Performance historique des Finlandaises

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Quand on évoque le hockey féminin, on ne peut s’empêcher de penser aux deux superpuissances, le Canada et les États-Unis, qui font la loi depuis le début en se partageant les titres aux Mondiaux et aux Jeux olympiques.

Les Canadiennes, en perte de vitesse ces dernières années vis-à-vis des super rivales américaines, n’ont qu’un seul objectif en tête : se réapproprier l’or mondial, qu’elle n’ont plus gagné depuis 2012, autant dire une éternité pour la feuille d’érable. Encore faut-il passer sans encombre l’obstacle de la demie.

Car face aux Canadiennes, on retrouve des Finlandaises lassées de leur statut. En guise de régularité, la nation fait également figure d’exemple au hockey féminin avec une participation systématique aux dernier carré depuis la création des Championnats du monde, en 1990. Mais les Lionnes ont faim. La Finlande, toujours éliminée à ce stade des demies, ne veut plus de ce statut de figurante, et se rêve d’accéder à une finale de Mondial chez elle, à Espoo.

On se rappellera que, en phase de groupe, les Naisleijonat avaient très bien résisté face aux USA en ouverture avant de s’effondrer en fin de match (2-6), qu’elles avaient corrigé la Russie (4-0) et la Suisse (6-2). Mais qu’elle avaient aussi subi une lourde défaite contre le Canada (1-6) qui fait un peu tache sur le tableau. En quart de finale, les Lionnes ont tout de même fait bonne figure en disposant d’une vaillante équipe tchèque 3-1, affichant un jeu fluide et très énergique.

En 23 affrontements contre le Canada, la Finlande n’a remporté qu’une seule victoire, c’était il y a deux ans (4-3) aux Mondiaux de Plymouth, évidemment en phase de groupe.

Avant le début de la compétition, le sélectionneur Pasi Mustonen affirmait qu’il disposait de la sélection féminine « la plus mobile et la plus compétitive de l’histoire ». Il est désormais temps de le prouver.

Sans surprise, l’expérimentée Shannon Szabados prend place devant la cage canadienne, tout comme Noora Räty côté suomi. Sans surprise également, la superstar canadienne Marie-Philip Poulin, dont le genou est encore trop fragile, se retrouve en tribune.

Asphyxie à la canadienne

Faire vaciller le Canada en match éliminatoire, le défi est énorme pour la Finlande, et on le comprend très vite. Les joueuses suomi sont acculées dans leur camp dès les premières minutes, et elles subissent trop pour s’en sortir. Laura Stacey frappe et Jamie Rattray, placée devant le demi-cercle, dévie dans le but (1-0, 02’32 »). Après cinq minutes de jeu, le Canada mène aux tirs 8-1 et au tableau d’affichage 1-0. Les deux pénalités finlandaises sifflées dans ce début de match, à l’encontre de Niskanen et Sallinen, ne laissent présager rien de bon. Pourtant, malgré la force de frappe adverse dont une reprise de volée de Saulnier et un angle favorable pour Daoust, la Finlande résiste en infériorité, et la remarquable conservation de puck de Susanna Tapani et Michelle Karvinen redonne de l’oxygène à une équipe asphyxiée.

La Finlande retrouve des couleurs, et se procure une occasion franche lorsque Petra Nieminen met le feu devant la cage de Szabados. Nieminen manque l’égalisation mais tout n’est pas perdu puisque, à l’issue de cette action, Fortino est envoyée en prison. Et la voilà cette égalisation, lors du jeu de puissance : Jenni Hiirikoski réalise un puissant slap de la ligne bleue dont elle a le secret, dévié par Ronja Savolainen (1-1, 16’23 »). Chahutée en début de match, la Finlande est parvenue à remonter à la surface et revenir dans le match. Coup dur pour le Canada, Blayre Turnbull, qui a chuté la tête la première contre la balustrade, quitte le match pour rejoindre les tribunes.

Les Canadiennes ne sont plus aussi souveraines, même si elles accueillent à bras ouverts une double supériorité numérique, Tuominen et Sallinen rejoignant à 12 secondes d’intervalle la prison. 1’48 de double avantage numérique pour le Canada, on craint le pire pour la Finlande. C’est sans compter sur une Noora Räty absolument remarquable devant ses filets qui détourne devant Nurse, réagit avec un splendide papillon face à Johnston et s’interpose de la mitaine sous les yeux d’Ambrose. La double infériorité est tuée, la foule d’Espoo exulte !

Doute dans le camp canadien

Quelques secondes après l’expiration de la double pénalité, c’est au tour de Stacey d’être sanctionnée pour une interférence sur Räty. Et la Finlande ne rate pas l’occasion. Décalée par Noora Tulus, Jenni Hiirikoski envoie une nouvelle mine de la ligne bleue (1-2, 26’50 »). La défenseure de Luleå comptabilise 10 points dans ce Mondial. Pour autant, les Canadiennes ne veulent pas laisser s’échapper leurs adversaires. Une minute plus tard, Loren Gabel, au début et à la fin d’une action offensive, égalise en marquant entre ses jambes (2-2, 27’53 »).

Mais le Canada demeure fébrile, à l’image de cette interception qui aurait pu lui être fatale, mais Tapani ne cadre pas son revers. Et Räty qui continue de parader, intervenant sur un rebond que convoitait Saulnier, et détournant un essai de Bettez. Le doute, toujours ce doute qui entoure les Canadiennes. Et puis un nouveau revers pour la troupe coachée par Perry Pearn. Alors que le Canada est à la relance en zone défensive, Michelle Karvinen jaillit, conserve le palet puis elle le glisse à Nelli Laitinen, la jeune attaquante de 16 ans ne se pose aucune question et frappe de la ligne bleue, le puck est alors dévié par Susanna Tapani et passe entre les jambes de Szabados (2-3, 36’18 »). Hystérie dans la Metro Areena d’Espoo ! La foule est devenue électrique, et s’agite encore lorsque Noora Tulus est oubliée sur son aile gauche, Shannon Szabados détourne in extremis de la jambière. La Finlande est alors à vingt minutes d’un exploit sans précédent.

En route pour l’histoire

À l’amorce du troisième tiers-temps, le Canada veut reprendre le contrôle du match, en vain. Les Finlandaises sont héroïques pour se sortir d’une pénalité contre Rajahuhta, et continuent de défendre comme des Lionnes. Elles résistent face à la superpuissance canadienne. Räty continue de faire le spectacle devant les filets suomi, arrêtant Mélodie Daoust à la 48e minute. Mais à la 51e, Tapani loupe sa relance, interceptée justement par l’attaquante québécoise qui centre fort pour Saulnier. Räty se couche de même que Tapani dans la cage, le puck est alors invisible mais les Canadiennes lèvent les bras. Après une interminable vérification à la vidéo, le but est refusé.

Pas le choix pour le Canada, toujours mené : il faut repartir à l’attaque. Rebecca Johnston, Sarah Nurse par deux fois, les Canadiennes tirent leurs dernières cartouches dans la bataille. Sans succès, Noora Räty tient bon. Les « Suomi ! Suomi ! » se font de plus en plus forts, le public pousse une équipe qui reste appliquée et concentrée. À 82 secondes, Shannon Szabados déserte sa cage pour une joueuse de champ supplémentaire, mais la Finlande verrouille toujours. Dans la dernière minute, les Canadiennes se ruent sur la cage finlandaise, le puck ressort, Ronja Savolainen s’en empare et s’envole seule vers le but pour marquer en cage vide (2-4, 59’22 »). Les secondes passent et la Metro Areena explose !

Ce samedi 13 avril 2019 est un jour historique. Pour la première fois de l’histoire du hockey, la sélection féminine du Canada n’atteint pas la finale des championnats du monde, depuis leur création en 1990. Et pour la première fois de l’histoire, la Finlande féminine accède au match pour la médaille d’or.

Un match d’anthologie de la part des Finlandaises qui, en dépit des moments difficiles, ont suivi leur plan de jeu, déterminées, efficaces et rigoureuses. Le coach Pasi Mustonen, qui avait vanté les qualités de son équipe avant la compétition, s’allonge sur la glace et l’embrasse, reconnaissant dans une antre où s’est déroulé ce qui sera l’un des matchs les plus marquants de l’histoire du hockey. Rien que ça.

Il ne reste plus qu’à accomplir un rêve pendant trop longtemps inaccessible. Cette finale sera un nouveau défi, celui des Américaines, quadruples championnes du monde en titre, championnes olympiques à PyeongChang, et qui ont écrasé la Russie 8-0 lors de leur demi-finale. Vous avez dit mission impossible ?

Élues meilleures joueuses du match : Jillian Saulnier pour le Canada, Noora Räty pour la Finlande.

Commentaires d’après-match

Michelle Karvinen (attaquante de la Finlande) : « Je crois que tout est dit. C’est ce dont nous avions besoin. Nous voulions le prouver depuis tellement longtemps, parce que nous savions très bien que nous pouvions le faire. Je pense que ça permettra d’éveiller les consciences du hockey féminin, qu’il y a bien plus que deux équipes. Et que tout le monde peut le faire, il faut simplement être disposé à travailler pour y arriver. Je pense que nous avons été courageuses. Elles ont eu plusieurs jeux de puissance, mais nous sommes restées calmes. Et nous avons attendu les opportunités, nous avons gardé le cap en tant qu’équipe. En bloquant les tirs, en travaillant, en patinant, nous avons fait tout ce qui était nécessaire en équipe. Donc véritablement, c’était un effort d’équipe. »

Pasi Mustonen (entraîneur de la Finlande) : « Mes joueuses sont très autonomes, cela fait partie du processus. Elles prennent beaucoup de décisions, des décisions de coaching, des décisions pratiques, elles planifient ce qui est nécessaire. Je suis tellement fier de ces joueuses, car nous avons mis en place ce processus, tous ensemble avec le staff, un processus propre à la sélection nationale féminine. Quand vous faites ce genre de processus année après année, tôt ou tard, cela rapporte gros. »

Jillian Saulnier (attaquante du Canada) : « De toute évidence, la Finlande est une excellente équipe, elle jouait une demi-finale dans sa patinoire chez elle. Je les félicite, elles ont réalisé un fabuleux match aujourd’hui. Aujourd’hui, sans aucun doute, nous avons pris une grande leçon. »

Canada – Finlande 2-4 (1-1, 1-2, 0-1)
Samedi 13 avril 2019 à 16h00 à la Metro Areena d’Espoo. 4311 spectateurs.
Arbitrage de Nicole Hertrich (ALL) et Jamie Huntley Park (USA) assistées de Veronica Lovensno (SUE) et Diana Mokhova (RUS).
Pénalités : Canada 8′ (2′, 4′, 2′), Finlande 10′ (4′, 6′, 0′).
Tirs : Canada 45 (14, 18, 13), Finlande 19 (6, 9, 4).

Évolution du score :
1-0 à 02’32 » : Rattray assistée de Stacey
1-1 à 16’23 » : Savolainen assistée de Hiirikoski et Tulus (sup. num.)
1-2 à 26’50 » : Hiirikoski assistée de Tulus et Savolainen (sup. num.)
2-2 à 27’53 » : Gabel assistée de Jenner et Bettez
2-3 à 36’18 » : Tapani assistée de Laitinen et Karvinen
2-4 à 59’22 » : Savolainen

Canada 

Attaquantes :
Rebecca Johnston (-1) – Mélodie Daoust (A) – Jillian Saulnier
Loren Gabel – Brianne Jenner (C, -1, 2′) – Ann-Sophie Bettez
Sarah Nurse (-1) – Blayre Turnbull – Natalie Spooner (-1)
Laura Stacey (+1, 2′) – Emily Clark (2′) – Jamie Rattray (+1)

Défenseures :
Laura Fortino (2′) – Renata Fast (+1)
Jocelyne Larocque (A) – Erin Ambrose (-1)
Brigette Lacquette (+1) – Micah Zandee-Hart
Jaime Bourbonnais

Gardienne :
Shannon Szabados [sortie de 58’44 » à 59’22 » puis à 59’38 »].

Remplaçante : Emerance Maschmeyer (G). En réserve : Geneviève Lacasse (G), Marie-Philip Poulin.

Finlande

Attaquantes :
Michelle Karvinen (A) – Riikka Sallinen (A, +1, 4′) – Susanna Tapani (+1)
Petra Nieminen – Linda Välimaki – Noora Tulus
Venla Hovi (-1) – Tanja Niskanen (-1, 2′) – Elisa Holopainen
Annina Rajahuhta (2′) – Vivi Vainikka – Emma Nuutinen

Défenseures :
Jenni Hiirikoski (C, +1) – Nelli Laitinen
Ronja Savolainen (+1) – Minnamari Tuominen (2′)
Isa Rahunen (-1) – Rosa Lindstedt (-1)
Ella Viitasuo

Gardienne :
Noora Räty

Remplaçante : Eveliina Suonpää (G). En tribune : Jenna Silvonen (G), Sanni Hakala.

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