La Grande Désillusion

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Passée par toutes les émotions contre le Canada, la Slovaquie a eu une journée de repos pour digérer une défaite frustrante et surtout éteindre une mini crise diplomatique née du comportement fruste des supporters locaux en fin de rencontre (jets de bouteilles sur la glace et sur le banc adverse, hymne canadien conspué). Igor Nemeček, chef de l’organisation du Mondial, s’est empressé de réagir en envoyant une lettre d’excuses aux dirigeants de l’équipe à la Feuille d’érable. Une affaire qui ternie l’image du pays hôte, pourtant jusque-là irréprochable.

Les hommes de Craig Ramsay sont restés loin de ce tumulte pour se concentrer au mieux sur ce qui s’avère être le match-clé de la semaine contre l’Allemagne, dans l’optique d’une qualification pour les quarts-de-finale. Après les trois « gros » de la poule, contre lesquels la quête de points était optionnelle, il convient désormais de stopper à tout prix la progression des vice-champions olympiques, leaders de la meute malgré des prestations en demi-teinte contre les « petits ». Une défaite dans le temps réglementaire serait quasiment synonyme, déjà, d’élimination pour la Double-Croix.

L’Allemagne doit se passer des services de son gardien Philipp Grubauer, sorti en cours de partie de la veille contre la France après avoir ressenti une douleur musculaire. La Slovaquie, elle, doit toujours faire sans Marek Ďaloga, qui se remet doucement de son coup de palet reçu dans la joue droite contre la Finlande. Pour le reste, les lignes restent inchangées de part et d’autre par rapport aux dernières sorties.

Sous les yeux de Zuzana Čaputová, fraîchement élue présidente de la Slovaquie, Yasin Ehliz teste immédiatement les réflexes de Marek Čiliak avec un tir à distance. Le portier écarte sans souci. La Double-Croix est à la et sa présence se prolonge avec la troisième ligne : Libor Hudácek tente deux fois mais ne cadre pas. Tomáš Tatar entre les deux cercles, trouve Mathias Niederberger. Le momentum slovaque est stoppé lorsque Marián Studenič fait trébucher Leon Draisaitl en zone neutre (3’13). La pénalité est bien tuée par la Slovaquie, qui couvre parfaitement sa zone. Hormis un tir sans danger de Marc Michaelis, l’Allemagne ne montre absolument rien sur cette supériorité numérique.

Le match est fermé. Les défenses et leurs gros gabarits bloquent les entrées en zone, empêchant toutes combinaisons offensives de se déployer. Les deux gardiens font chacun un arrêt de la mitaine sur des tentatives lointaines.

Benedikt Schopper offre un premier power-play à la Slovaquie suite a une obstruction sur la bleue allemande. Niederberger relâche un palet et sème la confusion dans son camp mais aucun Slovaque n’est à proximité. Róbert Lantoši, entre les deux ronds, vise en plein dans le plastron du portier de Düsseldorf. La Slovaquie met légèrement plus d’animation en unités spéciales mais le résultat est le même que pour l’Allemagne : la supériorité reste inexploitée.

Le score reste vierge à l’issue d’une première période sans aucune occasion manifeste et marquée

La Slovaquie hausse le ton

La Slovaquie repart pied au plancher. Hudéček, très remuant, intercepte un palet dans le coin droit allemand et sert en retrait Martin Fehérvéry dont la frappe sur la bleue est maîtrisée en deux temps par le gardien. La Slovaquie squatte la zone allemande : Mário Lunter slalome dans l’enclave, récupère son rebond pour servir… Hudáček dont la puissante reprise s’écrase sur Niederberger. Sur l’assaut suivant, le portier est battu sur le tir de Dávid Buc dans le slot mais sauvé par le poteau gauche !

Ce gros temps fort est pourtant vain. L’Allemagne gagne la mise en jeu à droite, Markus Eisenschmid effectue un grand tour de cage puis centre pour Marc Michaelis qui vient loger sa reprise au fond de la cage de Čiliak (1-0, 23’54). Pour la première fois du tournoi, la Slovaquie ne marque pas la première.

Sekera, en fond de zone, sert en retrait Buc, posté près de la barre droite, mais son revers est bloqué par Niederberger. Pánik trouve lui aussi le poteau droit sur sa reprise dans le rond droit de la passe transversale de Tatar. Niederbereger était encore battu.

Moritz Seider retient un joueur slovaque dans son coin droit (28’01) et Hudáček se fait faucher par Moritz Müller au moment d’armer après une belle percée (28’24). La Slovaquie dispose donc d’un double power-play de 1’37 mais Sekera n’a besoin que de six seconds pour égaliser d’un slap dans l’axe (1-1, 28’30). La longue supériorité restante est elle aussi bien utilisée : Tatar attrape le puck dans le coin gauche, sert Pánik qui décale immédiatement pour Hudáček qui ajuste Niederberger (1-2, 29’55).

L’Allemagne libère beaucoup d’espaces désormais. Buc tourne autour de la cage et trouve Lunter dans le slot qui tape d’abord la glace sur sa reprise. On retrouve la Slovaquie des trois premiers matches, résolument tournée vers l’avant. Černák s’infiltre entre deux défenseurs et arme dans le slot mais Niederberegr resserre les jambières à temps.

La crosse haute de Patrik Koch renverse le jeu de l’autre côté et comme le centre de Munich sort sur saignement, l’Allemagne hérite d’un power-play de quatre minutes (33’15).

Čiliak repousse le danger avec autorité sous la pression de Leo Pföderl. Le rebond du slap de Mathias Plachta est maîtrisé par le portier local, qui est tout aussi décisif sur un nouvel essai de Pföderl. La Slovaquie a bien résisté malgré une pression certaine des hommes de Toni Söderholm. Dans l’ultime minute de la période, Lean Bergmann s’échappe mais manque de dextérité dans le slot.

La Slovaquie frustrée une seconde fois

Les Slovaques sont toujours remontés comme des pendules en entame de troisième tiers-temps. Le rebond de la frappe de Marinčin flirte avec la ligne de buit mais Studenič arrive trop tard pour reprendre.

Ehliz retient Michal Krištof en entrée de zone slovaque (44’25). Černak bombarde en bas du cercle gauche puis Krištof décale trop vite pour Daňo qui est pris de court dans le slot. Les Allemands tiennent bon sur cette infériorité malgré un gros mouvement slovaque.

Les Allemands lèvent les bras pour les rebaisser aussitôt ; le lancer de Yannic Seidenberg sur la bleue finit seulement dans le petit filet. Derrière, la Steel Aréna toute entière se fait aussi une fausse joie ; la rondelle termine certes au fond de la cage allemande mais le but est logiquement refusé, Tatar étant clairement dans la zone de but (48’22).

Moritz Seider s’écroule après une charge de Ladislav Nagy devant le banc slovaque (53’38). Le jeune défenseur de Mannheim est mal en point au moment de quitter la glace, soutenus par deux soigneurs. Dominé dans la possession et dans le jeu, l’Allemagne reste toujours à un but et le power-play qui suit leur donne une bonne opportunité d’effacer ce petit déficit. Mais la défense bleue agresse haut le porteur de palet et les blancs ont des difficultés à se mettre en position de tir.

La supériorité, même si elle n’a pas payé, permet aux Allemands de poser leurs valises en zone slovaque. Ils poussent fort en fin de période. Le revers de Leon Draisailt dans le slot, que Čiliak ne parvient pas à capter, provoque la panique dans le camp local. Niederberger déserte alors son poste et le momentum porte ses fruits : Eisenschmid décoche à l’entrée du cercle gauche et vient ruiner les espoirs slovaques de s´imposer dans le temps réglementaire (2-2, 58’08).

Pis ! Ils refont même le coup du Canada. Draisaitl, plutôt discret sur l’ensemble de la rencontre, mystifie la Slovaquie sur une contre-attaque, Čiliak étant masqué par son défenseur (3-2, 59’33).

Le scénario est cruel, probablement plus que deux jours plus tôt. Avec 100% de points engrangés en quatre matchs, l’Allemagne, décidément très opportuniste, file droit vers les quarts de finale. Ce n’est pas cuit mathématiquement pour la Double-Croix, mais il faudrait un concours de circonstances improbable pour qu’elle atteigne le top 8.

Désignés joueurs du match : Patrick Hager (Allemagne) et Marek Čiliak (Slovaquie)

Réactions d’après-match

Patrick Hager (attaquant de l’Allemagne) : « Nous savions que ça serait difficile. La Slovaquie a une très bonne équipe et qu’ils auraient le soutien d’un public très bruyant. Nous avons laissé passer l’orage. Ils ont capitalisé sur deux grosses pénalités, mais, et c’est la preuve du caractère de l’équipe, nous savions que nous aurions une autre chance. Même après avoir sorti le gardien et marqué, nous avons continué de pousser et Leon fait un jeu extraordinaire. Nous avons quatre victoires, c’est un grand pas mais je ne pense pas que soyons à 100% en quarts de finale. C’est vraiment fou si nous arrivons à sortir de ce groupe. Nous allons avoir deux jours de repos avant d’enchaîner deux grosses équipes. Nous n’allons pas nous reposer sur nos lauriers. »

Craig Ramsay (entraîneur de la Slovaquie) : « Nous sommes ici pour jouer sept matchs et ce n’est pas fini. Nous n’allons pas demander un temps mort après le quatrième match parce que le résultat ne nous convient pas. Apprendre à être un champion passe parfois par ce genre de déception, cela fait mal mais il faut se relever pour le match suivant, quoi qu’il en coûte. Est-ce que nous en avons fait trop à la fin ? En fin de match il faut mettre le palet au fond et surtout ne pas le perdre dans sa zone. Je suis tout de même fier de l’équipe et des joueurs. Ils ont tout donné, à l’image de Studenic qui se sacrifie en fin de match pour bloquer un tir. Personne n’a essayé plus dur qu’eux ce soir. C’est triste, cela fait mal, mais cela ne change pas ce que vous devez faire pour être un champion. Par exemple savoir ne pas prendre une pénalité, savoir comment achever un match. C’est du travail de détails. Oui, nous avons très bien joué ce soir, mais pas assez pour gagner. Parfois vous gagnez des matchs que vous méritez de perdre, parfois c’est l’inverse… Il n’y a pas d’excuse. »

Allemagne – Slovaquie 3-2 (0-0, 1-2, 2-0)
Mercredi 15 mai 2019 à 20h15 à la Steel Aréna de Košice. 7440 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Max Sidorenko (BLR) et Jiri Ondracek (TCH) et Dmitri Shishlo (RUS)
Pénalités : Allemagne 18′ (2′, 14′, 2′) ; Slovaquie 18′ (2′, 4′, 12′)
Tirs : Allemagne 21 (3, 8, 10) ; Slovaquie 36 (12, 16, 8)

Évolution du score :
1-0 à 23’54 : Michaelis assisté de Eisenschmid
1-1 à 28’30 : Sekera assisté de Černák et Tatar (double sup. num.)
1-2 à 29’55 : Hudáček assisté de Pánik et Tatar (sup. num.)
2-2 à 58’08 : Eisenschmid assisté de Seidenberg et Kahun (gardien sorti)
3-2 à 59’33 : Draisaitl assisté deTiffels et Kahun

Allemagne

Attaquants :
Yasin Ehliz (2′) – Patrick Hager (A, +1) – Leonhard Pföderl
Dominik Kahun (+2) – Leon Draisaitl (A, +2) – Frederik Tiffels (+1)
Matthias Plachta (+2) – Marc Michaelis (+1) – Markus Eisenschmid (+2)
Marcel Noebels – Gerrit Fauser – Frank Mauer
Lean Bergmann [au 3e tiers-temps]

Défenseurs :
Moritz Müller (C, 2′, +2) – Korbinian Holzer (10′, +1)
Yannic Seidenberg (+1) – Moritz Seider (2′)
Benedikt Schopper (2′) – Marco Nowak (+1)
Jonas Müller

Gardien :
Mathias Niederberger [sorti de 57’35 à 58’08]

Remplaçant : Niklas Treutle (G). En réserve : Philipp Grubauer (G), Denis Reul (D), Stefan Loibl (A).

Slovaquie

Attaquants :
Tomáš Tatar (A) – Michal Krištof – Richard Pánik
Ladislav Nagy (A, 2’+10′, -1) – Matúš Sukeľ (-2) – Marián Studenič (2′, -1)
Marko Daňo (-1) – Libor Hudáček – Róbert Lantoši (-1)
Mário Lunter (-1) – Dávid Buc (-1) – Adam Liška (-1)

Défenseurs :
Andrej Sekera (C) – Erik Černák (-1)
Martin Marinčin (-3) – Christián Jaroš (-1)
Patrik Koch (2’+2′) – Martin Fehérvary (-1)
Michal Čajkovský

Gardien :
Marek Čiliak

Remplaçant : Patrik Rybár (G), Tomáš Zigo (A). En réserve : Denis Godla (G), Marek Ďaloga (D), Dávid Bondra (A).

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