Fin cruelle d’une force émergente

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Aucun joueur français n’a soulevé ce titre. Chloé Aurard l’a effleuré. L’attaquante bleue de la Northeastern University de Boston a échoué de peu en finale NCAA, le summum du hockey universitaire américain. Mais malgré l’échec, c’est une fantastique saison qu’a connue la hockeyeuse originaire du Vercors, tant sur le plan individuel que collectif. Et pleine de promesses pour la suite.

On ne pouvait rêver meilleure finale : la meilleure équipe du pays, Northeastern University, face à l’équipe tenante du titre, Wisconsin. Et évidemment, à l’issue d’un duel explosif, la différence s’est jouée à un rien. Un palet dévié dans son propre but par la défenseure Megan Carter en prolongation, victime d’une fin cruelle au possible pour Northeastern. Carter victime aussi d’une décision intelligente de l’attaquante des Badgers du Wisconsin, Darryl Watts, meilleure marqueuse NCAA cette saison, postée derrière le but et devenue héroïne d’un soir en forçant cet audacieux ricochet.

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Chloé Aurard face à Wisconsin en finale (Photo Sarah Olender pour HockeyArchives)

L’Université du Wisconsin a donc de nouveau mis la main sur le trophée suprême NCAA, gagné précédemment en 2019 alors que l’édition 2020 a été annulée. Avec six titres, les Badgers égalent les Golden Gophers du Minnesota. Northeastern, force émergente ces dernières années en NCAA féminine, n’a pas pu faire basculer le destin alors que cette université de Boston n’a jamais été aussi proche de son premier titre national, tous sports collectifs confondus.

Triste dénouement donc pour les « Howlin’Huskies », et évidemment pour Chloé Aurard. Alors que les deux équipes n’avaient pas trouvé la cible après 40 minutes, l’attaquante de l’équipe de France avait d’ailleurs égalisé en troisième période, servi sur un plateau comme souvent par sa complice suisse Alina Müller, 39 secondes seulement après l’ouverture du score de Makenna Webster. Mais le but gagnant de Watts, après trois minutes de jeu en temps supplémentaire, a mis fin à une chevauchée des Huskies qui avait tout de fantastique.

Northeastern, équipe tenace et talentueuse

Avant la finale, Northeastern avait réalisé un parcours brillant. Vainqueur de la saison régulière avec un bilan de 20-1-1, les Huskies avaient remporté le tournoi de leur conférence, Hockey East, pour la quatrième année consécutive en surclassant en finale Providence 6-2. Ces prestations avaient permis à Northeastern d’être nommé « top seed », l’équipe numéro 1 au classement général avant d’entamer les playoffs du championnat national NCAA. Cela a permis de tomber sur l’équipe classée huitième, l’université Robert Morris de Pittsburgh, que les « Howlin’ Huskies » ont nettement dominé 5-1. Durant ce quart de finale, Chloé Aurard avait d’ailleurs marqué le jour de son 22e anniversaire, la « birthday girl » ouvrant le score face aux Colonials.

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Scène de joie des Huskies face à Robert Morris (Photo Sarah Olender pour HockeyArchives)

Les portes du fameux « Frozen Four » s’étaient alors ouvertes pour la première fois de l’histoire pour le programme de hockey féminin de la Northeastern University. En demi-finale contre Minnesota Duluth, les Huskies, plus incisifs dès le début face à Robert Morris, avaient connu davantage de difficulté, muselés en première période et limités à seulement 4 tirs. Pire, NU était mené 2-0 après 40 minutes de jeu, avant que Maureen Murphy et Katy Knoll n’égalisent dans le troisième tiers-temps. C’est finalement Skylar Fontaine, interceptant le puck avec ensuite une feinte dont elle a le secret, qui a inscrit le but gagnant en prolongation… à 26 secondes de la fin de la première période supplémentaire ! Coup dur pour la gardienne suédoise de UMD Emma Söderberg qui avait arrêté 44 tirs adverses, Northeastern ayant finalement dominé le match 47-28 aux lancers, et ce malgré une entame difficile.

Une entame difficile qu’expliquait le coach Dave Flint par un manque de pratique de ce niveau, à wrrbsports.com : « Cela faisait un certain temps que nous n’avions pas vu une telle vitesse de jeu. [Robert Morris a] maximisé le temps et bien couvert les espaces, et nous ne prenions pas les bonnes décisions avec le palet. [Je suis] évidemment ravi d’avoir l’opportunité de participer à notre tout premier match de championnat national, et je suis vraiment fier de mon équipe et de sa résilience. »

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Minnesota Duluth coriace en demi-finale (Photo Sarah Olender pour HockeyArchives)

La résilience, c’est ce qui a permis à cette équipe de conserver ses ambitions. Il y a un an, Northeastern s’était lancé à l’assaut du titre national, avec une équipe tout aussi talentueuse et un bilan de 32-4-2. Avant que la pandémie ne stoppe le championnat avant le début des quarts de finale NCAA et coupe l’herbe sous le pied des Huskies.

Les bases d’une dynastie à venir

Des Huskies revanchards grâce à une équipe d’exception. Northeastern disposait de trois des toutes meilleures joueuses du circuit : la gardienne Aerin Frankel (96,5%, 9 blanchissages), la défenseure Skylar Fontaine et l’attaquante Alina Müller, toutes trois nommées sur la première équipe All Star de la NCAA.

La star de l’équipe américaine Kendall Coyne Schofield, ancienne joueuse de Northeastern, apportait une comparaison pertinente sur ESPN avec l’équipe de l’Université du Minnesota qui disposait il y a quelques années de la meilleure gardienne (Noora Räty), de la meilleure défenseure (Megan Bozek) et de la meilleure attaquante (Amanda Kessel) en NCAA, actrices d’une nouvelle suprématie sur l’échiquier national. Les Golden Gophers ont remporté le championnat NCAA à quatre reprises entre 2012 et 2016. Northeastern, qui conservera une bonne partie de son effectif l’année prochaine – dont Chloé Aurard – peut nourrir de telles ambitions.

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Photo Sarah Olender pour HockeyArchives

La snipeuse française, avec son dernier but en finale, a d’ailleurs fini avec 16 réalisations, le meilleur total de l’équipe. Elle aura compté 28 points en 25 matchs durant cette saison raccourcie par le contexte Covid, et passé le cap des 100 points en NCAA dès sa troisième année, performance historique pour le hockey tricolore comme nous l’avions précisé précédemment.

Ces joueuses d’exception ont également été menées par l’entraîneur Dave Flint, personnage clef au centre du projet, arrivé en 2008, qui a façonné le programme afin de permettre à Northeastern University de changer de dimension. L’équipe a atteint pour la première fois le Frozen Four cette année, affichant 22 matchs consécutifs sans défaite avant la finale, une percée récente qui est le fruit de la réussite. Vendredi, Dave Flint a d’ailleurs été élu coach de l’année.

Mais finalement, malgré cette finale des États-Unis évaporée en désillusion, tout porte à croire qu’il ne s’agit que d’un commencement. Flint confiait à boston.com : « Nous avons établi une nouvelle norme pour le hockey à Northeastern. Et la façon dont cela s’est terminé n’enlève rien à ce qu’elles ont pu faire toute la saison. » Rendez-vous l’année prochaine pour une saison aux airs de revanche pour les Huskies et Chloé Aurard, qui continue de patiner dans le sillage de la quintessence américaine.

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