Les Boxers au tapis, bilan d’une saison particulière

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Éliminés par les Gothiques d’Amiens au terme d’une série qui aura monopolisé l’attention, les Boxers de Bordeaux sont donc en vacances. Après une saison aussi riche en rebondissements qu’en déceptions, les hommes de Philippe Bozon sont bientôt à l’heure du bilan. Au menu, une belle défense, un changement de coach, des blessures (très) handicapantes et certainement un goût d’inachevé. 

Demi-finalistes émérites de la Ligue Magnus et de la coupe de France la saison dernière, les Boxers de Bordeaux souhaitaient a minima renouveler le même niveau de performances, mais surtout passer un palier supplémentaire.

Contraints de remplacer certains départs importants comme Spencer Edwards, Julien Desrosiers (retraite),  Olivier Labelle, Felix Petit, Patrick McEachen, ou Nicolas Besch, le club a dû initier un recrutement massif avec les arrivées, entre autres, d’Olivier Latendresse, excellent attaquant canadien,  Andrew Johnston et Teemu Loizeau (ex-Chamonix), Victor Barbero qui jouait en Suisse, Alexandre Mulle arrivé d’Épinal, et Aziz Baazi depuis Grenoble.

Malheureusement rattrapés par un déficit important, les Boxers ont dû demander aux joueurs de consentir à un rabais salarial pour repasser sous le plafond exigé par la fédération. Olivier Latendresse notamment refusera, pour rejoindre Grenoble. Pour compenser, les Bordelais parviendront à recruter in extremis Hugo Gallet, laissé libre par un club tchèque, et de manière extrêmement surprenante (en apparence) Tanner Glass, jeune retraité de la NHL qui souhaitait vivre une expérience en Europe sans exiger un salaire mirobolant.

Toujours sous surveillance financière, le club a malgré tout écopé d’une sanction équivalente à un retrait de neuf points en championnat, les obligeant rapidement à revoir à la baisse leurs espoirs de profondeur d’effectif, et également de classement.

Un départ canon 

Comment donc plus mal aborder la saison qu’en se retrouvant dernier, avec -9 au classement, alors que les principaux rivaux pouvaient compter jusqu’à 10 points d’avance rapidement. Pourtant, en démarrant tambour battant, Bordeaux a comblé son retard assez rapidement pour se replacer dans la partie qualificative en playoffs.

Avec 7 victoires en 10 matchs, les pensionnaires de Mériadeck ont impressionné leur monde en inscrivant notamment 33 buts, les propulsant aux alentours de la 5/6e place, de manière presque inespérée quelques semaines auparavant. La suite s’est un peu gâtée, après un mois de novembre plus compliqué, et notamment 6 défaites en 7 matchs et 28 buts encaissés.

Coup de fatigue, blessures et irrégularité chronique

Alors, coup de fatigue ou relâchement ? Les Bordelais ont en plus de cela subi un premier coup dur dès le 28 septembre avec la nouvelle commotion de Maxime Sauvé, qui avait alors inscrit 2 buts et 8 assistances en 12 rencontres. Considéré alors comme l’un des (le ?) meilleurs attaquants de l’équipe, et profitant même d’une entente importante avec son coéquipier Adam Hughesman, Max Sauvé a laissé une importante place vide tant humainement que comptablement dans l’équipe.

Pour le remplacer, sous la contrainte d’une situation financière compliquée, les dirigeants décident qu’ils ne pourront pas lancer de recrutement palliatif comme ils l’avaient fait l’an passé, et finissent quand même par sortir Julien Desrosiers de sa retraite, lui qui était en charge de l’équipe U20 du club.

Même si l’ex-international français était bien en retard physiquement, son expérience, sa vision du jeu, sa technique et sa capacité à trouver des solutions dans les petits espaces vont se révéler capitales. L’absence de Maxime Sauvé se fait toujours sentir, mais le numéro 42 sort son équipe de quelques déconvenues supplémentaires, en inscrivant plusieurs buts décisifs.

Si décembre a vu une amélioration avec un peu plus de 50% de victoires, les Boxers rentrent dans une période où ils enchaînent des séries de 3 ou 4 victoires de suite, puis 2 ou 3 défaites consécutives. D’une défaite 3-2 en prolongation à Grenoble le 2 janvier dans un plutôt bon match, ils vont se faire étriller 6-3 à Gap quelques jours plus tard.

Leur irrégularité ira jusqu’à se manifester au sein même des matchs. Le 11 janvier, en menant 3-0 à Anglet en fin de 2e tiers, les protégés du manager général Stéphan Tartari s’acheminent vers une victoire très importante, mais vont finir par perdre 4-3 au terme d’une dernière période cataclysmique, en encaissant même des buts alors qu’ils évoluaient en supériorité numérique. Quatre jours plus tard, les Angloys viendront en prendre 7 à Mériadeck… Comment pronostiquer les Boxers ? Impossible de savoir.

En playoffs, la perte de Julien Desrosiers, lui aussi sur commotion (on ne reviendra pas sur les circonstances), combinée à la blessure de Clément Fouquerel dans le match 5 face à Amiens auront sonné le glas d’une équipe trop juste quantitativement et qualitativement.

Jeu si défensif et rugueux ?

Concernant quelques poncifs à propos des Boxers, ils pratiquent un jeu restrictif, défensif et plutôt rugueux.

Si nous regardons de plus près les statistiques prodiguées par Magnus Corsi, il est vrai que Bordeaux est l’équipe qui concède le moins de tirs de la ligue. Néanmoins, une fois ces tirs concédés, les chances adverses deviennent aussi dangereuses que chez les autres. On concède globalement autant de tirs sur les bords de Garonne qu’à Grenoble, en revanche les Isérois sont plus performants lorsqu’il s’agit d’éteindre un feu. Avec environ 10,1 Sca/60 minutes (chances encaissées par tranches de 60 minutes), les BDL font mieux que les 14,3 Sca/60 bordelaises. Autant de tirs concédés, mais ils sont toujours moins dangereux pour les BDL que pour les Boxers. En gros, ils souhaitent empêcher au maximum les tirs adverses. Toutefois, une fois que cette mission est manquée, les adversaires se procurent des occasions aussi franches que face aux autres équipes.

Du coup qu’en est-il de leur projection offensive ? Force est de constater que le corsi autour de 54,1% participe plutôt à nous faire croire que Bordeaux tire plus au but adverse que beaucoup d’équipes de ligue Magnus, ce qui est statistiquement le cas.

Les buts anticipés (51,7%), et les chances « high danger » (52,9%) sont également équivalentes au top 5 du championnat, n’en faisant pas comptablement une équipe si défensive que cela. On peut malgré tout considérer que c’est une équipe qui joue potentiellement très vite en contre, apportant le danger de manière très efficace sur la cage adverse, même si sa réussite est inférieure aux tout meilleurs (PDO à 99,5), provenant d’un taux de précision devant les buts un peu moindre que les grands favoris de l’hexagone.

En ce qui concerne la rugosité, les Boxers sont la 4e formation la plus pénalisée du championnat, avec 786 minutes de prison, à égalité de nouveau avec Grenoble, et pas très loin devant Gap (782 mn). Est-ce que l’on considère les Brûleurs de loups  et les Rapaces comme des bouchers ? Pas spécialement.

Ce qui est certain, c’est que l’équipe a manqué de banc et de profondeur. L’impression du dicton « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » paraît adapté sur la seconde partie de saison, ce qui, conjugué à la sanction de début d’année, n’aura pas permis aux hommes de Philippe Bozon de mieux se placer en Magnus, et d’aller également plus loin que les seizièmes de finale de coupe de France à Anglet, prématurément éliminés d’une compétition qui aurait pu devenir un objectif tant ils étaient passés près d’une finale lors des deux saisons précédentes.

L’heure du changement ? 

Avec le départ du coach Bozon pour entraîner l’équipe de France, le club s’est donc posé la question du changement. C’est Olivier Dimet, coach de l’Hormadi qui vient reprendre la barre. Éducateur très travailleur, meneur d’hommes et fiable techniquement, l’ex-Angloy a donc séduit l’encadrement bordelais. Il sera pendu aux questions de budget, impliquant directement la qualité du recrutement des Boxers notamment.

La stratégie du club en découlera donc, à savoir s’ils continuent à tenter de se munir de cadres expérimentés, connaissant bien la Magnus, voire les niveaux supérieurs, ou s’ils essaient plutôt de partir sur des profils plus jeunes, et donc moins onéreux. La nouvelle identité de jeu de l’équipe sera ainsi connue par la suite.

Dans tous les cas, même si Philippe Bozon s’en est allé, l’ambition du club reste intacte, cherchant toujours à figurer le plus haut possible en élite, dans une patinoire possédant la 2e moyenne d’affluence du pays entre Grenoble et Rouen. Un titre reste toujours dans les plans du club, même si l’armement adverse n’est pas moins bon, ne facilitant pas la tâche des Bordelais, également toujours sous surveillance quand à leur santé financière.

L’engouement autour du club est réel, et nul doute que l’intersaison sera assidûment suivie par une foule de partisans qui commencent à se fidéliser au 3e sport professionnel en place à Bordeaux.

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