L’exploit de Montréal

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Qualifiés pour 0,01% de victoire en 24e position, les Canadiens de Montréal ont renversé l’un des grands favoris, les Pittsburgh Penguins. Méconnaissables, ces derniers ont montré tous leurs points faibles au cours de quatre matchs contre des morts-de-faim.

À deux doigts de l’élimination en mars, le CH avait choisi de liquider ses joueurs – dont Ilya Kovalchuk – à la grande braderie des transferts. Les Canadiens se dirigeaient piteusement vers les vacances, le moral en berne. Mais l’interruption de la saison les a remis en course de manière inespérée. Ils ont été choisis parmi les 24 équipes, à la faveur d’un minuscule avantage en pourcentage de victoires. Ils n’avaient plus rien à perdre.

Les quatre mois de pause leur ont finalement fait du bien, et la physionomie des quatre rencontres leur donne une victoire méritée. Plombés toute la saison par les performances en dents de scie de Carey Price et un jeu de puissance anémique, ils ont corrigé ces deux points, certes de manière assez légère, pour secouer la hiérarchie. Mieux, la pause a permis à leurs jeunes, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, d’apprendre de leurs erreurs. Ils ont forcé la main de Claude Julien et finalement dominé la série.

Les deux jeunes ont tout d’abord impressionné au match 1. Kotkaniemi a marqué en milieu de premier tiers, et Suzuki l’a imité en début de deuxième. Pittsburgh, un peu emprunté, s’en est remis à son capitaine Sidney Crosby, buteur, puis à son jeu de puissance, avec un but de Bryan Rust. Deux buts en trois minutes… Au troisième tiers, Conor Sheary manquait le break sur un tir de pénalité, et les deux équipes découvraient la prolongation, à cinq-contre-cinq et mort subite. Jonathan Drouin se voyait offrir la première chance sur un nouveau tir de pénalité. Mais finalement, Jeff Petry arrachait la victoire d’un joli tir. Les 39 arrêts de Price n’y sont pas pour peu de choses… (3-2)

La réaction des Penguins était prévue et ils arrachaient le deuxième match. Crosby marquait dès la 5e minute. Un peu plus dominants, les jaune-et-noir doublaient la mise par Zucker. Ils contrôlaient la partie, ne concédant qu’un but de Kotkaniemi en fin de match, et achevant tout espoir de retour cage vide, par Guentzel (1-3).

La série basculait au match 3. Malgré un but rapide de Shea Weber, le CH s’écroulait dans les minutes qui suivaient. Le jeu de puissance des Penguins offrait deux buts à son camp, par Patric Hornqvist et Jason Zucker, compensant la faiblesse de Pittsburgh à égalité numérique. En début de deuxième, Teddy Blueger portait le score à 3-1. C’était sans compter sur l’énergie de Montréal. En fin de deuxième, Jonathan Drouin, critiqué depuis le début de la série, commençait sa rédemption avec un but. Il était suivi par Paul Byron : l’avantage de Pittsburgh avait disparu en cinq minutes. Finalement, Jeff Petry inscrivait son deuxième but gagnant de la série avec un tir en hauteur en angle fermé. Price fermait la porte face à une équipe sans imagination derrière (4-3).

Pittsburgh amorphe

Pour ce match 4, Claude Julien lance dans le grand bain Alex Belzile. Le vétéran de ligue mineure dispute ainsi son premier match NHL à 29 ans, après avoir bourlingué en ECHL et AHL pendant des années. Il remplace Jake Evans, blessé lors d’une mauvaise charge de Brandon Tanev. Julien confirme aussi Suzuki et Kotkaniemi au centre des deux premiers trios, et Max Domi est cantonné à la quatrième ligne.

En face, Mike Sullivan décide de procéder à des changements. Il substitue le gardien Matt Murray, peu convaincant, par Tristan Jarry, dont c’est le premier match en séries. Il aligne aussi Sam Lafferty, en remplacement de Jared McCann.

Les Penguins n’auront finalement bien joué dans le match que dans les premières minutes. Ils entament avec une domination nette aux tirs, et trouvent le poteau par Patric Hörnqvist. Mais après cela, la mécanique s’enraye.

Le jeu de Pittsburgh manque d’intensité et du sentiment d’urgence qui aurait dû habiter une équipe menée dans la série. Le meilleur exemple ? Leur premier jeu de puissance, en deuxième tiers pour une faute d’Armia, qui laisse finalement plus d’occasions au CH…

Plus le temps passe, plus Montréal prend confiance. En troisième tiers, Brendan Gallagher frôle l’ouverture du score mais échoue en échappée dès la première minute. Puis, Paul Byron déboule sur l’aile et son tir percute le poteau. Entre-temps, Sidney Crosby, esseulé dans l’axe, trouve la barre transversale, le jour de son anniversaire. Jarry sauve ensuite une occasion magnifique, de la mitaine, face à Gallagher sur un service superbe de Tatar.

Pittsburgh perd alors le match sur une erreur individuelle suivie d’une erreur collective. Brandon Tanev, pressé par la montée de Ben Chiarot le long de la bande, envoie le palet plein centre par inattention. Le disque est récupéré par Lehkonen, qui remise sur Byron. Le petit ailier percute la défense plein axe et attire deux arrières, tout en fixant le gardien au poteau. Alors que les officiels appellent une pénalité, sa passe en retrait surprend quatre joueurs de Pittsburgh, qui attendent le coup de sifflet et contemplent Lehkonen au milieu de la foule pour une cage ouverte (1-0).

Il ne reste que cinq minutes, et Pittsburgh n’aura aucune occasion. Un palet perdu au fond permet à Weber de dégager le long de bande en puissance, et, par un joli jeu de billard, de doubler la mise dans la cage vide (2-0).

Montréal passe donc dans le top-8 de la conférence Est et sera le petit poucet de ces playoffs. Une performance tactique remarquable, l’éclosion de leurs meilleurs jeunes et un retour en forme de Carey Price en font une équipe plus solide qu’au cours de la saison régulière, où leurs statistiques de possession n’étaient pas si mauvaises.

En face, l’interrogation plane sur Pittsburgh. Murray semble avoir perdu sa place dans les cages. Les acquisitions coûteuses – Marleau, Zucker… – n’ont pas apporté le petit plus à une équipe qui se voyait en prétendante au titre. Avec le vieillissement de leurs stars (Malkin 34 ans, Crosby 33), assiste-t-on au déclin des Penguins et à la fin d’un cycle ? Ou faut-il éviter de sur-réagir à ce contexte si particulier ?

Commentaires d’après-match :

Carey Price (gardien de Montréal) : « Nous avons pris toutes ces analyses avec du recul, et nous nous en sommes servis de motivation pour prouver que tout le monde avait tort. »

Claude Julien (entraîneur de Montréal) : « Nous croyions en nous. Nous nous amusions, et nous apprécions le succès que nous avons maintenant. Nous savons aussi que le prochain tour sera contre une grosse équipe et que nous devrons être encore meilleurs. Nous avons là une opportunité de grandir et nous ne pouvons pas avoir une meilleure occasion pour cela. Les joueurs commencent à comprendre à quel point la régularité est importante. Nous avons joué quatre bons matchs, c’était le quatrième en sept jours et nous avons fait un gros travail en défense. Nous n’avons pas concédé grand chose. »

Sidney Crosby (attaquant de Pittsburgh) : « C’est une série de trois en cinq, et tout peut arriver. Nous avons fait des bonnes choses. Est-ce que nous avons fait assez ? Clairement non. Il faut leur donner du mérite, ils ont vraiment bien joué. »

Mike Sullivan (entraîneur de Pittsburgh) : « J’ai trouvé que nous avions bien joué aux deux premiers matchs. Le premier était sans doute notre meilleur. Le jeu de puissance n’était pas bon, mais tout le reste l’était. Ce soir nous avions besoin de notre meilleur match, et nous ne l’avons pas eu. »

Montréal Canadiens – Pittsburgh Penguins 2-0 (0-0, 0-0, 2-0)
Montréal remporte la série 3-1.
Vendredi 7 août 2020, 16h. Scotiabank Arena de Toronto. Pas de spectateurs.
Arbitrage de Eric Furlatt et Trevor Hanson assistés de Shandor Alphonso et Greg Devorski.
Pénalités : Montréal 4′ (0′, 2′, 2′), Pittsburgh 4′ (2′, 2′, 0′)
Tirs : Pittsburgh 22 (8, 5, 9), Montréal 22 (5, 6, 11)

Récapitulatif du score
1-0 à 55’49 : Lehkonen assisté de Byron
2-0 à 59’28 : Weber (cage vide)

Montréal Canadiens

Attaquants :
Tomas Tatar – Nick Suzuki – Brendan Gallagher (A)
Jonathan Drouin – Jesperi Kotkaniemi – Joel Armia (2′)
Artturi Lehkonen – Phillip Danault – Paul Byron (A)
Dale Weise (2′) – Max Domi – Alex Belzile

Défenseurs :
Ben Chiarot – Shea Weber (C)
Brett Kulak – Jeff Petry
Xavier Ouellet – Victor Mete

Gardien :
Carey Price

Remplaçant : Charlie Lindgren (G). Réservistes notables : Jordan Weal (A), Noah Juulsen (D), Jake Evans (C, blessé), Ryan Poehling (A), Cale Fleury (D), Christian Folin (D), Charles Hudon (A)

Pittsburgh Penguins

Attaquants :
Jake Guentzel – Sidney Crosby (C) – Conor Sheary
Jason Zucker – Evgeni Malkin (A, 2′) – Bryan Rust
Patrick Marleau – Sam Lafferty – Patric Hörnqvist
Zach Aston-Reese – Teddy Blueger – Brandon Tanev

Défenseurs :
Brian Dumoulin (2′) – Kris Letang (A)
Marcus Pettersson – John Marino
Jack Johnson – Justin Schultz

Gardien :
Tristan Jarry

Remplaçant : Matt Murray (G). Réservistes notables : Chad Ruhwedel (D), Kevin Czuczman (D), Evan Rodrigues (A), Jared McCann (A), Phil Varone (A)

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