Vasilevskiy et Coleman écoeurent Montréal

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Vainqueur au premier match, le Lightning de Tampa Bay a reçu le feu vert pour augmenter encore sa capacité d’accueil à plus de 18 000 spectateurs – presque le maximum de l’Amalie Arena. 

Montréal monte en pression

Jon Cooper devra se passer d’Alex Killorn, blessé en fin du deuxième tiers en bloquant un tir. Mathieu Joseph entre en jeu, lui qui n’avait pas joué la moindre minute de playoffs l’an dernier. En face, Luke Richardson reçoit le retour de Joel Armia, et a modifié ses trios, alignant Byron, Anderson et Danault au coup d’envoi, avant de revenir à ses lignes habituelles par la suite.

Le match débute par deux tirs de l’aile droite des défenseurs de Tampa : Cernak, décalé dans la neutre, puis Rutta. La première énorme occasion revient à Suzuki, infiltré en profondeur. Il se présente seul devant Vasilevskiy, qui gagne son duel d’un poke-check habile. Le palet file de l’autre côté et Price doit lui aussi effectuer un arrêt. Goodrow enchaîne en sortant du fond, avec écran de Gourde : tir bloqué, une constante du CH sur ces premières minutes, à l’image d’un bloc de Gallagher sur un tir de Hedman.

Le Lightning reçoit un avantage numérique lorsque Point fait tourner Petry en bourrique. Avant-hier, Montréal a encaissé un but pour la première fois en quatorze matchs, soit 32 infériorités. La défense du CH reste solide, avec une pression constante sur le porteur, et quelques beaux jeux d’Armia. Au retour au complet, le Canadien part en contre et Toffoli, Suzuki au rebond, puis Caufield, testent Vasilevskiy.

Un revirement de Price crée une opportunité de Stamkos, gêné en attaquant la cage. Cela offre une deuxième solution en supériorité à cause d’un accrochage de Byron. Hedman, Kucherov et Point mènent le jeu, le Russe distillant son jeu de passe avec habileté, et chauffant Price de quelques volées. Montréal s’en sort encore une fois.

Le CH joue crânement sa chance et Gustafsson lance du cercle après une mise au jeu, ce qui contraint le gardien du Lightning à un arrêt en deux temps. Toffoli, lui, bloque un tir et fonce à travers la neutre. Alors que Cernak arrive à toute vitesse, Toffoli lance et Vasilevskiy repousse de l’épaule. Le Russe sauve ensuite devant Suzuki ras glace. Les tirs pleuvent tout autant sur Price, avec Kucherov et Sergachev.

Montréal réalise un excellent premier tiers. Son trio Caufield-Suzuki-Toffoli, malmené au match 1, vole sur la glace et a obtenu nombre de chances. À cinq contre cinq, le CH ne concède pas grand chose. À 2’30 de la pause, on joue à quatre contre quatre après quelques échanges peu aimables en Byron et Cernak. Sur l’engagement, McDonagh touche Danault au visage en cherchant un palet en l’air. Le Canadien bénéficie de quatre minutes de supériorité… Mais à quatre contre trois, l’entraîneur-adjoint Richardson choisit de jouer à deux défenseurs (Petry, Weber). Tampa repousse vers l’extérieur. Montréal, trop lent, peine à créer des chances dangereuses et se contente donc de passer le palet aux quatre coins de la zone, sans grand danger. Le Lightning se maintient à 0-0 : Vasilevskiy est clairement l’homme de ce premier tiers, avec 13 tirs montréalais – dont sept pour le trio de Suzuki – contre six.

Coleman renverse la situation

La supériorité continue en début de deuxième, et le portier de Tampa reste infranchissable malgré une belle séquence dans l’enclave. Le Lightning tue la pénalité. Les minutes qui suivent sont assez fermées. Il y a du patinage des deux côtés, de la vitesse, mais les deux défenses limitent les espaces et les combinaisons.

Finalement, le champion en titre trouve l’ouverture sur l’une de ses rares séquences de conservation. La deuxième ligne du Lightning désorganise la défense adverse grâce à la mobilité des défenseurs. À l’origine, Perry perd un palet dans la neutre. Johnson, qui remplace Killorn sur ce trio, gagne le palet dans le coin et le remonte. Cirelli se retrouve ainsi en possession à la bleue et profite de l’écran du défenseur Rutta, monté aux avant-postes, pour surprendre Price d’un tir longue distance (1-0).

Le match s’anime de plus en plus. Le défi physique monte d’un cran, avec quelques gestes limites, notamment de Coleman sur Gallagher, de Kucherov sur Armia. Le CH pousse, et décoche plusieurs lancers que Vasilevskiy bloque avec une apparence de facilité déconcertante – botte, bouclier, masqué ou non. Montréal compte à mi-match plus de tirs que sur l’ensemble du match 1… et Suzuki, à lui tout seul, plus que toute l’équipe adverse !

Tampa subit. Sergachev, maintenu dans son camp par deux présences du CH pendant bien trop longtemps, bouscule Lehkonen en phase d’accélération : le Finlandais, en déséquilibre, tombe et percute violemment la bande, et les officiels sanctionnent logiquement le défenseur pour obstruction. Lehkonen ne reviendra qu’au troisième tiers, après un protocole commotion.

Le jeu de puissance lance dès la mise au jeu sans réussite, mais trouve finalement la cible quelques secondes plus tard. L’engagement est conquis par le CH et Suzuki, en haut des cercles, lance un tir faible du revers… Vasilevskiy anticipe trop une déviation de McDonagh ou Perry devant lui, et la rondelle lui glisse entre les jambes (1-1). Une récompense pour Suzuki, qui marque sur son huitième tir du match !

Le CH a le vent en poupe et continue à presser et lancer au but. Une large domination (25 tirs à 8), qui harcèle la défense de Tampa sur chaque présence. Les revirements leurs sont favorables, avec Staal qui démarre ainsi un 2 contre 1, et le tir du vétéran n’échappe pas à Vasilevskiy. Armia n’a pas plus de succès de près, après une nouvelle perte de palet de la défense.

L’attaque du Lightning disparaît complètement et se fait souvent contrer. Anderson, par exemple, profite d’un changement de ligne pour effacer McDonagh et attaquer la cage. Vasilevskiy, encore, repousse. Mais à 3’22 de la fin, sur un engagement en zone offensive, Armia lève trop son bâton et touche Coleman au visage, offrant une supériorité à Tampa.

Le jeu tourne bien, avec la « spéciale » Kucherov qui déniche Point entre les cercles. Price fait l’arrêt. Stamkos enchaîne de volée, et la défense chippe le rebond sous le nez de Point. Montréal s’en sort, au prix de quelques petits accrochages sur Kucherov, d’une erreur à la crosse de Price et d’un moment chaud dans l’enclave créé par Maroon.

Il reste une poignée de secondes lorsque la troisième ligne du Lightning frappe. Weber veut lancer Danault sur la droite, mais il subit une mise en échec de Coleman. McDonagh pousse le palet perdu vers Goodrow, qui efface Chiarot d’un petit geste à une main et franchit la bleue. L’ancien Shark feinte le tir, ce qui fixe Price, et élimine la crosse de Weber d’une passe du revers. Coleman plonge devant Danault et marque à une seconde de la pause (2-1) ! Un but crève-cœur pour le CH, qui a copieusement dominé ce tiers-temps…

L’opportunisme du Lightning

Le trio d’énergie de Tampa manque de peu de faire encore très mal dès la reprise. Gourde, de derrière la cage, trouve ainsi Coleman seul entre les cercles, et Price s’impose.

Montréal ne lâche rien : entrée en zone de Staal sur l’aile gauche, qui centre fort vers Armia devant le but, sans réussite, McDonagh étant plus prompt à dévier le palet. La pression monte, mais les contres du Lightning peuvent aussi faire mal. Une longue passe envoie Goodrow, qui ne peut lancer mais parvient à trouver Coleman : mitaine de Price.

Le jeu s’ouvre, avec deux équipes à la limite de la rupture, sur des longues passes à travers la neutre et des contre-attaques. Les défenseurs coupent les chances du bout de la crosse, et les deux gardiens ne lâchent rien – Suzuki, encore, frustré d’un côté, Kucherov hors cadre de l’autre. Les chances du CH se rapprochent, et Vasilevskiy ne craque toujours pas, y compris à bout portant.

La défense plie sur son but et peine à sortir de son camp. Les Bleus se contentent de plus en plus d’envoyer au fond dès la rouge franchie, sans prise de risque. Mais l’attaque sait piquer quand il le faut. Palat lève un palet qui arrive au fond. Edmundson est le premier sur le palet et veut renverser derrière lui vers Petry… mais c’est Palat qui arrive, et marque alors que Price était tourné de l’autre côté (3-1). Un sens de l’opportunisme qui fait très mal au Canadien… et une erreur coupable d’Edmundson, pourtant pas du tout sous pression derrière sa cage.

Moins de deux minutes à jouer, et Price sort de son but pour un attaquant. Les tirs pleuvent sur Vasilevskiy, qui tient le fort avec brio. Malgré quelques tirs, dont un de Caufield au cercle, Montréal ne reviendra pas.

Avec 42 arrêts – record de carrière hors prolongations -, Vasilevskiy a clairement volé un match copieusement dominé par le Canadien de Montréal. Cela fait deux victoires à zéro, grâce à un opportunisme spectaculaire. D’une certaine manière, Tampa a un peu gagné comme le CH depuis le début des playoffs…

Pour autant, cette large domination apparente des Canadiens masque la dangerosité des tirs. Montréal compte 7 chances « high danger » contre 6 à Tampa. La plupart des lancers sont très excentrés et lointains, comme en témoigne cette cartographie de Natural Stat Trick. Il faudra trouver la clé de l’enclave et des rares rebonds si Montréal veut avoir la moindre chance de surprendre Vasilevskiy. Dominique Ducharme, qui sera de retour pour le match 3, a bien du travail…

Statistiques par Natural Stat Trick
Statistiques par Natural Stat Trick

Commentaires d’après-match :

Jon Cooper (entraineur de Tampa Bay) : [sur le but de Coleman] « Vraiment, dans ma tête, je me disais ‘est-ce qu’il l’a encore fait ?‘… Les scénarios sont différents mais c’était vraiment similaire à son but contre Boston l’an dernier. Le timing était épique, un bon coup de boost juste avant la pause. Nous faisions un match très décevant collectivement. Et, à ce stade de la saison, vous avez vraiment besoin de votre gardien. Nous avons eu deux performances remarquables ce soir : Coleman et Vasilevskiy, un ou deux autres aussi… Mais globalement, un match médiocre de notre part. [sur les recrutements de Coleman et Goodrow l’an dernier contre des premiers choix de draft] Une équipe est comme un puzzle, et eux en étaient les pièces manquantes. Nous avons testé une recette un peu différente. Là où certaines équipes cherchent des attaquants de top-6 ou des défenseurs de top-4, nous avons visé des joueurs de troisième ligne ou troisième paire, des profils de compétiteurs, de gagnants. Et ces deux-là le sont, ils le montrent à chaque match. À ce moment de l’année, chaque présence est disséquée, et les joueurs qui ne sont pas habitués à mettre de l’intensité, de l’agressivité, en mettent soudainement. Le niveau monte, et il y a des joueurs qui excellent à ce stade, d’autres non. Ce duo-là, aucun match n’a des enjeux trop élevés pour eux. [Sur Montréal] L’adversaire a un rôle aussi ! Ils sont la raison pour laquelle nous n’avons pas bien joué. Ils avaient un plan de jeu et s’y sont tenus. Deux très belles équipes et un combat pour être le premier à quatre victoires. »

Blake Coleman (attaquant de Tampa Bay) : « Je savais que l’horloge était presque terminée. J’ai vu ‘Goodie’ faire ce joli geste dans la neutre, le petit poke-check sur le défenseur. J’ai juste cherché à tout faire pour lui donner une option. Plonger, c’était juste un réflexe. J’avais un joueur sur le dos, j’ai juste voulu le battre sur le palet. Je pense que personne ne prévoit de plonger sur la glace, mais c’était tout ce que j’avais et Goodie a mis le palet dans une bonne position. Je ne sais pas pourquoi ces buts arrivent, mais c’est une grosse victoire pour nous. Tout ce qui arrive dans une finale de coupe reste mémorable, mais celui-ci sera en haut de liste. Avec le déroulement de ce match, ce but va rester gravé dans ma mémoire. »

Barclay Goodrow (attaquant de Tampa Bay) : « Je savais que le temps était compté. Je pouvais entendre le banc crier ‘Tire !’. J’ai vu Blake attaquer la cage et je me suis dit que si j’arrivais à lui donner, il aurait de meilleures chances que moi de tirer de là où j’étais. C’est rentré, heureusement juste à temps. Cela demande un effort monstre, plonger comme ça sur le palet et avoir encore assez de puissance pour lancer au-dessus de la botte. Un geste vraiment spécial. »

Ryan McDonagh (défenseur de Tampa Bay) : « Heureusement, il y avait un joueur – Vasilevskiy – qui était au niveau attendu. C’est un guerrier, probablement la plus grande raison de cette victoire. Les Canadiens ont travaillé plus fort que nous, eu plus de chances de marquer, gagné plus de duels. Pas de doute, ces deux-là ont réussi une action remarquable à la dernière seconde, ça a renversé la partie. »

Corey Perry (attaquant de Montréal) : « J’ai trouvé que nous avions joué un très bon match. Mais dans le même temps, cela n’a pas suffi et nous devons encore trouver une vitesse de plus. Les playoffs sont serrés, un rebond favorable ou défavorable, un but au bon moment… Quoi que ce soit, cela se joue à rien. Ils bénéficient d’un coup du sort en deuxième à quoi, une demi-seconde ? Cela change la dynamique du match. Nous avons eu beaucoup d’occasions, nous patinions, nous étions présents à l’échec-avant, nous dominions en possession. Si nous continuons comme ça, nous arriverons à les épuiser. Nous ne devons pas changer notre style de jeu. Au premier tour nous étions menés 3-1, nous sommes restés concentrés et n’avons rien changé au plan de match. Nous avons continué à pousser, et il n’y a rien de différent maintenant. Je l’ai dit dans le vestiaire : c’est du hockey, du fun, profitez-en. »

Shea Weber (défenseur de Montréal) : « Nous avons mieux géré le palet qu’au premier match. Nous avons pu mettre le palet dans les zones que nous voulions, le déplacer pour les faire bien plus travailler. Nous avons généré bien plus de chances grâce à cela. En face, ils sont opportunistes, et ils n’ont besoin que d’une poignée d’erreurs pour marquer. »

Luke Richardson (entraîneur-adjoint de Montréal) : « Cette équipe joue très bien quand elle mène au score. Nous devons nous assurer de marquer les premiers et renverser la table un peu. Ils sont très opportunistes, avec une attaque létale quand vous commettez des erreurs dans certaines zones de jeu. Le hockey est un jeu d’erreurs, c’est un jeu rapide. Il faut jouer du mieux possible vers l’avant, concéder le moins de temps possible dans votre zone contre une équipe comme Tampa. Nous avons mieux fait sur ce plan ce soir. Ils sont costauds en face, ils ont bien fermé l’intérieur. Nous avons eu nos chances mais peu de rebonds. »

Tampa Bay Lightning – Canadiens de Montréal 3-1 (0-0, 2-1, 1-0)
Tampa Bay mène la finale de la coupe Stanley 2-0.
Mercredi 30 juin 2021, 20h25. Amalie Arena de Tampa Bay. 17.166 spectateurs.
Arbitrage de Kelly Sutherland et Eric Furlatt assistés de Jonny Murray et David Brisebois.
Pénalités : Tampa Bay 20′ (6′, 2′, 12′), Montréal 20′ (6′, 2′, 12′)
Tirs : Tampa Bay 23 (6, 7, 10), Montréal 43 (13, 16, 14)

Récapitulatif du score ;
1-0 à 26’40 : Cirelli assisté de Johnson et Rutta
1-1 à 30’26 : Suzuki (sup. num.)
2-1 à 39’58 : Coleman assisté de Goodrow et McDonagh
3-1 à 55’42 : Palat

Tampa Bay Lightning

Attaquants :
Ondrej Palat (+1) – Brayden Point (+1) – Nikita Kucherov (+1)
Steven Stamkos (C, +1) – Anthony Cirelli (2’+10′, +2) – Tyler Johnson (+1)
Barclay Goodrow (+1) – Yanni Gourde – Blake Coleman (+1)
Patrick Maroon – Mathieu Joseph – Ross Colton

Défenseurs :
Victor Hedman (A, +1) – Jan Rutta (+1)
Ryan McDonagh (A, 4′, +2) – Erik Cernak (+2, 2′)
Mikhail Sergachev (2′) – David Savard

Gardien : Andrei Vasilevskiy

Remplaçant : Curtis McElhinney (G). Réservistes : Spencer Martin, Christopher Gibson (G), Luke Schenn, Dredrik Claesson, Andreas Borgman, Cal Foote, Ben Thomas (D), Alex Killorn (blessé), Taylor Raddysh, Boris Katchouk, Gemel Smith, Alex Barré-Boulet, Mitchell Stephens, Daniel Walcott (A).

Canadiens de Montréal

Attaquants :
Artturi Lehkonen – Philipp Danault (-1) – Brendan Gallagher (A)
Tyler Toffoli (-2) – Nick Suzuki (-1)- Cole Caufield (-1)
Paul Byron (A, 4′) – Jesperi Kotkaniemi – Josh Anderson
Joel Armia (2′) – Eric Staal (-2) – Corey Perry (2’+10′, -1)

Défenseurs :
Ben Chiarot (-1) – Shea Weber (C, -1)
Joel Edmundson (-1) – Jeff Petry (2′, -2)
Erik Gustafsson – Jon Merrill (-1)

Gardien :
Carey Price

Remplaçant : Jake Allen (G). Réservistes : Cayden Primeau, Charlie Lindgren, Michael McNiven (G), Cale Fleury, Alexander Romanov, Xavier Ouellet, Otto Leskinen, Brett Kulak (D), Lukas Vejdemo, Laurent Dauphin, Jesse Ylönen, Alex Belzile, Michael Frolik, Jake Evans, Tomas Tatar (blessé) (A).

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