Edmonton KO à domicile

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Cela ne devait pas se passer comme cela. Portés par les deux meilleurs pointeurs de la saison, les Oilers d’Edmonton, dans leur propre patinoire, n’auront fait que passer. Ils ont cédé en quatre manches face à Chicago, piégés par leurs propres faiblesses. Le rêve d’une coupe Stanley à domicile s’envole.

Edmonton avait tout pour avancer. Les Oilers s’étaient appuyés sur un excellent mois d’octobre pour surfer près du top-4. Ils n’ont finalement pas fait partie des quatre « dispensés » de tour préliminaire, et reçoivent des Blackhawks de Chicago à la défense passoire. Des Hawks qui n’ont pas passé un tour de playoffs depuis leur titre 2015, et qui se trainaient à la 12e place à l’Ouest. Une équipe de 24 ans de moyenne d’âge…

Oui mais voilà, le verdict se juge sur la glace. Et en y regardant de plus près, la qualification de Chicago en quatre manches n’est pas complètement usurpée. Edmonton a bâti son succès cette année sur un jeu de puissance tournant à presque 30% de réussite, alors qu’à cinq-contre-cinq l’équipe était plutôt faible. Le poste de gardien n’apportait pas de grosses garanties. La profondeur de banc était discutable, masquée par l’ébouriffante domination de Connor McDavid et Leon Draisaitl. Contre Chicago, ces points faibles ont été cruellement exposés. Et finalement, les deux équipes affichaient le même bilan comptable de novembre à mars – l’écart entre les deux venant du mois d’octobre prodigieux des Oilers. Mais octobre est bien loin…

On s’attendait à un schéma « run and gun », où deux équipes aux défenses suspectes seraient à la merci des attaques adverses. Le premier match en a donné la parfaite illustration. Connor McDavid ouvrait le score – en supériorité bien sûr – mais Edmonton explosait en vol dès le premier tiers. Dylan Strome, Jonathan Toews (en supériorité), Brandon Saad et Toews encore inscrivaient quatre buts en sept minutes. La réduction du score de Draisaitl (en supériorité) en début de deuxième ne lançait pas de retour fracassant. Le héros du jour ? Dominik Kubalik, qui marquait deux fois pour un total de 5 points, record NHL pour un rookie à son premier match de playoffs. Le Tchèque, décisif, découpait la défense, exploitait des marquages flottants et mettait à genoux Mike Smith, chassé et remplacé par Mikko Koskinen. Edmonton tentait un retour en fin de match avec le gardien sorti : James Neal (en supériorité) et Ryan Nugent-Hopkins rendaient le score moins violent (6-4).

La réaction des Oilers ne se faisait pas attendre et le match 2 ressemblait comme un miroir au premier. Un doublé de Connor McDavid en quatre minutes, dont le premier but dès la première présence, suivi par une réduction du score de Patrick Kane qui maintenait le suspense. Tyler Ennis creusait le score dès la deuxième minute du tiers médian. Chicago revenait à égalité avec deux buteurs improbables : les défenseurs de troisième paire Slater Koekkoek et Olli Määttä, avec un gros travail du rookie de 19 ans Kirby Dach. Le capitaine McDavid complétait alors son triplé et positionnait idéalement son camp. Deux grossières erreurs défensives offraient à James Neal et Alex Chiasson deux buts en moins d’une minute (3-6).

La série basculait lors du match 3. Leon Draisaitl ouvrait le score à mi-tiers, mais le gros travail de Dach permettait à Jonathan Toews d’égaliser à seulement cinq secondes de la pause. Edmonton poussait en deuxième : le doublé pour Draisaitl, et un but de Connor McDavid en supériorité portaient la marque à 3-2. Mais la défense passoire laissait bien trop d’espaces dans les lignes de tirs. Matthew Highmore égalisait sur déviation à six minutes de la fin, avant que Jonathan Toews, version 2010-2015, ne donne la victoire à son camp à 1’16 de la sirène.

Edmonton KO debout

Dos au mur, les Oilers abordaient parfaitement ce quatrième match. Josh Archibald, promu en première ligne, échappait au marquage de Saad et reprenait de volée une passe transversale magique de McDavid dès la première minute (0-1).

L’avance ne durait pas longtemps. Moins de cinq minutes plus tard, les Oilers gagnaient une mise au jeu défensive. Mais Klefbom dégageait le long de la bande. Murphy, au point d’appui, lançait de volée. Saad s’emparait du rebond et contournait la cage, piégeant Koskinen du revers (1-1). La première d’une longue liste de grossières erreurs défensives…

Deux minutes plus tard, la quatrième ligne des Hawks poussait à l’échec-avant. Carpenter, Kampf et Highmore travaillaient au fond et le palet finissait par revenir à la bleue pour Keith. Le tir sans contrôle trouvait Highmore sur la route, qui déviait mi-hauteur (2-1). Encore une fois, un revirement des Oilers en début d’action.

Edmonton tentait de revenir rapidement et une percée de Draisaitl fit briller Crawford. Il bloquait ensuite Chiasson, Haas de l’aile. Koskinen répliquait en repoussant Saad et Nylander lors d’un jeu de puissance consécutif à une faute de Nurse.

Les Oilers recevaient un jeu de puissance pour commencer le deuxième tiers. Mais Klefbom cafouillait son palet et laissait Kampf démarrer une échappée, que Koskinen du sortir en grand écart. La fin du jeu de puissance se révélait plus efficace puisque Nugent-Hopkins marquait sur un service en retrait de James Neal, quelques secondes après le retour de Highmore (2-2).

Edmonton reprit le contrôle du match et bombardait Crawford, à l’air soudain rajeuni. Une charge inutile de DeBrincat sur Ethan Bear était punie de cinq minutes majeures, offrant au redoutable jeu de puissance des Oilers une chance inespérée. Neal, Draisaitl, McDavid, Nugent-Hopkins frappaient à la porte avant qu’une faute particulière bête de Nurse sur un changement de ligne n’efface deux minutes d’avantage.

Le bombardement continuait derrière avec un Chiasson remuant, suivi par Neal. Le portier des Hawks, intraitable, repoussait tout, y compris Nugent-Hopkins à bout portant. Chicago défendait principalement, nettoyant le plus possible l’enclave, mais obtenait sa meilleure occasion par Dach, sorti du fond à la dernière minute du tiers.

Il restait vingt minutes – ou plus – pour faire la différence. Ce sera le « Crawford show » avec 20 arrêts du cerbère de Chicago. Mais la lumière vint de la crosse du rookie Kubalik. Un revirement ligne de fond permettait au Tchèque de donner le tournis à la défense. Il renvoyait au fond, où Toews gagnait le défi physique contre Ethan Bear – celui-ci était revenu au jeu peu avant, après la charge de DeBrincat au deuxième tiers. Le jeune Bear assistait impuissant à la passe en retrait du capitaine de Chicago et à la reprise laser de Kubalik (3-2). Le Tchèque était tout seul au milieu de quatre joueurs des Oilers, lâché au marquage par Draisaitl qui tentait d’aider son défenseur.

Dès lors, la furia des Oilers se déchaînait sur le but de Crawford. Le gardien arrachait un arrêt-mitaine à bout portant devant Kassian. Koskinen bloquait un contre de Toews, mais le jeu se passait surtout devant le but de Crawford, qui écœurait toutes les lignes d’attaque. Athanasiou, très en vue dans ce match, échouait à plusieurs reprises, avant qu’un ultime tir de finisse hors cadre.

Chicago résiste jusqu’au bout et sort le favori – sur le papier. Un tigre de papier bien trop déséquilibré, à la défense fébrile. Le placement défensif d’Edmonton et le repli des attaquants s’est révélé trop insuffisant, et la dépendance au jeu de puissance trop importante. Mikko Koskinen aura été bon, mais il n’a jamais pu faire l’arrêt qui changeait le cours d’un match. Connor McDavid et Leon Draisaitl ont été impliqués sur presque tous les buts de leur équipe, illustrant de manière criante la faiblesse du reste du banc, avec le seul Ryan Nugent-Hopkins en soutien. Mais même les deux stars ont connu des moments noirs dans la série, avec un placement défensif trop lâche à plusieurs reprises et des duels perdus dans leur zone. Edmonton a clairement perdu la bataille dans les bandes et au fond, se mettant seul en difficulté par passivité devant son slot.

Pour Chicago, c’est un résultat exceptionnel. Avec 24 ans de moyenne d’âge, les Hawks sont la plus jeune équipe des 24 pré-qualifiés. Ce sont bien les cadres – Toews, Kane, Keith, Crawford – qui ont sorti le bleu de chauffe. Jonathan Toews, impressionnant au travail contre McDavid, dominateur aux mises au jeu, aura montré son leadership. Corey Crawford, immobilisé par le Covid-19 au point de ne presque pas participer à la préparation, s’est amélioré de match en match. Il aura sorti tout son répertoire sur cette rencontre décisive avec 43 arrêts. Avec des gamins de 20 ans (Dach, Boqvist) et quelques perles à peine plus âgées (Kubalik, DeBrincat…), l’avenir est rose dans l’Illinois.

Commentaires d’après-match :

Dominik Kubalik (attaquant de Chicago) : « Pour être honnête, je n’ai même pas regardé la cage. J’essayais juste de lancer le plus vite possible, faire une volée si je pouvais. C’était un jeu rapide, et je pense que le gardien ne s’y attendait pas. J’ai essayé de tirer en hauteur et je suis content que ça soit rentré. »

Jonathan Toews (attaquant de Chicago) : « Il y aura toujours des critiques ou des éloges immérités. Je trouve que notre groupe a fait un bon travail pour n’écouter aucun des deux. Nous avons manqué les playoffs deux ans de suite, et il était normal d’avoir des gens qui critiquent vos performances, mais cela ne nous a pas perturbés. Nous étions impatients d’avoir cette chance et nous avons montré ce que nous pouvions faire. Techniquement, nous nous qualifions seulement en playoffs, donc le fun commence à peine. Nous savons que de nos jours, le simple fait de se qualifier permet d’ouvrir toutes les possibilités au premier tour. On le voit dès maintenant, et nous savions que la bonne fin de saison nous aiderait. Nous avons repris là où nous nous étions arrêtés. »

Dave Tippett (entraîneur d’Edmonton) : « Nous devions faire moins d’erreurs, et, quand nous en faisions, ça aurait été chouette d’avoir quelques arrêts de plus. Il y a des moments où nous avions l’impression de faire beaucoup de bonnes choses, et peu après nous faisions un pas en arrière. J’imagine que c’est juste la croissance de l’équipe. »

Chicago Blackhawks – Edmonton Oilers 3-2 (2-1, 0-1, 1-0)
Vendredi 7 août 2020, 17h. Rogers Place d’Edmonton. Pas de spectateurs.
Arbitrage de Brian Pochmara et Steve Kozari assistés de Andrew Smith et Pierre Racicot.
Pénalités : Edmonton 6′ (2′, 2′, 2′), Chicago 11′ (2′, 7′, 2′)
Tirs : Edmonton 45 (10, 15, 20), Chicago 29 (12, 9, 8)

Récapitulatif du score
0-1 à 00’45 : Archibald assisté de McDavid et Nurse
1-1 à 05’16 : Saad assisté de Murphy et Toews
2-1 à 07’56 : Highmore assisté de Keith et Carpenter
2-2 à 22’02 : Nugent-Hopkins assisté de Neal et McDavid
3-2 à 48’30 : Kubalik assisté de Toews

Chicago Blackhawks

Attaquants :
Brandon Saad – Jonathan Toews (C) – Dominik Kubalik (2′)
Alex DeBrincat (5′) – Kirby Dach – Patrick Kane (A)
Alex Nylander – Dylan Strome – Drake Caggiula (2′)
Matthew Highmore (2′) – Ryan Carpenter – David Kämpf

Défenseurs :
Duncan Keith (A – Adam Boqvist
Calvin DeHaan – Connor Murphy
Olli Määttä – Slater Koekkoek

Gardien :
Corey Crawford

Remplaçant : Malcolm Subban (G). Réservistes notables : Brandon Hagel (A), John Quenneville (A), Nick Seeler (D), Mackenzie Entwistle (A), Philipp Kurashev (A), Nicolas Beaudin (D), Alec Regula (D), Dylan Sikura (A)

Edmonton Oilers (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Ryan Nugent-Hopkins – Connor McDavid (C) – Josh Archibald
Andreas Athanasiou – Leon Draisaitl (A) – Kailer Yamamoto
James Neal – Jujhar Khaira – Alex Chiasson
Gaetan Haas – Riley Sheahan – Zack Kassian

Défenseurs :
Darnell Nurse (A, 4′) – Ethan Bear
Oscar Klefbom – Kris Russell
Caleb Jones – Matt Benning

Gardien :
Mikko Koskinen

Remplaçant : Mike Smith (G). Réservistes notables : Adam Larsson (D, blessé), Joakim Nygard (A), Tyler Benson (A), Patrick Russell (A), Tyler Ennis (A, blessé), Cooper Marody (A), Ryan McLeod (A), Evan Bouchard (D), Philip Broberg (D)

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