Saison manquée pour l’Hormadi. Anglet a une nouvelle fois fini l’année en poule de maintien, et doit maintenant lancer un nouveau cycle, après le départ de son entraîneur David Dostal. Pour lui succéder, les dirigeants angloys ont choisi Pierrick Rézard, qui vient lui aussi de boucler un exercice sans play-offs, avec Dunkerque en D1. Xavier Daramy, formé au bord de l’Atlantique, capitaine symbole des valeurs de l’Hormadi devenu aujourd’hui manager de l’équipe basque, évoque ce recrutement et les perspectives de développement du club.
Xavier, l’Hormadi a fini son championnat en poule de maintien. Quel regard portez-vous sur cette saison ?

« Elle a été sportivement décevante, évidemment. Il a fallu remodeler l’effectif en cours de route, on a finalement réussi à ajouter de bons apports. Mais même avec cela, on ne termine pas en play-offs. On en est à la fois très loin, et très proche. »
L’Hormadi a connu quatre départs et quatre arrivées au cours de la saison. C’est le record de la Ligue Magnus 2021/2022. Comment expliquer autant de changements ?
« Les raisons sont multiples. D’abord, il y a eu des erreurs de casting avec certains. On a aussi eu des joueurs qui ont demandé à partir, ce que le club a accepté. Il a aussi fallu, à un moment donné, renforcer un secteur de jeu défaillant. »
Anglet était aussi l’équipe la plus pénalisée du championnat (637 minutes lors de la saison régulière)…
« Certes, mais cela mérite d’être affiné. A-t-on vraiment pris plus de pénalités de 2 minutes que les autres ? Ou est-ce que cela est dû à des méconduites qui ne pénalisent que le joueur et pas l’équipe ? Si vraiment c’est un problème de 2 minutes, il va falloir nettement s’améliorer et gagner en rigueur. On ne peut pas se permettre de jouer en infériorité numérique aussi souvent. »
« L’arrivée de Pierrick Rézard est l’aboutissement d’un processus lancé il y a plusieurs mois »
L’Hormadi change d’entraîneur. Pierrick Rézard succède à David Dostal. Pourquoi lui ?
« C’est l’aboutissement d’un processus lancé il y a plusieurs mois. Mon rôle numéro 1, c’est directeur de la patinoire d’Anglet. Mais j’ai suivi l’équipe de France U20 (Xavier Daramy est le manager des Bleuets), et j’ai pu retourner au Canada pour la première fois depuis 21 ans. Je vois que le monde du hockey change. Kevin Hecquefeuille arrive sur la banc de Mulhouse à 37 ans. Angers et Grenoble réussissent avec des entraîneurs assez jeunes. Le hockey moderne s’appuie sur de nouvelles générations. Attention, je ne dis pas que les globe-trotters de notre sport ne font pas du bon travail. Mais on les a vus et revus en Ligue Magnus. Et à Anglet, on voulait un profil plus jeune. Un entraîneur capable d’amener une nouvelle façon de travailler, un management différent. Quelqu’un capable d’échanger, de s’adapter très vite à la forme du moment de son équipe et à ce que peut proposer un adversaire. On a fini avec une short-list de quatre noms, des Français et des Québécois. Et c’est Pierrick qui a été choisi. »
Les profils ciblés étaient donc tous francophones…

« On ne cherchait pas forcément un francophone. Mais Anglet est un club familial, avec un esprit que l’on tient à conserver. Peut-être que cela aurait été plus compliqué avec un anglophone. »
Pierrick Rezard est un jeune entraîneur de 32 ans, qui arrive de Division 1 et qui n’a jamais été entraîneur chef en élite. C’est un sacré risque pour l’Hormadi, non ?
« David Dostal n’avait jamais été entraîneur chef tout court avant de prendre la tête de notre équipe élite. Il avait été entraîneur-joueur en D3 et D2, adjoint quelques mois en D1. De l’expérience, Pierrick en a déjà beaucoup plus. Il coache des professionnels depuis sept ans. Il a été l’adjoint d’Éric Blais à Gap. Anglet, c’est un peu une suite logique pour lui. »
C’est aussi un entraîneur qui va découvrir l’Hormadi. C’est assez rare, à Anglet, un coach qui n’est pas issu du club…
«Il y a quand même eu la parenthèse Heikki Leime en 2019, avant ses problèmes de santé. Nos entraîneurs ont fait et font du bon travail. Mais actuellement, au sein du club, personne n’a les épaules assez larges et les compétences nécessaires pour prendre en main l’équipe de Ligue Magnus. Il y a vrai gouffre par exemple entre les U20 et la Magnus. Et tous les joueurs qui sont formés à l’Hormadi ne finiront pas dans l’équipe élite. »
« Trouver des joueurs qui vont se fondre dans le groupe »
Le premier défi de Pierrick Rézard sera celui du recrutement, après les départs de vos deux gardiens (Léo Bertein à Dunkerque, Florian Hardy qui stoppe sa carrière) et de votre meilleur pointeur (Peter Hrehorcak s’est engagé avec Épinal)…

« On a un noyau dur de joueurs qui est aujourd’hui vieillissant. Peu à peu, on va devoir injecter du sang neuf et remplacer nos cadres. Mais en même temps, à Anglet, on a du caractère et des valeurs. On est un peu le petit village gaulois de la Ligue Magnus. On doit rester attachés à cette histoire et trouver des joueurs qui vont devoir se fondre là-dedans et s’intégrer à notre noyau. C’est un gros chantier, à moyen et long termes. C’est avec notre force collective que l’on arrivera à progresser. Il faut suivre l’exemple de Cergy-Pontoise : sur le papier, les Jokers n’avaient pas forcément le meilleur groupe du championnat. Mais justement grâce à leur collectif, ils sont allés chercher une demi-finale. »
Votre première signature de l’intersaison, c’est celle de Thomas Decock, 35 ans et formé au club. C’est un peu un symbole…
« Thomas, c’est un enfant de l’Hormadi. Il est parti en 2005, quand le club est descendu en D3. C’est un garçon qui aurait mérité d’avoir une plus belle carrière avec l’équipe de France. Il est revenu en 2016, alors que l’on était encore en D1. C’est un modèle, quelqu’un d’irréprochable. Il fait justement partie du noyau dur que j’évoquais. De ces joueurs importants que l’on va devoir penser à remplacer. »
« Un pot commun entre les clubs pour financer les déplacements »
Comment l’Hormadi peut-elle se développer, coincée entre deux gros clubs de rugby populaires, l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique ?
« Anglet ne peut pas se limiter à viser une place de 10e ou 11e, à n’être qu’un club bouche-trou. On doit réussir à se développer. Maintenant, on a des limites budgétaires évidentes, avec aussi une patinoire de seulement 1200 places. Quand on a vendu toutes nos loges et tous nos visuels, il faut réussir à créer de nouveaux produits. Et ce n’est pas toujours facile. Il y a aussi le contexte immobilier. Prenons l’exemple d’un club qui propose 1900 euros à un joueur. Sur cette somme, il y aura 400 euros pour payer le loyer d’un T2, et 1500 euros pour le joueur. Chez nous, ce sera 800 euros pour le loyer, et 1100 euros pour le joueur. Certains ont parfois du mal à la comprendre. Reste aussi la question des coûts de déplacement. On paye peut-être 30 % de plus que les autres. Au football, en Ligue 1, il y a une sorte de pot commun. Chaque club participe. Pourquoi ne pas mettre cela en place pour la Ligue Magnus ? J’en ai déjà parlé avec Éric Ropert (le directeur général de la Fédération française, NDLR). Ce serait une façon de réduire les écarts budgétaires, de plus en plus gigantesques. De remettre un peu d’équité, de donner un coup de pouce aux plus petits. Il faut savoir ce que l’on veut : une élite à quatre ou cinq clubs, sans suspense, ou un championnat cohérent de douze clubs.






































