Le rêve touché du doigt

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Samedi, la Finlande a réussi une performance historique en devenant la première sélection non nord-américaine de l’histoire à se hisser en finale des Mondiaux féminins. En un match, les Finlandaises ont bousculé trois décennies d’hégémonie américano-canadienne au sommet du monde. Vingt-quatre heures après cette partie dantesque, l’explosion de joie des Naisleijonat, l’embrassade du coach Pasi Mustonen sur la glace et les larmes de la doyenne de l’équipe Riikka Sallinen (45 ans), les émotions doivent se digérer car il reste une finale à jouer.

Après avoir écarté le Canada en demi-finale (qui a terminé en bronze en détruisant la Russie 7-0), il reste une superpuissance à briser. Mais en apparence, celle-ci paraît imbattable. Les Américaines règnent en maîtres, elles sont championnes olympiques en titre et quadruples championnes du monde en titre. À Espoo, la troupe étoilée entraînée par Bob Corkum n’a pas fait de détails, vainqueur du groupe A, se débarrassant ensuite du Japon 4-0 en quart de finale puis atomisant en demie la Russie 8-0 (après l’avoir battue 10-0 en phase de groupe…).

C’est donc encore un immense défi pour les Lionnes, qui retrouvent leur antre électrique d’Espoo, avec en ligne de mire un or mondial qu’elles peuvent se permettre de viser. À condition que Noora Räty (96% d’arrêts contre les Canadiennes) poursuivent ses prouesses et que ses coéquipières affichent la même énergie et la même application pour contenir toute cette armada menée par les Hilary Knight, Kendall Coyne Schofield, Dani Cameranesi ou Alex Carpenter. Et il faudra aussi transpercer une forteresse américaine qui n’a pas encaissé de but en 278 minutes dans ce tournoi. Pasi Mustonen peut en tout cas compter sur toutes ses forces vives puisque Sanni Hakala, qui souffrait d’une commotion cérébrale, est apte au jeu. Un effectif complet, ce ne sera pas de trop pour marquer davantage l’histoire.

Le début de match est très rythmé, mais, contrairement à la veille contre le Canada, la Finlande ne subit pas, avec quelques bonnes séquences de conservation. Pendant un temps, car au fil des minutes, les Américaines accélèrent. Noora Räty doit produire des premiers arrêts, successivement face à Keller, Pankowski, Decker, Knight, et surtout une frappe plein champ de Dani Cameranesi, finalement détournée de la mitaine. La foule voit bien que ses Lionnes sont en difficulté, et elle se fait entendre. Pas de quoi perturber USA Hockey, toujours dangereux. Par une montée de Pfalzer, un revers de Pannek ou des dribbles de Stecklein.

Il faut attendre la 16e minute pour voir la première occasion franche de la Finlande, un slap de Venla Hovi qui passe à quelques centimètres. Et les Américaines frôlent sérieusement l’ouverture du score avant la première pause. Räty fait un splendide double arrêt, devant Scamurra puis Brandt à la 17e. Puis deux minutes plus tard, c’est le poteau qui repousse une tentative de Coyne Schofield. Un dernier arrêt du bouclier de Räty devant Pannek, et les Finlandaises rejoignent les vestiaires en s’en sortant très bien après vingt minutes de jeu : 0-0.

Aucune pénalité n’a été sifflée en première période. Mais en faisant faute sur Sallinen, Dani Cameranesi rejoint la prison après seulement 23 secondes dans le deuxième tiers-temps. La Finlande, en dépit des bonnes entrées en zone de Tapani, peine à installer son jeu de puissance. La pénalité est tuée sans grand danger, tout comme celle purgée par Decker cinq minutes plus tard. Les Américaines s’en sortent et leur rempart Alex Rigsby met fin à un superbe mouvement d’Isa Rahunen. Elles peuvent repartir à l’attaque, Cameranesi sollicitant la mitaine de Räty et Knight réalisant une reprise de volée. La mi-match passée, les championnes olympiques réalisent un forcing impressionnant en contenant leurs adversaires dans leur camp pendant près de deux minutes. Les rotations ne se font que côté américain, la défense finlandaise souffre et Räty doit s’interposer face à Pankowski et Decker.

Mais le mur finlandais continue à tenir le choc. La tempête s’estompe. Et pourtant, c’est ce moment que choisit Annie Pankowski pour surgir côté droit, l’attaquante de 24 ans se sert alors de Hiirikoski comme écran avant de frapper, Räty ne voit rien venir et s’incline (1-0, 35’46 »). Mais les Finlandaises vont réagir. D’abord par Tulus, qui prend de vitesse la défense américaine et réussit à placer un tir malgré le retour de Bozek. Rigsby s’interpose mais elle va céder deux minutes plus tard. Petra Nieminen réalise un gros travail de récupération le long de la bande, élimine Hilary Knight et sert sur sa gauche Susanna Tapani qui frappe dans la lucarne (1-1, 38’29 »). Tapani met fin à l’invincibilité des États-Unis qui n’avaient concédé aucun but pendant 316 minutes et 34 secondes dans ce tournoi !

En raison d’une faute de Sallinen sur Pfalzer à 1,2 seconde du buzzer, les États-Unis abordent la troisième période en supériorité numérique. L’occasion pour Räty de s’illustrer encore et toujours avec un superbe arrêt de la jambière face à Knight, qui verra quelques minutes plus tard un autre de ses tirs capté cette fois-ci du gant. La Finlande s’en sort malgré une pression américaine constante. Et à la 44e minute, une superbe chevauchée de Hakala, qui dribble Barnes, oblige un sauvetage in extremis de Rigsby.

Si l’essentiel des tentatives finlandaises sont lointaines, elles n’en demeurent pas moins actives pour défendre comme des Lionnes, et limiter les angles des Américaines. Ça patine fort côté Naisleijonat, notamment pour mettre fin à un 3 contre 2 adverse ou bloquer une reprise de volée. Et la Metro Areena frissonne lorsque, à la 52e minute, Tapani réalise une interception qui aurait pu être fatale aux États-Unis, mais Rigsby intervient. Malgré une dernière possession américaine en fin de période, une frappe à bout portant de Knight et un dernier slap de Barnes, les deux équipes se séparent sur un score de 1-1 après 60 minutes : prolongation !

La Team USA ne lâche pas sa proie en temps supplémentaire, avec notamment deux bonnes occasions pour Coyne Schofield. Et à la 67e minute, Hovi est sanctionnée pour avoir chargé Decker. Temps-mort demandé par Bob Corkum. Objectif : soigner le jeu de puissance, ce que font les Américaines qui mitraillent de nouveau le but de Räty. Hilary Knight cherche d’abord astucieusement la déviation de Decker, détournée par Räty, puis la superstar des États-Unis obtient une incroyable occasion : reprise de volée de Megan Keller, Räty se couche sur le ventre mais lâche un rebond, Knight s’arrache et loge le palet… sur la transversale ! C’est ensuite Pannek, servie poteau opposé, qui loupe un caviar de Coyne Schofield. La Finlande tue cette pénalité, non sans mal. Son coach Pasi Mustonen demande à son tour un temps mort, opportun pour redonner de l’air aux Finlandaises, à l’image de Nieminen et d’un tir du revers qui aurait pu conclure de belle manière sa belle percée dans la défense américaine.

Et à la 72e minute, le tournant du match. La guerrière Jenni Hiirikoski montre son fabuleux talent de patinage en transperçant la défense américaine, la capitaine de la Finlande adresse alors un palet flottant à Alex Rigsby qui n’arrive pas à le maîtriser, Petra Nieminen en profite et marque dans le but ouvert. Les Finlandaises exultent, tout comme le public, et savourent leur premier titre mondial… mais dans cette liesse, les Américaines sont venues entourer le corps arbitral, qui procède à une vérification vidéo. Hiirikoski, dans son élan, a effectivement percuté Rigsby, placée toutefois en dehors de sa zone. Les Finlandaises, qui ont retiré gants et casques dans l’euphorie, restent en cercle dans leur coin, les Américaines fixent les arbitres. Attente insoutenable.

Après de nombreuses minutes de vérification, le but est refusé. Une décision étonnante car le choc involontaire de Hiirikoski et la présence de Rigsby en dehors du demi-cercle auraient dû conditionner une validation de but. Mais on n’est pas au bout de nos surprises. Un but refusé aurait alors forcément impliqué une pénalité contre la capitaine finlandaise. Au lieu de cela, le corps arbitral préfère signaler… un faire-trébucher contre Rigsby, que devra purger Carpenter, contradictoire vis-à-vis de la décision d’invalider le but. Surréaliste, allez comprendre…

Les Finlandaises doivent digérer cet incroyable ascenseur émotionnel, elles sont donc en powerplay, le jeu continue. Elles soignent ce jeu de puissance, et se créent de bonnes occasions avec Tulus, Nieminen, Tuominen et Välimäki. Rigsby préserve le score de parité. Alors que Decker oblige une parade papillon de Räty, la Finlande obtient encore de bonnes opportunités. À la suite d’une frappe dangereuse de Savolainen, ses partenaires se retrouvent en avantage numérique pour la fin de la prolongation. Savolainen de nouveau et Tuominen manquent la cible, et Rigsby doit s’interposer devant un dernier palet brûlant pour Lindstedt. Un but encaissé refusé, deux pénalités tuées, des occasions finlandaises à gogo : les Américaines, dans cette prolongation, s’en sortent bien…

Pour la première fois depuis 2005, l’or mondial féminin se jouera à l’issue de la séance des tirs au but. Et ça commence mal pour la Finlande puisque Michelle Karvinen et Ronja Savolainen ne parviennent pas à cadrer. Amanda Kessel, entre les jambes de Räty, et Annie Pankowski, d’une superbe feinte qui met dans le vent la gardienne finlandaise, marquent elles leur essai. Le public retrouve de l’espoir en voyant Noora Tulus réussir son tir en marquant sous la barre, et Alex Carpenter et Hilary Knight le manquer. Il reste alors deux essais finlandais. Petra Nieminen s’élance mais loupe totalement sa feinte. Enfin, Susanna Tapani se présente, freine mais trop près face à Alex Rigsby qui bouche parfaitement les angles : les Américaines sont championnes du monde pour la cinquième fois de suite.

Quelle frustration, cruelle désillusion pour la sélection féminine de Finlande qui a bien cru toucher du doigt son rêve de champion du monde. Le but refusé, décision qui ne fera pas l’unanimité – c’est le moins qu’on puisse dire – est regrettable. Et la mine des joueuses, chamboulées ou serrant froidement la main du président de l’IIHF René Fasel, en est un malheureux symbole. Quand bien même on pourrait longuement discuter sur cette décision – le Président de la République de Finlande s’est d’ailleurs permis de contacter illico l’IIHF – quand bien même la déception est immense, surtout au vu d’un écart aussi faible, les Finlandaises ont bel et bien montré dans ce tournoi à domicile qu’elles continuaient à se rapprocher des deux superpuissances nord-américaines. L’énergie et la rigueur qu’elles ont déployées leur ont permis de signer deux matchs de légende en l’espace de vingt-quatre heures. Le couronnement viendra…

Quant aux Américaines, elles continuent de se couvrir d’or, depuis 2013 aux Mondiaux et après la médaille d’or olympique de PyeongChang. Elles savent néanmoins par où cela a passé à Espoo, à l’issue d’une finale remportée dans une certaine confusion, en témoigne leur célébration sans provocation et tout en modestie.

Commentaires d’après-match

Pasi Mustonen (entraîneur de la Finlande) : « Je suis extrêmement fier de l’équipe, nous avons réalisé une performance incroyable. Finalement, elles [les Américaines, NDLR] sont frustrées, elles savent qu’elles n’auraient pas eu le titre sans l’erreur d’arbitrage. C’est le sentiment que j’ai, il y a eu une erreur d’arbitrage. Il y a des chances que je me trompe. Je ne sais pas si c’est le cas. Sinon il faut s’y pencher. Si leur gardien intervient hors de sa zone, le but doit être accepté. Et si c’est le cas, alors c’est un scandale. Nous devons tout de même nous rappeler que nous avons atteint la finale, et nous y avons joué notre meilleur match. Et rien qu’en livrant cette bataille, nous étions champions du monde. C’est une soirée incroyable, c’est difficile d’y mettre des mots. »

Noora Räty (gardienne de la Finlande) : « J’espère que plein de petites filles, qui ont regardé le match aujourd’hui, commencent à rêver des finales. J’ai participé depuis trop longtemps au match pour le bronze. Parfois, vous voulez simplement quelque chose de plus. Nous avons toujours cru que nous pouvions le faire, mais encore beaucoup trop de gens ne nous donnaient aucune chance. Je suis tellement fière de mes coéquipières. »

Alex Rigsby (gardienne des États-Unis) : « Franchement, c’était un match si excitant de nous avoir poussé jusqu’aux tirs au but. Félicitations à Noora, qui a réalisé un match extraordinaire. Je pense aussi que c’est vraiment très bien pour le sport, d’avoir eu l’opportunité de jouer la Finlande, et pour elles de venir jusqu’ici et de remporter la médaille d’argent devant leur public. »

Élues meilleures joueuses du match : Annie Pankowski pour les États-Unis, Noora Räty pour la Finlande.

 

États-Unis – Finlande 1-1 (0-0, 1-1, 0-0, 0) / 2-1 aux tirs au but.
Dimanche 14 avril 2019 à 20h00 à la Metro Areena d’Espoo. 6053 spectateurs.
Arbitrage de Nicole Hertrich (ALL) et Lacey Senuk (CAN) assistées de Veronica Lovensno (SUE) et Justine Todd (CAN).
Pénalités : États-Unis 8′ (0′, 4′, 0′, 4′), Finlande 4′ (0′, 2′, 0′, 2′).
Tirs : États-Unis 52 (17, 7, 13, 14), Finlande 27 (4, 10, 4, 9).

Évolution du score :
1-0 à 35’46 » : Pankowski assistée de Coyne Schofield et Pfalzer
1-1 à 38’29 » : Tapani assistée de Nieminen et Tuominen

Tirs au but :
États-Unis : Kessel (marqué), Pankowski (marqué), Carpenter (arrêté), Knight (arrêté).
Finlande : Karvinen (non-cadré), Savolainen (non-cadré), Tuominen (marqué), Nieminen (palet perdu), Tapani (arrêté).

États-Unis

Attaquantes :
Hilary Knight (A, -1) – Kelly Pannek – Dani Cameranesi (-1, 2′)
Kendall Coyne Schofield (C, +1) – Brianna Decker (+1, 2′) – Annie Pankowski (+1)
Amanda Kessel – Alex Carpenter (-1) – Sydney Brodt
Jesse Compher – Hayley Scamurra – Melissa Samoskevich
Hannah Brandt

Défenseures :
Lee Stecklein (+1) – Emily Pfalzer (+1)
Megan Bozek – Kacey Bellamy (A)
Cayla Barnes (-1) – Megan Keller (-1, 2′)
Michelle Picard

Gardienne :
Alex Rigsby

Remplaçante : Maddie Rooney (G). En réserve : Emma Polusny (G).

Finlande

Attaquantes :
Michelle Karvinen (A, -1) – Riikka Sallinen (A, 2′) – Susanna Tapani (+1)
Petra Nieminen (+1) – Linda Välimaki (+1) – Noora Tulus
Venla Hovi (2′) – Tanja Niskanen (-1) – Annina Rajahuhta
Elisa Holopainen – Vivi Vainikka – Emma Nuutinen (-1)
Sanni Hakala

Défenseures :
Jenni Hiirikoski (C, -1) – Nelli Laitinen (-1)
Ronja Savolainen (+1) – Minnamari Tuominen (+1)
Isa Rahunen – Rosa Lindstedt
Ella Viitasuo

Gardienne :
Noora Räty

Remplaçante : Eveliina Suonpää (G). En tribune : Jenna Silvonen (G).

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