L’IIHF enfonce injustement la France

Photo Michel Bourdier
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L’IIHF a publié aujourd’hui un nouveau classement mondial et on a ainsi découvert qu’elle avait attribué des points différenciés pour les équipes masculines en 2020 alors même qu’aucune compétition n’a pu avoir lieu !

Elle s’est retranchée derrière le règlement sportif qui imposerait dans ce cas-là d’utiliser le « seeding number », autrement dit l’ordre d’engagement des équipes. La France, mieux classée des équipes de division IA mondiale, se voit ainsi attribuer des points comme si elle avait fini 17e nation mondiale. C’est ce qu’elle aurait fait si elle avait remporté la division IA à Ljubljana… sauf que dans ce cas elle serait remontée en élite l’année suivante.

Dans le cas présent, cela signifie que, pendant deux ans de suite (dont un sans jouer !), la France sera classée au mieux 17e et perdra donc le contact avec sa position habituelle dans la hiérarchie mondiale. Tout comme l’Autriche qui partage son triste sort, elle sera pénalisée comme si elle avait passé deux ans hors de l’élite, sans même avoir eu l’opportunité de remonter. A contrario, c’est le jackpot pour l’Italie et la Grande-Bretagne qui auront des points de membres du top-16 pendant trois ans de suite ! C’est comme si les matches-couperet de mai dernier (Autriche-Italie et France-Grande-Bretagne) avaient compté double aujourd’hui par cette décision de l’IIHF.

Le pire est que l’interprétation du règlement sportif est très nettement détournée. Les Sport Regulations indiquent : If an MNA does not appear at the allocated IIHF Championship or is disqualified, they will be granted no World Ranking points. In case of force majeure, the MNA will receive points as per their seeding number.

Soit en français : si une fédération membre n’apparaît pas dans son championnat IIHF ou est disqualifiée, elle ne recevra pas de points au classement mondial. En cas de force majeure, la fédération membre recevra des points selon sa tête de série (seeding number).

La force majeure s’était appliquée en 2011 lorsque le Japon avait déclaré forfait après le tsunami déclaré catastrophe nationale, suivi de l’accident nucléaire de Fukushima. On comprend bien cette logique pour ne pas pénaliser une seule nation qui n’aurait pu participer, tout en classant les pays qui ont effectivement pris part au championnat.

Mais cette année, absolument aucune compétition mondiale n’a pu avoir lieu. Il aurait donc fallu annuler purement et simplement l’attribution de points sur l’année (le seul débat consistant à savoir si les points de l’année n-2 devenaient ceux de l’année n-1 ou restaient n-2). En attribuant des points différenciés sans qu’aucun championnat n’ait eu lieu, l’IIHF a introduit un biais.

Cette façon de faire n’est pas le sens du classement mondial masculin puisque, les années olympiques, on prend en compte deux compétitions (JO+Mondiaux). On peut donc aussi en prendre en compte zéro ! La décision est donc juridiquement très contestable en plus d’être injuste.

Précisons que le Competition Committee qui est chargé de ce sujet comprend, sous la présidence de Franz Reindl, des représentants de six des sept nations les mieux classées au Ranking (bénéficiaires d’une décision qui renforce les positions établies et qui n’ont pas à se poser de question), d’un représentant de la Grande-Bretagne, Neil Black (nation qui profite de façon majeure de la situation), et d’un représentant de la Lituanie, pays qui pour le coup se fait avoir comme la France puisqu’il venait de redescendre mais pour lequel le Ranking représente moins d’enjeu que pour une nation visant une qualification olympique.

L’IIHF précise dans son communiqué que le ranking « ne change pas beaucoup », ce qui est trompeur. Cette année, la France a vu « seulement » le Bélarus lui passer devant (en marquant 80 points de plus qu’elle sans jouer…), mais l’an prochain, avec l’élimination des anciennes années, l’Italie et le Kazakhstan vont inévitablement la dépasser aussi sans qu’elle puisse rien faire, ces pays ayant eu le seul avantage d’être montés – ou restés – dans l’élite mondiale juste avant le coronavirus.

La France sera donc dans les tréfonds du classement mondial en 2021, même si elle gagne haut la main la division IA mondiale. Le seul moyen de surnager un peu en 2022 serait de participer aux JO et de briller aux Mondiaux élite… qu’elle abordera avec un mauvais ranking (en jouant 7 matches en 10 jours).

 

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