monde : « la NHL et la NHLPA ont déclaré conjointement qu’il n’était pas réaliste de programmer une coupe du monde pour l’automne 2020. Les partis entendent poursuivre le dialogue dans le but de programmer une prochaine coupe du monde, mais dans le cadre d’un accord plus large contenant un calendrier international à long terme.« 

En 2016, la NHL avait ressuscité la Coupe du monde, qu’elle avait déjà organisée en 1996 et 2004. L’édition 2016 était le dernier tournoi international qui avait convié les meilleurs hockeyeurs du monde, habitués par le passé à disputer les Jeux olympiques, entre 1998 et 2014.

Gary BettmanSi cette coupe du monde 2020, prévue en septembre comme celle de 2016, a été déprogrammée, c’est surtout pour éviter une catastrophe semblable à celle de 2004. Le 14 septembre de cette année-là, le Canada avait triomphé 3-2, à Toronto, face à la Finlande. Mais deux jours plus tard, patatras, un lock-out émergeait qui allait paralyser pour une saison entière le circuit Bettman. C’est justement ce genre de mésaventure que le grand patron Gary Bettman et toute la famille NHL souhaitent éviter.

La convention collective actuelle a été ratifiée entre la ligue et les joueurs en 2013, et court jusqu’en 2022. Mais chacun des partis peut remettre en cause l’accord, les joueurs ayant jusqu’au 1er septembre prochain, les propriétaires jusqu’au 15 septembre. Si l’un ou l’autre des partis devaient contester l’actuelle convention collective, cela provoquerait alors un nouveau lock-out. Et fixer une coupe du monde en septembre 2020, à une période critique, posait franchement problème niveau timing. Elle a donc été annulée et promise pour une date ultérieure. Il faut tout de même souligner que, pour éviter une nouvelle paralysie du circuit, les négociations entre la NHL et la NHLPA avaient repris le 10 janvier lors d’une réunion à Las Vegas, puis cette semaine à Toronto. À chaque fois, les discussions ont été jugées positives, ce qui n’est pas forcément habituel en 25 ans de mandat Bettman.

Une Coupe du monde 2016 imparfaite

Contrairement aux championnats du monde sous le joug de la fédération internationale (IIHF), la Coupe du monde est un pur produit de la NHL, un produit par la NHL et pour la NHL. La ligue l’avait mise en place afin de mobiliser les meilleurs des meilleurs sous leur maillot national, et de rallumer l’effervescence qu’avait su créer la défunte Coupe Canada, épreuve culte qui s’est déroulée à plusieurs reprises entre 1976 et 1991.

L’édition 2016 faisait office de résurrection, avec la volonté de faire de ce tournoi un rendez-vous incontournable tous les quatre ans. La NHL avait alors trouvé la (sa) solution pour satisfaire des stars du palet obnubilées par les Jeux olympiques. Les NHLers aux JO, c’est une habitude qui a pris fin après les jeux de Sotchi, faute d’accord entre l’IIHF, la NHL et le Comité International Olympique. La NHL avait un souhait avec cette édition 2016 : montrer que la présence des joueurs NHL aux JO était dispensable, dès lors qu’ils avaient à leur disposition un tournoi international. De quoi ravir les propriétaires de franchise, toujours frileux à l’idée de voir leurs joueurs se joindre à la grande messe olympique.

Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu en 2016. Les États-Unis, la cible majeure de cet événement, ont rapidement été éliminés en terminant derniers de leur poule. La Team Europe, faire-valoir créé de toutes pièces par la NHL pour attirer l’attention (toute relative) d’une partie de l’Europe pour cette compétition, s’est hissée contre toute attente en finale contre le Canada, rendant moins savoureux un choc qui aurait pu l’être davantage s’il s’agissait des USA ou de la Russie. Cette victoire sans saveur du Canada, en dépit du courage de l’équipe européenne, s’est noyée à une période et dans une ville, Toronto, où l’équipe locale de baseball, les Blue Jays, réalisait l’une de leurs meilleures campagnes en MLB.

STAMKOS Steven-100510-235À l’annonce de l’annulation de la Coupe du monde 2020, certains ne cachaient pas leur déception, comme Auston Matthews ou John Tavares. Pour autant, rien ne vaudra l’exposition olympique. Les parades de Dominik Hašek à Nagano 98 ou le but en or de Sidney Crosby à Vancouver 2010 demeureront dans la légende, à un niveau que ne saurait atteindre n’importe quelle coupe du monde. Steven Stamkos le rappelait justement cette semaine au Toronto Star : « Je ne pense pas que la dernière Coupe du Monde fût le meilleur tournoi. Pas du tout. Il y avait une équipe de jeunes stars d’Amérique du Nord, Une Team Europe. Pour être honnête, je ne suis pas un grand fan de tout cela. Ce ne sont pas les Jeux olympiques. Je n’ai pas eu l’occasion de jouer les JO [il a renoncé à Sotchi 2014 à cause d’une blessure, NDLR] mais après en avoir parlé avec d’autres joueurs, j’ai réalisé que ce n’était pas la même chose. Bien sûr, quand il y a une opportunité de jouer pour votre pays, vous vous efforcez de le faire. Mais du point de vue des joueurs, les JO sont un événement que nous attendons, et ils nous ont été enlevés. En conséquence, cela a beaucoup irrité les joueurs.« 

Les JO, le cheval de bataille des joueurs

Les propos de la star de Tampa Bay en disent long sur la position actuelle des joueurs. C’est bien joli cette Coupe du monde, l’équipe U23 d’Amérique du Nord a atteint une coolitude rare, mais les Jeux olympiques demeurent dans l’esprit des joueurs, qui ont en effet eu beaucoup de mal à digérer l’absence d’accord pour PyeongChang 2018. Et l’annulation de la Coupe du monde 2020 par la NHL sonne comme un aveu de faiblesse, cela peut donner du grain à moudre pour envoyer les joueurs à Pékin 2022. Hormis leur volonté de réduire les charges sur leurs salaires, leur présence aux JO sera au cœur des négociations de la prochaine convention collective, et il est dans leur intérêt de commencer les négociations dès maintenant avant la date d’expiration du 1er septembre.

Le communiqué officialisant l’annulation de la prochaine coupe du monde parle d’ailleurs de la volonté d’instaurer un calendrier international à long terme. Les Jeux olympiques y seront-ils inclus ? Ce serait toutefois surprenant de ne pas voir les hockeyeurs de la NHL défiler à Pékin. Le marché chinois, même si le hockey sur glace y tient aujourd’hui encore une place minuscule, a un potentiel non négligeable. La NHL y a d’ailleurs développé quelques projets, et même organisé quelques matchs à la rentrée 2018.

Gary Bettman est le grand patron de la NHL depuis février 1993, et il a déjà connu trois lock-outs. Mais l’actuelle convention collective, qui comprend un partage des revenus à 50-50 avec les joueurs, a permis d’augmenter le bénéfice d’exploitation par trois. L’introduction d’une équipe à Las Vegas a été une franche réussite et l’effervescence entoure déjà l’arrivée de Seattle. Mais à Vegas au début du mois, Bettman promettait : « nous verrons ce qu’il adviendra, mais je ne chercherai pas à aller au conflit ». Qu’il en soit ainsi. Avec la NHL aux JO dans la poche.

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