Un espoir trop vite éteint

Photo Michel Bourdier
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Après la défaite contre le Canada, la France affronte une Slovaquie en pleine déprime. Les locaux savent que leurs rêves de quarts de finale sont devenus une douce utopie et que même un sans-faute sur la fin de tournoi ne suffira peut-être pas. Le pays appelle à la démission du staff et critique fortement la préparation mentale : depuis trop d’années, l’équipe craque en fin de match et gaspille de solides avantages au score. Les deux défaites à une poignée de secondes de la fin contre le Canada et l’Allemagne mettent le pays au bord de la crise de nerfs.

Ce match arrive au moment des célébrations du centenaire du décès de Milan Rastislav Štefánik, ancien général de l’armée française pendant la première guerre mondiale et ministre de la guerre de la Tchécoslovaquie. Décédé le 4 mai 1919, cet aviateur, astronome, a contribué à la naissance de la nation tchécoslovaque. L’ambassadeur de France s’est déplacé pour assister à la rencontre, ainsi qu’une bonne partie du staff de la Fédération – Luc Tardif, Éric Ropert, Christine Duchamp notamment.

Philippe Bozon tâtonne toujours sur ses alignements et a choisi de laisser Hugo Gallet en tribunes : Antonin Manavian le remplace. En attaque, les combinaisons évoluent aussi. Peter Valier passe aux côtés de Sacha Treille et Charles Bertrand, et la quatrième ligne devient Perret-Ritz-Leclerc. Les Slovaques sont pour leur part privés de Christián Jaroš.

Les pénalités plombent les Bleus

La France tente de débuter vers l’avant, et de se montrer explosive à la récupération. Rech est ainsi à deux doigts d’intercepter à la bleue slovaque. Malheureusement, sur un temps fort adverse, Crinon commet un faire trébucher évident qui place l’équipe locale en supériorité. Les Bleus, attentifs, ne laissent pas passer grand chose – un seul tir, sans souci pour Hardy.

La défense française est bien en place, limite les chances d’une formation slovaque qui domine le contrôle du palet. Alors que les joueurs de Philippe Bozon sortent un peu vers l’avant, Damien Fleury est puni à la bleue offensive pour avoir accroché Sukeľ.

Le travail de Perret, puis Claireaux, pour gêner les défenseurs slovaques, ralentit leur jeu. Les arrières français tiennent bon, malgré de lourdes charges – Chakiachvili quitte un instant le jeu, sonné par une charge haute de Daňo, qui échappe aux officiels. Hardy ne reçoit qu’un seul tir : après 10 minutes, il ne compte que trois arrêts, témoignage de la rigueur de ses coéquipiers devant lui.

Malheureusement, le jeu offensif n’est pas là : un seul tir en dix minutes, mais seulement trois concédés, tant la Slovaquie peine à cadrer. Une faute de Manavian coûte encore deux minutes d’infériorité… Cette fois, un tir de la bleue à travers le trafic échoue sur la crosse de Pánik, qui bonifie le rebond. La France demande une révision vidéo pour une obstruction sur Hardy, qu’elle ne remporte pas (0-1).

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Les Bleus ne veulent pas s’en laisser compter, et appuient physiquement, à l’image d’une lourde mise en échec de Crinon. Ils commencent même à intercepter des palets et obtiennent un deuxième tir sur Rybár après un travail de Leclerc et Ritz. Mais les contres vont vite : Lántoši bloque un tir de Crinon et file en échappée, bloqué par la mitaine de Hardy.

Une longue passe de Chakiachvili entre les défenseurs envoie Fleury en échappée. Un peu excentré, le capitaine repique vers le but et se heurte à Rybár, pour la meilleure chance tricolore. Sur la mise au jeu qui suit, la France trouve encore deux fois le cadre, dont une reprise en force de Thiry sur l’aile droite.

Il reste moins d’une minute, et la Slovaquie double la mise. Un tir en force de Fehérváry trouve la déviation de Sukeľ sur sa route (0-2).

La dernière présence offensive est pour les Bleus : auteurs d’un tiers-temps intéressant, ils sont victimes d’une froide efficacité adverse.

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La France brillante

À la reprise, la première chance revient à Čajkovský : son tir dévié retombe sur le dessus du but, où Janil le dégage. La France relance plus proprement, mais une charge de Valier le long de la bande lui vaut deux minutes pour coup de coude. La France défend bien face à une Slovaquie patiente. Les locaux dénichent un tout petit espace pour servir Hudáček, entre les cercles, qui parvient à approcher de la cage malgré les efforts de Perret, et effacer Hardy (0-3).

Les joueurs de Philippe Bozon ne lâchent rien. Fleury intercepte et attaque avec Tim Bozon plein axe. Le capitaine échoue sur Rybár, son compère ne a parvient pas à gagner le duel sur le rebond, qui traîne sur la ligne. Puis, Rech déborde sur l’aile droite, contourne le but et cherche Texier du revers… La passe est trop dans les patins et le jeune attaquant tricolore n’arrive pas à reprendre.

La France prend le contrôle du match, pendant que les fans slovaques font la ola. Claireaux, servi par une belle entrée en zone de Hecquefeuille et une passe de Fleury, trouve encore Rybár au poteau, mais le jeu dure de plus en plus devant lui.

Le temps fort français finit par payer. Un tir contré permet à Bertrand de prendre de vitesse la défense. Il cherche le centre mais le palet n’aboutit pas, et, avec une défense slovaque perdue, revient sur Hecquefeuille, qui décale Manavian au cercle droit. Avec un coéquipier dans l’enclave, le défenseur vétéran choisit un tir en force qui traverse le gardien pendant une pénalité différée (1-3). C’est le deuxième but aux Mondiaux de Manavian en 55 matchs.

La France n’abandonne pas. Rech chasse un palet envoyé au fond et Černák le touche au visage : deux minutes. Le jeu de puissance capitalise après une minute. Damien Fleury et Sacha Treille travaillent fort dans le coin et le palet ressort vers Chakiachvili à la bleue, qui contrôle et dévie tout de suite vers Texier à sa droite. Le jeune buteur de Columbus a du champ et son tir laser finit au fond des filets, grâce à l’écran de Treille, pour son premier but aux Mondiaux (2-3).

Douche froide pour le public slovaque, qui sent le spectre des deux matchs précédents planer. Les joueurs, eux, repartent vers l’avant et font reculer les Bleus.

Malheureusement, l’élan est coupé lorsque Texier commet un accrochage très net dans la neutre, plaçant la Slovaquie en supériorité. Hardy sauve un tir dangereux et le palet est finalement dégagé après un cafouillage dans le slot. Deux buts dans ce tiers, aucun encaissé : la France a brillé sur cette période, et reste dans le coup pour aller gratter des points…

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Cinq minutes de trou noir

Ce beau programme tourne court. Ritz perd un palet et bataille dans le coin avec deux coéquipiers. Le palet ressort pour la Slovaquie, qui se retrouve avec un boulevard plein axe. Perret couvre l’attaquant, mais la passe en retrait sert Černák dans un fauteuil pour une frappe lourde après seulement seize secondes (2-4).

Une charge de Daňo derrière le but français offre toutefois immédiatement une chance de revenir. Après une première partie d’avantage manquant de tranchant, le deuxième groupe cafouille et concède un dégagement interdit contesté par Fleury. La mise au jeu est gagnée par les Bleus, mais Texier perd un palet ligne de fond, le long du but, remis immédiatement vers Čajkovský seul dans l’axe (2-5).

La France est sonnée, et repart vers l’avant… où Valier, au duel dans le coin, concède une crosse haute. Les Bleus défendent bien, mais craquent à cinq secondes de la fin sur un tir de la bleue de Marinčin. Mal contrôlé par Hardy, le palet retombe sur la crosse de Daňo qui passe en pivot vers Nagy, dans le dos de la défense et du gardien (2-6). Fin de soirée pour le gardien d’Angers, remplacé par Henri-Corentin Buysse.

Sur un deux-contre-un slovaque défendu par Chakiachvili, le nouvel entrant se signale rapidement avec un poke-check efficace. Point positif, l’équipe ne lâche rien, et continue à essayer en zone offensive, tout en s’exposant à des contres dangereux.

La meilleure chance revient à Rech de volée, sur un débordement de Texier sur l’aile gauche. À deux minutes de la fin, le buteur de DEL trouve l’ouverture sur une récupération de Treille et Dame-Malka, et un palet remonté par Texier, d’un joli tir au dessus de la botte (3-6).

Buysse sauve alors la patrie avec un grand écart sur un 2-contre-1 slovaque, volant Buc. En face, le portier local s’impose sur un contre de Bertrand que Claireaux reprend.

Désignés joueurs du match : Kévin Hecquefeuille (France) et Richard Pánik (Slovaquie)

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Commentaires d’après-match :

Antonin Manavian (défenseur de la France) : « Pas grand chose à dire, le résultat parle. Nous n’avons pas été assez concentrés au début du troisième tiers. Nous prenons un but sur une erreur qui coûte cher, puis un but sur notre jeu de puissance. Il faut que l’on soit concentrés, car nous avons fait un bon deuxième tiers, nous les avons fait douter après les deux matchs qu’ils venaient de perdre. C’est dommage. »

Kévin Hecquefeuille (défenseur de la France) : « Au deuxième tiers, nous avons retrouvé notre tempo, nos jambes. Nous avons joué dans leur zone, à leur faire faire des erreurs et nous avons capitalisé dessus. Le hockey est un jeu d’échecs et nous l’avons perdu ce soir. Nous avons fait un gros effort pour revenir à 3-2 et d’entrée, nous prenons un coup derrière la tête, après quelques secondes. On pouvait les faire douter vu l’historique. La Finlande, c’est une grosse équipe mais nous avons montré par le passé que nous pouvions faire des exploits. Sinon, la Grande-Bretagne… C’est à nous de jouer. »

Alexandre Texier (attaquant de la France) : « On est bien revenus mais on a mal fait au troisième tiers. Nous n’avons rien lâché, mais au hockey il faut jouer soixante minutes. Mon premier but ? Non, ce n’est pas important, je ne cherche pas les points mais à aider l’équipe. Il faut maintenant se projeter sur le prochain match, les statistiques individuelles passeront après ».

Guillaume Leclerc (attaquant de la France) : « En début de troisième, on avait à cœur de bien faire les choses sur le premier shift et on se tire une balle dans le pied à ce moment-là. On savait que c’était important on en a parlé dans le vestiaire mais on a fait des erreurs. On a perdu le cours du match sur ces premières minutes en début de troisième tiers. »

Philippe Bozon (entraineur de la France) : « Nous sommes là au premier tiers à cinq-contre-cinq. Nous savions que nous n’aurions pas d’aide sur les pénalités, et nous en prenons trois. Nous aurions peut-être pu en avoir dans notre sens. C’est notre meilleur match à cinq-contre-cinq, d’ailleurs on fait 2-2 dans cette configuration. Nous étions présents dans la vitesse, l’intensité. Trois buts sont en supériorité et un en infériorité.
Nous avons donné de l’énergie et du travail pour revenir à 3-2 et c’est frustrant, pour ne pas dire plus vulgaire. On se tire une balle dans le pied, alors qu’on a tout fait pour revenir dans la partie.
La mentalité est bonne, il y a eu du travail et on ne lâche rien depuis le début du tournoi. On répète des choses mais les erreurs reviennent, il faut éliminer cela. Nous avons montré de bonnes choses, c’est frustrant.
Je n’ai pas aimé le premier but slovaque, je ne suis pas d’accord avec la décision. Je pense qu’il y a interférence sur notre gardien. C’est difficile dans ces conditions, mais l’équipe s’est présentée en deuxième avant de rater l’entame.
Les lignes ? La ligne Guttig monte en puissance. J’ai aimé Valier avec Sacha Treille et Charles Bertrand, ils ont apporté plus de vitesse, plus de jeux et d’occasions. C’est positif.
La Finlande ? On va se pencher dessus. On a déjà des vidéos, mais on va regarder le match de ce soir contre nos deux prochains adversaires. On va voir comment l’aborder, ou plutôt comment aborder les deux matchs. Car nous jouons la Finlande dimanche à 20h15 puis la Grande-Bretagne lundi à 16h15, qui aura un jour de repos de plus. Le calendrier ne nous arrange pas. Nous allons analyser tout ça. Il faudra être solide défensivement, peut-être attendre un peu plus contre la Finlande, tenir le score serré et contre-attaquer. Il ne faudra pas donner beaucoup de tirs, ce qu’on a réussi à faire ce soir. La gestion des deux matchs est à faire. Ce n’est pas trop ma mentalité de faire l’impasse, mais vu l’énergie nécessaire et le calendrier…
Gallet ? Non, il n’a pas été mis en tribunes par choix du coach, j’aurais préféré pouvoir l’aligner. »

Ladislav Nagy (attaquant de la Slovaquie) : « Dans le vestiaire après le deuxième tiers on s’est dit qu’il fallait revenir à la simplicité dans notre jeu, envoyer le palet dans leur zone car quand on a joué dans leur zone, on s’est créé beaucoup d’occasions. Après le but du 4-2, on savait qu’on avait le match sous contrôle. Notre victoire est méritée. »

Photo Michel Bourdier

France – Slovaquie 3-6 (0-2, 2-1, 1-3)
Vendredi 17 mai 2019 à 16h15. Steel Arena de Košice, Slovaquie. 7440 spectateurs.
Arbitrage de Roman Gofman (RUS) et Gordon Schukies (ALL) assistés de Roman Kaderli (SUI) et Miroslav Lhotsky (TCH)
Pénalités : France 12′ (6′, 4′, 2′), Slovaquie 4′ (0′, 2′, 2′)
Tirs : France 20 (7, 6, 7), Slovaquie 27 (9, 9, 9)

Récapitulatif du score
0-1 à 13’25 : Pánik assisté de Lántoši et Sekera (sup. num.)
0-2 à 19’10 : Sukeľ assisté de Fehérváry et Tatar
0-3 à 25’31 : Hudáček assisté de Pánik et Černák (sup. num.)
1-3 à 32’16 : Manavian assisté de Hecquefeuille et Bertrand
2-3 à 35’09 : Texier assisté de Chakiachvili et Fleury (sup. num.)
2-4 à 40’16 : Černák assisté de Pánik et Tatar
2-5 à 42’41 : Čajkovský assisté de Buc (inf. num.)
2-6 à 45’41 : Nagy assisté de Daňo et Marinčin (sup. num.)
3-6 à 57’50 : Rech assisté de Texier et Dame-Malka

France

Attaquants :
Alexandre Texier (2′) – Anthony Guttig (-1) – Anthony Rech (+1)
Timothé Bozon – Valentin Claireaux (A) – Damien Fleury (C, 2′, -1)
Sacha Treille – Peter Valier (4′, +2) – Charles Bertrand (+1)
Jordann Perret (-1) – Nicolas Ritz (-2) – Guillaume Leclerc (-2)
Eliot Berthon (-1)

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (-3) – Thomas Thiry (-2)
Pierre Crinon (2′) – Kévin Hecquefeuille (A, +1)
Jonathan Janil (+1) – Antonin Manavian (2′, +1)
Olivier Dame-Malka (+1)

Gardien :
Florian Hardy puis Henri Corentin Buysse à 45’41

Réservistes : Sebastian Ylönen (G), Hugo Gallet (D), Cédric Di Dio Balsamo (A)

Slovaquie

Attaquants :
Tomáš Tatar (A, +2) – Libor Hudáček (+1) – Richard Pánik (+1)
Ladislav Nagy (A, -1) – Michal Krištof (-1) – Marian Studenič (-1)
Marko Daňo (2′) – Matúš Sukeľ (+1) – Róbert Lántoši (+1)
Mário Lunter – Dávid Buc – Adam Liška (-1)
Tomáš Zigo

Défenseurs :
Andrej Sekera (C, -1) – Erik Černák (2′)
Martin Marinčin (+2) – Michal Čajkovský
Patrik Koch – Martin Fehérváry (+1)

Gardien :
Patrik Rybár

Remplaçant : Marek Čiliak (G). Réservistes : Denis Godla (G), Marek Ďaloga (D, commotion), Christián Jaroš (D), David Bondra (A)

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