La NHL à mi-saison (1/2) : Duel au sommet en Floride

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À la mi-saison de la NHL, les positions commencent à se décanter et les premières équipes hors course sont déjà connues.

Alors que les équipes ont disputé entre 28 et 32 matchs d’une saison de 56 rencontres, le bilan de mi-saison s’impose dans la National Hockey League.

La reprise de la ligue en situation de pandémie courant janvier a donné lieu à de nombreux rebondissements, des essais et erreurs qui ont parfois déstabilisé un calendrier infernal. Pour autant, la ligue continue, bon an mal an. L’amélioration étonnante de la situation sanitaire aux États-Unis a même permis le retour du public dans une partie des patinoires, avec des affluences certes modestes mais dont la simple présence a mis du baume au cœur à des joueurs en pleine déprime.

L’organisation en divisions régionales, dont on ne sort pas avant les finales de conférence, occasionne des séries à rallonge. Les soucis à répétition dans la division Ouest ont par exemple donné lieu à sept matchs de suite entre St. Louis et Arizona, dans une espèce de jour sans fin. L’ennui a parfois gagné les observateurs, contraints de commenter les mêmes oppositions. Même la division canadienne, appelée avec ferveur par les plus passionnés, commence à endormir un peu des fans qui aimeraient bien voir leurs équipes confrontées aux meilleurs chez les voisins…

Retour sur ce début de saison dans chaque division. Première partie : la division Centrale et la division Est.

Division Centrale

On y trouve trois des équipes les plus fortes de la ligue. Si le champion Tampa Bay était attendu et que Carolina faisait figure d’outsider crédible, la présence des Panthers de Floride aux avant-postes intrigue.

Logo TampaBay2_petitTampa Bay, fort de sept victoires sur les dix derniers matchs dont quatre de rang, mène la danse avec 23 succès en 31 matchs, 115 buts marqués et seulement 73 encaissés. L’absence de Nikita Kucherov, qui reprend doucement le patinage, n’a aucune incidence : quatre joueurs tournent à un point par match (Steven Stamkos, Ondrej Palat, Brayden Point et Victor Hedman), avec 28 à 32 pts. Une dizaine d’autres ont dépassé les dix points, traduisant la profondeur de banc. Un gardien à plus de 93% d’arrêts (Andrei Vasilevskiy) ne fait pas de mal non plus…

Jonathan Huberdeau
Jonathan Huberdeau

Pour autant, le Lightning a été sérieusement secoué par ses rivaux. À commencer par les Panthers de Floride, à quatre longueurs, qui suivent le rythme avec sept victoires sur les dix derniers matchs. L’attaque rivalise d’efficacité avec le duo Alex Barkov – Jonathan Huberdeau en feu (37 et 35 pts) et pas moins de six joueurs qui ont passé la barre des dix buts, dont les recrues de l’intersaison, le vétéran Patric Hörnqvist et le jeune Carter Verhaeghe, transfuge de Tampa (24 pts). Aaron Ekblad a encore franchi les dix buts depuis la défense. Le partage des tâches dans les buts, avec Sergei Bobrovski et Chris Driedger (ce dernier à 92% d’arrêts), suffit aux joueurs de Joel Queneville pour rêver d’une rare qualification en playoffs.

Carolina compte également vingt victoires et des statistiques similaires aux deux autres. Dominants en possession, les Hurricanes comptent sept joueurs au delà des vingt points et quatre à plus de dix buts, avec Sebastian Aho et Vincent Trocheck en fers de lance, bien lancés par un Dougie Hamilton de feu en défense. Dans les cages, la blessure de Petr Mrazek a permis au jeune Alex Nedeljkovic de se faire une place : avec 2,16 buts encaissés et 92,6% d’arrêts en dix matchs, il a signé des débuts remarqués.

Loin derrière, à près de dix points, les autres équipes vont se battre pour la dernière place qualificative, mais sont toutes à trois ou quatre victoires seulement sur les dix derniers matchs.

Patrick Kane

À mi-saison, Chicago surprend son monde avec 33 pts, à égalité avec Columbus. Pas de quoi se reposer sur ses lauriers : les Hawks, derniers de la ligue en tirs subis, survivent grâce à leurs équipes spéciales et grâce au talent exceptionnel de Patrick Kane. L’Américain a dépassé les 400 buts et 1000 matchs en carrière et mène son équipe avec 42 pts. Il tire vers le haut Alex DeBrincat (16 buts). Pour le reste ? Des rookies. Les Hawks sont deuxième de la ligue en points par les joueurs de première année, avec par exemple Pius Suter, Philipp Kurashev, Brandon Hagel et les défenseurs Ian Mitchell et Nicolas Beaudin. Sans parler de Kevin Lankinen dans les buts, le Finlandais s’étant installé en numéro 1 crédible. L’avenir est rose pour une équipe qui peut espérer un renfort de son jeune pivot blessé Kirby Dach, de retour sur la glace.

Les Hawks peuvent-ils être l’équipe cendrillon de l’année ? Possible, car derrière, cela ne brille pas. Columbus est en panne offensive, avec les seuls Oliver Bjorkstrand (27 pts) et Cam Atkinson (21 pts) prolifiques. L’acquisition de Jack Roslovic (21 pts) dans l’échange Dubois-Laine a bien fonctionné, mais derrière c’est un peu triste, Patrik Laine peinant à se faire au système de John Tortorella (13 pts en 22 matchs). Les autres ont tout autant de mal. Alexandre Texier est par exemple en panne sèche. Le Tricolore, rejeté en quatrième ligne, est bloqué sur la barre des neuf points… et ce, avant d’être placé sur la liste Covid. Les gardiens, héroïques, l’an dernier, peinent à tenir les 90% d’arrêts, insuffisant dans cette division.

Dallas connaît un peu les mêmes problèmes, aggravés par un début de saison mouvementé. Le camp d’entrainement a été interrompu par l’épidémie de Covid-19 dans l’équipe, décalant plusieurs matchs et resserrant le calendrier. Puis, ce fut la tempête de neige sur le Texas, avec à nouveau des reports. Les Stars n’ont joué que 28 matchs, le plus petit total de la ligue, et doivent vivre un calendrier infernal pour finir la saison dans les temps. Manquant de rythme, les finalistes de la dernière édition sont à la ramasse, à l’exception du vétéran Joe Pavelski, qui sort du lot avec 14 buts et 28 pts. Jamie Benn n’a mis que 5 buts, Aleksandr Radulov a été limité à onze matchs à cause d’une blessure et le relais n’est pas vraiment pris. La blessure de Ben Bishop dans les cages n’arrange rien. Anton Khudobin ne confirme pas ses derniers playoffs et le jeune Jake Oettinger est en train de lui souffler la place de titulaire. Dallas n’a déjà presque plus droit à l’erreur.

Désormais juste devant Dallas à 29 pts, on trouve Nashville. Des Predators en grande difficulté également, l’attaque étant à peu près inexistante. Filip Forsberg (11 buts, 28 pts) surnage, sans aucune aide, les autres attaquants plafonnant à 9 buts et 15 pts (Calle Järnkrok). L’éclosion du jeune Finlandais Eeli Tolvanen (7 buts, 12 pts en 23 matchs) est l’une des rares éclaircies d’une franchise en difficulté, y compris dans les cages où Pekka Rinne et Juuse Saros tournent aux environs de 90% d’arrêts, le plus jeune remontant un peu la pente fin mars (91,3%). Les rumeurs de transferts sont légion, notamment autour du défenseur Mathias Ekholm, en fin de contrat.

Enfin, Detroit ferme la marche. Le manager général Steve Yzerman sait bien qu’il n’y a rien à espérer de cette saison, sauf développer les jeunes. La présence du défenseur quasi-rookie Filip Hronek en meilleur pointeur (1 but, 18 pts) en cette mi-saison illustre bien les difficultés de l’équipe, qui ne compte aucun buteur à plus de 9 (Robby Fabbri) et 8 (Anthony Mantha). S’il n’y avait les très belles prestations de Jonathan Bernier (91,8%), les Wings seraient encore plus loin…

Division Est

La seule division sans réelle surprise est la division Est, où les cinq équipes attendues se battent pour quatre places.

En première position ex-aequo, les Capitals de Washington sont en feu. Ils ont remporté huit des dix derniers matchs, avec notamment une série de sept victoires de suite. Les 106 buts sont en tête de la division. Nicklas Bäckström compte 34 pts, dont 22 assistances, et multiplie les caviars vers le défenseur John Carlson (27 pts), Alex Ovechkin bien sûr (14 buts) mais aussi Jakub Vrana et TJ Oshie, tous déjà à vingt points. Ovechkin vient de passer Phil Esposito avec 720 buts en carrière, pour être désormais 6e buteur de tous les temps. Prochaine cible : les 731 buts de Marcel Dionne.

Les Cap’s ont un sérieux rival cependant : les Islanders de New York, et leur défense de fer (67 buts encaissés en 30 matchs). Eux aussi ont enchainé neuf victoires en dix matchs, avant de perdre contre Washington -, et n’ont pas perdu à domicile dans le temps réglementaire avant une défaite contre les Flyers ce week-end. L’attaque n’est pas flamboyante, mais avec Semyon Varlamov (92,3%) et Ilya Sorokin (91,5%), le palet adverse ne rentre pas… Matt Barzal compte 25 pts, et l’équipe a vécu un coup dur terrible, avec la grave blessure au genou du capitaine Anders Lee. Meilleur buteur avec 12 réalisations (à égalité avec Brock Nelson), il manquera toute la fin de saison régulière et son retour en playoffs reste incertain… de quoi pousser Lou Lamoriello à recruter ?

Décroché en troisième position, Pittsburgh s’accroche et compte sept victoires en dix matchs. L’identité du meilleur pointeur ne surprendra personne : Sidney Crosby (12 buts et 32 pts) mène la danse devant Jake Guentzel (13 buts, 30 pts) et Yevgeny Malkin (24 pts), le Russe étant actuellement blessé. L’équipe tient donc son rang, en dépit de performances médiocres à l’extérieur et d’un poste de gardien moyen. Casey DeSmith (91,9%) semble tirer son épingle du jeu et mange du temps de jeu au titulaire initial, Tristan Jarry.

Quatrième provisoire, Boston semblait caler lors des dix derniers matchs, avant d’en remporter deux de suite malgré quelques cas de Covid. Leur défense de fer (66 buts encaissés en 28 matchs) n’est pas suivie par une attaque prolifique, puisque les 77 buts marqués apparaissent bien modestes. Ce n’est pas la faute de la « Perfection line » qui, elle, fait son boulot : Brad Marchand (12 buts, 34 pts), Patrice Bergeron (10 buts, 25 pts) et David Pastrnak (14 buts, 26 pts en seulement 21 matchs) produisent, mais il n’y a pas grand chose derrière. Symbole de ce banc anémique, David Krejci ne compte qu’un seul but en 23 matchs, inscrit tardivement…

Toujours dans la course, les Flyers de Philadelphie reculent, avec une déculottée 9-0 subie contre les Rangers de New York ce week-end. Jamais dans l’histoire un duo de gardiens n’aura connu un mois aussi atroce : Brian Elliott et Carter Hart compilent 82,1% d’arrêts en mars ! Ce sera compliqué de passer l’épaule dans le top-4 avec des portiers en dessous de 90% sur la saison, et la pire défense de la division (105 buts). Cela tire sur la corde d’une attaque homogène, menée par James van Riemsdyk (13 buts, 29 pts) et le jeune Joel Farabee (13 buts, 25 pts). Claude Giroux et Jakub Voracek suivent, mais la blessure de Sean Couturier, limité à 18 matchs (19 pts) n’aide pas. La défense devra vite se reprendre…

Car les Rangers, donc, reviennent dans la course, avec 30 pts en 30 matchs (contre 36 en 28 matchs à Boston, 4e). Un retard important mais l’amélioration timide du jeu peut laisser des raisons d’espérer. Les 79 buts encaissés traduisent une défense honnête, car Igor Shestyorkin tient le fort (92,1%). Le staff a vécu son lot de rebondissements : incident avec Anthony DeAngelo, écarté du groupe ; pause d’Artemi Panarin, englué dans une affaire de moeurs aux relents politiques avancés, qui lui ont fait manquer 10 matchs. Pavel Buchnevich mène la danse avec 28 pts, devant Panarin (25) et Ryan Strome (24). Chris Kreider signe 14 buts. Mika Zibanejad, en retrait en début de saison, semble se réchauffer en mars : trop tard ?

Les Devils du New Jersey suivent au classement, et leurs 26 pts semblent bien insuffisants pour jouer quelque chose. Après un très bon départ cette saison, la plus jeune équipe de la ligue (avec les Rangers) a été stoppée dans son élan par la pandémie de Covid-19, qui a frappé presque toute l’équipe. 19 joueurs ont figuré sur la liste de la NHL, dont certains expérimentant des symptômes importants, comme le jeune gardien Mackenzie Blackwood. Celui-ci, stratosphérique en début de saison, a eu bien du mal à retrouver son niveau après les 15 jours d’arrêt forcé de l’équipe et commence à peine à signer son retour. 54% des buts de l’équipe ont été marqués par des joueurs de moins de 23 ans, et les 50 pts par des rookies mènent la ligue. L’inattendu Pavel Zacha mène avec 18 pts, devant Jack Hughes (16) et le défenseur rookie Ty Smith, 15 pts dont 13 assistances. Au total, onze joueurs ont passé les 10 pts pour cet effectif homogène, avec Miles Wood meilleur buteur (9) et des rookies en progression (Janne Kuokkanen, Yegor Sharangovich). Le tout sans le capitaine Nico Hischier, limité à 5 matchs. Lindy Ruff n’hésite pas à tester ces jeunes dans toutes les situations : une équipe d’avenir.

Derniers, les Sabres de Buffalo ont perdu 12 matchs de suite. Leur dernier succès, face aux Devils le 23 février, est bien loin… L’équipe a été en pause quinze jours suite à des cas positifs au Covid-19, dont le coach, et n’a pas du tout réussi à reprendre le fil à la reprise. La défense est à la rue (101 buts), l’attaque anémique (61). Jack Eichel avait alimenté les rumeurs de transfert avant de se blesser. Eichel (2), Hall (2), Staal (3), Okposo (1), Skinner (2)… les plus gros salaires du club ne marquent pas, et l’équipe est menée par Sam Reinhart (11 buts, 19 pts) et Victor Olofsson, terreur en supériorité (8 buts, 19 pts). L’équipe ne va nulle part et le nouveau manager général Kevyn Adams a déjà licencié son coach Ralph Krueger. La saison sera longue…

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