Le leader de la Ligue Magnus a chuté à domicile. Dans une rencontre largement dominée mais mal conclue par les Dragons de Rouen, les Diables Rouges de Briançon se sont imposés aux tirs au but au terme d’un match peu rythmé, presque mou, sans émotion, mais tactiquement maîtrisé par les hommes de Pierre Bergeron. Une victoire de prestige pour les Haut-Alpins, qui mettent fin à douze années sans succès à l’Île Lacroix.
Une domination rouennaise sans efficacité
Privé de son gardien titulaire Mac Carruth, Rouen lançait Lucas Mugnier dans la cage pour un second match de suite pour la première fois de la saison. Tandis que Briançon faisait confiance à Mathis Thirion, également remplaçant habituel de Outhouse. C’est seulement le sixième départ, dans la ligue Magnus, du portier de 21 ans, le troisième cette saison. Dès le premier tiers, les Dragons prenaient le contrôle du jeu. Plus rapides, plus présents offensivement, ils se procuraient de nombreuses situations franches. Nesa à 2’56, Roy à 3’30, Schmitt à 5’03, Tessier à 13’45 Vigners à 15’32 et encore Schmitt à 15’50.
Malgré 16 tirs cadrés, Rouen se heurtait à un Thirion inspiré, parfois chanceux, mais toujours décisif. Le gardien a volé un but face à Rech lors d’un contre surnuméraire rouennais (7’56). Briançon, souvent dominé résistait à l’image de Chausserie Lapree qui s’est brillamment interposé sur un autre deux-contre-un du RHE (8’37). Les Diables Rouges ont aussi utiliser des rares projection plus ou moins rapidessur laquelle Mugnier s’est montré rassurant sur le revers de Fine (3’53). Plus tard, Chakiachvili, à la limite du contre son camp, a joué les pompiers de service entre Dorfman et Fine (10’46).
En fin de période, les coéquipiers de Lampérier ont abandonné leur momentum. Despatie réussit un jeu risqué à sa ligne bleue lors d’une transition qui aboutira à une chance d’Abramov juste devant le cerbère rouennais. Lampérier était en retard et Tessier n’a pas franchement pris son homme. Mugnier est décisif devant l’ailier droit adverse (17’08). Quelques secondes plus tard, l’attaquant de 33 ans est encore dangereux. Toujours parce que Lampérier s’est fait coinçé derrière et que Tessier est encore une fois « tout croche » et laisse tomber son repli défensif. Mugnier gomme du plastron la capitulation de l’ex-Picard (17’28). Les visiteurs regagnaient les vestiaires sur un score nul et vierge sans inquiétude.
Lavoie débloque la situation, Rouen ne creuse pas l’écart
Le second tiers offrait un rythme plus fermé. Briançon resserrait ses lignes et limitait les espaces. En début de période, Rouen conservait néanmoins l’initiative. Lafrance (20’43), Bouraman (21’09) et Simonsen (24’13) ont fait briller Thirion. Les Dragons finissaient par être récompensé, lorsque Lavoie, servi par Regush, entre les oreilles, ouvrait le score. Briançon n’arrivait pas à sortir la rondelle de son territoire. Pour une première fois les visiteurs semblaient désorganisés au bout de leur système (1-0 à 26’24).
Ce but ne libérait toutefois pas les Dragons. Moins incisifs que lors du premier acte, ils ne poursuivaient pas leur effort et ne parvenaient pas à faire le break. Parce qu’ils n’étaient pas dangereux malgré une possession majoritairement favorable (10 tirs à 5 dans la période). Briançon, discipliné et appliqué, au contact restait dangereux. Les visiteurs ont eu plusieurs occasions d’égaliser. Une attaque surnuméraire menée par Sato, où Yeo faisait, lui, un gros repli après sa perte de palet conjoint à Vigners, a été contrecarrée par Chakiachvili (29’30). Sur un revirement causé par Vigners mal servi en entrée de zone, Abramov a lancé deux fois sur le même mouvement offensif. Sur les deux tirs, pris dans le cercle droit et en plein slot, Mugnier a été solide (29’55). En fin de deuxième acte, Rouen sort un peu de sa torpeur. Simonsen sur réception (34’20) et Lafrance qui balaye (34’51) lancent des cercles droit et gauche. Thirion est attentif sur ces lancers extérieurs. Pour terminer le vingt, le public s’endort avec ses favoris sur un avantage numérique…

Briançon égalise et fait durer le suspense
Dans le troisième tiers, Rouen n’a pas haussé son rythme. Les Dragons continuaient de pousser, mais sans conviction. À bout d’idées ? Contrarié par un engagement timoré de ces joueurs, Carl Mallette allait jusqu’à aligner cinq droitiers en supériorité (!) et se retirer une marge de manœuvre dans un exercice qui avait jusque là progressé… sans résultat. Maintenant les joueurs des bords de Seine se montraient imprécis dans le dernier geste (Lavoie à 48’56, Lampérier 51’23 & Tessier à 51’46). Thirion n’avait presque plus de travail à faire. Briançon, bien organisé défensivement, coupait assez facilement les tirs et les passes, adverse. Les Haut-Alpins profitaient de leur seconde opportunité du tiers pour égaliser. Parti de son territoire et une projection rapide, Dubois, qui a surpris Holway après une mise en jeu et Chakiachvili devant le banc rouennais, a servi Dorfman. Sur l’oreille gauche le Suédois a croisé son lancer des poignets au-dessus du gant d’attrape de Mugnier (1-1 à 53’05). Un but contre le cours du jeu, mais révélateur des difficultés rouennaises à concrétiser leur domination (11 tirs à 4).
Les Dragons, en jouant sans conviction, ont laissé passer leur chance et s’exposaient à un tel scénario face à une équipe sérieuse et bien place même avec un back-up aussi peu expérimenté. Les Normands n’ont pas su réagir en équipe. Les initiatives individuelles, une bouillie assez infâme, n’ont pas apporté de danger sur la cage de Thirion. Une seule plus collective apportait un frisson dans les gradins lorsque Vigners lançait Colomban en confrontation avec le portier adverse. Le tir sans feinte du joueur de centre, comme un symbole de la rencontre, n’a pas mis Thirion en difficulté (58’00). Au moins lors de la défaite à Gap (similaire dans le comportement pendant 2 tiers), il y avait eu un changement d’attitude qu’il n’y a pas eu ce soir.

Prolongation stérile, tirs au but décisifs
La prolongation voyait Rouen conserver l’avantage territorial, sans toutefois se montrer réellement dangereux. Une opportunité en supériorité numérique restait inexploitée, dans la continuité d’un match marqué par un manque d’efficacité offensive.
La décision se faisait donc aux tirs au but. Briançon se montrait plus réaliste (3 réussites sur 5), tandis que Rouen ne convertissait que deux tentatives. Sato inscrivait le tir décisif, offrant la victoire aux siens.
Avec 41 arrêts, Mathis Thirion a livré une prestation de haut niveau et s’est imposé comme l’homme du match. C’est sa première victoire en ligue Magnus et son plus haut taux d’arrêt 97,6%. Lucas Mugnier (19 arrêts) a tenu son rang, mais s’est montré moins à l’aise lors de la séance de tirs au but.
Si Rouen a largement dominé au tir sur l’ensemble de la rencontre, l’inefficacité offensive et le manque d’impact de plusieurs individualités ont pesé lourd. Briançon, en revanche, a proposé un match collectif solide, fondé sur une rigueur défensive constante et une grande discipline tactique. Leurs sticks actifs dans les lignes de passe ont été impeccables. Peu de forecheck agressif. Repli rapide en zone neutre. Pression essentiellement à partir de la ligne rouge. Ce succès confirme la capacité de Briançon à rivaliser avec les cadors de la Ligue Magnus. Après Grenoble, les Diables Rouges font tomber Rouen et poursuivent une saison remarquée.
Pour Rouen, en revanche, cette défaite souligne un état d’esprit délicat à cause de joueurs ne jouant pas pour leur coéquipiers. Il y a eu un manque de soutien du troisième homme dans les deux sens de la patinoire. L’absence des guerriers de l’équipe Carruth et Phelan n’est peut-être pas étrangère à cet état d’esprit défaillant. Tactiquement, les Rouennais ont trop peu utiliser de jeu est-ouest. Thirion a eu un travail facilité par l’absence de trafic devant lui. Les rendements de Rech et de Simonsen, actuellement bien au-dessus de leurs standards, devaient bien baisser à un moment. Ce soir cela a été le cas. Ils n’ont pas pu compenser les failles de leurs coéquipiers qui n’ont pas haussé leur volume de jeu.
Cette victoire briançonnaise en terre normande n’est ni un hold-up ni un accident, mais le fruit d’un plan tactique exécuté avec rigueur et d’un état d’esprit rompu. Dimanche, on remet le couvert, à Briançon cette fois, pour jouer un match en retard de la 14e journée entre les deux équipes.
Commentaires (dans Paris-Normandie):
Carl Mallette (coach de Rouen) : « Quand tu as cinq ou six joueurs qui ont eu un bon match, tu ne peux pas gagner. Mauvaise journée, mauvaise journée, mauvais entraînement matinal, mauvaise gestion. Ceci étant dit, défensivement, la vérité, c’est qu’on n’a pas donné grand-chose. On aurait pu trouver une façon de gagner, même en jouant de cette manière. On aurait pu sortir avec la victoire. L’avantage numérique allait super bien dernièrement et a été catastrophique ce soir. L’énergie était fade aujourd’hui. Je m’inclus bien évidemment avec eux. C’est le pire match qu’on a vu de la saison ici à Rouen. Encore une fois, même en deuxième, en troisième période, on tarde à mettre le deuxième. On a des occasions, on ne le met pas. On se prend un but derrière. Lorsque notre premier trio, comme ce soir, ne produit pas, ça va prendre plus d’offensive de certains joueurs aussi. Ce n’est pas toujours aux mêmes de marquer des buts. Il faut s’améliorer offensivement. Cette saison, l’équipe a souvent montré au moins un minimum d’envie, un minimum d’implication à chaque fois. On a le sentiment que ça manquait par rapport à d’habitude. Pour une fois, ça manquait vraiment d’émotion. Ça se sent facilement comme entraîneur derrière le banc. C’est à toi comme entraîneur d’essayer de les réveiller. Ce soir, disons que c’était difficile de les mettre dans le match. Peut-être une mauvaise gestion cette semaine au niveau de l’énergie. Je ne sais pas ce qui est arrivé. C’est le premier match que je me sens flat comme ça. Ça fait deux matchs qu’on est plutôt fade, sans énergie. Je ne pense pas que ce soit seulement dû à la perte de James Phelan, mais il est parmi ceux qui mettent de l’énergie. Lui, il travaille tous les soirs. Il y en a quatre, cinq ce soir qui ont essayé de mettre de la vie. Lorsque tu n’as pas de vie, pas d’émotion au hockey, tu ne marques pas. Tu es malchanceux sur des appels de l’arbitre. Pour moi, tu ne peux pas jouer au hockey sans émotion. Il n’y a pas grand-chose à dire ce soir. Les choses seront dites lorsque ce sera le bon moment. La bonne nouvelle, c’est qu’on part quatre jours sur la route. Donc, on aura la chance de rencontrer les joueurs pour leur montrer quelques séquences qui ont fait défaut. »
Rouen – Briançon 1-1 (0-0, 1-0, 0-1, 0-0) / 2-3 aux tirs au but
Vendredi 23 janvier 2026 à 20h00, à la patinoire Nathalie Pechalat.
Arbitres : Alexandre Bourreau et Jeremy Metais assistés de Quentin Cady et Thomas Simon
Tirs : Rouen 42 (16, 10, 11, 5) ; Briançon 20 (10, 5, 4, 1)
Pénalités : Rouen 4′ (0′, 0′, 2′, 0′) ; Briançon 8′ (0′, 2′, 4′, 2′)
Supériorités : Rouen 0/4 ; Briançon 0/1
Évolution du score :
1-0 à 26’24” : Lavoie assisté de Regush et Gresock
1-1 à 53’05” : Dorfman assisté de Dubois et Fine
Tirs au but :
Rouen : Lafrance (réussi), Regush (manqué), Rech (réussi), Simonsen (manqué), Lavoie (manqué).
Briançon : Abramov (réussi), Reynaud (réussi), Djigaouri (manqué), Sato (réussi), Dubois (manqué).
Rouen
Attaquants :
Anthony Rech – Simon Lafrance – Tomas Simonsen
Chase Gresock – Michael Regush – Alexandre Lavoie
Loïc Lampérier (C) – Julien Tessier – Tommy Perret
Rolands Vigners – Robin Colomban – Vincent Nesa
Arrières :
Florian Chakiachvili (A) – Patrick Holway
Pier-Olivier Roy – Gustav Bouramman
Dylan Yeo (A) – Charles Schmitt
Gardien :
Lucas Mugnier (19 arrêts)
Remplaçant : Alexandre Aloyan (G). Absents : Mac Carruth (malade) et James Phelan (raisons personnelles)
Briançon
Attaquants :
Kohei Sato – Fedrik Stromberg (C) – Matthew Barnaby Jr
Antonin Fine – Braiden Dorfman – Chase Dubois
Lucas Bonnardel – Joran Reynaud – Norbert Abramov
Olivier Dame-Malka – Yoan Colomban – Benjamin Bérard
Arrières :
Kyle Pouncy (A) – Adrien Bisson
Léo Faure – Mathis Despatie
Aurélien Chausserie Laprée – Sacha Djigaouri
Gardien :
Mathis Thirion (41 arrêts)
Remplaçant : Hugo Ferrus (G). Absents : Griffen Outhouse, Yonis Penet, William Persson et Valère Vrielynck (?) et Christopher Collin (départ)










































