Philippe Bozon : « On a du mal à se projeter sur le TQO »

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Philippe Bozon et son staff ont publié ces derniers jours la liste des 40 pré-convoqués en vue du tournoi de qualification olympique, prévu du 27 au 30 août. Le sélectionneur national a accepté de répondre aux questions de Hockey Archives.

Philippe Bozon et le banc français – Photo Michel Bourdier

Hockey Archives : Bonjour Philippe, merci de nous accorder cet entretien téléphonique. L’objectif est de détailler la liste des pré-convoqués en vu du tournoi de qualification olympique et d’aborder les futurs adversaires. Mais bien évidemment, la période est très particulière…

Philippe Bozon : En effet, on a du mal à se projeter pour une compétition sportive ! On parle en ce moment de déconfinement, mais il doit être maîtrisé. Les conditions sont encore floues. Pour le TQO, cela a des implications : nous devons nous déplacer, donc est-ce que cela sera possible ? Dans l’espace Schengen seulement ? Sans parler du tournoi préparatoire en Biélorussie. À ce jour, l’IIHF maintient le tournoi, et nous espérons avoir plus de certitudes fin avril ou courant mai. Certains pays procèdent petit à petit au déconfinement mais cette fenêtre peut se refermer très vite s’il y a une deuxième vague. Donc, difficile de se projeter, mais on se prépare. On fait comme si, d’où cette liste, pour que les joueurs potentiels puissent se préparer.

HA : Justement, ce stage en Biélorussie n’est-il pas trop risqué ? On connaît la situation particulière de ce pays vis à vis de la pandémie…

PB : C’est un stage prévu de longue date, d’une semaine avant le TQO. On est obligés de garder la même trame. Si c’est annulé, on repartira avec d’autres options. Il faudra voir avec les autres pays participants au TQO, s’ils peuvent se déplacer ou non… On en saura plus dans quelques semaines avec le déconfinement.

HA : Vous avez donc publié une liste de 40 joueurs pré-convoqués. Un groupe élargi : commençons par les gardiens. La prime à l’expérience ?

PB : Le TQO est un tournoi très court avec 3 matchs en 4 jours. Il faut des gardiens qui ont du vécu international. Ce n’est pas le moment d’essayer par exemple un Quentin Papillon, qui a fait une très bonne saison. On l’a déjà pris en stage, mais là ce n’est pas le moment. En décembre il a fait un bon stage avec les jeunes, mais il n’a pas encore de référence internationale contre une grande équipe. Et c’est une compétition avec beaucoup de pression, c’est difficile de le lancer là-dedans.

HA : Sa progression, ainsi que celle de Tom Aubrun, ou Raphaël Garnier qui s’est aguerri en D1 et vient de signer à Angers, c’est un horizon positif pour ce poste en équipe de France.

PB : Oui, on n’a pas attendu cette saison pour cibler les jeunes talents. Le travail commence à porter ses fruits et on croit en leur devenir. Papillon a connu sa première saison pleine en Magnus, c’est encourageant et c’est une très bonne nouvelle. Il y a aussi Julian Junca, qui a un gros potentiel et a pris plus de responsabilités cette saison, en plus de ceux que vous avez cités.

HA : Abordons maintenant la défense, avec sans doute une surprise, l’absence de Vincent Llorca, auteur d’une bonne saison à Angers…

PB : La situation due au Covid et à la situation économique font que certains joueurs vont prendre des orientations, parfois arrêter ou changer de division… On le savait par exemple pour Jonathan Janil, qui nous avait alertés en amont. Il peut y avoir des joueurs qui ne rejoueront pas, même si je ne peux pas m’exprimer à leur place… Certains n’ont pas de club et sont peut-être dans des situations compliquées.

On a donc fait le choix d’élargir la liste et de cibler des joueurs performants. On garde un œil sur beaucoup de joueurs et tous ont leur chance, comme c’est le cas ici pour Romain Bault. On compare les joueurs du championnat entre eux et, s’ils sont plus performants, ils ont leur chance. À eux de mériter leur place et de montrer qu’ils ont le niveau international. J’ai vu beaucoup de matchs cette saison et il y avait des chances à donner, à eux de les saisir. Il y a une concurrence importante et tous doivent prouver qu’ils ont le niveau international : ce n’est pas une marche mais tout un escalier à franchir ! Il y a une grosse différence entre la Magnus et l’international.

Notre sélection, ce n’est pas seulement le niveau de performance en Magnus, mais aussi une projection de ce que peut donner le joueur au niveau international. On compare les performances en club, on voit les droitiers et gauchers… On estimait par exemple que Bault était intéressant depuis deux ans et il s’est montré convaincant cette saison, notamment en finale de coupe de France où il a été l’un des meilleurs Français. Il a montré son niveau dans les grands matchs, qu’il avait la maturité pour comprendre les systèmes de jeu, le patinage…

HA : Le retour de Yohann Auvitu, après de longs mois de convalescence, est aussi une bonne nouvelle.

PB : Oui, je l’ai eu régulièrement tout au long de l’année, et je l’ai vu à Helsinki pendant sa rééducation, à l’occasion d’un match de Stéphane Da Costa. On a suivi sa rééducation après une blessure très importante et un an sans jouer. On aurait pu l’avoir sur un tournoi en février, mais on n’a pas voulu précipiter les choses. Il était très content de son retour en Suède et il peut en plus continuer à s’entraîner sur la glace là-bas. Il se montre patient pour retrouver un club. Il a des offres et est donc optimiste et patient.

HA : Un mot aussi sur la jeune garde, Hugo Gallet et Thomas Thiry. Gallet a progressé cette saison au point de débuter en Liiga. Vous le connaissez bien pour l’avoir eu à Bordeaux…

PB : Oui, il a du talent et commence à prendre son envol et son envergure. Je lui souhaite d’accéder au plus vite au niveau supérieur. Il a quelques touches, mais ce n’est pas encore concret. Il commence à prendre de l’ampleur en équipe de France, il pousse dans le groupe pour se faire une place. Comme Thiry, ils ont un comportement exemplaire, ils sont très motivés par l’équipe de France et savent où ils veulent aller. Il y a aussi Enzo Guebey que nous prenons et on va voir s’il a un potentiel intéressant, s’il arrive à faire une saison complète en LNA ou LNB.

HA : La relève arrive donc dans un secteur qui inquiétait…

PB : Il y a eu plusieurs jeunes qui ont franchi un palier cette saison en Magnus. Je pense à Lucien Onno à Mulhouse, qui vient de signer à Grenoble. On va voir s’il poursuit son développement, mais il a le potentiel et la volonté. Il y a aussi Axel Prissaint à Amiens et bien d’autres, je ne peux pas tous les citer… Quelques jeunes poussent. Yohan Coulaud aussi, à Amiens, qui a même pris la place de certains vétérans… Oui, il y a de l’avenir, s’ils se montrent sérieux et travaillent fort, pour rentrer dans la concurrence.

HA : Passons maintenant au secteur offensif, avec la question principale des suiveurs : l’absence de Charles Bertrand de cette liste. Choix du coach ?

PB : Nous avons défini une ligne de conduite avec la fédération, sur les investissements nécessaires pour l’équipe de France. Potentiellement, Charles Bertrand peut être important en équipe de France. Mais il y a eu de sa part un refus de sélection sur un stage. Il a donc été décidé qu’il ne serait pas disponible pour la prochaine compétition. Ce n’est pas une sanction à vie. Mais il faut faire passer un message à tout le monde.

HA : On a l’impression que ça avait déjà été le cas sous Dave Henderson…

PB : Vous avez raison, ce n’est pas la première fois. Or, l’équipe de France, on ne peut pas y aller à la carte.

HA : Le top-6 parait à peu près figé dans un monde idéal avec Bellemare, Roussel, Da Costa, Texier, Rech et Fleury. Mais pour le reste, c’est très ouvert…

PB : Si tout le monde est disponible, y compris les joueurs de NHL, je dois dire que ma sélection sera très difficile ! On a dix ou douze joueurs qui évoluent à l’étranger. Les places seront très chères. C’est intéressant. Là aussi nous avons choisi un groupe élargi, car les situations de certains sont variables : les joueurs de NHL – reprise ou pas, ceux sans club, les incertitudes sur les voyages… On a un réservoir, et la première semaine de préparation sera difficile.

Des joueurs ont été performants en ligue Magnus et méritent aussi d’être vus. D’autres ne sont pas là pour des raisons de postes, entre centres et ailiers… Malo Ville par exemple, et d’autres, sont suivis de près, mais ne sont pas là car c’est un contexte de TQO ou une problématique de poste, mais ils restent dans le radar.

HA : Peut-on dire que ce TQO est une mission commando ?

PB : On a vu sur les deux derniers que ça se joue sur un détail, un but, un événement… Trois matchs en quatre jours, avec les conditions particulières de la fin août et du début de saison, ce n’est pas le moment idéal.

HA : L’IIHF peut-elle reporter ?

PB : Elle explore sans aucun doute des solutions, comme février ou août 2021. Nous, on aimerait décaler à août 2021 même si c’est proche des JO, c’est ce qui va se faire dans d’autres sports. Ou février, comme en 2013, mais ce n’est pas idéal pour nous.

HA : L’actualité récente, c’est aussi la nomination de Yorick Treille en sélectionneur U20 en plus du rôle d’adjoint à vos côtés. L’occasion de renforcer les passerelles ?

PB : Depuis ma nomination, j’ai la volonté de m’engager dans le hockey français, et plus globalement dans les équipes nationales, avec une ligne directrice des U16 aux seniors. On a fait beaucoup de réunions, créé un groupe performance, sans rien inventer puisque ce modèle existe ailleurs. On a eu la volonté d’intégrer Yorick à l’équipe et de travailler en collaboration. On s’est partagés les groupes, pour le suivi, sans s’empêcher d’aller voir les autres groupes. Par exemple, j’essaierai d’assister aux stages U20 avec lui. Il y a une continuité dans tout ça. On essaie de faire cette passerelle, comme un tournoi avec les U25, de créer une dynamique à chaque groupe. On souhaite que les jeunes nous voient, sachent comment on travaille. La saison U20 se termine plus tôt avec le Mondial en décembre et il sera là en tant qu’adjoint pour les seniors par la suite.

Je ne suis pas surpris du succès de Yorick. C’est un passionné de hockey, une bible, qui a envie d’apprendre. Il a une motivation extraordinaire, il a ça en lui. Il a fait un super travail à Mulhouse et ce n’était pas un choix facile de quitter le club. C’est un choix fort et important. Il a envie de transmettre le même message que moi et d’en récolter les fruits.

HA : Cet aspect jeunesse, transmission… Comment le mener avec des jeunes talents qui jouent en Amérique, comme Boudon et Addamo ?

PB : La mission de l’équipe de France est aussi à long terme. On veut donner aux joueurs le goût du niveau international et les aider à atteindre ce niveau. Le saut entre les U20 et les seniors est énorme. Notre volonté, c’est de les aider à travailler cela. On aurait aimé les faire venir tous les deux mais la période n’était pas bonne : outre les matchs, leur calendrier comporte aussi des périodes d’examens. Mais si on peut les faire venir, dès que possible, on les teste. C’est aussi le cas d’autres jeunes qui jouent en LNB par exemple. On veut montrer que l’on croit en eux et que l’on veut travailler avec eux le plus vite possible.

HA : Passons maintenant au TQO, en partant du principe qu’il se joue… La Hongrie, que la France avait battu en 2016 au Mondial, semble en pleine progression – elle a par exemple privé les Bleuets de la montée en U20, et vous prive aussi d’une revanche contre la Grande-Bretagne. Match piège ?

PB : Oui, c’est un pays en plein développement. Ils ont mis beaucoup de moyens dans la formation et commencent à en récolter les fruits en U20. Leurs jeunes talents arrivent, on commence à voir des joueurs à l’étranger avec des rôles importants. C’est une équipe qui progresse, avec de la vitesse, de l’agressivité. Il m’avaient surpris dans les matchs vus cette année, alors que je ne les avais pas vus depuis quelques années. Ils sont compliqués à manœuvrer.

HA : En deuxième match, un habitué, l’Italie… Qui a pris de gros scores au dernier mondial avant de surprendre l’Autriche pour le maintien. Imprévisibles ?

PB : Ils ont une dynamique opposée à la Hongrie chez les jeunes. Mais en senior, cela dépend beaucoup de leur choix de naturaliser ou non des Italo-Canadiens. S’ils en prennent, ils deviennent d’un coup plus performants. Ces derniers temps, ils ont plutôt joué la carte italienne, mais on ne sait jamais trop avec eux ! Ils ont pas mal de problème au niveau du hockey chez eux, mais ont engagé un coach de qualité qui peut leur redonner une dynamique, et on ne sait jamais s’il motive des Italo-Canadiens…

HA : Et enfin, un copieux dessert, la Lettonie chez elle, avec 12 000 spectateurs bouillants…

PB : Ces dernières années, ils ont franchi un vrai palier, je trouve. C’est une équipe désormais régulière au niveau international. Elle est agressive, dynamique, rapide. Beaucoup de jeunes arrivent, il y a du mouvement dans l’effectif et des jeunes de qualité. Le coach développe vraiment l’agressivité et le patinage. Quelques joueurs importants ont une présence déterminante.

HA : Un mot pour conclure en cette période particulière, notamment au niveau de la préparation physique des joueurs ?

PB : C’est difficile d’avoir la tête au sport. On pense surtout à ceux qui souffrent, à la santé de tous. C’est un combat pour la santé de tout le monde et il faut garder de la solidarité pour sortir de cette période. On veut faire passer beaucoup de choses avant, mais ça nous remet les pieds sur terre. Il y a des choses plus importantes que le sport, ou autres…

Nous voulions sortir la liste au plus vite pour que les joueurs entrent en relation avec nos préparateurs physiques, afin de voir quelles étaient leurs conditions physiques, et leur quotidien, leur matériel… Comment les aider à maintenir le niveau physique avant le retour en salles et sur la glace.

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