Les joueurs suisses manifestent avec des banderoles

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Nous avions évoqué dans la présentation suisse les réformes en cours qui menaçaient de faire exploser les structures et la cohésion du hockey helvétique. Les sondages menés ces derniers mois auprès des joueurs comme des supporters ont montré qu’une écrasante majorité (90%) était opposé aux projets de la ligue. Les dirigeants de clubs ont quand même avancé, mais plus prudemment : au lieu de passer à 4 à 10 étrangers comme il en avait été question, ils se font fixés sur 7 étrangers en 2022/23. Les autres décisions, notamment l’abolition de la relégation, ont été reportées.

Les joueurs à « licence suisse » – dont une demi-douzaine de Français – qui ont passé une partie de leur formation en Suisse perdraient quant à eux leur statut spécial à partir de 22 ans. Ils seront les grands perdants de la réforme. Comme ils occupent déjà une part importante des effectifs, le nombre absolu d’étrangers n’est pas censé augmenter avec la réforme. Mais ça, c’est la théorie. L’appel soudain à de nouveaux étrangers pourrait conduire les clubs à choisir la facilité en sacrifiant toute une génération de joueurs, celle dont le développement a été rendue plus compliquée par la pandémie (les championnats U20 élite et U17 élite se poursuivent mais ce sont les seuls). La situation pourrait être critique pour les gardiens, un poste où la Suisse peine à assurer la relève. L’habitude d’utiliser un gardien suisse, à 4 étrangers, pourrait changer à 7.

Dans une période normale, l’opposition se serait manifestée de manière active et bruyante dans les patinoires. Mais la pandémie permet de faire passer les réformes à huis clos. Les groupes de supporters du pays n’ont pas eu d’autre moyen d’action qu’une pétition. Samedi soir, ils ont bénéficié d’un relais inattendu : celui des joueurs. Pendant les deux premières minutes de chaque match de la soirée de championnat, les équipes ont fait grève. On a assisté à une image unique : des hockeyeurs déployant des banderoles que les supporters avaient préparées ! Elles disaient : « La relève est notre avenir, les fans sont notre soutien, et le hockey est notre vie. »

Jonas Hiller, jeune retraité et président du syndicat des joueurs suisses, a expliqué à la télévision MySports pourquoi les joueurs, déjà prêts à faire des efforts salariaux mais voulant avoir voix au chapitre, dénonçaient le mode d’action des dirigeants de club : « On essaie de faire passer la règle des étrangers et la fermeture de la ligue dans un paquet avec le fairplay financier. C’est parce que les points pris isolément n’auraient pas la majorité. »

Une des déclarations les plus inattendues de cette crise du hockey suisse est l’interview du président de la fédération allemande Franz Reindl au Tages Anzeiger. Inattendue parce que Reindl, candidat à la présidence de l’IIHF, agit de manière diplomatique et s’est bien gardé de toute confrontation avec la DEL sur la réduction des étrangers. Mais face à la situation suisse, il a lancé une mis en garde sans réserve : la décision « a suscité l’étonnement, y compris à cause des expériences que nous avons faites en Allemagne. Cela aidera peut-être à court terme, pas à moyen et long terme. Je ne vois pas l’augmentation des étrangers comme un moyen de résoudre les problèmes financiers. J’en suis pleinement convaincu. L’ouverture des étrangers en DEL nous avait fait reculer 10 à 12 ans en arrière. Pour nous, la Suisse est un pays de Cocagne. Si les Suisses passent maintenant à sept étrangers, même si c’est une mesure parmi d’autres, cela pourrait le fissurer. »

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