Jukka Jalonen est un héros national en Finlande, bien au-delà du monde du sport. Son palmarès avec l’équipe nationale a dépassé toutes les espérances. Il est donc étonnant qu’un livre récemment paru attaque frontalement la légende : Dans son ouvrage intitulé « Des amateurs aux professionnels », truffé de déclarations d’experts parfois sourcées mais souvent anonymes, l’agent de joueurs Harri Pirinen accuse Jalonen d’être responsable de la récente baisse niveau de développement des jeunes hockeyeurs finlandais, en mettant l’accent sur la structure et la défense plus que sur le jeu et le patinage.
Devenu désormais entraîneur de l’Italie, Jukka Jalonen a répondu très posément à cette critique : « Nous n’avons pas développé les joueurs, nous avons joué un hockey intelligent pour gagner en équipe. La victoire est d’une grande importance dans les compétition prestigieuses. Ce qu’on développe, c’est la capacité à coopérer. Mais c’est vrai, si on parle du développement des juniors, il n’y a aucune raison d’imiter notre façon de jouer. Cela n’a jamais notre intention, ni à la fédération ni ailleurs. Si un club l’a copiée, c’est leur décision. Moi aussi, j’ai parfois été ennuyé que l’on copie trop de trucs adultes chez les jeunes. J’ai toujours recommandé aux entraîneurs de juniors qu’il y ait du mouvement, du jeu et beaucoup de touches de palet. »
Cette polémique survient au moment où le nouveau sélectionneur national Antti Pennanen entre en fonction. Adjoint de Jalonen pendant deux médailles d’or (un Championnat du monde A et un Mondial junior), Pennanen n’est évidemment pas là pour le renier, mais on attend de lui un style moins passif. Cela a fonctionné pendant ses deux premiers matches, mais le test le plus important arrive en clôture du tournoi Karjala : le match contre le grand rival, la Suède, le jour de la Fête des pères en Finlande, à guichets fermés contrairement aux rencontres précédentes.
Et justement, les Leijonat (lions) sont challengés dans leur défense, peut-être moins sûre qu’autrefois. Le défenseur Jesper Sellgren ouvre le score après seulement trois minutes et Oskar Steen en rajoute une couche avant la pause avec un lancer dans la lucarne. La Finlande est donc menée 0-2, une épreuve dont elle s’était bien sortie le premier jour contre la Suisse.
De nouveau, les Finlandais montrent leur capacité à renverser un match. Ils pressent la Suède dans sa zone pendant toute la deuxième période et leurs attaques successives retournent le score de 0-2 à 3-2 en dix minutes à peine. Mais le jeu en infériorité numérique reste à travailler : la première pénalité finlandaise du match – une crosse haute de Seppälä – est exploitée par Dennis Rasmussen pour égaliser.
En troisième période, l’équipe locale réplique elle aussi en supériorité numérique. Harri Pesonen se positionne dans le slot et convertit la passe de Toni Rajala. Mais sur l’action suivante, c’est Otto Koivuka qui part en prison pour jeu dur. La Tre Kronor égalise par Patrik Karlkvist sur une action entachée d’un possible hors-jeu. C’est ce que pense toute la patinoire en regardant le ralenti sur les écrans du cube sous le toit… mais Pennanen en est bien moins sûr depuis son banc. Il n’a pas envie de prendre le risque de perdre son challenge et de provoquer une pénalité… alors que la Suède est déjà 2-2 en powerplay. Cette prudence stratégique de celui qui prône une tactique plus offensive est finalement bien avisée. Son équipe gagne à cinq minutes de la fin quand Mikael Ruohomaa envoie au fond le palet qui traîne dans le slot après un lancer de la bleue bloqué de Toni Rajala.
Ce dernier match confirme donc la tendance du tournoi : 3 défaites pour la Suède, dernière, 3 victoires pour la Finlande, première, avec 12 buts marqués. On a vu un changement de style. Les attaquants sont plus actifs sans palet et ne patinent plus en arrière. Surtout, les attaques sont déclenchées avec beaucoup plus de vitesse. Néanmoins, l’efficacité n’a pas été le fait de toute l’équipe, mais essentiellement d’une seule ligne, Rajala-Ruohomaa-Pesonen, avec de fantastiques stats pour Harri Pesonen (5 buts et 2 assists). On se gardera donc de proclamer trop vite que la Finlande connaît une floraison offensive générale.
Commentaires d’après-match :
Harri Pesonen (meilleur joueur de la Finlande) : « Nous n’avons pas eu beaucoup d’actions retardées. Les entraîneurs ont insisté sur le fait que nous ne devions pas laisser les adversaires installer leur formation défensive pendant que nous nous occupions du palet. Ce n’est pas toujours facile à exécuter, mais je crois que nous avons joué un hockey joyeux et actif. »
Antti Pennanen (entraîneur de la Finlande, photo ci-dessous) : « Bien sûr, je suis content de la victoire. Les joueurs se sont très bien engagés tout au long du tournoi. Nous voulions nous accrocher aux valeurs du lion, créées ici depuis de très nombreuses années, et elles ont été visibles hors de la glace et sur la glace. Nous avons réussi à défendre sur grande glace. Nous avons réussi à harceler l’adversaire et à l’empêcher d’attaquer. J’insiste sur le fait qu’on ne peut pas jouer du hockey total. Il y a de bonnes équipes adverses et elles ont aussi parfois des occasions. Nous avons affronté une équipe sous pression après deux défaites, qui passe bien, qui a un rythme rapide et qui a l’habitude de jouer un certain type de hockey dans la SHL, alors nous avons eu un peu de difficulté au début. Le 0-2 ne nous a pas déconcertés. À part le début, nous avons joué un bon match. Mais il est certain que la défense de notre zone, pas trop éprouvée, doit gagner en intensité et en cohérence. Néanmoins, c’était un bon niveau de compétition et beaucoup ont fait grimper leur cote. Y compris ceux qui avaient parfois été absents de l’équipe nationale. Par exemple, le gars à côté de moi [Pesonen]. »
photos : fédération finlandaise
Finlande – Suède 5-4 (0-2, 3-1, 2-1)
Dimanche 10 novembre 2024 à 17h00 à la Helsingin jäähalli. 8200 spectateurs.
Arbitres : Adam Kika et Jakub Šindel (TCH) assistés de Tommi Niittylä et Joni Pekkala (FIN).
Pénalités : Finlande 6’ (0’, 2’, 4’) ; Suède 8’ (2’, 0’, 6’).
Tirs : Finlande 17 (5, 7, 5) ; Suède 28 (10, 9, 9).
Évolution du score :
0-1 à 03’14’’ : Sellgren assisté de Friberg et Lang
0-2 à 15’15’’ : Steen assisté de Pettersson et Peterson
1-2 à 24’24’’ : Ruohomaa assisté de Pesonen
2-2 à 29’58’’ : Pesonen assisté de Kinnunen et Leppänen
3-2 à 36’00’’ : Ranta assisté de Kinnunen et Koivula
3-3 à 37’26’’ : Rasmussen assisté de Pettersson et Söderström (sup. num.)
4-3 à 49’52’’ : Pesonen assisté de Rajala et Salo (sup. num.)
4-4 à 50’58’’ : Karlkvist assisté de Pettersson et Söderström (sup. num.)
4-5 à 54’35’’ : Ruohomaa assisté de Rajala et Pesonen
Finlande
Attaquants :
Patrik Puistola – Hannes Björninen (C, -1) – Waltteri Merelä (A, -1)
Veli-Matti Savinainen (-1) – Miro Aaltonen (-1) – Arttu Ruotsalainen (-1)
Toni Rajala (+2) – Mikael Ruohomaa (+3) – Harri Pesonen (A, +3, 2’)
Kristian Vesalainen (+1) – Otto Koivula (+1, 2’) – Sampo Ranta (+1)
Défenseurs :
Robin Salo – Lassi Thomson (-1)
Atro Leppänen (+2) – Otto Leskinen (+1)
Rasmus Rissanen – Santtu Kinnunen (+1)
Peetro Seppälä (+1, 2′)
Gardien :
Harri Säteri
Remplaçants : Emil Larmi (G), Petteri Puhakka (A). En réserve : Mikko Lehtonen, Nuutti Viitasalo (D), Juho Lammikko, Ahti Oksanen (A).
Suède
Attaquants :
Andreas Johnson (-2) – Emil Pettersson (-1) – Oskar Steen (-1)
Oskar Lang (+1) – Dennis Rasmussen (A, +1) – Max Friberg (+1)
Linus Weissbach – Anton Bengtsson (A) – Patrik Karlkvist (-1)
Filip Cederqvist (-2, 2’) – Christoffer Ehn (-2) – Pontus Andreasson (2’)
Jacob Peterson (+1)
Défenseurs :
Henrik Tömmernes (C, -3) – Christian Folin (-2, 2’)
Jesper Sellgren (+1) – Filip Berglund (+1)
Marcus Hardegård – Filip Johansson (-1, 2’)
Victor Söderström (-1)
Gardien :
Jacob Johansson [sorti à 57’45’’]
Remplaçant : Erik Källgren (G). En réserve : Mattias Norlinder (D), Filip Hållander (A).











































