Lafrénière, roi de New York

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Le Québécois Alexis Lafrénière a été choisi en première position de la draft (repêchage) NHL ce mardi 6 octobre, par les Rangers de New York. Une sélection attendue qui a lancé un ras de marée canadien.

Dix-neuf : c’est le nombre de Canadiens choisis au premier tour de la draft NHL, soit le plus haut total en trente-deux ans (ex-aequo avec 2003).

Dans une année sans nulle autre pareille, il semble que les équipes NHL se soient concentrées sur ce qu’il était le plus facile d’étudier… Initialement prévue le 22 juin, la séance de recrutement des jeunes talents ne s’est pas déroulée à Montréal, mais en visio-conférence.

Les représentants des 31 formations ont effectué leurs choix avec cinq minutes de réflexion autorisées, alors qu’une cinquantaine des meilleurs jeunes disponibles attendaient fébrilement devant leurs webcams, en famille. Les cinquante meilleurs jeunes ont reçu un carton contenant les 31 casquettes de la NHL, histoire de pouvoir au moins effectuer les interviews via Zoom nantis d’un symbole de leur nouvelle équipe. Cela restera à coup sûr un bon souvenir, même si marcher vers le podium et enfiler le maillot, c’est autre chose…

La communauté des scouts aura dû faire face à bon nombre d’obstacles. La pandémie de Covid-19 a interrompu au printemps presque toutes les compétitions. Pas de playoffs de ligues juniors ou de phases finales universitaires, pas de Mondial U18. L’observation a donc dû se baser sur les nombreux matchs étudiés depuis deux ans. L’absence de ces matchs décisifs dans les bilans pèse, car ils permettent habituellement de juger les progrès de l’année face aux meilleurs d’une classe d’âge.

Inédit aussi, la saison 2020-21 a débuté en Europe, conduisant les scouts à alimenter leur base de données avec de nouveaux matchs pour une partie des joueurs sélectionnés. La dizaine de matchs de KHL, perturbés par les contaminations, a ouvert des portes à certains talents, appelés dans la grande ligue pour boucher les trous. Ce qui a pu influencer les décisions lors de ce premier tour de draft.

Dans cette intersaison bien étrange, les 31 équipes cherchent à manœuvrer dans leur plafond salarial. La pandémie a abruptement stoppé la hausse de ce plafond, gelé pour les trois prochaines saisons. Dans ces conditions, plusieurs formations cherchent à se délester de leurs gros salaires, par échange ou rachat de contrat. Le poste de gardien semble aussi se transformer en jeu de chaises musicales : nous en reparlerons en fin d’article.

Ces discussions n’ont cependant abouti à aucun échange dans ce premier tour. Seul Calgary a cédé son 19e choix, descendant en 22e puis 24e, récoltant deux troisièmes tours des Rangers et de Washington.

Les Rangers de New York ont été les heureux gagnants de la loterie supplémentaire cet été. Après une première loterie en juin, qui avait donné le premier choix à l’un des huit battus du premier tour de la reprise, les Rangers poursuivent ainsi leur reconstruction. La sélection d’Alexis Lafrénière (Rimouski) ne faisait aucun doute. Champion du monde junior en janvier, il avait été désigné MVP du tournoi et restait sur une saison de 112 pts en 2018-19. Doté d’une grande vitesse, d’une vision du jeu exceptionnelle, très créatif, Lafrénière devrait faire les beaux jours de la première ligne new-yorkaise dans quelques années, sans doute aux côtés de Kappo Kakko, choisi n°2 l’an dernier.

Les questions abondaient après lui. Le consensus se portait sur le centre Quinton Byfield (Sudbury). Los Angeles a suivi l’avis général et obtenu un pivot de grande taille, convaincant en OHL (32 buts et 82 pts en 45 matchs cette saison). Byfield devient l’Afro-américain sélectionné le plus tôt de l’histoire de la NHL, un joli symbole en plein mouvement « Black Lives Matter ». Après la sélection d’Alex Turcotte l’an dernier, les Kings s’offrent encore un centre d’envergure et disposent désormais de deux pivots au talent hors norme. Byfield, 1m94, est reconnu pour sa qualité technique dans le maniement du palet et son patinage.

En trois, Ottawa a choisi une valeur montante, l’Allemand Tim Stützle (Mannheim). Il égale ainsi Leon Draisaitl pour la place la plus haute pour un natif de son pays. Stützle s’est imposé en DEL avec des buts et des passes spectaculaires, et a porté l’Allemagne au Mondial U20 l’hiver dernier. Son patinage est perfectible, mais il peut réussir des jeux à haute vitesse et gagner des duels en dépit d’un gabarit modeste. Un choix acquis des Sharks de San José dans la transaction Erik Karlsson…

Detroit piochait en quatre et a choisi sa filière suédoise, avec Lucas Raymond (Frölunda). Né d’un père français et d’une mère suédoise, Raymond évolue en tant que meneur de jeu en élite suédoise, et a lui aussi marqué les esprits au Mondial U18 2019 comme au Mondial U20 2020. Sa qualité première reste sa vision du jeu : Raymond est un passeur d’exception.

Ottawa disposait d’un nouveau choix de top-5 et a surpris son monde avec le défenseur Jake Sanderson (USA U-18). Valeur montante après sa prestation lors du dernier tournoi international U18 avant l’interruption, le fils de l’ancien NHLer Geoff Sanderson est un arrière au patinage d’élite, mais son potentiel offensif réel pose question. Après avoir lancé Thomas Chabot et Max Lajoie, acquis Erik Brannström, drafté au premier tour Lassi Thomson et Jacob Bernard-Docker l’an dernier, Ottawa n’aurait-il pas dû plutôt truster les joueurs offensifs ?

En six, Anaheim a suivi en défense avec Jamie Drysdale (Erie), champion du monde U20 en janvier. Dynamique et offensif, Drysdale était le premier défenseur sur quasiment toutes les listes grâce à son patinage fluide – considéré comme le meilleur patineur de la draft – et va aider une formation des Ducks au réservoir assez vide dans ce domaine.

Il restait donc de nombreux attaquants et les Devils du New Jersey se sont orientés sur un profil de sniper manquant à leur réservoir de prospects. Alexander Holtz (Djurgården) a brillé aux côtés de son compère Raymond sous les couleurs de la Suède et s’est imposé dès 16 ans en élite suédoise. Son tir est réputé et, avec des passeurs comme Nico Hischier ou Jake Hughes, il devrait faire merveille.

Un duo de joueurs des Ottawa 67’s en OHL suivait. Buffalo choisissait Jack Quinn au 8e rang, et Minnesota l’Autrichien Marco Rossi 9e. Tous deux ont porté leur équipe depuis deux ans, avec des statistiques bien garnies, même s’ils ne jouaient pas sur la même ligne. Rossi avait cependant les faveurs des scouts et Quinn était attendu un peu plus tard. Quinn reste sur une saison de 50 buts même si son patinage reste largement perfectible. Rossi pour sa part a dominé l’OHL en 2019-20, à plus de deux points par match. Passeur de génie, compétitif, il travaille fort dans les deux sens du jeu.

Cole Perfetti (Saginaw), souvent évoqué dans un possible top-5, rejoignait finalement Winnipeg en 10e position. Joueur intelligent, meneur de jeu, patineur honorable, il subsiste quelques craintes sur sa vitesse. Très bon passeur, il est aussi utilisé en infériorité numérique, ce qui en fait un centre polyvalent.

Le premier gardien de la draft fut comme prévu Yaroslav Askarov (St. Petersbourg) parti en 11e position à Nashville. Le gardien a commencé très fort la saison 2020-21 en KHL, confirmant les espoirs placés en lui. Il est unanimement salué comme étant le meilleur jeune gardien disponible depuis plusieurs années. Rapide, doté de réflexes forts, il a l’habitude de jouer contre des joueurs plus âgés depuis des années. Sa prestation au dernier Mondial junior fut cependant en demi-teinte.

Florida choisissait ensuite le Finlandais Anton Lundell (HIFK), un centre installé en élite finlandaise et qui a produit à tous les échelons où il est passé. Les scouts étaient assez divisés sur son patinage, cependant, mais saluent son travail défensif. On se souvient de ses 20 minutes de temps de jeu à 17 ans en finale du Mondial junior 2019. Le principal reproche vient de son manque de constance et d’un patinage peut-être un peu juste.

Carolina enchaînait avec Seth Jarvis (Portland), un profil rapide, explosif et travailleur. Edmonton choisissait le premier universitaire du jour, Dylan Holloway (Wisconsin), joueur rapide et physique. Toronto misait sur le deuxième Russe, l’ailier Rodion Amirov (Oufa), au patinage exceptionnel et au profil créatif.

Montréal préférait la défense en 16e place, avec Kaiden Guhle (Prince Albert), ancien n°1 de la draft bantam en WHL, qui divise lui aussi les observateurs. Physique, au patinage de qualité, Guhle n’a sans doute pas de gros potentiel offensif cependant.

Chicago optait pour l’ailier allemand Lukas Reichel (Berlin), dynamique au dernier Mondial junior. Titulaire en DEL, Reichel est l’une des valeurs montantes dans la communauté des scouts, avec une progression sensible en terme de qualité technique et de vision du jeu.

Pour son deuxième choix du jour, New Jersey recrutait un autre attaquant, le centre originaire de Terre-Neuve, Dawson Mercer (Chicoutimi), aux qualités défensives reconnues. Brillant avec le Canada médaillé d’or en U20, il est très fort dans les petits espaces et semble un attaquant polyvalent.

Les Rangers suivaient avec le défenseur Braden Schneider (Brandon), 19e, en donnant un 3e choix et leur 22e place à Calgary. Il semble que les New-Yorkais pensaient que les Devils allaient le sélectionner. Schneider n’a sans doute pas de potentiel offensif mais est un défenseur droit, solide sans être spectaculaire.

Enfin, les Devils conservaient finalement leur troisième choix de premier tour et surprenaient avec le défenseur Shakir Mukhamadullin (Oufa), pas vraiment attendu si haut, mais qui a séduit le staff lorsqu’ils observaient son coéquipier Amirov. L’arrière réalise un très bon début de saison en KHL, ce qui a sans doute joué : en 14 matchs, il compte 1 but et 5 assistances.

Il en est de même pour Yegor Chinakhov (Omsk), 21e choix de Columbus. Déjà éligible l’an dernier mais non drafté, l’attaquant s’est imposé en KHL et a plutôt séduit en ce début de saison avec 5 pts en 10 matchs, dont 3 buts. Cependant, personne ne l’attendait au premier tour, la faute à un patinage assez moyen.

À l’inverse, Hendrix Lapierre (Chicoutimi) a tout d’un joker. Washington donnait pour cela un 3e choix à Calgary et le 24e pick, et prend le pari que le joueur se sera rétabli de ses soucis ressemblant à des commotions – il a assuré avoir été opéré avec succès d’un problème aux vertèbres qui lui aurait provoqué des symptômes similaires. Précoce, Lapierre a brillé dans de nombreux tournois dès l’âge de 16 ans. Mais il a peu joué depuis, et si ses qualités de vision du jeu sont évidentes, reste à voir s’il s’est bien remis de ses ennuis.

Philadelphie pariait ensuite sur Tyson Foerster (Barrie). L’attaquant se signale par sa qualité de tir et ses capacités offensives, mais la question de savoir si son patinage lui permettra de transposer cela en NHL inquiète certains analystes.

Calgary, qui a donc récolté deux choix de troisième tour, obtenait finalement exactement le joueur qu’ils voulaient, Connor Zary (Kamloops). Avec 38 buts et 86 pts en 57 matchs, ses qualités offensives sont remarquables. Tenace, polyvalent, c’est un joueur très prometteur s’il parvient à améliorer son coup de patin.

En 25e, le défenseur Justin Barron (Halifax) rejoignait Colorado. Défenseur athlétique, il a vu sa saison handicapée par un caillot sanguin. Son patinage est remarquable, ses qualités offensives plus discutables.

Il est suivi de l’ailier Jake Neighbours (Edmonton), 26e à St. Louis. Convaincant en WHL, son tir est sa principale arme et semble plus destiné à être un joueur de complément, grâce à ses aptitudes en infériorité notamment.

Anaheim misait sur Jacob Perreault (Sarnia), attendu un peu plus haut, en 27e. Auteur de 39 buts en 57 matchs, son tir de haute qualité en fait un danger permanent en supériorité. Il doit gagner en patinage et en régularité.

Le troisième choix du jour d’Ottawa se portait sur Ridly Greig (Brandon), rarement vu au premier tour par les scouts. Profil complet et polyvalent, éligible de justesse (né en août), Greig est monté dans les listes tout au long de la saison grâce à son jeu « peste » en dépit de son petit gabarit.

Vegas choisissait 29e le centre Brendan Brisson (Chicago), en junior américain (USHL). Il est le fils du célèbre agent de joueur Pat Brisson. Il a brillé dans les tournois internationaux des Etats-Unis grâce à sa vision du jeu et sa qualité de passe. Technique, il doit travailler son patinage.

Dallas enchaînait avec Mavrik Bourque (Shawinigan). L’un des meilleurs marqueurs de la ligue du Québec, Bourque est avant tout un grand passeur et seule sa petite taille et son patinage l’ont rejeté en fin de premier tour.

Le dernier joueur du premier tour était Ozzy Wiesblatt (Prince Albert), accueilli par les Sharks de San José. Doug Wilson Jr annonçait le choix à l’aide de la langue des signes, un geste touchant car la mère du jeune joueur est sourde. Wiesblatt est un profil rapide et technique, compétitif.  Le geste des Sharks a évidemment provoqué une scène de folie dans la famille…

Un deuxième jour plus actif

La deuxième journée réveillait les transferts. Alors que plusieurs joueurs voyaient leurs contrats rachetés (Kyle Turris à Nashville, Justin Abdelkader à Detroit notamment), les transactions se sont multipliées.

Pittsburgh cède son gardien Matt Murray à Ottawa contre des choix de draft. Nick Bonino quitte Nashville pour Minnesota contre Luke Kunin.

Enfin, le 7e choix de la draft 2017 Lias Andersson, en froid avec les Rangers de New York, voit son vœu exaucé : il rejoint les Kings de Los Angeles (dont son père est l’un des scouts) contre le 60e choix de draft.

Parmi les joueurs draftés au deuxième tour, citons quelques joueurs notables :
John-Jason Peterka devient le 3e Allemand drafté cette année et rejoint Buffalo en 34e position pour l’une des meilleurs cuvées du pays dans l’histoire.
Thomas Bordeleau, fils de Sébastien et petit-fils de Paulin (tous deux internationaux français), pourrait devenir la troisième génération de la famille à jouer dans la ligue. Lui représente les États-Unis, dans leur programme U18, et a été choisi par les Sharks de San José en 38e position.
– Le 2e gardien du jour est Drew Commesso, 46e, par Chicago. Il fait partie d’une série de quatre joueurs de suite du programme américain U18 après les défenseurs Tyler Kleven (Ottawan 44e), Brock Faber (45e, Los Angeles) et avant Luke Tuch (47e, Montréal), le frère d’Alex, l’attaquant de Vegas.
Jan Mysak est le premier Tchèque choisi lors de cette draft, 48e, par Montréal.
– Arizona a perdu son 49e choix, sanctionné par la ligue pour avoir invité des jeunes espoirs à des tests en dehors des périodes autorisées.
– Dans une année très canadienne, le nouveau manager général de Detroit, Steve Yzerman, a choisi finalement trois Suédois (Lucas Raymond, le défenseur William Wallinder 32e, le centre Theodor Niederbach 51e), un Américain (l’ailier texan Cross Hanas 55e) et un Finlandais (le défenseur Eemil Viro 70e) pour cinq de ses six premiers choix. Seul le défenseur Donovan Sebrango (63e) est canadien.
– Le gardien de l’année en OHL et champion du monde junior Nico Daws a pour sa part été choisi par New Jersey 84e.  Une bonne nouvelle pour ce fan inconditionnel de Martin Brodeur, qui manie lui aussi très bien la crosse…

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