Dans la cour des grands

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À l’occasion de la chronique suédoise, nous vous proposons un gros plan sur une organisation qui a émergé sur la scène SHL : celle de Rögle. Une équipe qui faisait des apparitions par intermittence en élite suédoise, avant d’amorcer une importante mutation pour devenir favori au titre national.  Nous en profiterons également pour faire le point SHL / SDHL.

Ängelholm, une petite ville paisible de 24.000 habitants au sud de la Suède et toute proche du Danemark. Pendant longtemps, on ne pensait pas forcément au hockey lorsque l’on évoquait cette destination. Son club, le Rögle BK, a fait sa première apparition en élite suédoise en 1992, porté surtout à l’époque par les frères Jönsson, Kenny et Jörgen, qui deviendront tous deux doubles champions olympiques. Pendant quatre ans, Rögle a tenté de survivre à l’exigeante Elitserien suédoise.

Renommée par la suite SHL, l’élite suédoise a de nouveau accueilli les hockeyeurs d’Ängelholm en 2015. Après un retour fastidieux, la crise a profondément rongé Rögle, ce qui avait conduit au congédiement de l’entraîneur Anders Eldebrink et du directeur sportif Anders Carlsson. Afin de casser cette mauvaise dynamique, le PDG Marcus Thuresson a remplacé Eldebrink et Carlsson avec une idée en tête : sauver la place en élite ne l’intéresse pas, Thuresson veut faire du « RBK » un cador du hockey suédois.

Les architectes Abbott

Pour parvenir à ses fins, des jumeaux bien connus du hockey suédois sont recrutés : Cam et Chris Abbott, Canadiens originaires de Sarnia en Ontario. Talentueux et reconnus pour leur leadership, les frères Abbott ont connu une belle carrière de hockeyeur en Suède, mais ils ont tous deux dû y mettre fin prématurément en raison des blessures et des commotions. S’ils ont fait les beaux jours de Luleå avec une médaille d’argent en 2013, Chris finissant même sa carrière de joueur par un titre de champion en 2017 avec HV71, les jumeaux Abbott ont commencé leur aventure suédoise en 2008 à Ängelholm.

En 2017, les jumeaux Abbott ont donc accepté de revenir en Scanie, Chris devenant directeur sportif et Cam entraîneur en chef. De vrais leaders réellement heureux d’entreprendre ce nouveau projet ensemble à Rögle, comme l’annonçait Chris Abbott dans un communiqué : « Je considère que c’est un privilège de continuer ma carrière dans le hockey au sein de la même organisation qui m’a donné cette chance, à moi et Cam, il y a près de dix ans. »

L’approche moderne des jumeaux, exigeants, conscients de ce qu’il est nécessaire de faire pour jouer en Amérique du Nord, désireux d’inculquer les bonnes attitudes à l’entraînement ou pendant un match, en plus des très bonnes installations de la Lindab Arena, c’est ce tout qui a permis de donner une nouvelle dimension au Rögle BK. Désormais, il n’est plus surréaliste de parler de favori lorsque l’on mentionne Rögle au même titre que Frölunda ou Luleå, grâce aux fondations construites par les jumeaux Abbott. S’ils rêvent de travailler un jour en NHL, ils continueront au moins jusqu’en 2023 pour poursuivre ce projet à long terme, qui pourrait offrir une couronne de champion, chose impensable il y a encore quelques années.

Assurément, les jumeaux Abbott mènent à la perfection ce projet. Durant la saison 2018-2019, le club d’Ängelholm, mené par le centre Ted Brithén et le défenseur ultra-offensif Kodie Curran, a retrouvé les playoffs de l’élite pour la première fois en 25 ans. En 2020, Curran deviendra d’ailleurs le premier joueur de Rögle de l’histoire à remporter le Guldhjälmen, le casque d’or remis au meilleur joueur de la saison. Une saison 2019-2020 qui se termine après la saison régulière, sans playoffs en raison de la pandémie, mais qui a vu Rögle réaliser le meilleur bilan de son histoire en élite suédoise : 32 victoires en 52 journées et une belle troisième place au classement.

Les jeunes talents à bonne école

Malgré les départs de Kodie Curran, Ted Brithén mais également le gardien Roman Will, Rögle est parvenu à se renouveler pour demeurer compétitif. Le club d’Ängelholm a plusieurs fois pris la tête du classement, la cédant récemment à Växjö. En plus des valeurs sûres que sont Daniel Zaar ou Olli Palola, Rögle a vu l’émergence de nouveaux talents, comme Simon Ryfors, Nils Höglander ou évidemment Moritz Seider.

Moritz SeiderDans le sillage de Leon Draisaitl, Seider fait partie des talents d’exception que parvient désormais à sortir l’Allemagne. Premier choix des Red Wings de Détroit à la draft NHL 2019, le défenseur de 19 ans a été cédé à Rögle cette saison. Sa venue à Ängelholm n’est pas vraiment due au hasard, les frères Abbott entretenant de bonnes relations avec la franchise de Détroit. Avec 24 points (5 buts, 19 passes) en 31 parties – le meilleur total pour un junior – et vingt minutes de temps de jeu par match, Seider confirme son talent, il est un acteur clef de l’équipe, sans nul doute le meilleur joueur U20 et clairement, déjà, un défenseur référence.

Tout a été fait pour parfaire le développement de Moritz Seider. Plutôt que de jouer une deuxième saison de suite en AHL, les Red Wings ont préféré opter pour la solution Rögle. Capitaine de l’Allemagne au Mondial Junior 2020, il a préféré décliner l’invitation pour l’édition 2021 – malgré le parcours spectaculaire de l’Allemagne – pour se concentrer sur son développement avec Rögle. Un développement salué par les Red Wings. En Suède, certains spécialistes le comparent d’ailleurs à l’ancienne star des Wings Niklas Kronwall.

En plus d’être devenue une équipe capable de jouer les premiers rôles, Rögle est désormais perçu comme un très bon incubateur de talents. Håkan Andersson est scout pour Détroit et confiait à HockeySverige : « On a beaucoup parlé du fait que Frölunda a le meilleur environnement pour les joueurs en Suède. Mais franchement, je ne sais pas si la situation de Rögle est bien pire. »

Le point en SHL / SDHL

Deuxième au classement, Rögle a dû néanmoins se passer des services de Moritz Seider, blessé à l’épaule après un choc avec Niclas Andersén de Brynäs. Et dire que Seider avait inscrit un doublé durant ce match ! Le RBK a d’ailleurs perdu ensuite ses trois premiers matchs sans Seider, face à Skellefteå, Malmö et HV71. Avant de se reprendre samedi face à son poursuivant, Luleå, en fusillade grâce des tirs au but gagnants d’Adam Tambellini – déjà auteur de deux buts durant le match – et Simon Ryfors. C’était d’ailleurs la quatrième victoire en quatre matchs contre Luleå cette saison pour Rögle ! Quant à Simon Ryfors, il est le deuxième meilleur buteur de SHL et il connaîtra sa première sélection en équipe nationale cette semaine à l’occasion du tournoi de l’Euro Hockey Tour à Malmö.

Devant Rögle, il y a Växjö. Vainqueurs samedi de Djurgården à Stockholm, les Lakers de Växjö ont remporté cinq succès de rang à l’extérieur. Dans leurs rangs, Emil Pettersson, le grand frère du canuck superstar Elias, réalise une saison remarquable en menant les compteurs de la ligue avec 45 points, dont 22 buts, en 42 parties. Mais l’équipe en forme, c’est Skellefteå, qui a opéré une remontée une spectaculaire, quatrième après 11 victoires consécutives, série toujours en cours. S’est toutefois immiscé à la troisième place Luleå, qui a récupéré son gardien vedette Joel Lassinantti, un des meilleurs portiers de la ligue par le passé et qui a décidé de mettre fin à son aventure KHL.

Lara Stalder (Photo Mats Bekkevold pour HockeyArchives)

Luleå probablement relancé avec Lassinantti, et Luleå encore et toujours au sommet de l’élite féminine, la SDHL. La section féminine du LHF en est à 19 victoires consécutives, elles n’ont plus perdu depuis le 13 novembre 2020. Luleå avait d’ailleurs remporté le choc du 23 janvier dernier, en fusillade, face à son principal concurrent, Brynäs. Le club de Gävle a d’ailleurs remporté 10 de ses 11 derniers matchs, porté par une attaque explosive. Dans cette artillerie, on retrouve l’attaquante suisse Lara Stalder, jamais la dernière pour épater la galerie. Avec 79 points (en 34 matchs), Stalder a égalé le record en élite suédoise féminine pour le nombre de points marqués, marque réalisée par Michelle Karvinen lors de la saison 2015-2016. Lara Stalder a encore deux matchs pour s’approprier le record…

Côté bleu, Lore Baudrit et Marion Allemoz, actuellement réunies avec l’équipe de France pour le stage de Dunkerque, n’ont pas joué avec leur équipe de MODO depuis le 23 janvier. Les matchs du club d’Örnsköldsvik ont en effet été décalés en raison du covid, les deux Françaises passant toutefois à travers les mailles des infections. MODO est sixième et en bonne position pour les playoffs. Il restera aux joueuses d’ « Övik » cinq rencontres pour éventuellement améliorer leur rang. Avec 21 points, la capitaine des Bleues Marion Allemoz est d’ailleurs la troisième meilleure marqueuse de son équipe, elle avait inscrit son 11e but lors du dernier match de MODO. Les playoffs, Betty Jouanny et AIK devraient les atteindre, tandis que le Göteborg HC de Margot Desvignes occupe la dernière place du classement.

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