La Hongrie a comme objectif de tester 40 à 45 joueurs jusqu’à la préparation aux championnats du monde. Les cadres ne seront donc pas systématiquement appelés lors des trois pauses internationales pendant la saison. De plus, Alex Horváth, Ferenc Laskawy et Domán Szongoth, tous déjà internationaux seniors, jouent cette semaine le Mondial U20 de division IB, où la Hongrie est en course pour monter (et donc pour remplacer la France en D1A).
C’est donc une équipe de Hongrie remixée, mais pas une équipe dépourvue de vétérans. Absent depuis plus d’un an en raison de blessures, István Bartalis a ainsi été convoqué cette fois-ci à 35 ans… mais ne joue pas contre la France pour cause de rotation. Battus en ouverture contre l’Italie (1-2), les Hongrois oscillent entre la volonté d’élargir leur effectif et de paraître sous leur meilleur jour dans ce tournoi Tamás Sárközy qu’ils disputent à Budapest devant une affluence d’ailleurs décevante.

La Hongrie affronte une équipe de France en configuration plus rajeunie, qui a aussi perdu son premier match. Les Bleus présentent leur neuvième débutant du week-end avec Philéas Perrenoud, aligné – à la place de Bachelet – sur un trio 100% novice entre Tommy Perret et Emil Tavernier. C’est justement Perrenoud qui concède un engagement en zone offensive face à Krisztián Nagy pour la première occasion hongroise, un tir d’István Terbócs détourné du bouclier par le gardien français titulaire du soir Antoine Keller.
Le match ne part pas sur un rythme fou entre une Hongrie qui attend une éternité derrière sa cage à chaque changement de ligne et une France qui ne presse guère pour ne pas sortir du plan de jeu décidé. Ce système fonctionne d’ailleurs très bien car les rouges ne trouvent aucun lancement de jeu en sortie de zone. Les Bleus – en blanc – récupèrent des palets et les amènent vers la cage, mais pèchent dans la finition. Bien décalé par Valentin Grossetête, Tomas Simonsen réussit le tir le plus dangereux, paré par la botte gauche d’Ádám Vay.
La vivacité du nouvel entrant Philéas Perrenoud lui permet d’intercepter et de filer à 2 contre 1, il choisit d’aller lui-même à la cage mais le défenseur Bence Szabó le contre pendant qu’il effectue sa feinte. Le jeu commence à s’animer. István Terbócs déborde Mathieu Mony et repique à la cage, Baptiste Bruche part seul en contre-attaque mais tire au-dessus. Maladroite dans le dernier geste, l’équipe de France n’a cependant rien concédé dans ces vingt minutes (9 tirs à 3).

Les occasions françaises sont encore plus nettes en deuxième période. Le premier bloc coince son homologue hongrois une minute dans sa zone, sans l’achever pour autant : le défenseur Antoine Fertin s’avance à gauche du but mais son tir échoue dans la mitaine. Une minute plus tard, Nikita Shalei réussit une belle interception à sa ligne bleue pour une transition immédiate en s’appuyant sur Perrenoud qui file sur l’aile gauche : le petit joueur de Cergy s’apprête à rendre le palet à Shalei juste devant le but adverse, mais le défenseur Gábor Tornyai contre la passe in extremis. Autre ligne, autre transition rapide avec un solide relais en zone neutre de Flavian Dair dans la bande. La bonne passe de Grossetête sert alors Kaylian Leborgne parti seul vers le but, mais c’est un faible tir dans la jambière droite du gardien.
Bálint Molnár donne une vilaine charge dans le dos de Mony près de la bande en zone française, c’est la première pénalité du match. Philéas Perrenoud s’installe dans le cercle droit en avantage numérique, mais sa reprise sur une bonne passe du revers de Kevin Bozon est parée par Ádám Vay. La seconde unité de powerplay entre en jeu, et elle n’a pas besoin de combinaison collective : c’est la qualité de tir de Tomas Simonsen qui lui permet de sortir du coin et de marquer en angle (0-1). L’équipe de France marque par son seul pur buteur. Baptiste Bruche, lui, tire encore dans la poitrine du gardien après avoir été lancé vers le but par Kevin Bozon.
Les « Ria Ria Hungária » répondent aux « Magya-Magyarország » dans les tribunes, sans que je puisse affirmer si ce sont deux encouragements complémentaires ou deux versions rivales de soutenir le pays-hôte. Dans tous les cas, sur la glace, c’est uniquement « Fran-France ». Le centre de Tommy Perret est coupé par Emil Tavernier qui met donc deux buts en deux jours. Guebey caresse la joue du jeune frère Perret pour le féliciter de ce premier point avec l’équipe de France.

La domination hongroise des deux dernières minutes avant la pause ne paraît d’abord pas inquiétante quand elle permet d’admirer une nouvelle interception de Perrenoud et la transition-éclair de Tavernier, mais le défenseur Roland Kiss rattrape bien Perret. Et quand Antoine Fertin se fait enlever le palet un peu facilement par István Terbócs, celui-ci décale parfaitement Krisztián Nagy pour une reprise en cage ouverte (1-2). C’était presque la seule erreur tricolore de ce deuxième tiers mais elle s’est payée cash ! Et puis, alors qu’il n’y a même pas le temps de prononcer son nom avant que la sirène ne retentisse, Gergely Mattyasovszky envoie une rondelle improbable depuis la bande en direction du but : elle ricoche sur le bras de Guebey et entre dans les filets (2-2).
Comment les hommes de Yorick Treille réagiront-ils à ce petit craquage doublé d’un coup de malchance ? Avouons-le, un bête surnombre pendant un contrôle du palet sans danger en zone défensive, ce n’est pas la réaction qu’on attendait. Au moins cette première infériorité numérique est-elle négociée dans encombre
Le match a néanmoins changé car la Hongrie est maintenant en confiance. Elle obtient désormais des séquences installées en zone française, et Mathieu Mony s’y fait même pénaliser pour avoir retenu Terbócs contre la bande. Une autre pénalité tuée, avec un très bon pressing de Fertin qui a un petit truc à se faire pardonner.
Csanád Ravasz fait trébucer Shalei. Le manque de maîtrise technique de la première unité de jeu de puissance ne lui permet pas de faire fructifier sa circulation de palet. Cela se passe de nouveau mieux avec la seconde : passe transversale de Charles Schmitt pour Tomas Simonsen qui contrôle et arme un puissant slap en pleine lucarne (2-3).
À dix minutes de la fin, sur une transition rapide, Jordan Hervé laisse glisser du revers le palet vers le slot où Simonsen vient battre le gardien à bout portant, côté plaque (2-4). Hat-trick pour le joueur de Rouen qui compense largement le manque de réalisme offensif de tous ses coéquipiers ! On croit même à un historique quadruplé mais Terbócs fait barrage devant la cage vide et le contre avec la crosse (photo ci-dessus). C’est Dair qui aura droit au but dans les filets déserts en bénéficiant d’une passe en retrait hongroise qui saute par-dessus la palette de Dobos (2-5).
Dans une semaine marquée par les multiples avances gâchées par les moins de 20 ans, l’équipe de France senior a pourtant failli elle-même tout perdre en une minute. Mais il est rassurant de constater que ces internationaux encore très jeunes ont déjà acquis une maturité suffisante pour gérer ces petites contrariétés. Les Bleus ont dominé de bout en bout le reste du temps et livré un match très maîtrisé et satisfaisant contre un adversaire qui (lui) s’est maintenu en élite en mai dernier.
Même sans ses cadres, et même avec une adversité moindre qu’aux JO, Yorick Treille tient à son système défensif efficace qui verrouille la zone neutre. La Hongrie n’a vraiment jamais trouvé la clé, ne tirant que 11 fois au but. Mais si les Français aspirent les palets et déploient des transitions rapides, leur efficacité face au but reste un souci. Il y a des joueurs vaillants mais dont le manque d’habileté devant le but reflète peut-être des déficits remontant à un jeune âge en matière de formation et de temps de jeu. Et puis il y a quelques talents qui se démarquent si facilement que leur apprentissage du jeu sans palet ne suit généralement pas le cours espéré. Et si le hockey français peinait avant tout à développer des hockeyeurs complets ?
Désignés joueurs du match : István Terbócs pour la Hongrie et Tomas Simonsen pour la France (Bence Stipsicz est aussi honoré pour avoir atteint 100 sélections).

Hongrie – France 2-5 (0-0, 2-2, 0-3)
Samedi 13 décembre 2025 à 19h00 au Tüskecsarnok de Budapest. 1677 spectateurs.
Arbitres : Renátó Tóth et Bence Belák (HON) assistés de Njaal Søstumoen (NOR) et Balázs Sábián (HON).
Pénalités : Hongrie 4’ (0’, 2’, 2’) ; France 4’ (0’, 0’, 4’).
Tirs : Hongrie 11 (3, 3, 3) ; France 36 (9, 17, 10).
Évolution du score :
0-1 à 32’28” : Simonsen
0-2 à 36’17” : E. Tavernier assisté de T. Perret et Perrenoud
1-2 à 39’35” : Nagy assisté de Terbócs
2-2 à 39’59” : Mattyasovszky assisté de Terbócs
2-3 à 51’33” : Simonsen assisté de Schmitt et E. Tavernier (sup. num.)
2-4 à 53’25” : Simonsen assisté de Hervé et Guebey
2-5 à 59’55” : F. Dair (cage vide)
Hongrie
Attaquants :
Csanád Erdély (C, -1) – János Hári (A, -3) – Péter Vincze (-1)
Csanád Ravasz (2’) – Krisztián Nagy – István Terbócs (A, +1)
Márton Nemes – Mihály Bendegúz Dobos (-1) – Gergely Mattyasovszky (-1)
Zsombor Galajda (-1) – Bálint Molnár (-1, 2’) – Maxim Szabó Rácz
Défenseurs :
Márkó Csollák (-1) – Roland Kiss (-1)
Gábor Tornyai – Bence Szabó
Bence Stipsicz (-1) – Donát Horváth (+1)
Milán Horváth (-1) – Zétény Hadobás
Gardien :
Ádám Vay [sorti de 55’10” à 56’46” et de 57’44” à 59’55”]
Remplaçant : Dominik Horváth (G). En réserve : Bence Bálizs (G), Simon Szathmáry (D, blessé), Tamás Ortenszky (D), István Bartalis, László Farkas (A), András Mihalik (A, malade).
France (2’ pour surnombre)
Attaquants :
Kevin Bozon (C, -2) – Adel Koudri (-2) – Baptiste Bruche (-2)
Tomas Simonsen (+2) – Jordan Hervé (+2) – Téo Sarliève (+2)
Emil Tavernier (+2) – Philéas Perrenoud (+1) – Tommy Perret (+2)
Flavian Dair (+1) – Kaylian Leborgne (+1) – Valentin Grossetête
Défenseurs :
Charles Schmitt (+3) – Enzo Guebey (A, +2)
Thomas Thiry (A) – Mathieu Mony (2’)
Mathis Despatie – Enzo Cantagallo (-1)
Antoine Fertin (-1) – Nikita Shalei
Gardien :
Antoine Keller
Remplaçant : Martin Neckar (G). En réserve : Quentin Papillon (G), Matias Bachelet, Paul Joubert (A).









































