Le bilan des Bleues au Mondial avec Betty Jouanny

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Le Mondial féminin 2019 s’est achevé sur un énième sacre des Américaines, lors d’un dénouement intense mais également confus contre la Finlande. Un Mondial élite qui a accueilli pour la première de l’histoire la France, qui a montré qu’elle avait sa place parmi les meilleurs. Bilan des Bleues avec une témoin privilégiée.

Il y a six ans, l’équipe de France féminine quittait le troisième échelon mondial pour la Division 1A. Le début d’une sacrée ascension sur l’échiquier mondial, sous la houlette du sélectionneur Grégory Tarlé. L’attaquante Betty Jouanny représente l’une des actrices de cette évolution, et l’abnégation du hockey bleu au féminin. Nous avons recueilli ses réactions pour rédiger ce bilan post-Mondial.

Des Bleues compétitives

À Espoo, les Bleues ont fait bonne figure pendant leurs deux semaines de compétition. Si bien que l’on n’en n’oublierait presque qu’il s’agissait du premier Mondial élite féminin de la France, seule nation inexpérimentée de ce tournoi à ce niveau. Reléguées mais jamais larguées, les Françaises ont démontré leur capacité d’adaptation dans une nouvelle dimension. Sur les cinq matchs de la France, on compte une victoire, deux défaites à un but d’écart et un autre revers à deux buts d’écart. Au final, la différence de niveau entre le promu et les autres équipes du groupe B était assez faible.

Betty Jouanny : « Oui, nous quittons l’élite sans avoir réussi à nous maintenir mais ça ne s’est pas joué à grand chose. Nous n’avons perdu que 2-1 contre la Suède, cela aurait très bien pu tourner en notre faveur. »

Ce match couperet ne s’est pas joué à grand chose, à vrai dire un puck capricieux repoussé par le poteau et atterrissant dans la crosse de Winberg pour un but gagnant suédois. Et un ouf de soulagement pour la Damkronorna qui a dû batailler jusqu’au buzzer pour tenir face à la France. Mais cela n’a pas pour autant sauvé les Suédoises, également rétrogradées en D1A. Cette partie est finalement symbolique de la ténacité bleue affichée tout au long de la compétition. Pendant cette quinzaine d’Espoo, la France n’a jamais été ridiculisée, bien au contraire, en rivalisant avec les équipes de son groupe.

BJ : « Nous avons montré à tout le monde que nous avions notre place en élite car nous n’avons pas subi des grosses défaites, comme 5-0 ou 10-0, comme ça se passe souvent quand une équipe D1 découvre l’élite. Nous avons même réussi à battre l’Allemagne et fait d’autres bons résultats. Je l’explique par notre travail, notre persévérance, notre envie et notre esprit d’équipe. Peu d’équipes auraient réussi à gagner un match après la défaite contre la Suède, qui signifiait que nous étions reléguées. Et ceci est notre très grosse force. « 

Une formule bancale

Une force qui a permis de vendre cher la peau des Bleues dans ce Mondial élite. À croire que le maintien n’était pas finalement si loin en dépit de deux places éjectables, contre une les années précédentes quand le tournoi se jouait à huit nations, rendant d’emblée la tâche des tricolores particulièrement difficile.

BJ : « Je ne peux pas dire que nous n’avons pas des regrets car nous sommes des compétitrices, et nous sommes venues pour gagner et nous maintenir. Donc je dirais oui, un regret de ne pas se maintenir car nous ne sommes pas passées loin. Et le fait de ne pas jouer une série pour la relégation, ça nous enlève une grosse chance de nous maintenir. Je trouve juste que la formule est très mauvaise car il n’y a jamais eu deux descentes en élite, alors pourquoi le faire maintenant ? La formule doit changer car ce n’est pas normal non plus que les Suisses soient protégés dans l’autre groupe. »

Nous l’avions effectivement préciser lors de la présentation de la compétition. L’élargissement à dix nations a eu pour conséquence d’attribuer une place de plus dans chaque groupe, dont celui des équipes « protégées », le groupe A. Les cinq premières nations au classement mondial, dont la Suisse, étaient assurées de se qualifier pour les quarts de finale et donc de se maintenir. Avant le début de ce Mondial, nous avions parlé de « formule douteuse ». Et deux événements à Espoo le confirment encore davantage. D’abord par le fait que la Suisse et la Russie (dans le groupe A) n’ont fait qu’illusion, se contentant de se départager lors d’un match de groupe puis en quart de finale. Ni Helvètes ni Russes n’ont pu produire un semblant de résistance face au Canada, aux États-Unis et à la Finlande. D’autre part, la relégation suédoise. Et dire que la Suède, sixième nation mondiale avant Espoo 2019, n’était pas loin de figurer dans ce groupe A. Protéger certaines équipes au détriment d’autres ne met pas sur un même pied d’égalité les participantes. Et cela doit pousser les instances internationales à la réflexion…

Mais en dépit de cette formule et d’un objectif maintien difficile à atteindre, les Bleues n’ont pas démérité, loin de là, prouvant qu’elles avaient amplement leur place parmi les meilleures des meilleures. Elles ont également montré un équilibre des forces entre une équipe provenant de D1A et une bonne partie de l’élite mondiale.

BJ : « Concernant notre niveau du jeu et l’investissement que nous avons proposé, je dirais pas de regrets car nous avons tout donné, jusqu’au bout, et montré que notre place est en élite. Il n’a pas manqué grand chose. Beaucoup d’équipes nous ont dit qu’elles étaient impressionnées par notre jeu, et que nous ne méritions pas de descendre. »

La D1A et les JO en ligne de mire

L’avenir de l’équipe de France féminine se projette désormais vers la Division 1A, dont le lieu de compétition sera communiqué ultérieurement. En revanche, nous connaissons déjà les adversaires : la Suède (reléguée avec la France), l’Autriche, la Norvège, la Slovaquie et le promu en D1A, les Pays-Bas. Cinq matchs et deux tickets pour revenir en élite, ce que viseront les Tricolores.

BJ : « Oui, notre objectif est déjà de retourner en élite dès la saison prochaine. Si nous continuons à faire les choses comme nous le faisons, nous y arriverons. Mais ça restera un gros championnat car c’est toujours difficile de revenir en Division 1A, surtout l’année prochaine vu que nous sommes deux équipes à descendre. Le but sera de remonter en élite et de s’y maintenir, et aussi de gagner des places pour avoir un tour de qualification favorable pour les Jeux olympiques. Car les JO sont un gros, voire le plus gros objectif de chacune d’entre nous. »

Après ce Championnat du monde féminin, le nouveau classement international a été dévoilé. Aucun changement pour la France au ranking IIHF, toujours dixième nation mondiale chez les femmes, si ce n’est l’Allemagne et la Tchéquie qui creusent un peu plus leur écart devant les tricolores. Ce classement aura donc une incidence pour l’attribution des tournois de qualification pour les Jeux olympiques, même si pour le moment les modalités n’ont pas encore été communiquées.

Une chose est sûre, le rêve olympique est encore plus réalisable, et en devenant compétitives dans le top 10 mondial, les Bleues l’ont démontré. Force mentale, énergie, abnégation, elles ont mis en application des valeurs héritées d’un esprit bleu longtemps incarné par les fameux « chiffonniers » de la sélection masculine. Un esprit bleu qui saura faire rebondir les Françaises, on l’espère de nouveau jusqu’à l’élite.

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