Bilan KHL (II) : comment tirer les ficelles

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– Comment acheter un club qui vaut 4 millions d’euros avec 3000 euros en poche ? Voici les bons conseils d’investissement…

– Comment concilier naturalisés et joueurs du  cru même quand les joueurs se tapent entre eux à l’entraînement ?

– Comment critiquer les arbitres sans prendre d’amende grâce à un compte Instagram privé ?

Notre deuxième partie du bilan de la KHL vous entraîne dans les coulisses de la ligue russe et dans ses histoires les plus étonnantes.

 

Traktor Chelyabinsk (9e) : un contrat long n’interdit pas la performance

TraktorL’opinion la plus répandue parmi les suiveurs de la KHL est que les hockeyeurs étrangers ne sont forcément là que pour l’argent et ne font aucun effort si on leur donne de longs contrats. On s’était donc gaussé du Traktor Chelyabinsk lorsqu’il avait fait signer pour 3 ans Tomáš Hyka et Lukáš Sedlák. Les deux Tchèques ont fait taire les moqueurs et démenti les clichés en menant leur équipe, Hyka par sa créativité et Sedlák par son gros travail physique dans les bandes. Ils ont beaucoup aidé Vitali Kravtsov (le numéro 9 de la draft NHL 2018) à retrouver pleinement confiance en son jeu et à mûrir pour gagner cette fois sa place chez les New York Rangers à la fin de la saison de KHL.

traktor sergei kalininMême la concurrence entre étrangers, censée assurer l’émulation, a vite été abandonnée. Jacob Berglund avait besoin de jouer plusieurs matches de suite pour trouver la forme et le garder en réserve ne faisait donc pas sens. Il a été échangé au Severstal. L’inconvénient est que les renforts étrangers devenus indispensables n’avaient pas le droit de se blesser. Pontus Åberg, touché dans une charge genou contre genou de Dawes, est revenu au jeu en seulement deux semaines en février alors que les médecins suédois lui ont dit à son retour qu’une rééducation de cinq semaines était nécessaire. Åberg était le seul étranger en fin de contrat, et les discussions pour une prolongation n’ont pas abouti…

Le directeur sportif du Traktor, Roman Belyaev, a la réputation d’être dur en négociation auprès des agents (et peut-être pour lui-même puisqu’il ne sera pas conservé). Cela a aidé le club à faire de très bonnes affaires l’été dernier au moment de l’instauration du plafond salarial. Sergei Kalinin a certes vu son salaire amputé de plus de moitié par rapport au CSKA, mais il est devenu capitaine, il a eu du temps de jeu en avantage numérique, et il a donc marqué plus de points que dans ses deux saisons moscovites cumulées. Roman Manukhov, souvent superflu à Omsk puis à Kazan, est devenu un défenseur majeur. Face à des concurrents bien mieux dotés, les Ouraliens ont même réussi l’exploit d’occuper la première place de la Conférence Est en novembre.

L’entraîneur Anwar Gatiyatulin – dont le contrat de 3 ans fut aussi dénoncé comme une folie – a donc réussi sa première saison pour son retour. Le public de Chelyabinsk s’est de nouveau arraché les billets – limités par les restrictions – même si les gens étrangers à la ville bâillaient devant un système de jeu jugé ennuyeux. Le club a certes perdu l’avantage de la glace en play-offs en finissant cinquième de sa conférence, mais il a réussi à gagner le premier match à l’extérieur à Ufa. Le tournant de la série fut le match 3, le premier à domicile. Le Traktor avait plus souvent la possession et attaquait, mais son premier bloc encaissait quatre buts. Celui-ci ne comprenait pas que les vedettes, mais aussi le défenseur de 20 ans formé au club Sergei Telegin, coupable sur le troisième but et cloué sur le banc ensuite. Cela arrive avec les jeunes et ne fait pas oublier son bon début de saison. Également sorti après ce but (au profit de l’international tchèque Roman Will), le gardien Ivan Fedotov a pourtant retrouvé sa place au match 5 et coûté l’élimination en bougeant sa cage à 19 secondes de la fin, ce qui provoqua un tir de pénalité fatal.

 

Jokerit Helsinki (10e)  : comment acheter un club sans argent

jokerit logo bigCe fut une saison difficile pour les Jokerit. Si deux déplacements à Minsk leur ont été épargnés (puisque le club les a boycottés pour raisons politiques), ils ont dû être mis deux fois en quarantaine, car les règles sanitaires contre le Covid sont appliquées de manière bien plus stricte en Finlande qu’en Russie. Ces matches en retard ont dû être rattrapés dans un calendrier infernal pour une équipe certes homogène, mais sans réserve dans laquelle puiser.

En raison des restrictions de déplacement en Finlande, la KHL a décidé que les Jokerit devraient jouer tous les play-offs chez leurs adversaires. Un handicap supplémentaire pour une formation qui a montré ses limites offensivement. Le petit ailier créatif américain Brian O’Neill, meilleur +/- de KHL en saison régulière (+30), a été négatif en play-offs (-2) et n’a mis qu’une petite assist. Ses coéquipiers ont attendu deux matches et demi avant de marquer enfin un but et de remonter le score pour forcer une prolongation, mais le Lokomotiv Yaroslavl l’a remportée grâce à un buteur… finlandais, Teemu Pulkkinen. C’est cette efficacité offensive qui manquait aux Jokerit, dont un seul attaquant a trouvé le chemin des filets en play-offs, évidemment le sniper danois Nicklas Jensen.

Les péripéties de cette saison ont poussé les journalistes russes à interroger une fois de plus le président de la KHL sur l’intérêt d’avoir les Jokerit. Aleksei Morozov a répondu sans hésitation aux Izvestia : « C’est une équipe intéressante avec des hockeyeurs de bon niveau. Il est intéressant de jouer contre eux. Quand il y a des spectateurs, Jokerit est l’une des équipes qui a le plus de succès commercial dans la ligue. » L’affirmation est sans doute vraie, mais ne dit rien de bon des autres équipes de KHL, elles aussi sous perfusion. Les Jokerit perdent en effet des millions chaque année, pandémie ou pas.

Les médias finlandais ne cessent de s’étonner de cet étrange modèle économique. Jari Kurri est certes le propriétaire majoritaire, mais c’est une façade. Le hockeyeur de légende a beau avoir gagné quelques millions de dollars dans sa carrière de NHL, sa fortune ne le rend pas capable de financer les Jokerit comme un oligarque. Le journal Italehti a disséqué le montage : Kurri n’a versé que 3000 euros en 2019 au capital de Jack Promotions Oy. Un an plus tard, cette société a ensuite opéré une extension de capital en vendant 40% de ses actions à Norilsk Nickel Harvalta Oy (filiale finlandaise d’une holding chypriote qui appartient au géant minier russe Norilsk Nickel) pour… 4 millions d’euros, soit la somme exacte qui a permis de racheter les Jokerit au précédent propriétaire Harry Harkimo. Kurri a donc acquis 60% des Jokerit sans verser lui-même un sou (ou presque), mais la structure serait vite en faillite sans l’argent russe. Dans ses comptes 2020, Norilsk Nickel Harvalta a en effet effectué un prêt en capital de 13,1 millions d’euros à Jack Promotions pour couvrir le déficit opérationnel du club. Cela représente 25% des bénéfices de la société finlandaise… mais pas grand-chose pour la société-mère, récemment condamnée à une amende record 1,6 milliard d’euros par la justice russe pour avoir pollué une rivière arctique par une fuite de 21 000 mètres cubes de fioul après l’affaissement du permafrost sous la cuve.

 

Barys Astana (11e) : coups de poings puis coup de projecteur

Barys AstanaAvant que le Kazakhstan ne constitue la grande surprise du championnat du monde (même s’il a fini sur un échec en manquant la qualification historique en quart de finale qui lui tendait les bras), le Barys Astana avait déjà démontré ses compétences au cours de la saison, avec les mêmes hommes-clés. Dans une KHL où le plafond salarial n’a pas du tout resserré le niveau, c’est même le seul club à avoir amené un peu de suspense au premier tour des play-offs, en obligeant Magnitogorsk à jouer six manches.

Cette saison ne fut pourtant pas du tout un long fleuve tranquille. Elle avait débuté une contamination en masse à la Covid-19 et le report de six rencontres. La politique du club suscite aussi la controverse au Kazakhstan. Après un dialogue avec la journaliste Dinara Baikadamova sur la domination des étrangers et le manque de confiance dans les jeunes joueurs locaux, l’entraîneur Yuri Mikhailis avait exprimé son mécontentement avec un langage fleuri à la fin d’une conférence de presse début novembre. Le micro était resté branché…

barys jesse blackerMoins de trois semaines après ce dérapage verbal, un incident plus sérieux – là encore filmé – éclatait à l’entraînement avec plusieurs coups de poings échangés entre les arrières Jesse Blacker et Nikita Kleshchenko. Le défenseur canadien naturalisé y récolta une fracture de la mâchoire. Le staff prit le parti du joueur le plus précieux : Blacker est le défenseur le plus fiable dans sa zone, l’autre joueur-clé avec le capitaine Darren Dietz (défenseur offensif et encore meilleur marqueur de l’équipe). Kleshchenko, qui n’utilise pas tant que ça son grand gabarit dans le jeu, a été renvoyé en équipe-réserve (le Nomad) et a perdu sa place en équipe nationale. Il ne faut toutefois pas caricaturer ce duel en un conflit entre les mercenaires et les locaux : Kleshchenko n’est lui-même pas un enfant du pays mais un jeune Russe naturalisé…

Le plus dur est peut-être à venir pour le Barys. Les projecteurs ont été braqués sur les joueurs du Kazakhstan au championnat du monde, mais les démarchages avaient déjà débuté avant le tournoi. Puisque les joueurs du Kazakhstan ne sont plus considérés comme étrangers dans toute la KHL, ils constituent une aubaine pour les clubs russes. Ceux-ci ont des arguments convaincants car les reports incessants dans le paiement dans les salaires ont fini par agacer les hockeyeurs du Barys. La politique de naturalisation du Kazakhstan profitera donc à l’avenir aux adversaires du Barys, trop contents de récupérer des étrangers « hors quota » grâce à leur passeport de complaisance. Même les joueurs locaux partent, notamment la révélation de la saison Kirill Panyukhov (meilleur marqueur de l’équipe en play-off avec 4 buts et 3 assists) vers Kazan. Ainsi dépouillé, le Barys peinera à rester le « club de base » qui prépare toute la saison l’équipe nationale.

 

Avtomobilist Ekaterinburg (12e) : promis, Président, c’est juste la faute aux arbitres !

Au quart de la saison, les deux meilleurs compteurs de la KHL étaient à la surprise générale deux attaquants d’Ekaterinbourg. Premier, l’ailier Aleksei Makeev, un Ouralien rentré dans sa région natale après sept ans au Vityaz, un joueur technique et agile avec une bonne intelligence de jeu. Deuxième, le vétéran Pavel Datsyuk, qui revivait à 42 ans en se voyant accorder par Bill Peters plus de 18 minutes par match, soit 2 de plus que l’an passé. En plus de son talent bien connu de passeur, la qualité de tir (notamment du revers) de Datsyuk lui a donné à 18% d’efficacité cette saison. Mais ce duo est ensuite un peu rentré dans le rang. L’Avtomobilist, meilleur powerplay de ce premier quart de saison (31%), a largement décliné par la suite pour finir à 20%.

Il serait tentant de faire coïncider cette chute avec la blessure à la jambe de Datsyuk. Son absence a surtout mis en lumière la faiblesse des autres lignes mais c’est au moment de son retour que la situation a empiré. L’Avtomobilist a alors enchaîné neuf défaites, dont huit en présence du magicien. Pour enrayer cette récession, il a d’abord recruté le défenseur allemand Korbinian Holzer (qui ne laissait pas présager son excellent Mondial) puis l’attaquant technique Sergei Shumakov, acheté à l’Avangard dans ce qui fut sans doute l’investissement le moins rentable de la saison : 6 matches, 0 point, une fiche de -3 et une blessure nécessitant une opération. Ekaterinbourg a fini avec seulement la 16e attaque de la ligue.

avto chay genowaySeptième de la conférence Est, avec un état de forme de 9 défaites sur ses 13 dernières rencontres, l’Avtomobilist n’abordait pas les play-offs en grande confiance. Il était pourtant tout proche d’égaliser à deux victoires partout contre l’Avangard (futur champion), en menant 3-1 au match 4… avant de se faire rejoindre par deux buts en avantage numérique, parce que Dmitri Zhukenov et Chay Genoway ont laissé traîner leurs crosses dans les jambes adverses dans les dernières minutes. Plutôt que de se regarder dans le miroir, les dirigeants du club ont alors désigné le responsable de cet échec : les arbitres. Le compte-rendu publié sur le site internet du club adopta un ton plaintif et persécuté qui se drapait de grands mots : « Les amendes n’ont d’importance que lorsque la peur prévaut dans les âmes des gens sur le sens de la justice et de l’estime de soi. » L’amende attendue, la KHL la fixa à 300 000 roubles.

Le staff réussit à faire remonter ces récriminations jusqu’au président du club, le milliardaire Andrey Kozitsyn, qui dirige la compagnie minière de l’Oural. Il suit d’assez loin le hockey, dans lequel les sommes investies lui valent pour l’instant bien moins de succès que dans le basket féminin (où il a bâti la meilleure équipe d’Europe). Il a donc paraphé une lettre de protestation à la KHL pour demander à examiner la question de l’arbitrage. Cela évite la remise en cause interne dans le même temps. L’ancien entraîneur de NHL Bill Peters – qui y avait perdu sa place pour des accusations de racisme – avait deux ans de contrat et aura donc une seconde chance. Il a même obtenu de recruter encore plus de Nord-Américains en profitant des passeports du Bélarus ou du Kazakhstan comme Jesse Blacker, même si ce sont les joueurs de style russe très technique qui ont été les plus performants cette saison. Stéphane Da Costa sera aussi rappelé : la saison du Français à Ekaterinbourg (2018/19) reste la seule où le club ait réussi à passer un tour de play-offs !

 

Severstal Cherepovets (13e) : vainqueur sur les réseaux sociaux et sur la glace

SeverstalIl se disait en début de saison qu’Andrei Razin ne passerait pas l’automne si le Severstal Cherepovets n’était pas dans les huit premiers de sa conférence. Mais le club a confortablement assuré sa place en play-offs – sixième à l’Ouest – et Razin a été candidat au titre d’entraîneur de la saison (finalement décerné à Bob Hartley). Il a adapté sa communication à l’époque. Tout en restant disponible auprès des médias traditionnels, au point d’apparaître sur Match TV pour une interview entre deux matches de play-offs, Razin a ouvert depuis l’été dernier un compte Instagram privé, qui a dépassé les 5000 abonnés. Il réussit à y critiquer les arbitres sans prendre d’amende. Il ne manie donc plus les poings, il utilise les champs de bataille modernes que sont les réseaux sociaux… et il sort souvent vainqueur. Le conflit sur le recrutement du joueur Zack Mitchell, dont le Severstal pensait avoir acquis les droits sans finaliser le contrat, a été tranché par la KHL en faveur du hockeyeur et du Dynamo Minsk, à la fureur de Razin qui n’a sans doute pas les compétences contractuelles d’un manager (il occupe la fonction par défaut). Mais c’est le club biélorusse qui a vu son compte suspendu par Instagram pour avoir publié plusieurs messages caustiques anti-Razin !

severstal aleksandr petunin
Aleksandr Petunin

Les vrais succès d’Andrei Razin ont bien évidemment été obtenus sur la glace, et non dans ces luttes puériles par clavier interposé. Réputé pour ses méthodes psychologiques dures, il a clairement obtenu l’adhésion de ses joueurs cette saison. Il a été aidé par la figure tutélaire du club Yuri Trubachev, qui a raccroché les patins après trois rencontres pour endosser un costume-cravate et devenir assistant-coach pour faire un lien précieux avec le vestiaire. Le Severstal a clairement le plus petit budget des qualifiés en playoffs, mais le fait d’avoir des étrangers très moyens n’a pas été un handicap. Cela assurait que tout le monde sans distinction travaille dans le même sens avec beaucoup de dévouement et d’effort de patinage.

Non seulement les résultats sont bons mais la formation des jeunes continue d’être un pilier à Cherepovets : l’inattendu Nikita Guslistov est devenu à 18 ans le plus jeune Russe à signer un hat-trick en KHL, avant de devenir le plus jeune capitaine de l’histoire de la ligue à la faveur d’un match à Saint-Pétersbourg où Razin avait aligné une équipe bis pour faire souffler ses joueurs. Méthode critiquée, mais pari gagnant puisque le Severstal ainsi reposé avait gagné les trois rencontres suivantes pour assurer sa qualification.

Même en play-offs, le Severstal a longtemps fait trembler le plus prestigieux Dynamo Moscou. Il était tout proche de mener 2 victoires à 1, quand Dmitri Kagarlitsky – un joueur formé à Cherepovets – a crucifié son club d’origine en égalisant à trois secondes de la fin. La persévérance n’aura pas suffi face à une équipe au budget trois fois supérieur. C’est justement au Dynamo que retournera Aleksandr Petunin, meilleur marqueur du Severstal avec 39 points (autant que lors de ses trois premières saisons de KHL cumulées). C’est la troisième fois qu’il fait l’aller-retour entre Moscou et Cherepovets dans ce qui apparaît comme un prêt déguisé (les prêts étant interdits par les règlements de la KHL).

 

Torpedo Nijni Novgorod (14e) : une grande liberté offensive

La présence en play-offs du Torpedo Nijni Novgorod n’avait rien d’une évidence l’été dernier. Le club avait réduit son budget et avait même réduit le salaire de son entraîneur canadien russophone David Nemirovsky. On dit qu’il a fallu l’intervention du gouverneur de la région pour le convaincre de rester et pour trouver un accord in extremis avec le meilleur marqueur Damir Zhafyarov.

Fort heureusement. Zhafyarov est devenu le troisième marqueur de toute la KHL avec 61 points, et a prêté un peu plus attention à la défense en améliorant sa fiche de -16 à +6. Il a bénéficié d’une très grande liberté offensive avec plus de 20 minutes de temps de jeu par match, et a profité du retour du centre américain Andy Miele, avec lequel il avait joué deux ans plus tôt.

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Andy Miele

Zhafyarov et Miele se sont vus adjoindre Ivan Chekhovich, qui avait été élu sur l’équipe-type du Mondial U18 en 2017 mais n’avait pas été sélectionné chez les moins de 20 ans russes : l’ailier buteur oublié en AHL a été si performant lors de son prêt par San José (17 buts) qu’il a même eu droit à ses débuts en NHL à son retour en fin de saison.

Le jeu offensif et imprévisible de Nijni Novgorod a aussi bénéficié à Chris Wideman, pour sa première saison hors de NHL/AHL. Meilleur marqueur des défenseurs de KHL avec 41 points, l’Américain de 31 ans a été le seul joueur de la ligue russe appelé par les États-Unis aux championnats du monde et y a remporté la médaille de bronze, même s’il n’a pas mis de point contrairement à son premier Mondial il y a cinq ans. Chekhovich a aussi obtenu ses premières sélections en équipe de Russie en février, aux côtés d’un Zhafyarov nommé capitaine pour l’occasion. Mais ces joueurs restent un peu trop unidimensionnels et trop peu physiques pour prétendre à une place en équipe nationale dans une grande compétition.

Même sur le plan offensif, le Torpedo a montré ses limites après la trêve internationale puisqu’il a perdu tous ses matches : 5 en saison régulière, qui l’ont fait glisser à la huitième place à l’Est, puis 4 contre le vainqueur de la conférence Kazan. Mais juste avant ces play-offs, Nemirovsky avait obtenu une prolongation d’un an de son contrat, ayant rempli sa mission. Il n’y aura pas de psychodrame estival cette fois. C’est plutôt le club qui risque de ronger son frein, car Zhafyarov veut examiner les possibilités en Amérique du nord avant de resigner.

 

Dinamo Minsk (15e) : toutes les manettes dans les mêmes mains

Directeur du Dinamo Minsk, devenu également cette saison président de la fédération, Dmitri Baskov était impliqué en toute chose cette saison (même dans le meurtre d’un opposant auquel il est soupçonne d’avoir participé). La première fois que l’entraîneur Craig Woodcroft est tombé malade de la Covid-19, il a même fait office de coach lors d’un match à Riga (perdu aux tirs au but), avant que l’on nomme un vrai entraîneur par intérim – Konstantin Koltsov – dans ces cas-là. Avant l’échec du Bélarus aux championnats du monde, il a donc eu la satisfaction de voir le Dinamo atteindre les play-offs après la dernière place de l’ouest la saison passée. Une qualification vitale pour l’existence du club.

Baskov a en effet rappelé les enjeux à l’issue du championnat : « Il y a deux ans, nous avons fait un pas risqué en pariant sur les jeunes. Nous comprenions que c’était inévitable et nécessaire pour le hockey biélorusse. Malheureusement, nous avons connu une saison difficile et un barrage de critiques. Certaines personnes avec l’accès au sommet de l’État ont été rapides à étiqueter le Dinamo comme un échec. […] Beaucoup étaient déterminés à clore le projet. Nous avons passé un accord que l’on peut dévoiler. Tout était en jeu : si l’équipe associée à la confiance aux jeunes ne fonctionnait pas, le Dinamo ne jouerait plus en KHL. »

Ce discours officiel est un peu trop beau pour être vrai. Les jeunes qui ont brillé sont ceux qui ont été prêtés par des franchises de NHL en attendant que la saison ne commence outre-Atlantique : Egor Sharangovich, Aleksei Protas, Maksim Sushko et Vladislav Kolyachonok. Ce sont tous de grands espoirs du hockey biélorusse, mais ils semblent tous inscrire leur avenir en Amérique et le Dinamo n’a servi que de point de chute provisoire en raison de la pandémie. Si on enlève ces joueurs de passage, les seuls jeunes Biélorusses qui ont eu du temps de jeu sont Stepan Falkovsky (20 ans) et Ilya Solovyov (24 ans). Mais les autres postes-clés ont tous été tenus par des étrangers.

Le poste qui a fait le plus débat est celui des gardiens, car le Tchèque Dominik Furch a joué 80% du temps (et 100% en play-offs) avec des performances souvent décevantes. Les portiers de l’équipe nationale – dont le naturalisé Danny Taylor – ont eu très peu voix au chapitre, ce qui a été l’excuse majeure utilisée aux Mondiaux par le sélectionneur Zakharov. Avec la nomination de Woodcroft comme entraîneur national, le staff du Dinamo Minsk aura toutes les manettes du hockey biélorusse… mais il reste difficile de concilier les objectifs de conduire à la fois le club et l’équipe nationale au succès.

 

Spartak Moscou (16e) : la dernière colère de Znarok

Le Spartak a aussi mal commencé la saison que la précédente (2 victoires en 8 rencontres) mais il avait cette fois une bonne excuse puisque le coronavirus l’avait privé de ses deux meilleurs centres Jori Lehterä et Robin Hanzl. Mais il ne faut pas oublier que les Moscovites avaient de toute manière 6 étrangers pour 5 places. Ils n’auraient pas pu les aligner en permanence en dehors des absences de Lehterä (également blessé début janvier), meilleur marqueur de l’équipe même s’il a manqué un tiers des rencontres. Les blessures plus longues des défenseurs russes, notamment de l’arrière le plus stable Dmitri Vishnevsky, ont peut-être été plus handicapantes.

Le directeur général Andrei Zhamnov est même descendu lui-même sur le banc en janvier, ce qui n’était pas un grand signe de confiance envers le coach Oleg Znarok. Mi-décembre déjà, la rupture du contrat de Roman Lyubimov (avec un triste bilan de 5 pts et -17), un ex-international du temps où Znarok était sélectionneur, était déjà un coup de griffe indirect envers l’entraîneur. Après tout, c’est lui qui avait choisi de s’entourer de vétérans. Tous n’ont pas échoué d’ailleurs : l’attaquant Sergei Shirokov, qui avait intégré l’équipe de Russie avant Znarok mais n’a jamais été réinvité après son départ, a connu une très bonne saison et égalé à 35 ans son record personnel avec 22 buts.

Néanmoins, la valeur ajoutée d’Oleg Znarok a paru bien faible pour l’entraîneur le mieux payé de KHL (on évoque 80 millions de roubles, soit 900 000 euros annuels). Les sponsors du Spartak – liés à l’homme fort de KHL Gennadi Timchenko – avaient confié le budget pour un effectif de haut niveau et n’ont jamais senti le retour sur investissement.

Le Spartak s’est qualifié à la huitième et dernière place à l’ouest, ce qui l’a placé face au CSKA. Il n’a jamais eu la moindre chance. Znarok s’est juste vanté d’avoir tenu le 0-0 au premier match en soixante minutes, un soir de « HudaShow » du gardien international slovaque Julius Hudacek (en dessous de ses performances de l’an passé). Znarok a même été décrit comme un entraîneur installé dans son confort matériel. On ne sentait plus la même colère transpirer de lui, sauf pour s’en prendre à la dernière conférence de presse aux journalistes qui critiquaient son jeu russe traditionnel, jugé trop passif et daté. Un dernier coup de gueule avant son éviction annoncée.

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