Tensions diplomatiques au championnat du monde

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Ce dimanche aurait pu être une grande journée sportive pour le Bélarus avec la victoire historique sur la Suède. Mais elle a été totalement éclipsée par un autre évènement survenu au même moment : le détournement forcé par un chasseur de l’armée biélorusse d’un avion de ligne entre Athènes (Grèce) et Vilnius (Lituanie) afin d’y arrêter le militant d’opposition Roman Pratasevich. La communauté internationale – et particulièrement l’Union Européenne puisque ce vol reliait deux villes de son territoire – cherche des sanctions appropriées pour cet acte de piraterie aérienne. L’ancien président estonien Toomas Hendrik Ilves a émis son idée sur twitter : « L’IIHF peut et doit suspendre le Bélarus du championnat du monde organisé à Riga. Cela blesserait plus que toute autre chose le dictateur Alexandre Loukachenko, qui adore le hockey, et montrerait que le terrorisme d’État a des conséquences. »

Une exclusion d’une équipe en cours de tournoi blesserait surtout la régularité de la compétition et toutes les autres équipes. Mais les politiciens lettons ont eu une autre idée. Cet après-midi, le Ministre des affaires étrangères Edgars Rinkēvičs et le Maire de la ville Mārtiņš Staķis sont allés sur la place centrale de Riga, près de l’hôtel des joueurs, pour y remplacer le drapeau du Bélarus, institué par Loukachenko par référendum en 1995, par le premier drapeau de l’indépendance (1991-1995), devenu un symbole de l’opposition. En réponse, le Bélarus a annoncé que l’Ambassadeur de Lettonie avait 24 heures pour quitter Minsk (48 heures pour les autre diplomates), et le pays balte a informé son voisin qu’une mesure réciproque serait prise jusqu’à rétablissement d’une situation normale.

Face à ces évènements, le président de l’IIHF René Fasel peut être heureux qu’on l’ait un peu forcé à retirer le Mondial au Bélarus et qu’on ne soit plus dans une co-organisation qui n’aurait guère été pacifiée… Fasel a déjà condamné le changement de drapeau en déclarant à l’agence russe TASS : « Nous avons envoyé une lettre au Maire de Riga. C’est inacceptable pour nous. Dans l’aréna nous ne changerons pas les drapeaux. Et nous demanderons de retirer les drapeaux du championnat du monde et de l’IIHF de l’endroit où les drapeaux ont été changés à Riga. »

Les Tchèques, eux, n’ont pas la tête à ça : après deux défaites, ils ont un besoin urgent de points. Filip Pešán aligne de nouveau dans les cages Šimon Hrubec, remplacé au dernier match. La réorganisation annoncée a fait comme principale victime l’assistant-capitaine Tomáš Zohorna, envoyé en tribune. L’entraîneur biélorusse Mikhaïl Zakharov met au repos le héros d’hier Danny Taylor et fait débuter le troisième gardien, le junior Aleksei Kolosov, mais aligne pour le reste sa meilleure équipe, avec le retour de Shane Prince. Celui-ci signe d’ailleurs le premier tir dangereux, dévié du bras droit par Hrubec.

Plus la première période avance, et plus les Tchèques prennent pied en zone offensive, avec de multiples occasions. Jiří Smejkal va toujours se positionner dans le slot là où ça fait mal, comme le soulignait son coach dimanche. Un lancer de David Sklenička est seulement détourné par le masque du gardien. Un palet contré revient sur Jiří Sekáč seul face au but, mais lui-même surpris de cette excellente situation, il ne trouve pas la faille entre les bottes de Kolosov. En fin de tiers, dans un duel entre les numéros 88, Herman Nesterov accroche Libor Šulák et écope donc d’une pénalité en zone offensive. Nikita Komarov perd sa crosse pendant l’infériorité numérique, mais cela ne l’empêche pas de faire barrage de son corps sur un lancer de Dominik Kubalík. Un autre tir de Kubalík est paré du gant par Aleksei Kolosov, qui tient le 0-0 avec 19 arrêts en 20 minutes !

Le Bélarus retrouve de l’élan en deuxième période, notamment grâce à une pénalité de Šulák pour obstruction. Et c’est lui qui finit par ouvrir le score sur une transition rapide à 5 contre 5. Lukáš Klok se couche devant une passe de Sergei Kostitsyn mais la rondelle revient sur Egor Sharangovich qui la lève dans le haut du filet. Hrubec la touche du gant sans l’arrêter (0-1). Les Tchèques égalisent juste avant la mi-match sur seulement leur deuxième tir dans ce tiers médian. Il s’agit d’une action très simple : le capitaine Jan Kovář se place en second joueur dans l’enclave avec un angle de passe ouvert qu’utilise Filip Hronek pour lui servir une déviation imparable (1-1). La réussite est enfin débloquée. Kovář poursuit son travail en faisant écran en avantage numérique sur un lancer excentré de Filip Zadina (2-1).

Les Tchèques semblent avoir fait le plus dur. Ils doivent encore survivre encore à une pénalité de Libor Hájek au début du troisième tiers-temps, mais la déviation de Sergei Kostitsyn arrive dans les bottes de Hrubec. Mais à huit minutes et demie de la fin, la quatrième ligne biélorusse, celle qui a déjà fait chuter la Suède, frappe de nouveau. Stanislav Lopachuk décale sur la droite le défenseur Vladislav Yeryomenko qui place un tir du poignet précis dans la lucarne opposée pendant que Herman Nesterov fait écran devant le gardien (2-2). Les efforts tchèques sont maintenus dans le périmètre par une défense bien regroupée. Mieux, même, le Bélarus joue les trente dernières secondes dans la zone offensive où il gèle le jeu dans les bandes.

En prolongation à 3 contre 3, Filip Zadina perd deux fois le palet sur la même présence mais Šimon Hrubec sort le grand jeu sur un puissant slap axial de Nick Bailen. Sur l’engagement suivant, face à des Tchèques plus agressifs, un lancer forcé de Bailen est repoussé par Hrubec et Robin Hanzl lance aussitôt Dominik Kubalík vers une échappée solitaire. L’attaquant de Chicago porte tous les espoirs de supporters anxieux et ne manque pas ce face-à-face en glissant le palet du revers entre les jambières du gardien (3-2).

Petit soulagement pour les Tchèques que cette victoire aux forceps : 2 points après trois rencontres, c’est très peu, mais c’est toujours mieux que d’autres cadors. Le prochain match contre la Suède jeudi soir, qui en d’autres circonstances aurait consisté à s’adjuger la meilleure position avant le quart de finale, aura pour enjeu principal de s’y qualifier. C’est loin d’être fait pour les deux pays…

Désignés joueurs du match : Jan Kovář pour la République tchèque et Egor Sharangovich pour le Bélarus.

Commentaires d’après-match :

filip zadinaFilip Zadina (attaquant de la République tchèque) : « C’était difficile quand les Biélorusses nous attendaient simplement à leur ligne bleue. Nous avons essayé de percer leur bloc. À 2-1, nous avons essayé de jouer plus en retrait et d’attendre les erreurs de l’adversaire. Malheureusement, c’est une erreur de notre part qui est survenue et a coûté un but. Nous devons être heureux des deux points, c’est un début sur lequel construire. Kubalda et Kovy (Kubalík et Kovář) sont d’excellents joueurs offensivement et défensivement, c’est plus facile pour moi de jouer avec eux. Sur la nouvelle unité de supériorité numérique, Kubalda et Hroňas (Kubalík et Hronek) sont chargés de bombarder, et j’ai pour mission de prendre les rebonds. Si un tir est bloqué ou ne va pas à la cage, j’ai l’opportunité de tirer depuis mon côté gauche. Je suis content que ça ait fonctionné en powerplay, Hroňas m’a fait une bonne passe, Kovy était excellent devant le but, le gardien n’a rien vu et c’est pour ça que c’est rentré. »

Mikhaïl Zakharov (entraîneur du Bélarus) : « Nous avons fait des erreurs, mais dans l’ensemble nous avons exécuté le plan de jeu. Il faut éliminer les pénalités idiotes, tenir les mains et les crosses. Je féliciterais Komarov et Drozd, qui ont été excellent en infériorité et ont bloqué beaucoup de tirs. Les Biélorusses nord-américains ? Je crois qu’ils vont trouver la forme. Ils essaient, ils créent des occasions. Le match contre la Grande-Bretagne sera très difficile pour nous, notre powerplay ne fonctionne pas. Les gardiens biélorusses ont montré qu’ils pouvaient nous aider, ils devraient les laisser jouer en KHL. Kolosov est l’un des seuls à avoir fait un bon match, il faut travailler avec lui et l’entraîner. Ils ne le font pas vraiment [au Dynamo Minsk]. Ce qui est arrivé à Prince ? On a réduit l’air conditionné. Il ne faut pas l’allumer, je l’ai réduit le premier soir. C’était vraiment l’air conditionné, on a réglé le problème. »

République tchèque – Bélarus 3-2 après prolongation (0-0, 2-1, 0-1, 1-0)
Lundi 24 mai 2021 à 20h15 à l’Olimpiskais sporta centrs de Riga. Huis clos
Arbitres : Tobias Björk (SUE) et Mads Frandsen (DAN) assistés de Ludvig Lundgren et Emil Yletyinen (SUE).
Pénalités : Tchéquie 4′ (0′, 2′, 2′, 0′) ; Bélarus 4′ (2′, 2′, 0′, 0′).
Tirs : Tchéquie 38 (19, 11, 7, 1) ; Bélarus 23 (6, 9, 6, 2).

Évolution du score :
0-1 à 25’52 : Sharangovich assisté de S. Kostitsyn
1-1 à 29’44 : Kovář assisté de Hronek et Moravčík
2-1 à 33’03 : Zadina assisté de Hronek (sup. num.)
2-2 à 51’30 : Eryomenko assisté de Lopachuk et Shinkevich
3-2 à 61’23 : Kubalík assisté de Hanzl et Hrubec

Tchéquie

Attaquants :
Dominik Kubalík (+2) – Jan Kovář (C, +1) – Filip Zadina (+1)
Jakub Vrána – Michael Špaček – Matěj Stránský
Jiří Sekáč (-2) – Filip Chytil (-2) – Jakub Flek (-1)
Jiří Smejkal – Robin Hanzl (A, +1) – Adam Musil (-1)

Défenseurs :
David Musil – Filip Hronek (A, +1)
Libor Hájek (-1, 2′) – Lukáš Klok (-2)
Libor Šulák (+1, 2′) – David Sklenička
Michal Moravčík

Gardien :
Šimon Hrubec

Remplaçants : Roman Will (G), Matěj Blümel. En réserve : Andrej Šustr (D), Ondřej Vitásek (D, deux côtes cassées), Tomáš Zohorna, Radan Lenc, Lukáš Radil (A).

Bélarus

Attaquants :
Shane Prince (+1) – Egor Sharangovich (C, +1) – Sergei Kostitsyn (+1, 2′)
Nikita Komarov (-1) – Sergei Drozd (-1) – Aleksei Protas (-1)
Francis Paré – Vladislav Kodola (-1) – Geoff Platt (A, -1)
Stanislav Lopachuk (+1) – Herman Nesterov (+1, 2′) – Mikhail Stefanovich (+1)

Défenseurs :
Stepan Falkovsky – Kristian Khenkel (A)
Dmitri Znakharenko – Andrei Antonov
Dmitri Korobov – Nick Bailen (-1)
Ilya Shinkevich (+1) – Vladislav Eryomenko (+1)

Gardien :
Aleksei Kolosov

Remplaçant : Konstantin Shostak (G). En réserve : Danny Taylor (G), Evgeni Lisovets (D, commotion), Ilya Solovyov (D), Andrei Belevich, Artyom Demkov, Danila Klimovich (A).

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