« Nîmes ? Un petit club avec une structure quasi pro »

Directeur sportif et entraîneur des Krokos de Nîmes depuis 2017, Raphaël Facchini évoque le développement du hockey gardois et l'évolution de la Division 3.

Raphaël Facchini dirige le projet sportif nîmois depuis 2017.
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Joueur à Lyon, Clermont-Ferrand et Montpellier, entraîneur depuis près de 25 ans, Raphaël Facchini a pas mal promené ses patins à travers la France du hockey. Directeur sportif et entraîneur des Krokos de Nîmes depuis la création du club en 2017, il veut faire grandir un club qui compte, trois ans après sa création, déjà 230 licenciés.

Nîmes est l’un des plus jeunes clubs de France. Dès sa création en 2017, il a lancé une équipe senior en Division 3. Comment tout cela a démarré ?

Raphaël Facchini : « À Nîmes, il n’y avait plus rien depuis quinze ans, après l’incendie de la précédente patinoire. En 2017, la Mairie a fait construire un nouvel équipement. Elle a demandé au club de roller-hockey de créer une section hockey sur glace. Mais Jerry Canal, le président du roller-hockey, s’est retrouvé un peu démuni ! Il a appris que j’étais dans la région. J’avais signé un contrat avec Montpellier, mais les Vipers venaient d’être placés en liquidation judiciaire. J’étais du coup disponible. Jerry m’a appelé pour me proposer de me lancer dans cette nouvelle aventure. Il fallait partir d’une page blanche, tout créer. Et comme c’est justement ce que j’aime faire, j’ai accepté. »

La première saison ? C’était un peu rock’n’roll et pas facile à gérer

La première saison des Krokos en Division 3 a été compliquée (une victoire et treize défaites)…

« L’aventure était un peu folle. Notre patinoire devait être inaugurée le 22 décembre 2017. À partir de là, on avait deux solutions : laisser passer la saison et ne lancer l’équipe qu’en 2018, ou y aller, même sans glace sur place pendant les premiers mois du championnat. On n’a pas voulu perdre un an, alors qu’on pouvait se servir de toute cette période pour travailler sur la mise en place de l’équipe et tester l’engouement pour le hockey à Nîmes. On a constitué un groupe sans prétention, avec des joueurs de roller-hockey qui avaient déjà joué sur glace. On a demandé à la Fédération de commencer le championnat par nos matchs à l’extérieur. Les six premiers mois, on s’entraînait à Avignon, de 23 heures à minuit. On rentrait à Nîmes à 2 heures du matin. C’était un peu rock’n’roll, pas facile à gérer. Mais on était là pour apprendre. »

Puis les Krokos ont changé de dimension…

« Les vrais débuts de notre équipe de Division 3, c’est en 2018/2019. C’est à partir de là qu’on a commencé à constituer une équipe pour performer. Avec un projet à long terme. »

Au-delà de la Division 3, comment se porte le club aujourd’hui ?

« On a 230 licenciés, dont 120 jeunes et une école de hockey qui rassemble une soixantaine d’enfants âgés de 4 à 8 ans. Cela nous a demandé un énorme travail, dans une région qui n’a pas particulièrement de culture hockey. On n’a pas relancé un club en sommeil. On est parti de rien. »

Le groupe engagé en Division 3 s’est beaucoup renforcé depuis 2018. Comment attire-t-on des joueurs pour venir dans le plus petit des championnats français ?

Jordan Agliardi - Nîmes - Photo Stéphanie Gouiran
Jordan Agliardi, le capitaine des Krokos nîmois.

« Grâce à la qualité de notre projet ! Je n’ai rien contre l’idée d’avoir des renforts étrangers, mais je veux mettre en avant la formation française. En Ligue Magnus, en Division 1 et en Division 2, on a énormément de Français qui manquent de temps de jeu. Qui ne voient jamais la glace. Je leur pose la question : que recherchez-vous ? Un statut, une carte de visite ? Ou des responsabilités dans un championnat, certes moins prestigieux ? Dans mon groupe, j’ai des joueurs qui évoluaient sur des 3e ou 4e blocs à Montpellier, Valence, Villard-de-Lans… Aujourd’hui, ils s’épanouissent en Division 3. À Nîmes, on leur propose trois entraînements sur glace par semaine, plus une séance physique hors glace. Avec, autour de ça, un entraîneur, un préparateur physique, un ostéopathe, un kiné, un médecin, des intendants. Un vrai staff. On est un petit club amateur, mais on a une structure quasi professionnelle. Ça donne envie. Certains ont aussi beaucoup voyagé, d’une équipe à l’autre. Ils arrivent à un âge où ils n’ont plus envie de cette vie. Ici, ils peuvent poser leurs valises pour deux, trois ans, avoir un rôle important dans une équipe qui a une vision à long terme. Et dans un coin sympa en plus ! »

À quoi ressemble le niveau de la Division 3 aujourd’hui ?

« Ce n’est plus du hockey cassoulet, ou du loisir, comme il y a dix ans. Il y a des clubs ambitieux qui veulent monter – ou remonter – en D2 et qui s’arment en conséquence. On joue contre des réserves de grosses équipes, qui alignent des U20 nationaux. La D3 est un vrai championnat, de plus en plus compétitif, où on joue vraiment au hockey. Les scores sont serrés, les play-offs sont accrochées. Un club qui veut accéder au niveau supérieur doit monter un groupe de niveau milieu de tableau D2 pour y arriver. Avoir un effectif avec un ou deux joueurs de D1 ou D2 qui tirent tout le monde vers le haut, ça ne suffit plus. Regardez Morzine/Avoriaz et Épinal. Ils sont tout de suite devenus des clubs majeurs au-dessus. Je ne suis pas surpris de voir un entraîneur de la qualité de Claude Devèze s’engager aujourd’hui avec Metz. »

Nîmes évolue en plus dans une poule sud-est relevée…

« Notre poule est la plus dense et la plus homogène de D3. Cette saison, à part la réserve de Villard-de-Lans qui a eu, je crois, des problèmes d’effectif, personne n’était à la traîne. L’an prochain, je pense que Lyon va débarquer avec une équipe tout de suite ambitieuse. »

Ce qu’il nous manque ? De l’expérience. Des jeunes formés au club qui viennent apporter de l’oxygène au groupe de D3

Que manque-t-il à Nîmes pour viser aujourd’hui plus haut ?

« Des années d’expérience. Des U17 et des U20 du cru qui tapent à la porte de l’équipe première, cinq ou six jeunes formés au club qui viennent apporter de l’oxygène au groupe. On va vite, on grandit. Mais on ne doit pas mettre la charrue avant les bœufs. On manque aussi de moyens financiers. On a une belle patinoire, mais limitée à 350 places assises. On attire, à chaque match, 500 spectateurs. On a une soixantaine de partenaires privés. Ils rajoutent de l’argent chaque année sans qu’on n’ait besoin de demander quoi que ce soit parce qu’ils aiment ce qu’ils voient sur la glace, mais on n’a pas de loges à leur proposer. On est au maximum de nos possibilités. »

Avez-vous des pistes pour trouver de nouveaux fonds ?

Adrien Colaisseau - Nîmes - Photo Stéphanie Gouiran
Adrien Colaisseau a rejoint Nîmes en 2019.

« À Nîmes, le hockey sur glace arrive derrière le football, le handball et le rugby. Avec les autres, la concurrence est saine. On a tous à peu près les mêmes partenaires. On espère pouvoir profiter d’une patinoire plus grande. La Mairie admet que l’actuelle est trop petite. Elle réfléchit à l’agrandir, mais on ne gagnerait pas tant de places que ça. Nîmes Métropole, de son côté, a aussi deux projets. Le premier est un pôle sportif et ludique avec une salle de 6 000 places. C’est énorme et beaucoup trop grand pour nous. Mais le second nous intéresse. Ils pensent à une arena multispectacles, avec une patinoire de 1 500-2 000 places. En s’organisant et en coordonnant les calendriers, on pourrait en bénéficier pour nos matchs à domicile. Et on aurait toujours la petite glace pour le mineur et certains entraînements. Je nous sais capables de la remplir. Ce serait en tout cas cohérent avec notre projet de développement. »

Ceci étant dit, il faut aussi prendre en compte les conséquences de la crise sanitaire actuelle…

« Évidemment. Nous sommes dans le flou, comme tout le monde. Dans quelle mesure et avec quels moyens nos partenaires pourront-ils s’engager ? Quand reprendra la saison ? On manque de visibilité. »

Atteindre la Division 2 pour inscrire le club dans la durée

Pour en revenir à l’équipe de D3, où en est sa progression ?

« Un projet sportif, c’est cinq ans. Je ne compte pas le championnat 2017-2018. Donc, à la reprise, on attaquera notre troisième vraie saison. Aujourd’hui, on est encore dans la construction et le développement. L’an prochain doit nous permettre de conforter cette équipe, de renforcer nos apports et nos partenariats financiers pour ne pas dépendre que des collectivités publiques. Il nous restera ensuite deux ans pour structurer l’équipe avec la D2 en ligne de mire. L’objectif, à ce moment-là, sera d’accéder au carré final, soit pour monter sportivement, soit pour voir ce qui nous manque et corriger. Au niveau du club, il faudra qu’on se stabilise autour de 280/300 licenciés. La D2, c’est la division qui nous permettra de l’inscrire vraiment dans la durée. »

Quel regard portez-vous sur la saison passée ?

Erwan Jaouen - Nîmes - Photo Stéphanie Gouiran
Le gardien Erwan Jaouen a été formé à Rouen.

« On reste sur une année frustrante. On a failli passer une convention avec Briançon. Les Diables Rouges devaient nous prêter cinq joueurs et un gardien par match. Ils arrivaient à Nîmes le vendredi, s’entraînaient avec nous. Ils jouaient avec nous le samedi, et ils repartaient le dimanche. Le projet est finalement tombé à l’eau, trop tardivement pour nous permettre de compléter notre effectif à temps pour le début du championnat. Puis trois joueurs et un gardien ont dû quitter la région pour des raisons professionnelles. Et on a eu des blessés à chaque match. Bref, on a joué toute l’année avec deux gardiens et onze joueurs. Avec un effectif au complet, on pouvait espérer finir sur le podium de la poule. Là, on gagnait le premier tiers, on se faisait reprendre dans le deuxième et on s’écroulait dans le dernier. Le groupe aurait pu exploser. Mais il est resté soudé. Et c’est pour ça que je veux le garder, avec juste quelques renforts choisis pour leur bon état d’esprit. Ces gars-là, les matchs compliqués, maintenant, ce sera du gâteau pour eux. »

Photos fournies par les Krokos de Nîmes / Crédit Stéphanie Gouiran

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