Deux tiers prometteurs

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Quatrièmes de la poule avec six points, les Canadiens savent qu’il ne leur faudra pas trop traîner en route s’ils veulent accéder aux quarts de finale.

Le souci vient des blessures : Brandon Montour est forfait pour le reste du tournoi, et Dante Fabbro manquera ce match contre la France. Alain Vigneault bénéficie d’un renfort, arrivé juste à temps à Kosice : Philippe Myers, un rookie des Flyers de Philadelphie qui a passé plutôt sa saison en AHL. Le Canada n’a pas l’air de convaincre ses stars de venir en Slovaquie… au point que le coach songe à aligner Couturier et Bertuzzi en défense. Carter Hart débute dans les cages, et les alignements sont un peu chamboulés.

En face, les Bleus sont au complet. Pierre Crinon est entré officiellement dans l’effectif la veille et dispute son premier match aux championnats du monde, à la place d’Antonin Manavian, ménagé. Le Gapençais – et futur Rouennais – est aligné aux côtés de Jonathan Janil, pendant qu’Olivier Dame-Malka glisse en septième arrière. Henri-Corentin Buysse débute aussi, avec Sébastien Ylönen en remplaçant. Anthony Guttig monte en première ligne avec Alexandre Texier et Anthony Rech.

La France reste sur trois défaites de suite face aux Canadiens : 4-3 en 2015, 4-0 en 2016 et 3-2 en 2017. La dernière victoire remonte à 2014 (3-2 en fusillade), deux ans après une déroute 7-2 à Helsinki (2012).

Un premier tiers raté

Appliquée, la France s’efforce de limiter les erreurs. Elle commence même par une accélération de Texier sur la droite, avant de faire un bon travail défensif et de limiter le danger sur le but de Buysse.

Le Canada, emprunté, n’arrive pas vraiment à installer son jeu et les Bleus effectuent des relances propres. Evidemment, il vaut mieux rester disciplinés contre un adversaire de ce calibre : le cinglage de Dame-Malka n’aide pas… pas plus que l’accrochage, sévère, contre Berthon dans la neutre. 1’42 de double avantage pour le Canada.

Le trio Janil-Thiry-Claireaux défend superbement, avec deux arrêts de Buysse. Le portier amiénois est ensuite couvert par un sacrifice de Crinon. Les Bleus s’accrochent, mais une mise au jeu revient sur l’homme en forme : Mantha ouvre le score à 3 secondes de la fin de la première pénalité, sur un tir dévié par Janil (1-0).

La France tue le reste de l’avantage et continue de défendre avec application : à mi-période, le compteur affiche 11-1 aux tirs, et McCann trouve alors le poteau droit. Les hommes de Vigneault doublent la mise peu après sur un contre bien mené : fixation à droite de Dubois, remise au cercle vers Marchessault, renversement cage ouverte pour Nurse (2-0).

Les Bleus subissent, face à une formation qui ne semble même pas donner l’impression de forcer. Une série de duels perdus le long de la bande permettent finalement à Cirelli de récupérer au cercle, et l’attaquant de Tampa Bay déniche un trou de souris le long du poteau, mal couvert par Buysse (3-0).

La France n’existe pas en attaque, et est sauvée une deuxième fois par son poteau sur un tir en pivot de Joseph. Avec seize tirs à deux, le Canada, sans effort, est assez tranquille.

La réaction des Bleus

Occasion de Pierre-Luc Dubois (Canada) – Photo Michel Bourdier

Les Tricolores reprennent le jeu un peu plus haut, contraignant le Canada à commettre des erreurs. Le premier tir des Noirs survient ainsi après trois minutes seulement, Dubois échouant sur Buysse.

L’attaque française obtient même un tir de volée de Hecquefeuille en tête de cercle, qui force Hart à un arrêt, avec Fleury à la porte. Peu après, un gros tir de Fleury échappe au portier des Flyers : Leclerc, ligne de fond, n’arrive pas à le pousser au fond, et décroche tout de même une pénalité de Severson.

La France tente de s’installer et trouve deux bons tirs de Tim Bozon, tout en concédant un tir de Stone en contre-attaque, qui force Buysse à un grand écart. La fin de pénalité ne change pas la tendance de ce tiers-temps : la France fait le jeu, vers l’avant, et obtient quelques solutions de tir.

Occasion de Mark Stone (Canada) – Photo Michel Bourdier

Une bonne percée de Texier permet à Guttig de s’avancer en deuxième rideau, et son revers percute le poteau. C’est le point culminant d’un joli temps fort français, qui s’achève après huit minutes par une pénalité évitable de Claireaux le long de la bande en zone défensive.

La France défend bec et ongles, avec quelques secondes brûlantes dans l’enclave. Buysse reste solide sur sa ligne et la pénalité s’achève. Les joueurs de Philippe Bozon reprennent leur marche en avant et continuent de harceler la défense adverse, décrochant encore des présences offensives intéressantes. Texier, de plus en plus visible, slalome ainsi et décoche un tir violent sorti par Hart, avant de servir Gallet pour un lancer masqué que le portier capte en deux temps.

Les Bleus volent encore un palet, par Valier, mais ne parviennent pas à se montrer dangereux : pire, Crinon cafouille et Strome en profite pour démarrer en échappée. Le gardien d’Amiens ferme la porte.

Nurse en prison pour avoir fait trébucher Rech, les Bleus s’installent. Si le début d’avantage ne brille pas, la suite est meilleure. Texier, Guttig, Chakiachvili fixent d’un côté et libèrent un espace pour la « spéciale » du capitaine : la volée de Fleury échappe à Hart, sous la barre (3-1). C’est son 22e but aux championnats du monde.

Un but qui récompense un superbe deuxième tiers-temps français. Les Bleus insistent, et Texier trouve la mitaine de Hart sur un contre dans la dernière minute. La France remporte donc ce deuxième tiers 1-0, et reste dans le match à l’orée de la dernière période.

La France accrocheuse

Les intentions sont là : Guttig et Rech travaillent près de la cage et Hart doit geler un palet dévié. Mais le Canada appuie un peu plus et force Buysse à un nouvel arrêt. C’est sans compter la hargne bleue : Rech accélère sur un palet envoyé au fond, intercepte derrière la cage et ressort… Tir en lucarne premier poteau (3-2).

De quoi entendre une timide Marseillaise en tribunes par les rares supporters tricolores… Vexé, le Canada attaque la cage et Buysse sort un nouvel arrêt devant Dubois. Puis, une présence longue durée épuise Gallet et Hecquefeuille, avec Bertrand et Ritz devant eux. Lorsque le palet est enfin dégagé et les lignes changées, le Canada exploite une chance : Buysse laisse passer le palet qui roule sur la ligne rouge. Un défenseur bleu le sort, mais Mantha parvient le reprendre dans la cage ouverte (4-2).

Le but fait mal, et désorganise un peu les Français. Marchessault en profite : il résiste au duel et file derrière la cage, avant de trouver Stone d’une passe aveugle. Le buteur de Vegas cible parfaitement l’espace libre laissé par Buysse, qui avait anticipé un passage derrière lui (5-2).

Deux buts qui achèvent le suspense. La France peine à se créer des chances. Deux pénalités en parallèle sont appelées – Fleury et Stone -, et le quatre contre quatre ne dure pas, puisque Chabot est puni à son tour. Philippe Bozon pose son temps mort, mais le quatre-contre-trois devient trois-contre-trois lorsque Chakiachvili est puni à son tour.

Les espaces sont immenses et les deux formations se neutralisent, jusqu’au retour à quatre. Rech vole un palet et lance alors un 2-contre-1 : le tir de Texier échoue sur Hart.

Sans forcer, le Canada, poussif, s’en sort donc avec les trois points. L’équipe de France pourra regretter un triste début, mais a parfaitement réagi. Les quarante dernières minutes peuvent donner de la confiance : les Bleus commencent à trouver des automatismes intéressants et plus de rigueur dans leur jeu.

Désignés joueurs du match : Sean Couturier (Canada) et Henri-Corentin Buysse (France)

Commentaires d’après-match :
Pierre Crinon (défenseur de l’équipe de France) : « Je n’avais pas joué depuis trois semaines, ce n’est jamais simple. J’ai essayé de faire des choses simples, d’apporter du physique. Nous n’avons pas eu le début de match que nous voulions, mais l’attitude après a été très bien. Il y a eu des bonnes choses, et nous allons apprendre de ce match. Le Canada a attaqué fort au premier tiers, ils nous ont un peu surpris peut-être. Mais nous nous sommes réveillés aux deuxième et troisième tiers et, après le 3-2, nous les avons un peu fait douter. C’est dommage, ces deux buts mais c’est de bon augure pour la suite.
C’est bien différent de la Magnus ! Les gens ne se rendent pas compte de la vitesse, du physique. C’est difficile de faire la différence et c’est pour cela que nous faisons une longue préparation. Là ce n’est pas suffisant, mais cela fait progresser. Jouer contre Marchessault par exemple… On apprend, c’est dur mais c’est ça le sport, on apprend des matchs difficiles. »

Photo Michel Bourdier

Henri-Corentin Buysse (gardien de la France) : « Nous les avons trop respectés au premier tiers. Nous nous sommes fait marcher dessus, nous n’avions pas la bonne attitude. Mais sur les deuxième et troisième, nous faisons jeu égal au tir. Pour tout vous dire, il y a eu une gueulante dans le vestiaire et la réaction montre le caractère que l’on a. Pour une première, j’ai perdu quatre kilos et je suis très fatigué ! C’est une chance, un rêve de gosse de jouer le Canada. J’ai enfin fait mon premier match au Mondial à 31 ans. On peut dire ce soir que c’est un match référence, du moins les deuxième et troisième tiers, sur l’attitude à avoir. »

Anthony Guttig (attaquant de l’Equipe de France) : « Oui, notre ligne a bien fonctionné, maintenant à chaud c’est compliqué avec la défaite. C’est vrai qu’on a fait de bonnes choses. En ce qui me concerne, j’avais envie de jouer. Je suis hyper content de jouer, jouer des matchs comme ça c’est un privilège. Je ne pense pas trop à la fatigue, je veux juste me donner à fond pour aider le plus possible l’équipe. Face au Canada, la moindre erreur, tu la paies cash. Il faut être vigilant sur toutes les présences et c’est ça le très haut niveau, c’est aussi ça qui est intéressant dans ce genre de match. »

Philippe Bozon (entraineur de la France) : « Notre objectif était de passer les cinq premières minutes. On l’a fait, mais on s’est peut-être relâché après. Les pénalités font mal. On la tue plutôt bien, mais on prend un but dans les dernières secondes ce qui nous donne un petit coup au moral. Je vais retenir l’important : les deuxième et troisième tiers. L’attitude. On travaille pour les prochains matchs pour chercher des points. À 3-2, il n’y a pas eu d’exaltation car nous savons contre qui nous jouions. On a gardé notre calme et on a joué présence après présence. On voulait le tenir le plus longtemps possible, mais le quatrième arrive trop tôt, car à 3-2 on aurait pu tester des choses pour revenir. Crinon et Buysse ont bien fait pour leur première. Buysse a été laissé un peu seul au premier tiers et il nous a un peu tenu, et surtout il a fait de gros arrêts dans le deuxième, car on se découvrait un peu et on leur donnait des contres. Ce quatrième but est malheureux. Crinon a fait son match, il s’est bien défendu.
La ligne Texier-Guttig-Rech a bien marché. Maintenant que tout le monde est disponible, nous avons mis Alex à l’aile, avec au centre Guttig, un joueur d’expérience, intelligent. Cela l’a bien aidé. Toto (Rech) a aussi fait un bon match. C’est important d’avoir d’autres lignes offensives.
La Slovaquie ? C’est un grand match pour nous, nous sommes proches au classement IIHF et au classement du tournoi ils sont juste devant nous. La patinoire sera pleine, ce sera incroyable à jouer et il faudra être prêt pour ça. J’espère que le physique sera là, et le mental. Mais ils seront dans le même état d’esprit physique et mental avec leurs deux courtes défaites. Ils jouent avec beaucoup d’énergie, portés par leur public, ils n’arrêtent jamais. Il faudra laisser passer l’orage et il y aura alors un coup à jouer, si mentalement ils sont atteints. C’est très important pour nous, car en cas de victoire et on aura fait un grand pas. »

Photo Michel Bourdier

Canada – France 5-2 (3-0, 0-1, 2-1)
Jeudi 16 mai 2019 à 16h15. Steel Arena de Kosice, Slovaquie. 4519 spectateurs.
Arbitrage de Linus Öhlund (SUE) et Stephen Reneau (USA) assistés de Miroslav Lhotsky (TCH) et Andreas Malmqvist (SUE).
Pénalités : Canada 8′ (0′, 4′, 4′), France 10′ (4′, 2′, 4′).
Tirs : Canada 46 (16, 16, 14), France 23 (2, 12, 9).

Récapitulatif du score
1-0 à 08’19 : Mantha assisté de Theodore et Severson (double sup. num.)
2-0 à 10’50 : Nurse asissté de Marchessault et Dubois
3-0 à 16’15 : Cirelli assisté de Couturier et Reinhart
3-1 à 36’13 : Fleury assisté de Chakiachvili et Guttig (sup. num.)
3-2 à 42’55 : Rech
4-2 à 48’36 : Mantha
5-2 à 50’27 : Stone assisté de Marchessault

Canada

Attaquants :
Jonathan Marchessault (+2) – Pierre-Luc Dubois (+2) – Mark Stone (A, +2)
Anthony Cirelli (+1) – Sean Couturier (A, +1) – Sam Reinhart (+1)
Jared McCann – Kyle Turris (C) – Anthony Mantha (2′)
Tyson Jost – Dylan Strome – Mathieu Joseph
Adam Henrique – Tyler Bertuzzi

Défenseurs :
Darnell Nurse (2′, +1) – Damon Severson (2′, +1)
Thomas Chabot (2′, +1) – Troy Stecher (+2)
Shea Theodore (+1) – Philippe Myers

Gardien :
Carter Hart

Remplaçant : Matt Murray (G). Réservistes : Mackenzie Blackwood (G), Brandon Montour (entorse du genou, forfait pour le tournoi), Dante Fabbro (palet dans le visage).

France

Attaquants :
Alexandre Texier – Anthony Guttig (+1) – Anthony Rech (+1)
Timothé Bozon (-2) – Valentin Claireaux (A, 2′, -2) – Damien Fleury (C, 2′, -2)
Sacha Treille (-1) – Nicolas Ritz – Charles Bertrand (-1)
Jordann Perret (-1) – Guillaume Leclerc (-1) – Peter Valier (-1)
Eliot Berthon (2′)

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (2′) – Thomas Thiry
Hugo Gallet (-3) – Kévin Hecquefeuille (A, -2)
Jonathan Janil – Pierre Crinon (-1)
Olivier Dame-Malka (2′)

Gardien :
Henri-Corentin Buysse

Remplaçant : Sebastian Ylönen (G). Réservistes : Florian Hardy (G), Cédric Di Dio Balsamo (A), Antonin Manavian (D).

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