En collaboration avec ProOxy, l’IIHF annonce soutenir l’arrivée de l’Ultimate Hockey League (UHL), une ligue professionnelle de 3 contre 3, et explique voir en ce projet un hockey « plus rapide, plus dynamique et plus excitant que le format traditionnel ». Sous-entendant donc que le sport le plus rapide du monde nécessite lui aussi de l’être toujours plus.
Le format démocratisé par l’ex-footballeur international espagnol Gérard Piqué, « censé révolutionner le football et relancer les audiences d’un sport en perte d’audience », fait son entrée dans le hockey sur glace. Ou presque. Le format de cette nouvelle compétition tient en son pitch les codes de ce pour quoi la Kings League a vu le jour : redynamiser un sport en proposant une alternative plus dynamique et créée pour une nouvelle génération habituée aux contenus en flux. En ce sens, naît donc un format plus court, ici 2 périodes de 12 minutes dans le cas de l’UHL, un nombre de joueurs réduit (3 contre 3) et une production faite pour engendrer toujours plus de highlights et entrer à son tour dans la culture du flux continu. Une volonté assumée par Andreas Goebel, cofondateur de ProOxy : « La production est construite de manière à mettre en lumière les moments clés du match […] notamment par le biais d’une diffusion continue de highlights, réels et stories à travers les plateformes adéquates ». Le but final, une entrée au programme olympique de 2034.
Seulement voilà, pour espérer pouvoir s’inscrire au programme olympique de 2034, la discipline doit faire son entrée dans les mœurs du monde entier, d’où l’implication de l’IIHF.
Mais la compétition, éloignée des habitudes européennes, peut-elle vraiment trouver son public ? Si elle entend prendre racine dans des « villes importantes, connues pour leur culture urbaine et leur intérêt grandissant pour le sport », elle tente de se différencier du modèle de la Kings League en se pensant capable d’attirer le public par elle-même. Or, en se posant deux secondes, il est difficile d’imaginer l’Ultimate Hockey League devenir, sans ambassadeur, une franche réussite sur le vieux continent.
D’autant plus qu’une multitude de sports ont déjà tenté cette même approche : le basketball s’est rapproché de ses racines venues de la rue en lançant et professionnalisant son 3 contre 3 dans un cadre singulier puisque les demi-terrains ont trouvé leur place dans le paysage des villes les plus iconiques. Du côté du rugby, le circuit du Sevens a permis à des nations émergentes de se faire une place sur le devant de la scène, mais connaît plus de mal à conquérir le public habitué au XV. Alors la création d’une ligue d’un sport minoritaire en dehors du continent nord-américain, dépourvue d’un ancrage territorial ou d’un affect pour ses ambassadeurs, peut-elle vraiment être la recette miracle sur un territoire qui ne jure que par la défense de ses couleurs ? Cela semble compliqué. D’autant plus si elle se dispute en parallèle des championnats domestiques.
L’interrogation soulevée ce jour est la suivante : l’IIHF ne nourrit-elle pas par le biais de ce projet son ambition intime de dynamiser son écosystème sur le continent asiatique en tentant de faire entrer le hockey dans la pop culture en le transformant en un prétexte à une expérience plus grande que le sport en lui-même ? Car si « l’UHL se veut un mix intense de hockey 3 contre 3, de culture, de musique avec des DJ sets, du live, de la street-food et d’entertainment urbain » pour tenter de conquérir un nouveau public, la création d’équipes sans ancrage territorial, sans figure de proue et se heurtant à des marchés d’ores et déjà bien établis, le projet semble ne pas cibler l’occident qui abrite pourtant le plus grand nombre de licenciés et de spectateurs à l’heure actuelle. À moins que cette ligue ne soit réduite à une série d’événements placés lors des trêves internationales ?
Pour autant, ProOxy et l’IIHF veulent y croire au regard des potentielles retombées économiques qui pourraient en découler. Car si le mix prend, il pourrait permettre au sport d’atteindre le marché que la compagnie de Markus Valier estime à 5,1 milliards de dollars d’ici 2030. Opteront-ils pour une diffusion en dehors des sentiers battus par le pas lourd des habitudes ? Les ligues féminines trouvent petit à petit leur public grâce à une diffusion gratuite et bien réalisée sur Youtube. L’IIHF ne serait-elle pas inspirée d’en faire autant ?
Une chose est sûre, si à ce jour la liste des villes susceptibles d’accueillir cette nouvelle compétition n’a pas été dévoilée, les propos tenus par les cofondateurs de la ligue et la description de leurs aspirations, force est de constater que la ligue pourrait bel et bien trouver écho sur le continent asiatique. Pour autant, la tenue d’une compétition itinérante, appuyée sur des patinoires elles aussi itinérantes, questionne alors que de plus en plus de politiques poussent les acteurs du jeu à se tourner vers des solutions vertes et durables.









































