Confinées mais les yeux rivés vers les JO

471

L’équipe de France féminine, toujours dixième nation mondiale, a dû s’accommoder de l’annulation du Championnat du monde d’Angers et doit déjà penser à la saison à venir. Avec en ligne de mire les qualifications olympiques.

Frustration d’une compétition annulée

C’était un signal fort du hockey français : l’organisation du Mondial D1A féminin dans le nouvel et bel écrin angevin, l’Iceparc et ses 3500 places, inauguré à la rentrée 2019. Avec ce beau projet, la fédération française avait pris une digne orientation pour la promotion du sport féminin. Une position qui tranchait sérieusement avec la Suède, pseudo nation référence du hockey mais dont la fédération a depuis des années négligé la branche féminine. Suite à la relégation de la Damkronorna de l’élite en 2019, les Suédois n’avaient présenté aucune candidature d’organisation.

Angers comme un symbole fort, comme une étape importante pour le hockey tricolore… jusqu’à ce qu’un maudit virus annule les compétitions les unes après autres, et cette belle fête en Anjou. Déception générale. À commencer par les actrices elles-mêmes, dont l’attaquante Lara Escudero, qui compte neuf championnats du monde à son actif et qui nous confiait : « Pour le Mondial d’Angers, c’est effectivement très frustrant. Le Championnat du monde, c’est l’événement majeur de notre saison. Le club d’Angers avait fait une bonne communication, on avait hâte de découvrir la nouvelle patinoire et cette ambiance. »

Depuis l’introduction de l’équipe de France au programme mondial féminin en 1999, les deux promotions tricolores se sont effectuées sur le sol français : Strasbourg 2013 (de la Division 1B à la Division 1A) et Vaujany 2018 (de la Division 1A à l’élite). Deux ans après un remarquable tournoi dans la station iséroise, Angers 2020 pouvait devenir un nouvel essai gagnant des Françaises afin de goûter de nouveau à l’élite mondiale : « Ça a toujours une saveur particulière de jouer en France. De plus, le groupe avait à cœur de jouer ce Mondial et de remonter en élite rapidement », poursuit la numéro 8 originaire de Valenciennes.

Son annulation a donc été un choc, même si depuis les Bleues ont relativisé, un sentiment confirmé par Lara Escudero : « L’annonce a été comme un coup de massue. Je n’avais pas tellement pris conscience de la crise sanitaire qui nous attendait et là, ça m’a bien remis les pieds sur terre, c’était un avant goût des événements qui allaient arriver. C’est un événement qu’on a préparé toute la saison, nous nous sommes entraînées fort pour être prêtes et performer. Et je me faisais une joie de jouer en France et notamment a Angers. J’espère que ce n’est que partie remise et qu’on aura rapidement la chance d’aller découvrir l’ambiance de l’Iceparc. »

L’IIHF l’a assuré aux fédérations : les nations organisatrices, qui ont vu leur tournoi annulé à cause du COVID-19, auront la priorité pour 2021, hormis l’élite mondiale masculine dont le calendrier est déjà fixé pour plusieurs années. Le Mondial D1A à Angers ne serait donc que partie remise.

Confinées mais toujours mobilisées

Le printemps est donc au confinement. Les hockeyeuses n’ont pas dérogé à la règle en poursuivant des entraînements individuels. Le préparateur physique de l’équipe de France Jérôme Perez a d’ailleurs préparé des sessions sur l’application Zoom, histoire de garder la forme, aussi pour préserver le lien social : « Nous essayons de garder un maximum de lien avec et entre les joueuses. Nous avons découpé plusieurs séances en fonction des objectifs, et nous les ouvrons ou non [à d’autres]. L’objectif est bien évidemment de garder la forme physique, aussi et surtout la forme mentale. Cela permet également aux joueuses de découvrir d’autres choses (cuisine, yoga, …). »

Certaines sessions ont en effet rassemblé plus d’une centaine de joueuses à travers toute la France. Les plus confirmées ont d’ailleurs partagé leur expérience, Lara Escudero, Eloïse Juré, Clara Rozier et Estelle Duvin ont contribué à l’aspect pédagogique, en plus de la pratique physique. Une belle mobilisation malgré ces circonstances si particulières.

Le rendez-vous olympique dans les têtes

Il est donc nécessaire de rester mobilisé. Car après la crise COVID-19 (que l’on espère rapidement derrière nous), les Bleues auront en ligne de mire un objectif, et non des moindres : obtenir un ticket pour les prochains Jeux olympiques. Pour Pékin 2022, sept nations sont déjà qualifiées d’office, dont la Chine qui est 19e nation mondiale mais retenue en tant que pays-organisateur. Le tournoi olympique, désormais calqué sur les Mondiaux, sera pour la première fois élargi à dix nations. Après avoir accédé à l’élite mondiale, l’objectif JO des Bleues est donc cohérent.

Il y aura donc trois tickets en jeu, donc trois tournois olympiques organisés par trois pays différents : la République Tchèque, l’Allemagne et la Suède. La France disputera l’un de ces tournois de qualification du 11 au 14 février 2021 face à trois autres nations, seul le premier ira aux JO.

Lara Escudero (photo Timo Savela pour HockeyArchives)

Pour le moment, certains détails doivent encore être précisés par l’IIHF concernant ces qualifications olympiques. La question devait être abordée au prochain Congrès IIHF… finalement repoussé à une date ultérieure. Toutefois, en se fiant au classement IIHF 2020 récemment publié, les Françaises (10e nation mondiale) devraient logiquement se déplacer en Suède (9e nation mondiale) en avril 2021. Elles rencontreraient alors la Suède, mais aussi la Slovaquie et le qualifié d’un tour intermédiaire. Une mission forcément difficile, notamment face à des Suédoises, bien qu’en manque de reconnaissance auprès d’une fédération en train d’imploser (cf article précédent), elles n’en seraient pas moins redoutables.

Mais qu’importe l’adversaire, l’équipe de France féminine est prête à tous les cas de figure, elle est à un tournant, et le ticket pour les JO représenterait un accomplissement pour tout un noyau de la sélection. Lara Escudero et les Bleues en ont pleinement conscience : « Les JO, c’est un peu le rêve ultime du sportif, enfin en tout cas c’est le mien. L’équipe partage cette envie d’y aller. Le groupe travaille depuis de nombreuses années pour arriver à se qualifier. Nous sommes une génération qui arrive à maturité et ça serait quelque chose de très grand d’y aller. Ça serait une belle récompense pour tous les efforts et le travail du groupe, avec tout ce que l’on a vécu ensemble. Avec le covid, on attend encore les modalités pour la qualification. Mais en attendant, on continue de se préparer pour être prêtes. »

La saison 2019-2020 a été avortée brutalement. Mais celle de 2020-2021 s’annonce donc particulièrement intense pour les Bleues, qui ont gardé les idées claires, les yeux rivés sur leur objectif JO.

Les commentaires sont fermés.

On vous envoie quelques cookies, c'est juste pour suivre notre audience, vous pouvez refuser de les recevoir si vous le voulez ! Accepter En savoir plus

risus amet, Phasellus diam tempus accumsan