Les Suisses humiliés par une Suède laissée pour morte

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La Suède doit gagner pour passer devant la Grande-Bretagne et ne pas être dernière de son groupe de championnat du monde après trois rencontres. Jamais je n’aurais cru écrire un jour une phrase pareille… Le lendemain matin de la défaite contre le Bélarus, le staff suédois déclarait officiellement tous les joueurs présents, histoire de couper court à l’hypothèse de renforts de NHL. Comme il y avait un joueur de moins que le quota autorisé, il reste toujours une place, et une éventuelle porte ouverte était laissée pour Nicklas Bäckström, mais le centre vétéran de Washington est blessé à la hanche.

Assez curieusement, ces joueurs inscrits dans l’effectif ne sont pas utilisés pour autant. Les défenseurs Jesper Sellgren et Albert Johansson restent en tribune, Filip Hållander est habillé pour simplement s’asseoir sur le banc. Il n’y a qu’un nouveau joueur aligné – Jesper Fröden – et c’est un changement forcé par la blessure de Klingberg (dont le tournoi est malheureusement terminé). Johan Garpenlöv semble donc se tenir aux mêmes hommes, mais il a un retouché ses lignes, notamment en réunissant les frères Kempe.

Malgré son bilan parfait, la Suisse fait presque autant de changements. Outre la rentrée de Noah Rod (qui était blessé à l’oblique), Andres Ambühl a été promu en première ligne à la place de Sven Andrighetto. L’infatigable vétéran patine vers la cage dès sa première présence et subit un coup de crosse de Viktor Lööv. Cette pénalité précoce est tuée : le gardien Adam Reideborn sur la passe du coin d’Enzo Corvi pour Philipp Kurashev dans le cercle opposé.

2021 05 25 suisse suede1La Suède n’est pas plus dangereuse après une crosse haute d’Alatalo, mais on sent qu’elle fait plus d’efforts, tant dans le patinage que pour aller prendre des coups devant la cage. La première occasion est une passe de derrière la cage d’Anton Lindberg pour Pär Lindholm qui reprend hors cadre. Il pouvait difficilement faire mieux, déséquilibré avec Hoffmann qui le pousse dans le dos. Mais sur l’engagement suivant, qui a lieu après la pause publicitaire, un tir lointain de Lawrence Pilut est dévié par Jesper Fröden qui le rabat entre les bottes de Leonardo Genoni (0-1, image de gauche). En changeant la trajectoire de ce palet, le débutant Fröden peut-il aussi changer celle de la Tre Kronor dans ce Mondial ?

Alors que la Suisse essaie de réagir, sur une timide contre-attaque suédoise à 1 contre 2, un tir anodin d’Adrian Kempe depuis la ligne bleue trouve la lucarne au-dessus de la mitaine de Leonardo Genoni (0-2). Le gardien champion suisse a-t-il mal vécu la comparaison avec Tretiak que son plus fidèle thuriféraire Klaus Zaugg avait osé il y a quelques jours (en faisant un parallèle entre la Nati entre l’URSS des années 1970) dans la chronique peut-être la plus délirante jamais écrite par le fameux journaliste suisse ? Cette erreur met son équipe pour la première fois dans une situation difficile. La réussite n’est plus de son côté, et un lancer d’Enzo Corvi atterrit sur la barre transversale.

2021 05 25 suisse suede2La deuxième période ne change pas la tendance. Le capitaine helvète Raphael Diaz accroche Marcus Sörensen et cette faute est punie par Victor Olofsson : décalé dans le cercle droit par Nils Lundkvist, l’attaquant de Buffalo déploie enfin son arme favorite, le one-timer, parfaitement placé dans le haut du filet (0-3, image en haut d’article). Le compteur de tirs est toujours équilibré, mais un lancer assez excentré de Jesper Fröden bat encore, côté plaque, le gardien de Zoug qui couvre mal son poteau (0-4, image de droite). « Vladislav » Genoni, comme maudit par les outrances d’un chroniqueur qu’on a connu plus inspiré (mais si), doit céder sa place à Melvin Nyffeler.

La situation peut-elle encore empirer pour la Suisse ? Oui. Timo Meier entre étrangement sur la glace pendant un avantage numérique sans que personne ne sorte : surnombre. La troisième période débute alors à 4 contre 4 mais Noah Rod qui lève la crosse dans un duel avec Lundkvist. La Suède se retrouve 38 secondes à 5 contre 3, et quand cette situation s’achève, Rickard Rakell laisse une passe-abandon pour Magnus Nygren qui place un fulgurant tir du poignet sous le bras droit de Nyffeler (0-5).

La Suisse n’a pas perdu tout mordant. Servi dans son élan par Corvi en zone neutre, Grégory Hoffmann défonce la première ligne défensive suédoise comme s’il s’agissait de portes de saloon et se présente seul face au but, mais Adam Reidenborn dévie son tir avec le bouclier. Cela ne rentre que d’un côté ce soir, et un slap de Nils Lundkvist ricoche sur la botte gauche de Nyffeler avant de retomber derrière lui (0-6). Ce n’est pas la soirée des gardiens suisses… sauf de Reto Berra qui doit être content de ne pas avoir joué ce soir !

adam reideborn
Adam Reideborn

Le pire est encore à venir. La ligne de Bertschy (aussi décevant ce soir qu’excellent les jours précédents) subit une présence de plus d’une minute, coincée dans sa zone par les efforts de la ligne de Wingerli (aussi bon ce soir qu’invisible les jours précédents). Jesper Fröden fructifie encore son premier match de championnat du monde en récoltant son troisième point par une passe décisive pour Henrik Tömmernes qui place un tir croisé par-dessus Nyffeler descendu un peu vite en papillon (0-7). Quelle réhabilitation aussi pour le capitaine suédois Tömmernes : le défenseur de Genève-Servette avait fermé la ligne bleue juste avant dans une phase-clé de cette action. Même sans Klingberg blessé, les deux autres joueurs suédois du championnat suisse – les défenseurs Nygren et Tömmernes – ont donc marqué un but !

La soirée se déroulerait comme dans un rêve pour la Tre Kronor si le défenseur prodige Nils Lundkvist ne quittait pas la patinoire en boîtant, la jambe attrapée dans un croc-en-jambe involontaire de Bertschy. Tout aussi essentiel dans le camp suisse, Nico Hischier quitte aussi la glace en grimaçant après avoir fini les patins dans la balustrade après une mise en échec.

La Suisse, dont on parlait de plus en plus comme une candidate à l’or, a donc encaissé sa plus lourde défaite face à la Suède depuis 34 ans. Les changements de ligne de Patrick Fischer n’ont pas fonctionné, il a d’ailleurs de nouveau interverti Ambühl et Andrighetto en cours de match. Faut-il jeter la Nati après l’avoir portée au pinacle ? Pas encore. Pas plus qu’il ne fallait enterrer trop vite la Suède… Ce championnat du monde réserve décidément beaucoup de surprises, et il ne faut pas tirer de conclusions trop vite. C’est quoi le prochain rebondissement ? Le Canada champion ?

Désignés joueurs du match : Tristan Scherwey pour la Suisse et Jesper Fröden pour la Suède.

Commentaires d’après-match

adrian kempe
Adrian Kempe

Adrian Kempe (attaquant de la Suède) : « Nous nous sommes parlé après les deux premières rencontres. Nous avions fait de bonnes choses mais nous ne jouions pas la limite, nous ne jouions pas vraiment assez fort pour les autres. L’énergie a été très bonne aujourd’hui. Nous nous sommes présentés comme une autre équipe, jouant dur les uns pour les autres, solide dans les trois zones. Évidemment, marquer autant de buts était un grand sentiment pour l’équipe. Il y a des nouveaux, ils étaient nerveux au début du tournoi, je me souviens de mon premier championnat du monde. C’est toujours agréable de jouer pour la Suède, mais c’est extra de le faire avec son frère. C’était agréable d’être enfin sur la même ligne que mon frère, c’est la première fois de ma vie que je joue sur la même ligne que lui. »

Andres Ambühl (attaquant de la Suisse) : « Nous n’avons pas joué notre jeu, nous n’avons pas fait ce que nous avons fait dans les deux matches précédents. nous avons été punis, nous méritons de perdre comme ça. Nous devons revenir à ce qui nous a fait forts : bouger rapidement le palet, ne pas perdre de palets en zone neutre, beaucoup de forechecking, serrer de près notre adversaire. »

 

Suisse – Suède 0-7 (0-2, 0-2, 0-3)
Mardi 25 mai 2021 à 20h15 à l’Olimpiskais sporta centrs de Riga. Huis clos.
Arbitres : Roman Gofman (RUS) et Maksim Sidorenko (BLR) assistés de Dmitri Golyak (BLR) et Nikita Shalagin (RUS)
Pénalités : Suisse 14′ (4′, 6′, 4′) ; Suède 10′ (4′, 2′, 4′).
Tirs : Suisse 28 (8, 7, 13) ; Suède 27 (6, 10, 11).

Évolution du score :
0-1 à 08’35 : Fröden assisté de Pilut et Nygren
0-2 à 10’00 : A. Kempe assisté de Tömmernes et Lundkvist
0-3 à 22’33 : Olofsson assisté de Lundkvist (sup. num.)
0-4 à 30’24 : Fröden assisté de Wingerli et Dahlbeck
0-5 à 41’18 : Nygren assisté de Rakell et A. Kempe (sup. num.)
0-6 à 47’14 : Lundkvist assisté de A. Kempe et Tömmernes
0-7 à 50’46 : Tömmernes assisté de Fröden et Lundkvist

Suisse (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Andres Ambühl (-1) – Nico Hischier (A, -1) – Timo Meier (-1, 2′)
Grégory Hoffmann (-1) – Enzo Corvi (-1) – Dario Simion (-1)
Noah Rod (-1, 2′) – Philipp Kurashev (-1) – Sven Andrighetto
Tristan Scherwey (-3) – Christoph Bertschy (-2, 4′) – Vincent Praplan (-2)

Défenseurs :
Janis Moser (-1) – Ramon Untersander (A, -1)
Tobias Geisser (-2) – Raphael Diaz (C, -1, 2′)
Santeri Alatalo (-1, 2′) – Fabian Heldner (-3)
Mirco Müller – Romain Loeffel (-1)

Gardien :
Leonardo Genoni puis à 30’24 » Melvin Nyffeler

En réserve : Reto Berra (G), Jonas Siegenthaler (D), Fabrice Herzog, Joël Vermin (A).

Suède

Attaquants :
Oscar Lindberg (+1) – Pär Lindholm (+1, 2′) – Rickard Rakell (A)
Mario Kempe – Adrian Kempe (+2, 2′) – Dennis Rasmussen (+2)
Victor Olofsson – Isac Lundeström – Marcus Sörensen
Jesper Fröden (+3) – Andreas Wingerli (+2) – Max Friberg (+3)

Défenseurs :
Henrik Tömmernes (C, +3, 2′) – Nils Lundkvist (+3)
Lawrence Pilut (+1) – Jonathan Pudas
Klas Dahlbeck (A, +1, 2′) – Viktor Lööv (2′)
Magnus Nygren (+2)

Gardien :
Adam Reideborn

Remplaçants : Viktor Fasth (G), Filip Hållander. En réserve : Samuel Ersson (G), Albert Johansson, Jesper Sellgren (D), Pontus Holmberg (A), Carl Klingberg (A, genou).

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