Les années passent, et Richard Aimonetto est toujours sur la glace, indéboulonnable monument. Mais cette fois-ci, promis, cette légende du hockey français dispute sa dernière saison, à bientôt 50 ans (il les fêtera en janvier 2023) et 30 ans après son premier match en élite. Double champion de France (avec Reims en 2002 et Amiens en 2004), pionnier des minots français partis se former au Canada, l’ancien international (141 sélections avec les Bleus) raconte sa passion pour son sport et évoque sa motivation, toujours intacte.
Le Mont-Blanc a réalisé sa meilleure saison l’an passé depuis son retour en D1 en 2017 (4e de la saison régulière, éliminé en demi-finale par Brest). Comment expliquez-vous cette réussite ?
« Par la cohésion du groupe ! On se connaissait bien, l’équipe n’avait pas trop changé par rapport à la saison précédente. Les renforts étrangers se sont bien intégrés. Et il y a eu un bon amalgame. On va essayer de reproduire cela cette année. Le staff a changé avec l’arrivée de Rémi Péronnard. C’est un nouvel apprentissage, on va voir au fil de l’année si nos systèmes fonctionnent. Mais avec un bon état d’esprit, ça devrait marcher. »
Quel est l’objectif des Yétis ?
« Le minimum, chaque année, c’est toujours de jouer les play-offs. Au fond de nous-mêmes, on pense évidemment au podium. Mais nous sommes réalistes : le club n’a pas les ressources financières pour viser plus haut et penser à la Magnus. »
J’ai toujours la gagne et la gnac
Vous allez fêter vos 50 ans en janvier prochain. Cette année, treize de vos coéquipiers n’étaient pas nés quand vous avez joué votre premier match professionnel. Comment vit-on cet écart d’âge dans le groupe ?
« Très bien ! Je me fais un peu brasser, évidemment (rires). Mais l’ambiance est bonne. Je suis un vieux parmi les jeunes. Je joue avec les enfants de certains anciens coéquipiers. Je ne me prends pas la tête. Ils m’apprennent même plein de choses. Et je n’ai pas le droit de me plaindre. C’est moi qui veut être là, parce que je prends encore du plaisir sur la glace. J’ai toujours la gagne et la gnac, même si je sais que dans certaines situations de match, je manque de rythme. Mais c’est ma dernière saison. J’ai 50 ans, je vais arrêter sur un chiffre rond. Avec un podium, j’espère. »
Est-ce que vous essayez de transmettre votre expérience aux plus jeunes Yétis ?
« Bien sûr ! Mais je sens qu’ils sont un peu gênés de venir me voir. Ils n’osent pas. Ils sont très respectueux, et moi, je ne veux pas les embêter. Mais quand je prends la parole, ils m’écoutent. »

D’où vous vient cette énergie qui vous permet à bientôt 50 ans de jouer encore en Division 1 ?
« J’ai un côté hyperactif. Depuis 1995, je joue au roller hockey quand la saison de glace est terminée. Je stoppe aussi ma carrière en fin de saison pour ne me consacrer qu’au roller. Ça fera une bonne transition avant la vraie retraite ! »
Avant une rencontre, j’ai toujours la boule au ventre
Quand même, même en étant hyperactif, jouer en D1 à 50 ans doit demander beaucoup de sacrifices…
« L’hygiène de vie est hyper importante. Je ne bois pas, je fais attention à ce que je mange, je respecte des phases de récupération. J’ai aussi une grande chance : j’ai un cœur qui réagit bien. J’ai fait du ski de fond enfant, avant le hockey, et ça m’a donné un bon cardio. Ça paye aujourd’hui. Et puis j’ai été épargné tout au long de ma carrière par les grosses blessures. »
Votre façon de jouer a-t-elle changé avec le temps ?
« Comme je disais, je peux parfois manquer de rythme sur certaines phases de jeu. Alors pendant les matchs, j’analyse plus, je réfléchis. Avec l’expérience, je sais qu’il y a des moments où il est inutile d’aller au combat tête baissée. Maintenant, je suis un gamin parmi les autres. Ma passion pour le hockey est intacte. Avant une rencontre, j’ai toujours la boule au ventre. Comme quand j’avais 20 ans. »
Et à côté du hockey, vous trouvez même le temps de travailler…
« Oui ! Je suis directeur d’une agence de la Caisse d’épargne. Au départ, j’avais juste un contrat de reconversion. Aujourd’hui, je n’ai évidemment plus le statut de sportif de haut niveau, mais ils me laissent encore beaucoup de temps pour les entraînements, les matchs. On s’entraîne une à deux fois par jour. Pour les déplacements, on part le vendredi à 17 heures, on rentre le dimanche après-midi. Je pense qu’ils doivent être contents de savoir que j’arrête enfin ! Tout ça, ça fait des plannings bien chargés. J’arrive quand même à aller skier avec ma fille. »
Finir votre carrière en Haute-Savoie, pour vous qui avez été formé à Chamonix, est-ce important ?
« Très. Je suis né à Chamonix. J’ai commencé au Mont Blanc à 15 ans, en cadet, avec une entente entre Saint-Gervais, Chamonix, Megève et Morzine qui préfigurait le HC 74. Je ne me voyais pas trop finir ailleurs que chez moi. »
Entraîner ? Non, jamais
Beaucoup de vos anciens coéquipiers sont devenus entraîneurs. N’avez-vous jamais été tenté de passer vous aussi derrière un banc ?
« Non, jamais. Je l’ai fait un an, comme entraîneur-joueur avec les Yétis (lors de la saison 2015/2016 en D1). Mais c’était à contrecœur, pour dépanner le club. Cela s’était décidé en juillet, au moment où l’entraîneur prévu n’était finalement pas venu. Personne n’était là pour m’aider. Franchement, cela ne m’avait pas tellement plu. »
Chaque année, contre Strasbourg, vous recroisez Daniel Bourdages, qui avait été votre entraîneur au Québec à la fin des années 1980. Cela doit lui faire bizarre de vous retrouver encore sur la glace…
« Avec Daniel, c’est toujours un plaisir de se revoir ! C’est vrai que cela nous renvoie à 1989. C’est lui qui m’avait sélectionné. Il aimait mon style européen. On se remémore tout ça quand on se croise. »
Et au milieu de toute cette carrière, il y a eu l’équipe de France…
« Les Bleus, ce sont mes meilleurs souvenirs. Je me souviens de ma première sélection comme si c’était hier. J’avais 20 ans, c’était en 1993. J’ai reçu un coup de fil dans la nuit pour remplacer un joueur forfait. Le lendemain, j’étais dans l’avion pour la Russie. Et après, j’ai fait les Jeux olympiques de Nagano, de Salt Lake City… »









































