Comme il paraît loin, le temps où les deux nations de ce soir étaient au coude-à-coude pour la qualification en quart de finale du Mondial, il y a seulement un an.
Canada et Kazakhstan, deux adversaires que tout oppose d’un point de vue statistique. Cette année les Canadiens ont pour le moment la meilleure efficacité devant le but, les Kazakhs la pire. Le meilleur powerplay du tournoi contre le pire. Autant dire qu’on n’attend pas de cette rencontre un suspense haletant.
Si la défaite de la France contre la Grande-Bretagne en 2019 est bien connue en France, il y a une autre défaite moins connue mais tout aussi traumatisante qui a touché le Kazakhstan l’an dernier : la défaite 3-1 contre la Norvège. Rien de bien surprenant me direz-vous, un score honorable contre un adversaire mieux classé. Il faut en effet remettre cette défaite dans son contexte : le Kazakhstan réussit un Mondial 2021 extraordinaire en battant les hôtes lettons, la Finlande tenante du titre, l’Allemagne, et l’Italie sur le score de 11-3. Une victoire contre les Norvégiens qui n’avaient plus rien ni à gagner ni à perdre l’aurait envoyé dans un quart de finale historique… et éliminé leur adversaire du soir le Canada dès le premier tour.
Depuis lors, rien de va plus dans les steppes d’Asie centrale. Le Kazakhstan est méconnaissable par rapport à celui de l’an dernier. Trois défaites, certaines honorables, d’autres consternantes. L’équipe n’est pas très différente pourtant, mais elle a perdu ses pièces maîtresses. Si Shutov dans les buts n’a pas trop à souffrir de la comparaison avec le gardien héros de l’an dernier Boyarkin (blessé), il faut bien reconnaître que les absences des vétérans Shin et Rymarev affectent déjà un peu la solidité de l’édifice. L’autre vétéran Starchenko, lui, est resté mais peut-être n’aurait-il pas dû, tant il paraît sur le déclin. C’est surtout l’absence de la première paire défensive qui fait défaut : Maklyukov s’est blessé lors de la préparation, et plus encore le naturalisé Darren Dietz, clé de voute de l’équipe, du Barys, et récent vainqueur de la KHL avec le CSKA, n’est pas en état de jouer non plus.
Le Canada est tout autant méconnaissable, mais lui a une bonne excuse : l’équipe n’est tout simplement pas la même du tout. Il ne reste que Maxime Comtois de l’aventure de Riga et du sacre en finale face aux champions finlandais, et malgré les débuts balbutiants évoqués plus haut.
Justement les Canadiens balbutient à nouveau au début de ce match en se laissant surprendre malgré leur mainmise sur le jeu par le premier tir kazakh. Un tir plutôt anodin mais dévié deux fois de sa trajectoire devant le gardien Logan Thomson impuissant (0-1 à 2’25).
La réaction est rapide : Dylan Cozens prend un rebond facile. L’impressionnant gabarit de bûcheron des Canadiens leur permet de camper devant la cage (1-1 à 3’45).
Mais leur physique leur joue parfois aussi des tours comme quand Mikhailis, le fils du sélectionneur qui avait inscrit un doublé contre le Canada l’an dernier, se fait écraser contre la bande. Chabot, puis Roy, puis Barzal se succèdent en prison. Le Kazakhstan a le pire powerplay du tournoi jusqu’à présent mais après un duel raté de Starchenko pour dribbler le gardien, la troisième supériorité est la bonne. Un but à nouveau un peu chanceux avec des rebonds favorables sur un centre d’Akolzin pour Shestakov qui surgit entre Whitecloud et Severson devant le gardien et qui glisse le palet entre les jambes du gardien de Las Vegas (1-2 à 12’16).
Le Canada n’a pas besoin de trop forcer son talent pour égaliser à nouveau, cette fois par Batherson (2-2 à 14’18). Une faute de Gurkov donnera ensuite la seule supériorité numérique de la période en faveur du Canada. Les Canadiens font honneur à leur rang et convertissent l’avantage avec un but plein d’abnégation. Un premier tir de Johnson, un rebond d’Anderson, puis une troisième vague de Lowry qui échoue lui aussi mais récupère le palet et tire de derrière la cage sur les fesses du gardien (3-2 à 17’20).
La deuxième période commence par quelques amabilités échangées entre entre Dubois et le Suédois du Kazakhstan Svedberg. Pendant qu’ils sont assis tous les deux au cachot, le Canada est tout proche de creuser l’écart mais le tir rebondit sur la transversale. Puis c’est une exceptionnnelle mitaine de Shutov sur Kent Johnson qui garde le bateau kazakh à flot.
Plusieurs pénalités se succèdent de part et d’autre, sans conséquence jusqu’à celle de Severson. Non pas que le défenseur de New Jersey permette aux Kazakhs d’égaliser, mais parce que le joueur des Devils aussitôt la pénalité terminée sort comme une diable de sa boîte, reçoit une passe lumineuse de Noah Gregor, et bat Shutov en duel entre les jambières (4-2 à 32’14).
En troisième période, le Kazakhstan est déjà mené 30 tirs à 10 mais un coup du sort peut encore lui faire garder l’espoir. Ils bénéficient de ce que l’on pourrait appeler une sorte de supériorité numérique de facto: Ryan Graves se blesse et reste allongé sur la glace, ce qui permet à Savitski, Mikhailis et Orekhov de conclure un jeu en triangle devant le gardien (4-3 à 47’55). Juste après, Pierre-Luc Dubois rate un 3 contre 1 grâce à l’excellent travail défensif de Shalapov allongé de tout son long.
Mais à aucun moment de la partie on n’a senti le Canada réellement en danger et lorsque le Kazakhstan est pénalisé, le jeu de puissance canadien est redoutable face au pire pénalty-killing du tournoi. Dylan Cozens signe un doublé (5-3 à 51’58) d’une belle reprise sous la barre puis un triplé (6-3 à 59’11) pour sceller une victoire facile.
Avec un jeu ouvert et débridé, le match des Canadiens a été plaisant malgré de nombreuses pénalités. Côté kazakh, les inquiétudes demeurent et leur destin se jouera probablement contre l’Italie en toute fin de tournoi.
Désignés joueurs du match : Dylan Cozens (Canada) et Arkadi Shestakov (Kazakhstan).
Canada – Kazakhstan 6-3 (3-2, 1-0, 2-1)
Championnats du monde élite 2022.
Jeudi 19 mai 2022, 21h30. Helsingin jäähälli, 2299 spectateurs.
Arbitres : Jake Rekucki (USA) et Marian Rohatsch (ALL) assistés de Nicolas Constantineau (FRA) et Tommi Niittylä (FIN)
Pénalités : Canada 14′ (6′, 6′, 2′), Kazakhstan 14′ (2′, 8′, 4′)
Tirs : Canada 37 (15, 14, 8), Kazakhstan 19 (6, 4, 9)
Récapitulatif du score
0-1 à 02’25 : Petkhov assisté Gurkov et Asetov
1-1 à 03’45 : Cozens assisté de Graves et Roy
1-2 à 12’16 : Shestakov assisté de Akolzin et Panyukov (sup. num.)
2-2 à 14’18 : Batherson assisté de Johnson et Graves
3-2 à 17’20 : Lowry assisté de Johnson et Anderson (sup. num.)
4-2 à 32’14 : Severson assisté de Gregor
4-3 à 47’55 : Savitski assisté de Mikhailis et Orekhov
5-3 à 51’58 : Cozens assisté de Batherson et Severson (sup. num.)
6-3 à 59’11 : Cozens assisté de Dubois et Severson (sup. num.)
Composition des équipes:
Canada
Attaquants :
Dylan Cozens (+1) – Pierre-Luc Dubois (A, 4′, +1) – Nicolas Roy (2′, +1)
Cole Sillinger (2′) – Adam Lowry – Josh Anderson (A)
Kent Johnson (-1) – Matthew Barzal (2′, -1)– Drake Batherson (-1)
Maxime Comtois – Dawson Mercer (+1) – Noah Gregor (+1)
Morgan Geekie
Défenseurs :
Zach Whitecloud – Thomas Chabot (C, 2′, +1)
Travis Sanheim – Damon Severson (2′, +1)
Nick Holden (-1) – Ryan Graves (+1)
Dysin Mayo (+1)
Gardien :
Logan Thompson
Remplaçant : Chris Driedger (G)
Kazakhstan
Attaquants
Dmitri Shevchenko (-1) – Anton Sagadeyev – Pavel Azolkin
Kirill Savitski (-1) – Curtis Valk (A, -3) – Nikita Mikhailis (A, 2′)
Roman Starchenko (C) – Arkadi Shestakov – Kirill Panyukov
Alikhan Asetov (+1) – Dmitri Gurkov (2′) – Yegor Petukhov (2′, +1)
Mikhail Rakhmanov
Défenseurs
Vikctor Svedberg (4′, -1) – Yegor Shalapov (-2)
Valeri Orekhov (2′, +1) – Jesse Blacker (2′, +1)
Leonid Metalnikov – Adil Beketayev (-1)
Samat Daniyar
Gardien :
Andrei Shutov
Remplaçant : Sergei Kudryavtsev (G). En réserve : Ilya Rumyantsev (G), Darren Dietz (D), Sayan Daniyar (A).