La Française reine à Boston

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Avec la Northeastern University, Chloé Aurard, jeune joueuse de 20 ans de l’équipe de France, a réussi à inscrire son nom au palmarès du Beanpot, cultissime tournoi de Boston. Un événement marquant dans une carrière, même si elle conserve d’autres ambitions, que ce soit avec les Huskies ou avec les Bleues. Gros plan sur l’attaquante des Tricolores et sur l’univers du hockey universitaire.

Beanpot, kézako

Un beanpot est un ancien ustensile de la cuisine américaine, un cuiseur de haricots en céramique par le passé très répandu dans le Massachusetts, pour notamment cuisiner les fameux Boston baked beans. Boston est d’ailleurs surnommé Bean town. Comprenez donc que le nom a été vite trouvé pour nommer un trophée de hockey qui sera, dès lors, âprement disputé. À l’image de la Coupe Spengler en Suisse, le Beanpot est un tournoi culte, ancré dans la tradition, qui date de 1952 pour les garçons, et 1979 pour les filles. Il oppose chaque année, début février, les équipes des quatre grandes universités de Boston : Harvard, Northeastern University, Boston University et Boston College.

Au fil des ans, le Beanpot est devenu un événement à part entière sur la planète hockey, particulièrement suivi par les étudiants / supporteurs. Des milliers de spectateurs assistent aux matchs, la finale masculine du Beanpot, sauf quelques exceptions, est organisée au Garden, l’antre NHL des Boston Bruins, et demeure, chaque saison, l’un des grands événements de la saison universitaire aux États-Unis. C’est une véritable institution qui a aussi permis de renforcer la rivalité des quatre grandes écoles bostoniennes. Un rendez-vous incontournable tant pour les amateurs que pour les spécialistes, avec du beau jeu, des matchs à chaque fois très serrés et des stars en devenir.

Photo Mats Bekkevold pour Hockey Archives

La tricolore décisive

Parmi ces jeunes étoiles du hockey, il y a une joueuse française. Après un passage à la Vermont Academy où elle a évolué avec sa sœur jumelle Anaïs – gardienne actuellement à St. Norbert College pour la troisième année consécutive – Chloé Aurard a su taper dans l’œil de Northeastern University, une université reconnue et ultra sélective de 28 000 étudiants, proposant plus de 200 programmes scolaires, et qui possède une structure sportive professionnelle et ambitieuse, en particulier pour le hockey. C’est le summum de l’accompagnement sportif propre à la culture américaine, dans un pays où les universités sont régies par l’amendement « Title IX » : cela leur interdit toute discrimination, et les oblige à proposer les  mêmes moyens pour accompagner les jeunes sportifs, garçons et filles. Pour une athlète hockeyeuse avide de compétition et de trophées, c’est clairement le bon endroit.

L’année dernière lors du Beanpot 2019, Chloé Aurard, qui joue sa deuxième saison avec Northeastern University, et ses coéquipières avaient échoué, évincées de la finale par Boston University. Cette fois-ci, les « Howlin’ Huskies » ont obtenu leur revanche.

Lors du premier match, le 4 février dernier, NU a écarté Harvard sur le score de 3-1, l’attaquante native de Villard-de-Lans obtenant une assistance et marquant en cage vide. Et en finale face à Boston University, elle a réalisé un match à 4 points. Un premier but en première période en filant sur son aile gauche, un deuxième but en deuxième période avec un joli mouvement devant le slot, puis deux passes dont une action décisive pour le titre, au bout du suspense puisque les deux équipes jouaient une deuxième prolongation pour se départager. C’est Lauren MacInnis qui en a profité en donnant la victoire 4-3 en prolongation à Northeastern aux dépens des Terriers de BU. Papa Al MacInnis, légende de la NHL et connu à l’époque pour ses frappes surpuissantes, a dû apprécier.

Pour la dix-septième fois de leur histoire, les filles de Northeastern sont devenues « Queens of the beans ».

Il faut bien admettre que c’est un véritable tour de force qu’a réalisé Northeastern University au Beanpot 2020. C’est d’abord la première fois en sept ans que la section féminine remporte le trophée, le dernier sacre datant de 2013 lorsque l’équipe était alors menée par la star américaine Kendall Coyne, qui n’a d’ailleurs pas manqué de féliciter l’équipe. Et c’est aussi la première fois en 32 ans que les Huskies de NU remportent sur les deux tableaux, féminin et masculin, la même année, réalisant le fameux « Beanpot sweep ». L’effet miroir est d’ailleurs troublant puisque, vingt-quatre heures avant, les garçons de NU l’ont emporté également sur Boston University, également en double prolongation, et également grâce à un but gagnant du n°2, en l’occurrence Jordan Harris.

Les étudiantes de NU ont donc dicté leur loi, mieux préparées et plus en confiance, comme le confie l’expatriée bleue à Hockey Archives : « Je pense que cette année, nous étions mentalement plus prêtes pour ce tournoi. Personnellement, l’année dernière était ma première année et mon premier Beanpot, mais je ne savais pas l’importance que ça avait. Cette année, je savais ce que c’était, et je ne voulais pas passer à côté du trophée. Je pense que, en tant que groupe, nous étions mieux préparées. Nous avons une grosse saison derrière nous, mais nous avons gardé le Beanpot en tête. C’était un gros objectif, et nous l’avons accompli. »

Un talent bleu qui se détache de la concurrence 

Quand bien même Harris et MacInnis sont rentrés l’un et l’autre dans la légende en marquant le but décisif, Chloé Aurard a eu l’honneur d’être nommée meilleure joueuse du Beanpot 2020 avec ses 6 points en 2 matchs. La jeune attaquante « made in Vercors » rejoint une liste de MVP vertigineuse, avec notamment Vicky Sunohara, Jennifer Botterill, Kelli Stack, Emerance Maschmeyer et évidemment Kendall Coyne, pour ne citer qu’elles. Toutes ont réalisé des performances bluffantes et connu une carrière particulièrement fructueuse, en particulier aux Mondiaux et aux Jeux olympiques.

Évidemment, souhaitons la même chose à la numéro 17 de l’équipe de France. En tout cas, sa carrière aux États-Unis a très bien commencé, et ce malgré la franche concurrence et le niveau très élevé des équipes universitaires américaines, qui sont d’ailleurs devenues un incroyable incubateur de super-talents. Si chez les garçons, la réussite d’une université se quantifie au nombre de joueurs qui ont accédé à la NHL, la représentation aux Jeux olympiques est un excellent baromètre chez les féminines. USA Hockey compte un total de 76 joueuses qui ont disputé les JO depuis l’introduction du tournoi féminin à Nagano en 1998. Toutes ont été formées en NCAA, avec pour meilleur élève l’Université du Minnesota (13), suivi par Harvard (9), Wisconsin (9), Providence (8) et Boston College (8). Même les hockeyeuses canadiennes, qui sont désormais plus de 300 en NCAA Division 1, boudent désormais les universités du Canada, préférant les universités américaines.

Au milieu de cette rude concurrence, qu’une joueuse provenant de l’hexagone réussisse à s’illustrer par de très bonnes performances sur un circuit aussi compétitif, c’est tout simplement remarquable. En 2018-2019, sa première saison, Chloé Aurard avait déjà amassé 31 points en 35 matchs, recevant plusieurs honneurs dont un « National rookie of the month » et une place parmi l’équipe All-Star de la conférence Hockey East. Et pour 2019-2020, elle est partie sur des bases encore meilleures, avec un match à 2 points dès la première rencontre. Depuis, la Française a inscrit 42 points dont 20 buts en 30 matchs.

Photo Mats Bekkevold pour Hockey Archives

Elle forme d’ailleurs un duo redoutable avec la flèche suisse Alina Müller, qui est devenue la deuxième joueuse la plus rapide de l’histoire de Northeastern University à atteindre le seuil des 100 points. Un duo qui épate la galerie, même le coach Dave Flint, en poste depuis 11 ans et ex-adjoint de l’équipe nationale des États-Unis aux Jeux olympiques, qui confiait au site de NU : « Elles réussissent des actions qui me surprendront toujours. Des passes à l’aveugle pour lesquelles elles savent que l’autre sera à la réception, ce sont des choses que je ne peux pas leur enseigner. Être de bonnes amies, ça les aide clairement. Toutes deux sont très dures envers elles-mêmes, et nous travaillons toujours avec Chloé à ce sujet. Ne pas trop s’enfoncer, et rester toujours positif. Et je constate vraiment une amélioration. »

Une saison toujours pleine de défis

Après ce succès fantastique, Northeastern University et sa Française ne veulent évidemment pas en rester là : « Nous avons beaucoup d’ambitions, poursuit Chloé Aurard. Cette année, nous voulons ramener les trois trophées à la maison, comme chaque équipe. » Car après le Beanpot, « NU » devra s’attaquer aux playoffs de la conférence Hockey East, alors que les Howlin’ Huskies ont remporté pour la deuxième année de suite la saison régulière. L’issue des playoffs de conférence sera déterminante pour une qualification pour le tournoi NCAA, le tournoi national.

Photo Timo Savela pour Hockey Archives

En 2019, Northeastern University était parvenu à confirmer leur victoire de la saison régulière par une victoire de la conférence Hockey East à l’issue des playoffs, en écartant successivement Vermont, Providence et Boston College. Ce succès avait alors permis à NU de concourir au tournoi NCAA, pour la deuxième année de suite. Mais en quart de finale de NCAA, les Huskies n’avaient rien pu faire contre Cornell. Northeastern tentera de faire mieux en 2020, même si l’équipe et Chloé Aurard demeurent extrêmement prudents : « Pour l’instant, on ne se projette pas aussi loin que le tournoi NCAA. Nous avons encore des matchs importants dans la ligue, et nous nous préparons chaque jour pour le match à venir. Nous avançons match après match, et nous jouons ces matchs comme si c’était les derniers. Tout peut arriver« 

Quelle que soit l’issue des Huskies sur le circuit universitaire, un rendez-vous est déjà pris. Celui d’Angers en avril et son Mondial Division 1A, où l’équipe de France tentera de rejoindre l’élite mondiale pour la deuxième fois de son histoire. Malgré une saison de NU forcément intense et nourrie de défis élevés, la jeune attaquante des Bleues, qui disputera dans le flambant neuf Iceparc angevin son sixième championnat du monde, piaille d’impatience : « Oui, j’ai vraiment hâte d’être au Mondial, surtout en France à la maison. Bien sûr, l’objectif est de remonter en élite, mais il va falloir travailler. Car c’est l’objectif de toutes les équipes. Personnellement, c’est vrai que physiquement et mentalement, c’est un peu dur. Après une grosse saison avec Northeastern, c’est un ‘quick turnover’. Mais il faudra être prête, et je le serai. Et je sais que toute l’équipe le sera aussi. J’ai vraiment hâte d’être de retour en France pour ce Mondial, cela me donne aussi l’opportunité de voir ma famille, qui va me donner la bonne source d’énergie dont j’ai bien besoin. » Une énergie qui bénéficiera à l’équipe de France, avec dans ses rangs la reine de Boston.

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