Ni la Finlande et la Suède n’ont fait preuve de génie offensif ou de talent hors normes, mais un fait demeure : elles ont 9 points au compteur et c’est la première place de poule qui est en jeu dans leur confrontation de ce soir. Une rivalité traditionnelle qui fait vibrer tout Tampere… et les deux pays.
La Suède a finalement bien géré son début de tournoi en effectif volontairement réduit. Deux premiers jokers de NHL sont arrivés pour ce match, Jacob Peterson et Carl Grundström. On attend de voir s’ils permettront un saut qualitatif, mais quantitativement, leur venue change déjà tout. Avec 12 attaquants, la Tre Kronor aligne enfin des lignes complètes, même sans Wallmark. La Finlande a déjà ses 13 attaquants depuis le début, et n’en aura pas d’autres. Elle a choisi de rajouter deux défenseurs de haut niveau demain (Miro Heiskanen et Esa Lindell) aux deux places résiduelles.
Entre ces équipes si proches à plus d’un titre, la discipline est importante. Mathias Bromé prend une pénalité en zone offensive pour un cinglage qui fait tomber la crosse de Vatanen. Deux occasions suivent sur des slaps de la ligne bleue pendant cet avantage numérique, un de Ville Pokka dévié devant la cage par Sallinen et un de Sami Vatanen avec Pesonen en écran.
À 5 contre 5, toutefois, la Finlande se montre un peu passive, et elle encaisse à force de subir de jeu. Les défenseurs locaux ont un vrai trou d’air. Ville Pokka quitte sa position et monte étrangement loin de sa cage, alors qu’Atte Ohtamaa est pris par le cycling et laisse échapper Adam Larsson qui signe un tour de cage sans opposition (0-1, image de droite). Déjà, en début de match, Pokka avait laissé Friberg faire le tour de la cage : on dirait qu’il fait tout pour perdre sa place, qui ne tient qu’à un fil avec l’arrivée des deux jokers.
Ce n’est pas le seul arrière finlandais à montrer des signes de fébrilité. Sami Vatanen rate le palet dans sa zone et Joel Kellman est proche d’en profiter après un une-deux avec Asplund. Harri Säteri bloque ce tir de justesse sous sa jambière.
Un tir de Lehtonen est détourné du haut de l’épaule par Hellberg après douze secondes en deuxième période, mais la Suède prend résolument la possession dans les minutes suivantes. Servi par une passe en zone neutre du nouvel arrivant Grundström, Oskar Lang envoie même un lancer sur la barre transversale. Dominée, la Finlande effectue une contre-attaque rapide, mais sans surnombre, pour un tir a priori peu dangereux de Hannes Björninen, qui a plus vocation à provoquer un rebond. Pourtant, il passe sous le bras gauche de Hellberg, côté mitaine (1-1). Un mauvais but pour un gardien titulaire qui vient d’apprendre l’arrivée probable d’un concurrent (Ullmark)…
La Finlande prend alors la main. Désormais, ses défenseurs patinent plus et font valoir leurs qualités offensives. Sur un engagement en zone suédoise, le numéro 74 Rasmus Asplund – un peu trop vanté pour sa réussite offensive depuis trois jours – lâche son marquage sur son vis-à-vis direct Sami Vatanen qui monte absolument seul au second poteau – dans le dos de Dahlin – pour convertir le centre parfait de Mikko Lehtonen (2-1).
Le match a changé d’âme : les Leijonat captent les palets en zone neutre, dominent la situation, et mettent le feu par moments sur la cage suédoise quand Hellberg lâche encore un palet de la mitaine. Une pénalité idiote d’Armia, loin du jeu, les oblige néanmoins à retourner défendre en fin de tiers-temps. Mais ils sont impeccables en infériorité numérique, comme depuis le début du tournoi.
La bataille sur chaque palet se poursuit au troisième tiers-temps… et elle est loin d’être finie. Un lancer de la bleue d’Erik Gustafsson s’élève juste ce qu’il faut sur la crosse de Joel Kellman pour piéger Säteri (2-2). Le géant Marko Anttila – adulé du public finlandais depuis le Mondial 2019 – tient un Suédois dans chaque bras (!) lors d’une altercation, Asplund et Kellman. Ce dernier ne se laisse pas faire et lui donne un direct du gauche. Une pénalité est infligée de chaque côté mais la situation de 4 contre 4 n’ouvre pas plus le jeu.
Erik Gustafsson n’est pas le premier nom qu’on aurait cité comme défenseur offensif majeur de cette Tre Kronor, mais il ne cesse de porter le danger depuis la ligne bleue dans cette troisième période. Son beau lancer balayé heurte le haut de la barre transversale à trois minutes de la fin ! C’est la Suède qui met une forte pression en fin de match, mais sans briser l’égalité.
Les deux équipes se font face lors de la prolongation à 3 contre 3 sans jamais se lâcher. La Suède tente de défaire ce marquage face-à-face par des écrans de basket, la Finlande en servant un joueur lancé pour déborder par sa vitesse. Mais ni l’une ni l’autre ne déstabilisent la défense adverse.
Passons donc aux pénaltys. Harri Säteri suit le mouvement d’Ekman-Larsson qui part loin à gauche et n’a plus d’angle. En revanche, il est battu côté mitaine par Emil Bemström. Les deux premiers tireurs finlandais Manninen et Vatanen auraient bien voulu en faire autant mais ils ont lancé au-dessus du gant… et du but.
Säteri ferme les jambes juste à temps devant la feinte de Tömmernes, Hellberg en fait autant sur le tir rasant de Björninen. La barre transversale frustre Rasmus Asplund. Mikael Granlund – l’autre idole du public à cause du Mondial 2011 – tire dans le bouclier de Hellberg. Säteri repousse de la botte droite la tentative de Kellman. Toni Rajala est la dernière chance de la Finlande et il fait le show comme si c’était un All-Star Game : il se met de dos pour avancer en patinage arrière (image de droite) mais son tir du revers finira dans la mitaine de Hellberg qui se rattrape bien de sa deuxième période.
On n’a pas vraiment eu le sentiment que les deux équipes recherchaient la victoire à tout prix ce soir. C’était plutôt la fête populaire du hockey, les éternelles retrouvailles dans une rivalité encore amicale car – pour l’instant – sans grand enjeu. L’essentiel est de prendre les deux premières places de la poule pour éviter Canada et Suisse en quarts de finale : Suédois et Finlandais en sont encore un peu plus proches ce soir et ce partage de points est donc favorable aux deux équipes.
Mais il reste un fait gênant pour la Finlande. Même si on la pense débarrassée de tous ses complexes depuis qu’elle s’est mis à gagner de manière récurrente, elle en garde encore un : elle n’a jamais battu les Suédois chez elle dans un championnat du monde !
La Tre Kronor conserve toujours ce petit avantage psychologique. Si ses victoires antérieures l’opposaient à des adversaires inférieurs ou encore fragiles, ce match l’a clairement fait avancer. C’est la première fois qu’elle joue à quatre lignes compètes, et justement, la quatrième ligne Lang-Åman-Granström a été très bonne en amenant beaucoup d’énergie et d’intensité sur son temps de jeu plus réduit que les autres joueurs. Un collectif intéressant – que l’on n’attendait pas autant que celui de la Finlande – est donc peut-être en train de prendre forme.
Désignés joueurs du match : Mikko Lehtonen pour la Finlande et Adam Larsson pour la Suède.
Commentaires d’après-match :
Johan Garpenlöv (entraîneur de la Suède) : « Je pense que la Finlande est probablement la favorite, devant nous. Je sais qu’elle est une grande équipe, qu’elle joue bien et que son hockey est difficile à jouer. Au premier et au troisième tiers-temps, nous avons joué à notre manière. C’est l’image de jeu que nous voulions. Peterson a été convaincant dans son jeu. Il peut mener le jeu offensivement en restant malin défensivement. Il a aussi bon aux engagements aujourd’hui. Comme nous avions perdu Wallmark, sa présence sur le powerplay était évidente aujourd’hui. On verra pour le futur. Grundström a très bien fait, aussi. Il s’insère avec son gros travail, avec Lang et Åman. Si Nylander décline, nous fermerons l’équipe. Ceux qui arrivent tard ne contribuent pas beaucoup en général. Mieux vaut refermer et croire dans les joueurs qu’on a. »
Jacob Peterson (attaquant de la Suède) : « Il y avait un vol direct Dallas-Helsinki, cela ne m’a pris que neuf heures et demie. J’ai juste essayé de me dépêcher d’être ici [NDLR : par rapport à ses coéquipiers de club finlandais Lindell et Heiskanen]. Les gars m’ont beaucoup aidé, c’était agréable de jouer en powerplay. Ils voulaient un centre et je suis habitué à ce poste. C’était le bon moment pour entrer en équipe nationale. C’était fun de débuter en compagnie de Rasmus Dahlin, c’est un ami d’enfance. Il n’a pas eu à me harceler. Je voulais venir et il voulait que je vienne. »
Harri Pesonen (attaquant de la Finlande) : « Bien sûr c’est décevant alors que nous avions le match sous contrôle. Nous avions su renverser le cours du match en deuxième période. Il y avait de bonnes consignes pour le troisième tiers et nous n’avons pas pu les tenir. Peut-être que les Suédois étaient meilleurs aujourd’hui. Personne ne veut faire d’erreurs, mais il faut être plus dangereux en zone offensive. C’était clairement notre adversaire le plus dur. Peut-être qu’il faut une touche de relaxation : bonne nourriture, sauna et un petit plongeon dans le lac. Esprit relâché et corps prêt pour la suite. Et peut-être de la [bière] Karjala 0,0% [NDLR : le sponsor de la sélection]. »
Finlande – Suède 2-2 (0-1, 2-1, 0-0, 0-0) / 0-1 aux tirs au but
Mercredi 18 mai 2022 à 20h20 à la Nokia Arena de Tampere. 11695 spectateurs.
Arbitres : Jeff Ingram (CAN) et Sean MacFarlane (USA) assistés de Nick Briganti (USA) et Nathan van Oosten (CAN).
Pénalités : Finlande 4′ (0′, 2′, 2′, 0′), Suède 6′ (4′, 0′, 2′, 0′).
Tirs : Finlande 31 (11, 10, 8, 2), Suède 24 (6, 8, 9, 1).
Évolution du score :
0-1 à 11’38 : Larsson assisté de J. Peterson et Dahlin
1-1 à 23’38 : Lehtonen assisté de Björninen et Anttila
2-1 à 25’39 : Vatanen assisté de Lehtonen et Armia
2-2 à 46’38 : Kellman assisté de Gustafsson et Ekman-Larsson
Tirs au but :
Suède : Ekman-Larsson (manqué), Bemström (réussi), Tömmernes (arrêté), Asplund (arrêté), Kellman (arrêté).
Finlande : Manninen (au-dessus), Vatanen (au-dessus), Björninen (arrêté), Granlund (arrêté), Rajala (arrêté).
Finlande
Attaquants :
Mikael Granlund – Sakari Manninen – Teemu Hartikainen
Toni Rajala – Valtteri Filppula (C) – Joel Armia (2′)
Harri Pesonen – Juho Lammikko – Jere Sallinen
Jere Innala – Hannes Björninen – Marko Anttila (A, 2′)
Défenseurs :
Mikko Lehtonen (+2) – Juuso Hietanen
Mikael Seppälä – Atte Ohtamaa (-2)
Niklas Friman – Sami Vatanen (A, +1)
Ville Pokka (-1)
Gardien :
Harri Säteri
Remplaçant : Jussi Olkinuora (G). En tribune : Frans Tuohimaa (G), Saku Mäenalanen (A, suspendu).
Suède
Attaquants :
Joakim Nordström (A, +1) – Jacob Peterson (+1) – Emil Bemström (+1)
Rasmus Asplund (-1) – Joel Kellman (-1, 2′) – Max Friberg (-1)
Mathias Bromé (2′) – Anton Bengtsson – Carl Klingberg
Oskar Lang – Nils Åman – Carl Grundström
Défenseurs :
Rasmus Dahlin (-1) – Adam Larsson (A, -1, 2′)
Oliver Ekman-Larsson (C, +1) – Erik Gustafsson (+1)
Henrik Tömmernes – Anton Lindholm
Gardien :
Magnus Hellberg
Remplaçants : Marcus Högberg (G), Jonathan Pudas (D). En réserve : Lucas Wallmark (A, intoxication alimentaire).