La NHL explore toutes les pistes

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Alors que la pandémie de Covid-19 s’étend aux États-Unis, la NHL tente de conserver l’espoir de poursuivre la saison. Mais ses décisions, toujours en stand-by, paraissent changer chaque jour.

Plus de 1,2 millions de cas pour plus de 75 000 morts au 8 mai : le Covid-19 poursuit son travail destructeur dans des États-Unis plus que jamais divisés dans la marche à suivre. Chaque État fonctionnant de manière différente, et alors qu’une partie de la population manifeste contre le confinement, on observe plus de 2 000 morts par jour.

Dans ces conditions, comment imaginer une reprise des activités sportives ? La NHL, en pause depuis près de 60 jours, espère pourtant et ses plans tous azimuts se heurtent à un principal obstacle : l’équité sportive. Chacune des 31 équipes vit en effet la pandémie de manière différente. Si New York et ses environs, où l’on trouve trois équipes, a été particulièrement touché, c’est beaucoup moins le cas du Minnesota, par exemple.

Bill Daly déclarait ainsi : « Nous avons vu des signes positifs au fil du mois avec l’atténuation de la courbe dans le bon sens, dans la plupart des régions où sont nos marchés, et aux États-Unis en général. Mais le virus est réel, il demeure et il n’y a pas encore de vaccin. On manque encore de tests, et ces tests sont l’élément fondamental qui conditionne toute reprise d’activité sportive. Ceci dit, la situation change vite dans ce domaine, et nous nous adaptons chaque jour. »

La ligue confirme de plus que les tests devront être en priorités réservés aux malades et que les sportifs passeront après.

L’un des autres obstacles réside bien sûr en la présence de sept équipes au Canada, qui devront bien franchir la frontière pour jouer – et inversement. Le premier ministre canadien Justin Trudeau a pris la parole à ce sujet : « Au minimum, il faudra une quarantaine pour toute personne franchissant la frontière. Mais nous n’en sommes pas encore là dans nos discussions avec la NHL. »

Déconfinement en vue

En attendant, les joueurs restent confinés, et attendent la deuxième phase du plan : le retour dans les infrastructures d’entraînement par petits groupes, qui ne sera autorisé que lorsque tous les joueurs, quelle que soit leur résidence actuelle, pourront y accéder, par équité sportive.

L’Ontario semble rentrer bientôt en déconfinement : la ministre du sport Lisa MacLeod a annoncé que toutes les équipes professionnelles de la province pouvaient ré-ouvrir leurs structures d’entraînement. Les Maple Leafs et Senators devront cependant attendre qu’un nombre acceptable d’autres équipes puissent faire de même. Il est prévu que, le 15 mai, l’Arizona, la Californie, le Minnesota et le Nevada fassent de même. Bref, d’ici quelques jours, 22 des 31 équipes devraient pouvoir reprendre la route de l’entraînement – dès que la ligue aura donné son feu vert, tout du moins.

Le souci est que certains états des États-Unis n’ont pas les mêmes restrictions y compris dans leurs propres frontières : le gouverneur de New York Andrew Cuomo pourrait ainsi déconfiner Buffalo avant le centre-ville de New York où jouent Rangers et Islanders. Il en est de même en Californie : Kings et Ducks devraient être « libérés » le 15, mais les restrictions du comté de Santa Clara, maison des Sharks de San José, n’expirent elles que le 31 mai. Mêmes problèmes en Floride entre le Lightning et les Panthers. Et il reste aussi la blague des Flyers, qui jouent en Pennsylvanie, mais dont la patinoire d’entraînement est dans le New Jersey…

Première décision officielle : pas de match à l’étranger

Ce vendredi, la NHL a annoncé l’annulation des rencontres « Global series » prévues à l’automne. Boston et Nashville devaient débuter la saison à Prague, avec des camps d’entraînement en Allemagne et Suisse. Colorado et Columbus devaient eux aussi évoluer en Europe, à Helsinki (Finlande). Toutes ces rencontres sont donc annulées – reportées, dit-on plutôt. Il n’y aura pas non plus d’événement en Chine : Bill Daly, n°2 de la ligue, estimant ces matchs « peu probables », même en mars.

Comment retransmettre ?

La NHL compte donc bien reprendre : l’argument économique reste vital, car la ligue pourrait, dans le cas contraire, dire au revoir à des millions de dollars liés aux retransmissions télévisées et à ses partenariats avec les différentes chaînes de diffusion.

Des chaînes qui, elles-mêmes, réfléchissent au moyen de faire cohabiter tant de personnes dans des camions de télévision… pour autant qu’ils aient le droit d’approcher de la patinoire. Plusieurs options sont étudiées, comme l’indique Elliotte Friedmann de Sportsnet : la diffusion d’un signal sans ajouts particuliers, que chaque équipe pourrait modifier à sa sauce avec son propre staff et une description du match depuis un écran au lieu de la patinoire.

La piste de reprise étant probablement dénuée de public, il faudra aussi gérer des « foules virtuelles ». Les caméras adorent filmer le public et ses réactions, notamment lors des buts. Que l’on pense au match de Ligue des Champions du PSG disputé à huis clos il y a quelques semaines en football pour se rendre compte du changement de paradigme pour le diffuseur…

On peut imaginer beaucoup plus de caméras automatiques, voire des emplacements inédits puisqu’elles ne gêneraient personne. Une spidercam au dessus de la glace ? Amplification des sons du match – avec le risque que les noms d’oiseaux pleuvent ? Ou même recruter un DJ ? Réduire les pauses commerciales ? Sans parler des interviews de joueurs, avec la distanciation sociale. Bref, rien ne va de soi.

Enfin, quid des sponsors ? Chaque équipe dispose de partenariats lors de ses propres diffusions. Des matchs sur terrain centralisé pourraient aussi avoir un impact contractuel. D’où l’idée de rambardes « numériques » comme au All-Star game, où chaque équipe pourrait diffuser ses sponsors.

Quel calendrier ?

Retransmettre implique bien sûr qu’il y a bien du hockey à diffuser. Chaque semaine qui passe, et alors que l’épidémie ne faiblit pas vraiment aux États-Unis, repousse le calendrier potentiel. Le projet initial semblait être celui-ci : camp de remise en forme fin juin/juillet, fin de la quinzaine de matchs de la saison régulière en juillet-août, playoffs en septembre-octobre.

La NHL envisage même que le début de la saison 2020-2021 ne se fasse qu’en décembre, tirant la saison jusqu’à juillet 2021. Au prix de l’annulation du All-Star game et de la semaine de pause concédée à chaque équipe ces dernières années à mi-saison. Un calendrier infernal avec très peu de pauses pour les meilleures équipes pendant 12 mois consécutifs…

Vers des playoffs inédits ?

Le gain de temps consisterait évidemment à ne pas disputer la fin de saison régulière. Par équité, il s’agirait alors de qualifier plus de monde, afin de ne pas utiliser de critère injuste. L’idée de playoffs à 24 (sur 31 équipes) fait son chemin.

Une telle solution éviterait aux joueurs des équipes hors course (comme Detroit, Ottawa, New Jersey ou les équipes californiennes) de reprendre dans des conditions incertaines pour rien, avec le risque de mise en quarantaine loin de leur famille pour plusieurs semaines.

Ce même problème permettrait aux qualifiés de s’éviter quelques semaines de confinement en hôtel, et limiterait aussi les problèmes d’accessibilité aux structures d’entraînement, par exemple.

La solution des « hubs »

La piste la plus prometteuse, compte tenu de la diffusion du virus aux États-Unis, serait donc de créer des « hubs », ou pôles, où se joueraient les rencontres. Typiquement, la ligue pense centraliser les matchs dans un petit nombre de villes. Les joueurs vivraient alors à l’hôtel pendant un temps indéterminé – et c’est là que le syndicat des joueurs grince des dents.

Bill Daly certifie que cette problématique est prise en compte : pas question d’éloigner les joueurs de leur famille pendant trois ou quatre mois.

Combien de pôles ? Si la ligue veut finir la saison régulière, imaginer 4 villes, une par division, serait envisageable. Cela semble le nombre minimum, car on imagine mal des playoffs à 24 équipes, 12 de chaque conférence, sur seulement deux villes.

Autre piste, qualifier les six premiers de chaque conférence. Problème, toutes ne sont pas égales et ce système éliminerait par exemple les Rangers en dépit d’un pourcentage de victoires supérieur à certaines équipes de l’Ouest. Une idée d’ajuster en « déplaçant » une équipe vers une autre division (Rangers dans l’Atlantique, Chicago dans la Pacifique) a été évoquée… bref, rien n’est simple.

Chaque site devra de toute façon disposer d’infrastructures différentes et de conditions particulières :
– une zone géographique un peu plus épargnée par l’épidémie,
– le feu vert des autorités sanitaires,
– un parc hôtelier pouvant accueillir joueurs et staffs,
– des patinoires annexes pour l’entraînement, en nombre suffisant,
– quatre vestiaires de niveau professionnel afin de pouvoir envisager plusieurs matchs chaque jour.

Parmi les pistes étudiées, Columbus tient la corde, ainsi que Carolina, Dallas, Edmonton, Minnesota, Pittsburgh, Vegas et Toronto. Les Oilers préparent un document présentant ce projet aux autorités de l’Alberta, que TSN a diffusé cette semaine.

Dans tous les cas, la NHL et la NHLPA déclarent qu’il faudra ensuite entre 45 et 55 jours de pause entre toute forme de playoffs et la saison suivante.

Quelle distanciation sociale ?

Impossible pour les joueurs sur la glace, bien sûr, d’où l’exigence de tests avant toute reprise. L’idée de faire jouer tout le monde avec des visières intégrales a été évoquée. Et les arbitres ? Et il faudra aussi protéger les coachs et staffs sur leur banc, eux-mêmes en moyenne assez âgés dont potentiellement plus à risques…

Quels effectifs ?

Alors que le deuxième échelon, l’AHL, devrait annoncer l’annulation de sa fin de saison ce week-end, il ne serait pas étonnant que la NHL amende son règlement afin que les équipes NHL puisse utiliser plus de joueurs que d’habitude. De nombreux espoirs ou vétérans AHL seraient alors basculés dans les effectifs de la grande ligue.

Pendant ce temps de confinement, tous tentent de garder un minimum leur état de forme, mais les inégalités d’accès au matériel d’entraînement sont évidemment importantes selon les joueurs. Le roller a la cote…

La draft, point de crispation

Un mémo envoyé par la NHL le 1er mai a sérieusement crispé toutes les équipes NHL. Ce document mentionnait la possibilité de mener la fameuse draft dès début juin, en ligne. Le but ? Occuper le terrain médiatique, comme l’a fait la NFL avec sa draft fin avril, qui a donné lieu à des scènes très étonnantes en vidéo, ou au très beau succès de la draft féminine de la NWHL.

Initialement prévu à Montréal les 26-27 juin, cet événement très attendu et fondateur pour l’avenir de nombreuses équipes – si ce n’est toutes – reste suspendu à la reprise de la saison ou non.

Mener la draft début juin, sans même savoir si la saison va se terminer, multiplie les obstacles :
– la position des équipes n’a pas été déterminée,
– les équipes qualifiées en playoffs ne sont pas connues,
– une quinzaine de choix sont conditionnés à une position au classement ou une qualification,
– quid des traditionnels échanges menés ce jour-là ? Les joueurs acquis ne pourraient évoluer dans les matchs disputés l’été, et cela impacterait aussi le plafond salarial de chacun puisque la période est propice aux échanges de dégraissage avant le marché des agents libres.

Mais ne pas procéder à la draft pose aussi d’autres problèmes. Une Coupe Stanley décernée en septembre ou octobre influerait aussi sur le calendrier : les juniors et universitaires auraient plus ou moins déjà débuté la saison 2020-2021. Quant aux joueurs européens, ils disposent d’une fenêtre pour signer librement en NHL (jusqu’au 15 juillet) dans la plupart des pays (sauf KHL), avec surcoût de 100 000$ jusqu’au 15 août. Une draft anticipée permettrait aux équipes de récupérer ces joueurs européens.

Le mémo de la NHL offre déjà quelques pistes de réflexion sur une draft aux environs du 5 juin. Il s’agirait :
– de se poser en arbitre pour ces fameux choix conditionnels : la ligue proposerait une solution avec sept jours pour remanier l’échange ou accepter l’arbitrage.
– d’utiliser un classement par pourcentage de victoires afin de déterminer les 15 équipes éligibles à la loterie.
– de changer le format de cette loterie – qui bénéficierait ainsi fortement à Detroit. Les Red Wings augmenteraient leur chance de piocher premier de 24 à 50%, avec un seul vainqueur du tirage au lieu de trois.

La grande hantise de tous, c’est qu’une équipe gagne la loterie mais se qualifie en playoffs et remporte la coupe. Bref, l’hostilité des managers généraux est importante et rien n’est acté. L’idée, chaude début mai, semble s’être refroidie au fil des jours.

Le vrac

Brendan Leipsic a été licencié par les Washington Capitals. Des captures d’écran issues d’un groupe privé sur un réseau social ont été révélées cette semaine. Dans ces conversations, le joueur y tient des propos désobligeants sur plusieurs coéquipiers ou anciens coéquipiers, ainsi que des propos particulièrement misogynes.

« Le compte Instagram d’un ami a été piraté et une personne a fait circuler des images d’une conversation privée de laquelle je faisais partie, avait indiqué Leipsic sur Twitter. Je reconnais complètement que mes commentaires étaient inappropriés et offensifs et je voudrais sincèrement m’excuser à tous pour mes actions. Je m’engage à apprendre de cette histoire pour devenir une meilleure personne. »

Trop tard : on peut imaginer qu’il aura bien du mal à retrouver une équipe. Du gâchis pour un joueur qui venait de disputer pour la première fois une saison complète en NHL après avoir connu quatre autres franchises auparavant. La ligue ne pardonne plus ce type d’écarts désormais.

– La période est propice aux signatures venues d’Europe. Citons ainsi :
*Le défenseur Aleksandr Romanov, star des deux derniers mondiaux juniors, a signé avec Montréal, un contrat « en suspens » qui pourrait s’activer si la saison 2019-2020 reprenait – si la ligue l’autorise.
*San José a d’ailleurs signé le centre suédois Fredrik Händermark et le gardien russe Aleksei Melnichuk selon les mêmes conditions.
*Le très convoité Mikko Lehtonen a choisi Toronto. Le défenseur finlandais aux statistiques prolifiques en KHL était par ailleurs suivi par New Jersey, Montréal, les Rangers et Los Angeles.

En NCAA, l’université de Long Island a créé la surprise en annonçant la création d’une équipe masculine de NCAA-1 dès la saison prochaine. Il existait déjà une section féminine, qui ne dispose cependant pas d’une patinoire attitrée. Il reste donc à LIU à trouver en quelques semaines un coach, des joueurs et une arena : en pleine période de pandémie, trop facile !

– On rappellera que le défenseur Scott Perunovich a reçu le trophée « Hobey Baker » de joueur de l’année en NCAA il y a quelques semaines, avant de signer son contrat rookie avec St. Louis.

– Petit rappel de fin mars : en WHL, Connor Bedard est devenu le premier joueur à décrocher le statut de « joueur exceptionnel ». Il pourra donc débuter dans la ligue dès l’âge de 15 ans. Né en 2005, Bedard a marqué 43 buts et 41 passes en 36 matchs dans son équipe U18, largement surclassé donc. Il a immédiatement été drafté par les Regina Pats le 21 avril dernier. >Ce statut n’a été utilisé qu’à de rares occasions dans les autres ligues de junior majeur : en OHL, John Tavares (2005), Aaron Ekblad (2011), Connor McDavid (2012), Sean Day (2013), Shane Wright (2019), et en LHJMQ Joe Veleno (2015).

– Enfin, on l’a dit, la ligue féminine NWHL a tenu une très belle draft en ligne avec de nombreux invités prestigieux, et a annoncé la création d’une franchise à Toronto. L’attaquante Samantha Davis a été choisie en première par les Boston Pride, devant Kayla Friesen (Connecticut Whale) et la gardienne Carly Jackson (Buffalo Beauts).
Retrouvez la liste sur le site de la ligue.

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