Présentation de la NHL 2021 – la division Nord (3/4)

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Division Nord « Scotia »

Les Canadiens en rêvaient : la NHL l’a fait. La pandémie de Covid-19 a contraint le Canada et les États-Unis à fermer leur frontière aux travailleurs « non essentiels ». Les joueurs professionnels sont ainsi soumis à une quarantaine de quinze jours. Pour éviter des délais intenables, la NHL a choisi de placer les sept équipes canadiennes dans la même division.

Les obstacles existaient tout de même. Il aura fallu se montrer patient et démontrer la bonne volonté des équipes auprès des autorités sanitaires de chaque province – l’Ontario, très restrictif, ne fut pas simple à convaincre. Finalement, les milliers de kilomètres d’est en ouest (ou l’inverse) et les décalages horaires ne priveront pas tout un public de passionnés de suivre leurs favoris.

Le bonus de cette poule 100% « nord », c’est que les équipes se joueront entre elles y compris lors des premiers tours de playoffs. Il y aura donc une formation canadienne dans le carré final, à une marche de la finale de la coupe Stanley…

Cette poule de sept est une chance en or pour deux équipes : Toronto et Edmonton. Les deux formations partagent des soucis similaires. On y trouve des joueurs exceptionnels en attaque, mais le reste du banc est plus suspect. Avec six équipes pour quatre places – Ottawa ne devrait pas lutter -, Oilers et Maple Leafs risquent d’affronter une adversité bien plus grande que les saisons précédentes. Toronto n’a plus Buffalo ou Detroit pour soigner ses statistiques, et Edmonton ne joue plus une division Pacifique en déclin. Là, c’est du sérieux et du lourd. On va voir si les deux prétendants ont les épaules assez solides…

Logo Calgary petitCalgary Flames

Départs : G Cam Talbot, D TJ Brodie, C Mark Jankowski
Arrivées : G Jacob Markström, D Chris Tanev, A Dominik Simon

Les Flames avaient remporté la saison régulière de la conférence Ouest en 2019, mais la saison dernière fut plus mouvementée. Le coach Bill Peters a été limogé en cours de route lorsque de vieilles accusations de racisme et de harcèlement moral envers des joueurs ont refait surface. Geoff Ward a pris le relais, et une légère amélioration offensive est alors apparue. Ceci dit, l’attaque, en panne toute l’année, n’a pas pu compenser une défense qui cherchait la bonne formule, et un gardien hésitant. Dans la « bulle » estivale, Calgary a cependant fait le travail, battant Winnipeg, mais échouant ensuite contre Dallas, dans une série où Calgary aura bien trop souvent gaspillé des avances au score. Les hommes de Ward menaient deux victoires à une et étaient à douze secondes de gagner le 4e, finalement perdu en prolongations. Puis, le sixième match voit l’équipe perdre 7-3 après avoir mené 3-0 à la 7e minute…

Pour remédier à cela, le staff a changé (encore) de gardien. Les Flames sont allés chercher l’un des meilleurs de la ligue l’an dernier, le Suédois Jacob Markström, 31 ans. L’ex-portier des Canucks semble une amélioration notable par rapport à Cam Talbot. David Rittich, son remplaçant, a pour sa part participé au All-star game l’an dernier. Clairement, Calgary dispose de l’un des meilleurs duos de la division.

TJ Brodie parti (à Toronto), les Flames ont aussi pioché à Vancouver en recrutant Chris Tanev en défense. Il rejoint le vétéran Mark Giordano, 37 ans, ex-vainqueur du trophée Norris, ainsi que Noah Hanifin. Le reste du banc est très rajeuni : Rasmus Andersson, Juuso Valimaki, Oliver Kylington ont montré des promesses intéressantes même s’ils manquent encore de vécu. Andersson, surtout, est en train de se faire un nom, avec des performances remarquables l’an dernier, parmi les meilleures statistiques de possession et relance de la NHL. Enfin, Nikita Nesterov apporte la rudesse nécessaire. Un groupe complet et plutôt solide, qui rivalise sans peine avec les six autres équipes canadiennes.

L’attaque, en berne l’an dernier, ne devrait pas revivre un tel scénario longtemps. Les Flames comptent sur trop de talent sur les deux premières lignes. Johnny Gaudreau a vécu une année sans, avec un pourcentage au tir ridicule, mais reste l’un des ailiers les plus spectaculaires de la ligue. Son entente avec Sean Monahan au centre, un finisseur, et le polyvalent Elias Lindholm – qui peut aussi jouer au centre avec d’autres joueurs -, reste menaçante. Derrière eux, Matthew Tkachuk, sorte de Brad Marchand en plus jeune, est détesté partout, tout en produisant à un rythme effréné. Mikael Backlund apporte lui la caution défensive, et la révélation Andrew Mangiapane la vitesse.

Le débat des Flames se porte plutôt sur les deux autres trios. Sam Bennett s’est encore montré plus décisif en playoffs qu’en saison régulière mais semble avoir des envies d’ailleurs. Milan Lucic a plutôt un impact négatif, outre son salaire démesuré. Dillon Dubé dispose de plus de potentiel. Enfin, Joakim Nordström, Derek Ryan ou Josh Leivo font figure de bouche-trous, mais plutôt des très bons : les deux derniers ont de bonnes références défensives. Pour remplacer Mark Jankowski, parti à Pittsburgh, les Flames ont choisi Dominik Simon, un ailier mobile.

Au final, l’effectif de Calgary semble bien plus homogène que celui de son rival de l’Alberta Edmonton. Les Flames ont de bonnes chances de se glisser dans le top-4… si leurs stars retrouvent le chemin des filets.

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150px-Oilers dEdmontonEdmonton Oilers

Départs : A Andreas Athanasiou, D Matt Benning, A Riley Sheahan
Arrivées : D Tyson Barrie, C Kyle Turris, A Dominik Kahun, A Jesse Puljujarvi

Par où commencer ? Les Oilers ne semblent guère aller loin depuis les espoirs de la saison 2017 (à une victoire de la finale de conférence). Et ce n’est pas faute d’aligner deux des meilleurs attaquants du monde… Connor McDavid et Leon Draisaitl, récent MVP de la saison 2020, portent la franchise à bout de bras, mais cela ne suffit pas à constituer une équipe homogène.

La saison 2019-2020 illustre cet état de fait, avec une piteuse élimination dès le tour préliminaire par Chicago. Les Oilers et leur jeu de puissance dévastateur (29%) ont été trahis par un jeu à 5 contre 5 particulièrement médiocre, et des gardiens décevants.

Le staff s’est efforcé d’améliorer la profondeur de banc à l’intersaison. Sorti des deux « aliens » et de Ryan Nugent-Hopkins, on peine en effet à produire dans cette équipe. L’éclosion de Kailer Yamamoto (26 pts sur les 27 derniers matchs) a certes fait un bien fou, mais derrière… D’où le recrutement du vétéran Kyle Turris, centre de complément pour la troisième ligne, ainsi que le retour de Jesse Puljujärvi, ex-n°4 de draft que l’on pensait en froid avec Edmonton. Il faut croire que le changement de manager général a permis de rabibocher les deux camps. Le Finlandais reste sur une grosse saison en Liiga, et espère percer le top-6. On y ajoute le sous-estimé Tyler Ennis et… c’est à peu près tout.

Le reste de l’effectif a plutôt un impact négatif sur la glace. Le vétéran James Neal ne sort de sa boite que pour le jeu de puissance, Zach Kassian n’a pas vraiment de qualités offensives. Le pire reste la quatrième ligne, avec Josh Archibald et Jujhar Khaira, trous noirs en attaque. L’intégration de Gaetan Haas a été meilleure, et Alex Chiasson peut lui aussi marquer un peu, mais cela reste très, très pauvre derrière les stars.

Du coup, tout le débat à Edmonton repose sur cette épineuse question : faut-il placer tous ses œufs dans le même panier ? Le staff semble désireux d’aligner McDavid et Draisaitl au centre de deux lignes différentes. Le choix a fonctionné l’an dernier, et le recrutement de Kahun, partenaire en junior de Draisaitl à Mannheim, va dans ce sens.

Dans tous les cas, Edmonton marquera, c’est une quasi certitude. Museler deux joueurs capables d’enchaîner les saisons au delà des cent points relève de l’exploit. Ils vont trop vite pour la plupart des défenses, sont trop habiles avec le palet, pour être tenus éloignés des feuilles de score très souvent. C’est plutôt leur jeu défensif qui est parfois pointé du doigt.

Car pour tous les buts marqués, encore faut-il ne pas en encaisser… et c’est là que le bât blesse. La blessure d’Oskar Klefbom, out pour la saison, constitue une catastrophe pour une franchise à la faiblesse abyssale à ce poste. Le recrutement de Tyson Barrie ne compense pas vraiment, tant il a été critiqué à Toronto pour ses lacunes défensives. Il apportera au jeu de puissance, au moins. Darnell Nurse devient de facto le défenseur n°1, et semble le seul défenseur valable de la liste. Caleb Jones, Ethan Bear, William Lagesson ont peu ou pas d’expérience. Kris Russell, monsieur « bloc », subit trop le jeu. Adam Larsson ne confirme aucune promesse, et joue comme un défenseur de troisième paire. Le positionnement de ces défenseurs pose question, et le repli catastrophique d’attaquants aspirés vers l’avant n’aide pas. Le problème majeur de ce groupe d’arrières reste cependant la relance, médiocre au mieux. Or, ne pas réussir à sortir le palet de sa zone dans de bonnes conditions offre forcément des chances à l’adversaire. Et tout ceci est encore plus exposé par la faiblesse dans les cages.

Mike Smith, 38 ans, est plus qu’en bout de course. Mikko Koskinen, dernière signature à prix d’or de l’ancien GM Peter Chiarelli, serait un n°2 correct… mais il est forcé de jouer en n°1. Bien trop de temps de jeu pour le géant finlandais, capable du meilleur comme du pire. Edmonton a choisi de lui faire confiance jusqu’au bout – pas le choix ! -, et n’a pas été aidé lorsque le n°3, Anton Forsberg, a été pris au ballotage par Carolina le dernier jour avant la reprise. Les Oilers ont alors misé sur Troy Grosenick, auteur d’excellentes saisons en AHL, qui rejoint Stuart Skinner en tant que réserviste. Le premier n’a que deux matchs NHL, le second aucun. Bref, avec la blessure de Smith en début de saison, tout repose sur Koskinen.

Une chose est certaine : on ne s’ennuiera pas dans les matchs des Oilers. Il faut plutôt s’attendre à des scores de 5-4 que 2-1… Reste à voir si ce risque suffira à accrocher le top-4, même lorsque McDavid et Draisaitl vont lutter pour le titre de meilleur pointeur de la ligue.

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Montréal Canadiens

Départs : A Max Domi, C Nate Thompson
Arrivées : A Tyler Toffoli, G Jake Allen, D Joel Edmundson, A Josh Anderson, A Michael Frolik, A Corey Perry

Qualifiés pour la « bulle » estivale pour 0,01% de victoires de mieux que New Jersey, Montréal a fait fructifier sa 24e place en sortant Pittsburgh dans le tour préliminaire, puis en poussant les Flyers dans leurs retranchements au premier tour – quatre des six matchs avec 1 but d’écart, et jamais plus de trois buts encaissés. Un été d’espoir donc : les statistiques de possession de la saison dernière sont très bonnes. Le CH a surtout été plombé par ses équipes spéciales, notamment un jeu de puissance anémique.

Marc Bergevin est resté sourd aux critiques, et continue à manier sa barque en comptant sur le développement de ses jeunes talents. Il prend le pari que les promesses vues cet été sont la preuve que son chemin est le bon. Il n’est cependant pas resté les bras croisés lors de l’intersaison, et a décidé de boucher tous les trous de l’équipe, quitte à payer un peu cher.

Jake Allen débarque en gardien n°2 et constitue une nette amélioration derrière Carey Price. Le niveau des remplaçants a en effet coûté nombre de points ces dernières saisons. Montréal consacre ainsi cette année 15 millions de dollars au poste de gardien, le plus haut total de la ligue…

La défense a reçu le renfort de Joel Edmundson, champion 2019 avec St. Louis. Un défenseur pur, certes un peu limité et coûteux. Mais il permet de gonfler un top-6 intéressant. Le capitaine Shea Weber continue de jouer à son meilleur niveau, apportant son tir puissant. Jeff Petry joue un peu de la même manière – un peu moins physique – mais lui aussi est doté d’une bonne relance et d’un tir dangereux. À leurs côtés, les arrières purs comme Ben Chiarot et Brett Kulak, aux résultats corrects, les couvrent. Victor Mete joue le rôle du petit gabarit mobile, mais semble en disgrâce aux yeux de Claude Julien : à voir comment il parviendra à revenir dans l’alignement.

Le vrai joker, c’est l’arrivée d’Alex Romanov. Le Russe s’est acclimaté en participant à la bulle, sans pouvoir jouer. Son éthique de travail et ses références – meilleur défenseur du Mondial junior – ainsi que son expérience en KHL en font un titulaire immédiat, avec des qualités de relance hors norme. Son arrivée améliore le jeu de transition, déjà pas vilain sans lui.

Cette base arrière solide, avec un Carey Price de gala, peut permettre d’envisager un bon parcours. Même si Price n’a été de gala que par courtes séquences depuis deux ou trois ans… Les 10 matchs de la bulle sont-ils une illusion ? Il a la chance d’arriver reposé, et le recrutement d’Allen ne le forcera pas à jouer tous les soirs.

Tout reposera toutefois sur la capacité des attaquants à convertir leur domination territoriale, chose que l’équipe a eu du mal à faire l’an dernier. Pour cela, le CH dispose d’un des trios les plus dominants de la NHL : Tomas Tatar, Philip Danault, Brendan Gallagher. Trois joueurs complémentaires, rapides, techniques, qui créent le danger en permanence.

La clé du succès de Montréal viendra du développement de ses jeunes centres, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi. Les deux attaquants ont été étincelants dans la bulle cet été, mais il leur faudra reproduire ce succès au delà de dix matchs. Le staff a renforcé les ailes à leurs côtés, en allant chercher Tyler Toffoli, ancien vainqueur de la coupe avec Los Angeles, et Josh Anderson, qui a frôlé les 30 buts il y a quelques saisons à Columbus avant de connaître de sérieuses blessures (26 matchs l’an dernier et un seul but). Deux joueurs à la recherche d’une relance de carrière, et le pari de Bergevin : sept ans et 38 millions pour Anderson ! On y ajoute Jonathan Drouin bien sûr, qui, en dépit des critiques, reste un très bon passeur. Le bottom-6 compte quelques spécialistes défensifs de haut niveau, dont Joel Armia et Paul Byron, ou encore Artturi Lehkonen. Corey Perry a été signé pour compléter et apporter de l’expérience, et surtout renforcer le jeu de puissance. Le jeune Jake Evans clôture l’alignement.

Montréal semble avoir tous les ingrédients pour terminer dans le top-4, mais aussi quelques interrogations : Price va-t-il jouer comme Price ? Le jeu de puissance, trop prévisible avec ses tirs de loin, va-t-il quitter les profondeurs du classement ? Les jeunes centres vont-ils franchir le cap attendu ? Les ailiers revanchards vont-ils produire ? Si oui, le CH sera un sérieux concurrent dans cette division.

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Logo Ottawa petitOttawa Senators

Départs : A Anthony Duclair, A Bobby Ryan, D Ron Hainsey, G Craig Anderson, D Mark Borowiecki, G Anders Nilsson
Arrivées : G Matt Murray, C Derek Stepan, A Joshua Brown, D Erik Gudbranson, C Austin Watson, D Braydon Coburn, A Cédric Paquette, A Tim Stützle, A Alex Galchenyuk, A Evgenii Dadonov

Avant-dernier de la ligue l’an dernier, Ottawa est un chantier monumental : sur les trois dernières saisons, une seule équipe (Detroit) a obtenu moins de points. La rupture entre le propriétaire Eugene Melnyk et les supporters est consommée depuis longtemps, et les choix du staff continuent à intriguer. Cette intersaison n’a pas échappé à la règle. Les Senators avaient déjà échangé leur meilleur joueur (Jean-Gabriel Pageau) lors de la date limite des transactions, et ils ont à peine proposé une prolongation au deuxième pointeur, leur all-star Anthony Duclair, qui est donc parti en Floride. De nombreux autres joueurs ont quitté le navire, laissant les Senators avec un dilemme : atteindre le plancher salarial. Oui oui, le plancher !

Ce qui explique une cascade de signatures de vétérans, destinés à ajouter du salaire pour respecter les quotas. Pure symbolique de cette obligation, le dépannage de Tampa Bay en acceptant les contrats de Braydon Coburn et Cédric Paquette, contre des joueurs blessés et qui ne reviendront pas en NHL… Les Sens ont aussi multiplié les échanges pour acquérir des joueurs en perdition partout où ils sont passés (Eric Gudbranson, Alex Galchenyuk), des joueurs restant sur de mauvaises saisons (Derek Stepan, Matt Murray) ou encore un potentiel marqueur de top-6, Evgenii Dadonov, mais déjà âgé de 31 ans et moins bon qu’à son arrivée en NHL il y a trois ans.

Ces joueurs ne sont clairement que des bouche-trous en attendant l’éclosion de la pléiade de jeunes talents draftés par Ottawa ces dernières années. On commence avec l’attaque : Brady Tkachuk, la peste de service, et Dadonov sont deux profils capables de marquer 25-30 buts. Au centre, Colin White, ex-premier choix de draft, possède aussi un joli potentiel. On trouve aussi d’autres premiers choix, comme Josh Norris, ou joueurs qui ont montré de belles choses en AHL, comme Drake Batherson et Alex Formenton. Connor Brown et Nick Paul complètent le top-9, aux côtés de Chris Tierney, caution défensive. Brown a été l’une des bonnes surprises l’an dernier, efficace à l’échec-avant, mais il n’est pas dit qu’il confirme.

La grosse cote, c’est l’Allemand Tim Stützle, n°3 de la dernière draft, impressionnant au Mondial junior comme en DEL, et qui débutera à 18 ans. Modérons nos attentes, mais le talent est réel. L’équipe, une fois débarrassée de quelques vétérans en bout de course ou joueurs au potentiel plus limité, disposera de profils variés, rapides. Il ne leur manque que l’expérience.

La défense n’affiche pas vraiment les mêmes potentiels, hélas. Si Thomas Chabot, 24 ans, à peine au début d’un contrat spectaculaire de 8 ans, est une grosse arme à l’arrière, il reste très esseulé. Mike Reilly et Erik Gudbranson n’ont plus grand chose à faire à ce niveau malheureusement. Christian Wolanin, Josh Brown et Nikita Zaitsev ont eux aussi atteint leurs limites. Il faudra voir ce que peuvent faire les jeunes Artyom Zub et Erik Brännström, si le coach DJ Smith n’a pas peur de les lancer dans le grand bain. Dans tous les cas, la défense peut s’attendre à souffrir.

Et comme si cela ne suffit pas, le poste de gardien demeure une inconnue. Le quadragénaire Craig Anderson parti, le staff a acquis Matt Murray, double vainqueur de la coupe Stanley avec Pittsburgh. Sur le papier, la manœuvre est brillante : à 26 ans, il a signé pour quatre ans à 6,5 millions par saison. Problème : Murray a été ravagé par de nombreuses blessures et soucis personnels, et ses prestations depuis les coupes alternent entre l’Everest et la fosse des Mariannes. Avec une défense bien plus médiocre que chez les Penguins, il lui faudra réaliser des miracles et les doutes existent sur sa capacité à les produire… Derrière lui, Anders Nilsson n’a jamais réussi à s’imposer nulle part et ses limites sont évidentes.

Au vu du profil de la division, on peut s’attendre à une saison difficile. Les Senators, punching-ball des autres équipes canadiennes ? Probable. À moins que la jeune garde ne s’épanouisse plus vite que prévu.

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Logo Toronto petitToronto Maple Leafs

Départs : A Andreas Johnsson, D Tyson Barrie, A Kasperi Kapanen, A Kyle Clifford, A Frederik Gauthier
Arrivées : G Michael Hutchinson, A Travis Boyd, C Joe Thornton, A Jimmy Vesey, G Aaron Dell, A Joey Anderson, A Wayne Simmonds, D TJ Brodie

La division Nord apparait comme du pain béni pour les Maple Leafs. Barrés depuis des années par Tampa Bay et Boston, plus homogènes et expérimentés, les joueurs du nouvel entraineur Sheldon Keefe, qui a remplacé Mike Babcock en cours d’année, intègrent une division Nord en position de grands favoris pour la première place. Mais on a l’habitude au Canada : les feuilles d’érable tombent au printemps…

Après une présence médiocre dans leur « bulle » à domicile, les Torontois ont subi un énième chamboulement d’effectif, la faute à un plafond salarial écrasé par une poignée de stars. Les Leafs ont dû se séparer de deux ailiers de profondeur (Kapanen, Johnsson) et du défenseur Barrie, qui n’a pas apporté autant qu’espéré.

L’effectif de Toronto est avant tout porté par une ligne d’attaque explosive. Auston Matthews, buteur prolifique et passeur génial, figure parmi les meilleurs joueurs du monde. Son comparse Mitch Marner, tout aussi spectaculaire, est plutôt passeur, sur son aile droite. Le méconnu Zach Hyman sera à sa gauche – la caution « gratteur de palet et écran dans l’enclave », qui en font un des meilleurs forecheckers de la ligue. La deuxième ligne comporte les 11 millions du capitaine John Tavares et d’un autre passeur rapide, William Nylander, avec Alex Kerfoot en complément, ou Ilya Mikheyev. Tous affichent de solides statistiques de possession et de réalisme offensif.

Le staff a choisi de recruter de l’expérience dans le bottom-6. Outre un Jason Spezza en bout de course, on retrouve le quadragénaire Joe Thornton, qui tente un ultime pari à la recherche de cette première coupe si fuyante. Wayne Simmonds, toujours dangereux en supériorité, arrive aussi, pour un rôle limité tant ses performances sont indigentes depuis deux ans. Enfin, on y ajoute Jimmy Vesey, joueur d’appoint, ainsi qu’Alexander Barabanov, auteur de solides prestations en KHL et équipe nationale russe, qui va découvrir la NHL. Enfin, le banc dispose d’une bonne profondeur : Pierre Engvall, Nick Robertson, Joey Anderson ou Travis Boyd ont largement un niveau NHL.

Marquer n’est pas vraiment le problème pour Toronto – sauf dans la récente bulle… Le doute se porte plutôt sur la défense. Morgan Rielly s’est installé parmi les meilleurs arrières de la ligue et le recrutement de TJ Brodie lui offre un partenaire de haut vol. Jake Muzzin, sans fioriture, est assez solide, et son expérience de vainqueur de coupe avec Los Angeles reste précieuse. Sorti de ce top-3, on a plus de doute, avec un Justin Holl correct mais sans plus. Le staff est allé chercher Zach Bogosian, qui a relancé sa carrière avec Tampa Bay en cours de saison dernière (avec une coupe au bout), et a signé le meilleur arrière de KHL, Mikko Lehtonen. Reste à voir s’il s’adaptera vite. Travis Dermott sera le septième.

Dans les cages, Frederik Andersen dispute sa dernière année de contrat et, à 31 ans, son temps est compté pour réellement porter l’équipe en playoffs : il n’a jamais franchi le premier tour avec les Leafs. Le souci, c’est qu’il a souvent été surutilisé en saison et est arrivé un peu épuisé en fin d’année. Le rôle de son remplaçant, Jack Campbell, sera donc crucial, et l’ancien premier choix de Dallas devrait pouvoir le relayer efficacement. Néanmoins, le duo semble en dessous de celui de Calgary ou Montréal, ce qui pourrait coûter cher dans les phases finales.

Le top-4 est une ambition basse pour les Maple Leafs, qui doivent plutôt viser la première place de la division Nord. Le programme aménagé, avec une voie royale jusqu’au carré final, semble taillé sur mesure. Mais on sait à quel point Toronto est capable de se saborder dans les grandes largeurs aux moments décisifs…

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Logo Vancouver petitVancouver Canucks

Départs : G Jacob Markström, A Tyler Toffoli, D Chris Tanev, D Troy Stecher
Arrivées : G Braden Holtby, D Nate Schmidt, D Travis Hamonic

La saison 2019-2020 aura été bien meilleure qu’attendu. Après quatre ans sans playoffs, les Canucks ont retrouvé les phases finales en sortant Minnesota dans la « bulle » d’Edmonton. Mieux, ils ont ensuite sorti le tenant du titre St. Louis pour leur première série victorieuse depuis la finale 2011. L’année aura vu l’éclosion de Quinn Hughes, finaliste du trophée Calder, la confirmation de Bo Horvat en meneur d’hommes, et de JT Miller convaincant en première ligne. Elias Pettersson et ses 27 buts ont aussi joué un rôle majeur.

Toutefois, l’intersaison a été coûteuse. Le gardien Jacob Markström, décisif depuis plusieurs saisons, n’a pas pu être conservé et a filé chez le rival Calgary. Les défenseurs Tanev et Stecher sont eux aussi partis.

Les clés appartiennent désormais à Thatcher Demko, jeune gardien qui a failli renverser Vegas au deuxième tour des playoffs. Pour lui donner un mentor et une assurance, le staff est allé chercher Braden Holtby : le vétéran des Capitals a certes des résultats moins bons depuis deux ans, mais a soulevé la coupe en 2018.

La défense s’est renforcée avec Nate Schmidt. L’ex-joueur de Vegas a une solide réputation. Il débarque dans un top-4 comptant sur Quinn Hughes donc, un jeune défenseur mobile et offensif ; Tyler Myers, grand gabarit plus conservateur ; Alex Edler, vétéran défensif, et Schmidt donc, assez polyvalent. La dernière paire sera composée de Jordie Benn, un habitué de la NHL au profil défensif, et du jeune Olli Juolevi, ex-top-5 de draft qui ne s’est pas encore vraiment imposé. Cela manque un peu de profondeur : le suivant sur la liste est le rookie Jalen Chatfield.

En attaque, on trouve deux premières lignes assez solides. JT Miller a signé 72 points et, tout comme Pettersson, 27 buts. Ajoutons Brock Boeser, pur finisseur, et Bo Horvat, au profil plus complet, et on trouve ainsi quatre joueurs très jeunes et prometteurs, déjà dominants. Pour les accompagner, Jake Virtanen est lui aussi capable de marquer. Tanner Pearson a alterné le bon et le moins bon depuis son départ de Los Angeles.

Le souci des Canucks vient de la profondeur de banc. Les 3e et 4e lignes apportent assez peu. Elles peinent à conserver le palet en zone offensive et ont tendance à se faire dominer en défense. Les derniers playoffs en sont un bon exemple : Vancouver ne contrôlait que 42% de la possession et doit surtout son salut à ses deux gardiens… Dans ces lignes d’échec, le Français au style abrasif Antoine Roussel est à peu près le seul réellement capable de peser. Adam Gaudette est un joueur correct, sans plus. Brandon Sutter et Jay Beagle sont très surpayés par rapport à leur impact réel. Tyler Motte et Zack McEwen jouent les utilités. La surprise pourrait venir de Nils Höglander, dont les buts spectaculaires en élite suédoise ont fait le tour du web. Si le jeune ailier suédois s’acclimate bien, il s’installera vite dans le top-6 et tout le monde redescendra d’un cran.

Vancouver a sans doute le moins bon effectif des six prétendants aux playoffs dans cette division. Ou du moins, le moins homogène : on y trouve des joueurs exceptionnels en première ligne, mais un banc très insuffisant pour aller loin. Le succès des Canucks cette saison dépend donc bien plus des performances de ses 3e et 4e lignes et de ses paires défensives de soutien. Et que les gardiens jouent aussi bien que Markström…

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logo winnipeg petitWinnipeg Jets

Départs : D Carl Dahlström, D Dmitri Kulikov
Arrivées : C Paul Stastny, C Nate Thompson

En dépit d’une défense médiocre, les Jets de Winnipeg ont tenu un rang correct toute la saison dernière, avant d’être sortis dès le tour préliminaire, battus par Calgary. La saison n’aura pas été calamiteuse en raison des exploits de Connor Hellebuyck, récompensé par le trophée Vezina de meilleur gardien de la ligue. Il est vrai que perdre Mark Scheifele et Patrik Laine dès le premier match contre les Flames a sérieusement plombé leurs chances.

L’effectif a de bonnes chances de pouvoir décrocher un top-4, en raison même de la présence de Hellebuyck entre les poteaux. Il ne faudra cependant pas le griller dans ce calendrier infernal, car son remplaçant Laurent Brossoit a peu de références.

Devant eux, la défense est plus que médiocre, et cela ne s’est pas amélioré à l’intersaison. Josh Morrissey conserve une excellente réputation, un peu usurpée cependant, même s’il n’a pas été aidé par son partenaire de l’an dernier (Tucker Poolman). Enfoncé dans leur propre zone, le duo n’a pas vraiment pu accompagner l’attaque. Le recrutement de Dylan DeMelo à la dernière date limite des transactions devrait aider Morrissey à retrouver des couleurs. Neal Pionk est un arrière assez solide également, auteur d’une bonne saison l’an dernier. Mais très honnêtement, la défense de qualité s’arrête là : Derek Forbort – solide mais limité -, Nathan Beaulieu, Poolman donc, ne sont que des bouche-trous en attendant l’éclosion de jeunes talents comme Ville Heinola, voire Logan Stanley. La défense des Jets est l’une des plus faibles de la division.

L’attaque, en revanche, dispose d’une jolie armada, qui a tout pour dominer… sauf qu’elle ne le fait pas vraiment. Certains spécialistes accusent le système de Paul Maurice de brider le potentiel spectaculaire de ses deux premières lignes.

Il est vrai que Winnipeg compte un des meilleurs passeurs de la ligue avec le capitaine Blake Wheeler. Mark Scheifele, joueur très cérébral, est autant buteur que passeur. Kyle Connor enfin figure parmi les meilleurs buteurs de la NHL depuis trois ans, dans la course avec Pastrnak ou Ovechkin… Le recrutement de Paul Stastny offre un centre compétitif au pur sniper Patrik Laine, ainsi qu’à la fusée Nikolaj Ehlers. Cela devrait faire un bien fou à l’équipe.

La troisième ligne affiche de belles dispositions avec les sous-estimé Andrew Copp et Adam Lowry, même si ce dernier n’a pas brillé l’an dernier. Jack Roslovic a lui aussi un potentiel intéressant. Enfin, en bout de banc, on pourrait faire pire que Mathieu Perreault, Jansen Harkins et Mason Appleton, même si le trio reste sur une saison décevante. Nate Thompson a été recruté justement pour améliorer cette ligne. Le banc consiste en l’ancien premier choix Kristian Vesalainen, David Gustafsson et l’ex-King Trevor Lewis : pas vraiment emballant à ce jour.

Ceci dit, Paul Maurice compte assez peu sur ses lignes 3 et 4 : les stars de l’attaque cumulent un temps de jeu considérable. Ce qui pose un réel problème, car leur jeu défensif n’est pas forcément à la hauteur… La défense des Jets était donc très mal classée l’an dernier, n’a été que sauvée par Hellebuyck et il ne faut pas s’attendre à autre chose cette saison.

Au final, la saison des Jets repose sur les épaules de son gardien et du réalisme de son top-6. L’équipe est coupée en deux, faible en défense, et il ne sera pas simple de surmonter ces handicaps dans une poule aussi serrée.

[Mise à jour : Laine, qui avait émis le voeu de quitter Winnipeg, a été exaucé, et le staff l’a échangé contre Pierre-Luc Dubois en ce début de saison. Les Jets ont aussi cédé Jack Roslovic, qui refusait de signer un nouveau contrat. L’arrivée de Dubois, au profil plus complet que Laine, offre un ailier de top-6 majeur, qui a montré lors des derniers playoffs qu’il pouvait avoir un impact décisif.]

 

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