Bilan de la saison NHL 2018-2019 (1/3)

315

La saison NHL 2018-2019 est dans le rétroviseur et a offert son lot de surprises. En premier lieu, le titre des Blues de St. Louis, premier de leur histoire, alors que l’équipe était 31e et dernière début janvier… Un retour de l’enfer rarissime qui illustre la grande parité du championnat. Très peu d’équipes étaient réellement hors course à la date limite des transactions.

Quelques semaines après la fin de saison, c’est l’heure du bilan. Dans ce premier volet, Hockey Archives se penche sur les dix plus mal classés de la saison : du folklore Ottawa aux promesses de Philadelphie, retour sur des équipes mal gérées, malchanceuses ou en reconstruction.

ottawa senators31e – Ottawa Senators
Peut-il exister une saison pire que celle des Senators d’Ottawa ? Chaque semaine s’est enchaînée avec son lot d’événements improbables. On savait que l’équipe devait sacrifier un premier choix de draft suite à l’échange Matt Duchene : le propriétaire Eugene Melnyk et le manager Pierre Dorion n’imaginaient sans doute pas qu’il s’agirait potentiellement du tout premier – finalement le 4e, avec l’aide de la loterie. Le propriétaire a cristallisé tous les problèmes : menaces de délocalisations, insultes envers le public, traitement lamentable des salariés…

Ajoutons à cela des échanges à la pelle, dont celui de l’icône locale, Erik Karlsson, envoyé à San José – le Suédois hésitant logiquement à s’engager dans un tel bourbier à long terme. Quant aux soucis extra-sportifs, un haut dirigeant du club pris dans une affaire de mœurs n’a rien arrangé. Sans parler de l’incertitude autour de la nouvelle arène, qui semble tomber aux oubliettes.

L’ambiance dans l’équipe ? Atroce, à l’image d’une conversation en novembre entre joueurs à l’arrière d’un taxi Uber, critiquant l’entraîneur pour ses choix en infériorité numérique, qui a fuité sur les réseaux sociaux… et poussé un certain nombre de joueurs impliqués vers la sortie. La création de faux comptes Twitter anti-médias sur les réseaux a aussi émaillé l’année. Rien que cela !

Sportivement ? 29 victoires, 47 défaites, 18e attaque et 31e défense : pas besoin de statistiques avancées pour repérer le problème. L’équipe a, en plus, été ravagée par les blessures, mais un Craig Anderson de 37 ans à 90,3% d’arrêts ne suffit pas dans une ligue de ce niveau. Les six autres gardiens employés n’ont pas fait mieux… Dans le champ, la satisfaction vient du deuxième année Thomas Chabot, auteur de 55 pts dont 14 buts depuis les lignes arrières. Mark Stone, 62 pts, et Matt Duchene, 58e pts, ont pour leur part été échangés à la date limite des transactions, tout comme Ryan Dzingel (44 pts).

Du coup, les rênes de l’équipe appartiennent désormais à la jeune garde : Brady Tkachuk, 22 buts et 45 pts pour sa première saison, mais aussi Colin White (41 pts). Le staff a procédé à des essais en masse, avec 44 joueurs de champ utilisés… Les Senators sont un champ de ruines, la rupture entre le propriétaire et le public est consommée. Il va falloir du temps pour redevenir crédible.

***

150px Kings de Los Angeles

30e – Los Angeles Kings

Qu’ils y croyaient ! Champions en 2012 et 2014, les Kings pensaient que leur fenêtre d’opportunité était encore ouverte. Blanchis en playoffs par Vegas en 2018, il ne leur manquait qu’un buteur, non ? La signature à prix d’or du vétéran Ilya Kovalchuk allait arranger les choses, non ?

Mais la machine était bien cassée et a traîné sa misère toute la saison. Plus vieille moyenne d’âge de la ligue, les Kings ont évolué dans les profondeurs du classement dès le début, plombés par une fébrilité défensive inhabituelle et une attaque en panne sèche. À rebours de la jeunesse et de la vitesse qui prédomine dans la NHL d’aujourd’hui, l’équipe californienne a paru lente et usée.

Après une fiche de 4 victoires en 13 parties, John Stevens est limogé et remplacé par Willie Desjardins, qui prend en grippe Kovalchuk, au point de le laisser plusieurs fois en tribunes – avec un contrat de trois ans et 18,5 millions qui apparaissait déjà comme un boulet. Le Russe subit ensuite les foudres de Rob Blake par presse interposée – “il n’est pas rentré dans la philosophie de l’équipe” – et est écarté de la dernière série de matchs à l’extérieur de la saison. À la place, il est vu sur Instagram en famille, souriant, glaces à la main…

Desjardins n’a convaincu personne – il est même pris à partie pendant un match par Jonathan Quick – et n’est pas retenu en fin de saison. L’ex-coach des Sharks et Oilers, Todd McLellan, sera chargé d’une reconstruction qui ne veut pas dire son nom, dans ce qui est déjà un avertissement majeur pour le manager général Rob Blake. Les choix discutables depuis 2017 ont poussé la franchise californienne dans les profondeurs du classement. À sa décharge, l’héritage de Dean Lombardi – des contrats pesants pour des vétérans en bout de course – n’est pas facile à solder.

Sur la glace, le problème est venu de Jonathan Quick : 88,8% d’arrêts en 46 matchs, le portier vétéran a coulé cette saison, au point que la possibilité de l’échanger n’est plus taboue. Ses deux remplaçants Jack Campbell (92,8% en 31 matchs) et Cal Petersen (92,4% en 11 matchs) se sont montrés bien plus efficaces devant une défense atroce, loin de la rigueur des deux coupes Stanley.

Drew Doughty, tout juste auréolé d’un contrat énorme de 8 ans, a bien signé 45 pts, mais son -34 fait tâche, tout comme ses déclarations à l’emporte-pièce envers certaines stars de la ligue, dont Brent Burns. Le défenseur a aussi été repéré criant après James Harden, le basketteur de Houston, après un match contre les Lakers, énième dérive du joueur. Mais Doughty a surtout été bien trop seul : son partenaire habituel Jake Muzzin s’est certes montré solide, mais il était aussi l’une des rares valeurs utiles. Il a donc été échangé à Toronto pour commencer à accumuler des espoirs dans une banque de prospects minimaliste – la filiale AHL Manchester a fini dernière avant de mettre la clé sous la porte. Tanner Pearson, transparent, a lui aussi été échangé, tout comme Carl Hagelin, Nate Thompson, Oscar Fantenberg, Spencer Watson. En fin de saison, Dion Phaneuf, catastrophique, voit son contrat racheté. Tout doit disparaître…

Offensivement, Anze Kopitar a connu une année sans (22 buts, 60 pts), bien loin de son niveau de trophée Selke de meilleur attaquant défensif. Dustin Brown (22 buts, 51 pts) a fait ce qu’il a pu, mais la déroute du reste de l’attaque fut spectaculaire. Toffoli, Carter, Iafallo, Kempe n’ont eu qu’une contribution anecdotique. Le chantier est immense. Toffoli déclare même dans la presse : “Vous avez vu nos entraînements. Ils sont souvent pathétiques”, aveu coupable d’une équipe tombée dans la suffisance la plus complète. Mais surtout, des joueurs qui ont délibérément choisi de rejeter le blâme sur Desjardins et lui seul…

La culture de la gagne a disparu, et Rob Blake l’a enfin admis : “Nous avons dépassé le modèle d’une équipe championne. Nous devons construire quelque chose de différent, restructurer l’effectif, nous remettre tous sur la même page et s’améliorer chaque jour”. Il y a du travail…

***

Devils New Jersey

29e – New Jersey Devils

De retour en playoffs en 2018, les Devils du New Jersey paraissaient sur la pente ascendante mais leurs espoirs ont été douchés très rapidement, au point de finir avec 25 pts de moins que l’an dernier. Après quatre victoires de suite en tournée européenne, les Devils coulent au classement, plombés par un poste de gardien en souffrance. Cory Schneider (90,3%), mal remis de son opération à la hanche, ne gagnera pas un match avant le 16 février – son premier en 14 mois ! Son remplaçant Keith Kinkaid (89,1%) ne parvient pas à reproduire ses exploits du printemps 2018. En janvier, l’équipe se tourne vers Mackenzie Blackwood, 22 ans, un ancien deuxième tour de draft au références professionnelles modestes. L’ancien international junior va faire parler de lui, signant 91,8% d’arrêts et 2,61 buts encaissés en 23 matchs, offrant enfin des raisons d’espérer. Kinkaid est donc échangé à la date limite des transactions.

Mais les gardiens ont surtout été lâchés par une défense approximative. Le départ de John Moore n’a pas été compensé et aucun arrière n’a réussi à prendre la relève. Damon Severson (39 pts) et Will Butcher (30 pts) mènent la défense en points, alors que Sami Vatanen a été limité à 50 matchs. Le vétéran Andy Greene a peiné à assumer son rôle. Le chantier défensif s‘annonce considérable, mais le premier choix 2018, Ty Smith, vient d’être désigné défenseur de l’année dans les ligues juniors. De l’espoir…

L’attaque ? Orpheline de Taylor Hall. L’attaquant, MVP de la saison 2017-2018, était parti sur des bases encore meilleures, avec 37 pts en 33 matchs, mais quitte l’équipe à Noël sur blessure et ne reviendra pas. Les clés sont alors retombées sur Kyle Palmieri (27 buts, 50 pts) et Nico Hischier (47 pts), le jeune Suisse connaissant lui aussi des pépins physiques (69 matchs). Satisfaction aussi, Blake Coleman, travailleur et exemplaire, auteur de 22 buts.

Le staff a procédé à de nombreux tests de jeunes (38 joueurs utilisés, hors gardiens), à cause de multiples blessures puis échanges (départs de Marcus Johansson, Brian Boyle, Ben Lovejoy), au point que l’effectif de certains matchs de la fin de saison s’apparente plutôt à celui de l’équipe AHL. Shero, en maître, obtient cependant de très bons choix de draft contre ces vétérans en fin de contrat.

Contrairement à Ottawa et Los Angeles, l’espoir est bien plus solide de voir les Devils remonter la pente. Fort d’une banque de prospects et de choix de draft considérable, Ray Shero bénéficie aussi d’une masse salariale particulièrement souple. Deux conditions qui lui ont permis d’obtenir P.K. Subban contre fort peu de choses à la draft. Gagner la loterie et piocher Jack Hughes en premier ajoute la part de chance bien utile. Enfin, Shero a obtenu Nikita Gusev, star de l’équipe russe olympique et de la KHL, contre des choix de draft. De quoi convaincre Taylor Hall de prolonger ? L’ailier star sera en fin de contrat en 2020.

Le développement des jeunes (Hischier, Zacha, Bratt, Butcher…), qui ont, par flashs, montré de belles choses, dresse là aussi un tableau encourageant. La concurrence sera terrible au camp d’entraînement, et, si le poste de gardien tient mieux le choc, les Devils peuvent bien secouer une hiérarchie imprévisible dans la division Métropolitaine.

***

detroit28e – Detroit Red Wings

Après avoir enchaîné 25 ans en playoffs consécutivement, les Red Wings repartent quasiment de zéro après avoir aussi laissé vieillir un effectif qui doit maintenant être renouvelé.

Du vieux à tous les étages et autant de questions pour la suite… Commençons par les buts où Jimmy Howard et Petr Mrazek ont longtemps partagé l’enclave, sans que personne ne puisse réellement distinguer une hiérarchie. L’histoire s’est terminée en 2018 lorsque le Tchèque a été transféré aux Flyers, laissant le vétéran américain avec les clés du camion. C’est Jonathan Bernier, l’ex des Leafs et Avs qui se joindra à la fête.

Le reste de l’effectif est bien témoin de ce que l’on évoquait plus haut. En plus de Howard (35), Trevor Daley, Jonathan Ericsson, Franz Nielsen, Thomas Vanek (35), Johan Franzen (39), Mike Green (33), Daren Helm (32), Niklas Kronwall, et le capitaine Henrik Zetterberg (38) ont peuplé un effectif qui a vu arriver de la jeunesse, mais sans doute trop tard pour que cela se fasse de manière fluide.

Dennis Cholowski, Filip Hronek, Andreas Athanasiou, Martin Frk, Dylan Larkin, Anthony Mantha, Tyler Bertuzzi ou Michael Rasmussen, sans oublier le Tchèque Filip Zadina ou le Canadien Joe Veleno : voici une liste non exhaustive du futur des Wings, auxquels le nouveau drafté Moritz Seider devrait vite pouvoir s’ajouter pour combler une défense qui a bien besoin de soutien.

Alors si les hommes de Jeff Blashill ont bien tenté de sauver la face cette saison, ils ont dû se confronter à la retraite forcée de Zetterberg, dont les blessures à répétition à la hanche et au dos ont eu raison du mental de ce magnifique joueur suédois. Du coup entre les besoins de changements, et celui d’une stratégie plus efficace, la bonne nouvelle est arrivée en fin de saison, avec le retour aux sources de leur ancien capitaine, mais aussi ex-GM du Lightning de Tampa Bay, Steve Yzerman. L’architecte du succès des Bolts débarque à la direction sportive d’une franchise qui avait la nécessité de voir revenir une icône, en lieu et place de l’usé Ken Holland – lequel a pourtant fini par atterrir à Edmonton.

Son premier choix de repêchage (Seider en n°6) sera un peu discuté, mais la tendance est encore à la béatitude et à la confiance pour que Ice Man soit enfin prophète en son pays. En attendant la tâche est ardue, tant le bilan (32-40-10) est compliqué avec 227 buts marqués, pour 277 encaissés.

L’intégration progressive des espoirs actuellement dans les tuyaux sera donc le salut de Détroit, et nul doute que son manager général saura remettre en route une franchise rossée par les années. Une bouffée d’air frais, et une nouvelle dynamique pour redonner envie au Little Caesars Palace de suivre ce blason qui a tant donné à Hockeytown.

***

Buffalo Sabres27e – Buffalo Sabres

Les Sabres ont longtemps cru que cela ressemblait à la bonne année. Après le 1er choix 2018 et l’arrivée du défenseur suédois Rasmus Dahlin, Buffalo pensait être sur la bonne pente quand ils ont enchaîné de bons résultats en début de saison avec notamment 17 victoires en une grosse trentaine de matchs.

Malheureusement ils ont connu une nette perte de vitesse et sont retombés dans le bas du classement, de quoi se placer correctement pour la draft 2019. Les deux derniers tiers de la saison ont quasiment été les pires de toute la NHL.

Pourtant, Buffalo avait bien fait pousser un gros arbre pour cacher la forêt. Son nom ? Jeff Skinner. Avec ses 40 buts en saison, il a tenu l’équipe à bouts de bras pendant un moment, avec l’aide de Jack Eichel (28 buts, 82 points) et Sam Reinhart (22 buts 65 points).

Mais avec 271 buts encaissés, c’est bien vers la porosité du système qu’il faut se tourner. Reinhart, lui, aura une analyse à chaud plus controversée, en accusant carrément ses gardiens de ne pas être au niveau. Rien à voir donc avec un taux de possession défaillant, des défenseurs trop permissifs, ou des attaquants pas toujours responsables défensivement, non, ce sont les gardiens qui sont à l’origine des maux des Sabres…

Du coup, Buffalo avait l’occasion de récupérer un espoir de choix à la draft de Vancouver, et avec le choix n°7, c’est le centre canadien Dylan Cozens qui a été sélectionné. Une future arme de choix en plus en attaque, à voir avec Casey Mittelstadt, ou la confirmation d’Eichel, Reinhart, et Skinner qui aura au passage paraphé un contrat de 9 millions par an pendant 8 ans.

Le choix de Ryan Johnson en fin de premier tour viendra aussi renforcer une défense pour l’avenir. C’est bien le secteur à travailler en priorité pour les Sabres, au grand plaisir de leurs attaquants.

 

***

26e – New York Rangers

Un an et demi après le lancement officiel de la reconstruction, les Rangers ont fait une saison courageuse, sans tanking outrancier. Résultat des courses, après avoir transféré Kevin Hayes et Mats Zuccarello à la limite, les Blueshirts ont continué d’empiler les tours de draft, et ont surtout décroché le choix n°2 en 2019, synonyme de l’arrivée du Finlandais Kaapo Kakko.

Énorme accélération du processus donc, sans parler de la signature d’Artemi Panarin sur le marché des agents libres. La première saison de David Quinn à la tête des NYR aura eu son lot de hauts et de bas, de “Quinn benchings”, de retours en grâce, voyant l’éclosion d’Alex Georgiev en soutien d’un Henrik Lundqvist vieillissant,. Le vétéran suédois a été tellement en recul que sa place en vient à être discutée pour la saison prochaine. En plus de Georgiev, c’est l’autre russe Igor Shestyorkin qui vient rajouter de la concurrence dans les buts.

Un Russe de plus, me direz-vous ? Oui, car l’été 2019 voit une vague de l’est s’emparer du MSG. En plus de Panarin, Buchnevich, Namestnikov, Georgiev, et Shestyorkin, les Rangers voient Vitali Kravtsov et Yegor Rykov renflouer les garnisons de l’armée rouge dans la grosse pomme.

Les tuyaux d’espoirs sont pleins, et les signatures de la star universitaire Adam Fox – qui a refusé de signer en Caroline – et Jacob Trouba viennent rajouter de la qualité défensive dans une équipe qui était encore en phase de reconstruction il y a quelques semaines, et qui, en trois transferts et un heureux coup du sort à la draft, se retrouve avec un rôle de futur “contender” qui visera une place en playoffs certainement dès cette saison.

On éludera les soucis de réduction de masse salariale avec des décisions à prendre au sujet de Chris Kreider, Brendan Smith, Vladi Namestnikov ou Ryan Strome, pour rester dans des proportions relativement sages. Kevin Shattenkirk en fait les frais, victime d’un rachat de contrat. Si la reconstruction est bien en phase finale, on peut considérer que la bande à Jeff Gorton est entrée dans une phase d’optimisation.

***

25e – Edmonton Oilers

Disposer du meilleur joueur du monde – ou pas loin – et manquer les playoffs… C’est le destin des Oilers d’Edmonton, en vacances précoces pour la douzième fois lors des treize dernières saisons. La franchise de l’Alberta est un cas d’école de gestion douteuse depuis des années…

Il n’y aura même pas vraiment eu de lutte cette saison tant l’équipe fut à la ramasse. Dans les cages, Cam Talbot fut l’ombre de lui-même avant d’être échangé contre Anthony Stolarz. Son remplaçant, Mikko Koskinen, n’a pas vraiment fait mieux après un début de qualité honnête. Inexplicablement, il a reçu un contrat de trois ans à 4,5 millions de moyenne, en dépit d’un pourcentage d’arrêts de 90,6%. Le gardien de 31 ans n’en demandait pas tant…

Une signature qui a précipité l’éviction du manager général Peter Chiarelli. Vilipendé par les fans et une partie de la presse, l’ancien de Boston a laissé un champ de ruines derrière lui. Il aura échangé pendant son mandat des Taylor Hall et Jordan Eberle tout en acquérant des profils comme Milan Lucic (6 buts, mais 6 millions par an jusqu’en 2023). On oubliera ses choix cette saison : acquérir des défenseurs plus que douteux comme Brandon Manning ou Alex Petrovic, aux statistiques absolument atroces.

Du coup, la saison est encore à oublier et on peut se demander combien de temps McDavid va laisser au staff pour reconstruire – encore…

La 25e défense n’a pas brillé : le vétéran Andrej Sekera a manqué la plupart de la saison et ne sera pas reconduit par la nouvelle équipe dirigée par Ken Holland, ex-DG de Detroit, qui a signé pour cinq millions et cinq ans, une montagne pour un manager. D’autant que le bilan de Holland aux Wings n’a rien de remarquable depuis plusieurs années… Le duo Adam Larsson-Oskar Klefbom a souffert et seule l’éclosion offensive de Darnell Nurse est à noter (41 pts), même s’il a souffert dans sa zone. Le grand espoir Evan Bouchard, lancé trop tôt, aura pour sa part fini en junior, mais il reviendra vite.

L’attaque n’a pas existé en dehors du duo McDavid-Draisaitl. Productifs ensemble, ils ont porté l’équipe sur leurs épaules. McDavid a battu son record de carrière (116 pts) et Draisaitl franchi la barre symbolique des cent points (105). Malheureusement, Draisaitl n’arrive pas à mener sa propre ligne et, du coup, le banc est inexistant. Tout juste Alex Chiasson fut une bonne trouvaille (38 pts), et Ryan Nugent-Hopkins un centre décent en troisième ligne (69 pts), voire un ailier occasionnel pour la première tant les autres ailiers étaient mauvais… Tobias Rieder (11 pts) en fut un symbole, cloué au pilori par Chiarelli comme responsable de la saison ratée (!), tout comme le grand espoir Jesse Puljujärvi, 4e choix de la draft 2016, auteur de seulement 9 pts en 46 matchs, qui a des envies d’aller voir ailleurs. Rattie, Strome, Spooner, Gagner, Khaira, Brodziak se sont succédé sur les ailes, sans aucune production.

Au final, l’équipe n’aura eu que la 20e attaque, et s’est retrouvée aux environs de la 25e place de la ligue en occasions et chances de marquer. Todd McLellan fut limogé en cours de saison, Ken Hitchock n’a pas fait mieux, si ce n’est verrouiller un peu la défense et, en contre-coup, réduire encore plus l’impact offensif.

Ken Holland et le nouvel entraîneur Dave Tippett auront énormément de travail cet été : liquider l’héritage surpayé de Chiarelli, redonner confiance à sa star et rebâtir une défense et une profondeur de banc. Pas gagné…

***

24e – Anaheim Ducks

Multiples champions de la division Pacifique, les Ducks ont complètement raté leur saison et manquent les phases finales pour la première fois depuis 2012. La principale cause, c’est l’offensive, tout simplement dernière de la ligue en buts par match. Pire, la masse salariale frôle le plafond et les vétérans en bout de course ne produisent plus.

Ryan Kesler, 60 matchs sur une jambe (8 pts !), n’est pas sûr de rejouer au hockey. Ryan Getzlaf reste un passeur de haut vol, mais son binôme traditionnel Corey Perry ne produit plus : l’ex-star de l’équipe a même vu son contrat racheté quelques semaines après la fin de saison, durant laquelle il a manqué 51 matchs après une opération du genou.

Le système Randy Carlyle, obsolète, a vécu – le coach est démis de ses fonctions le 10 février – et le manager général Bob Murray a décidé de changer d’ère en lançant Dallas Eakins, qui a entraîné, avec succès, l’équipe AHL. Pour éviter de le sacrifier trop tôt, le manager général aura même fait un tour sur le banc et assisté à la déroute de son équipe lors des 26 derniers matchs de l’année. Une expérience instructive : l’équipe s’est « habituée à perdre et à batailler », explique-t-il, en venant à douter du caractère de certains joueurs (le fameux caractère…).

Que penser des Ducks, alors ? Les Californiens s’appuient avant tout sur un gardien exceptionnel : John Gibson. Sans un petit coup de mou après le All-Star Game, l’Américain aurait fort bien pu prétendre au trophée Vezina, tant son impact dans l’équipe est majeur. Il a tout simplement figuré en tête de la ligue pour les buts sauvés, avec une marge confortable, comme les deux dernières saisons.

La défense aura souffert, exposant son portier, bien trop souvent contraint à l’exploit. Hampus Lindholm (28 pts) et Cam Fowler (23 pts) étaient loin de leurs standards habituels, même si Fowler a manqué 23 matchs après une spectaculaire blessure au visage. Brandon Montour (25 pts) fut lui sacrifié à l’autel salarial et expédié à Buffalo à la date limite des échanges. Derrière ce trio et Josh Manson, le banc fut quasi inexistant et une rotation de défenseurs mineurs a bouclé le banc. Les équipes spéciales ? Inefficaces, avec le 24e jeu de puissance et le 20e jeu en infériorité.

Ce manque de profondeur s’est retrouvé en attaque, où Getzlaf (48 pts) n’a pu compter que sur un seul marqueur de 20 buts : Jakob Silfveberg (24 buts, 43 pts). Une sécheresse offensive spectaculaire… Tous les attaquants ont connu une année noire, à commencer par Rickard Rakell (43 pts, 18 buts contre 34 l’an dernier) et Adam Henrique (42 pts). Derrière eux, pas grand chose : une floppée de joueurs de second ordre ou de rookies en devenir. Ondrej Kase fut par exemple un ailier intéressant (20 pts), limité à 30 matchs sur blessure. Max Jones, Jacob Larsson, Troy Terry, Sam Steel et Maxime Comtois feront assurément partie de la prochaine vague.

Les blessures expliquent en grande partie ce turnover qui a compliqué la donne, avec pas moins de 45 joueurs de champ utilisés et un total cumulé de 484 matchs manqués, n°1 de la ligue. Beaucoup de tests, de promesses d’avenir… mais un sacré chantier pour une équipe en souffrance de masse salariale. Il risque d’y avoir quelques années noires chez les Ducks.

 

***

150px-Logo Canucks Vancouver.svg23e – Vancouver Canucks

Quatrième année sans playoffs pour les Canucks, qui auront réussi une saison moins pire qu’attendue. 5e de sa division Pacifique, Vancouver aura figuré dans les candidats aux phases finales une bonne partie de la saison, avant de caler dans la dernière ligne droite, fort logiquement.

L’attraction de la saison fut évidemment le rookie de l’année, Elias Pettersson. En dépit de pépins physiques, le jeune Suédois a brillé et dominé son sujet. Sa première saison nord-américaine, convaincante, en a déjà fait le nouveau meneur offensif de l’équipe, avec 28 buts et 66 pts en 71 matchs. Avec Bo Horvat (27 buts, 61 pts) et Brock Boeser (26 buts, 56 pts), les Canucks tiennent un trio remarquable. L’ennui, c’est le banc…

Derrière ces trois jeunes stars de demain, le meilleur attaquant fut… Antoine Roussel, auteur de 31 pts en 65 matchs. Sans faire injure au Tricolore, il n’a pas grand-chose à faire dans un top-6… Mais personne d’autre n’a contribué. Le contrat de Loui Eriksson apparaît comme un boulet (29 pts en 81 matchs seulement, à 6 millions). Nikolay Goldobin, Jake Virtanen ou Mikael Granlund constituent des joueurs de complément. On passera sur le reste… Dommage que Sven Bärtschi, 14 pts en 26 matchs, ait été victime d’une commotion dès novembre.

Faute d’offensive de qualité, Vancouver n’a pas non plus pu s’appuyer sur une défense brillante. Alex Edler a signé 34 pts, Troy Stecher 23, mais aucun des deux n’est réellement le profil de défenseur mobile/offensif que toutes les équipes NHL recherchent. L’apparition du grand espoir Quinn Hughes la dernière semaine, avec 3 pts en 5 matchs, fut prometteuse mais la pression sera grande sur ses épaules la saison prochaine.

Dans ces conditions, les 91,2% d’arrêts de Jacob Markström sont plutôt corrects : il a été désigné MVP de la saison par ses coéquipiers. Le géant suédois a assuré 60 matchs de qualité, alors que son compatriote Anders Nilsson coulait. Du coup, le grand espoir Thatcher Demko a débuté, avec là aussi de belles promesses.

Vancouver a donc « tenu » plus longtemps que prévu, en dépit d’un manque de banc évident. Il faudra régler cela, ainsi qu’améliorer la défense, pour prétendre franchir le cap vers les phases finales.

 

***

22e – Philadelphia Flyers

Les saisons se suivent et se ressemblent du côté des Flyers de Philadelphie. Les promesses entrevues la saison précédente se sont effondrées d’un coup, la faute à un départ catastrophique dans cette saison 2018-2019. L’équipe a connu les soucis récurrents de défense et de gardien, au point de manquer les phases finales pour la quatrième fois en sept ans. Le mantra « Raise the bar » annoncé par le staff n’a guère fonctionné.

Les Flyers étaient tout simplement moyens. Avec la 18e attaque (2,88/match), ils ont pu compter sur cinq joueurs au-delà des vingt buts : Couturier, van Riemsdyk, Giroux, Konecny et Voracek. De quoi offrir un top-6 satisfaisant. Oskar Lindblom et Scott Laughton ont assuré une production honnête en troisième ligne, mais on attendait bien plus de Nolan Patrick (13 buts, 31 pts) et surtout de Wayne Simmonds (27 pts), handicapé par des pépins physiques.

Le gros souci est venu des équipes spéciales, et notamment du jeu de puissance, point fort traditionnel de l’équipe. Cette fois, le staff n’a jamais trouvé la bonne combinaison et a multiplié les choix déconcertants. 22e de la ligue avec 17,1% de réussite, la supériorité numérique a rarement contribué – pire bilan depuis 2011 – et c’est peu dire que le jeu en infériorité fut pire encore : 26e, avec 78,5%. Les trois premiers mois se sont révélés catastrophiques et il aura fallu un peu de mouvement dans le staff, notamment avec l’arrivée de Scott Gordon en tant qu’entraîneur par intérim, pour retrouver un niveau respectable. Exit David Hakstol, viré mi-décembre après trois ans sans convaincre… Le choix des joueurs, de leur placement et des options tactiques en équipes spéciales constituent l’un des grands chantiers de la prochaine saison.

Mais dans tous les cas, l’équipe n’aurait rien pu faire à cause d’une défense atroce. Seuls Chicago et Ottawa ont encaissé plus de buts que Philadelphie avec la bagatelle de 280. Ivan Provorov et Shayne Gostisbehere ont connu des saisons noires, tant offensivement que défensivement. Placement hasardeux, couverture trop lâche… Les gardiens n’ont pas été aidés dans leur enclave. À ce petit jeu, Radko Gudas est curieusement sorti du lot, en tant que meilleur défenseur de l’équipe, ce que pas grand monde n’aurait pu attendre. Le jeune Travis Sanheim a lui aussi apporté satisfaction, et on attend la confirmation des promesses entrevues chez Philippe Myers.

Finalement, les Flyers ont été un peu dans le coup en fin de saison en tentant leur carte cachée : Carter Hart. Le gardien de 20 ans a signé trente matchs de très haut vol (91,7%), battant le record de Jocelyn Thibault avec huit victoires de rang en tant que débutant. Hart n’aura été « que » le huitième gardien de la saison côté Flyers, nouveau record NHL pour une équipe qui a – encore – cherché toute l’année la solution dans les buts. Mais cette fois, elle semble enfin l’avoir trouvée…

Enfin un gardien, des défenseurs prometteurs et un top-6 correct, avec un peu de banc : qui sait, si le coaching se montre enfin à la hauteur – Alain Vigneault a été nommé en fin de saison et sera assisté de Michel Therrien et Mike Yeo, deux hommes d’expérience -, Philadelphie pourrait bien s’envoler à nouveau.

Les commentaires sont fermés.

lectus luctus nec elementum ut libero adipiscing id Praesent Phasellus