
Dans le cas de Bordeaux, cela représente même un exploit ! Depuis la reprise en août, c’est la première fois que les Boxers parviennent à aligner tous leurs joueurs (matchs de préparation inclus). Et ça tombe bien car les locaux sont particulièrement motivés pour cette partie. À l’aller, les Chiefs avaient corrigés les Boxers en offrant un blanchissage à leur portier Bryce Luker. Mais en plus du score (6-0), c’est la manière qui avait énervés les Bordelais. Malmenés par une équipe rugueuse, où les charges dangereuses et les cinglages furent légion, les hommes de Stéphan Tartari étaient rentrés à la maison avec la bagatelle de trois blessés (dont le coude de Cyril Lambert resté indisponible)… Sur le coup, les Bordelais avaient fais preuve de naïveté, presque de « gentillesse », en se laissant marcher dessus. Autant dire que ce coup-ci, ils n’ont pas l’intention de se laisser avoir, chez eux qui plus est !
D’ailleurs, dès l’entame de match, les charges sont bien appuyées et les contacts nombreux. Dans un premier temps, les Boxers semblent de nouveau ne pas réagir. Cela permet à Gustav Elfving de se faire oublier et de se créer la première occasion dangereuse, mais Burnet ferme bien l’angle. L’offensive du Suédois semble réveiller les velléités bordelaises puisque Boubé puis Wiart commencent à sortir les épaules. Le pressing de plus en plus haut gêne les sorties de zone gargeoises. Lorsqu’ils parviennent enfin à rentrer dans la zone bordelaise, les Chiefs se font vitre contrer à l’image de Cyril Boubé qui intercepte une diagonale, s’avance à la bleue et envoie un puissant shoot que Luker capte. Voulant relancer rapidement, le portier visiteur passe à un défenseur derrière son but, celui-ci s’avance, tente une passe vers l’avant mais Lafrancesca, collé à la bande, intercepte le palet, repique au centre et envoie un lancer qui passe au dessus de la mitaine de Luker (1-0, 04’16 »).

Et puis arrive la neuvième minute, un des tournants du match : Dave Grenier est en possession du palet derrière son but, se décale et adresse une passe dans la zone neutre. Parti au pressing, Marc-André Crête ne s’arrête pas et pulvérise littéralement la tête de Grenier contre la bande ! Charge dans le dos, les deux patins décollés, « dix » pas d’élan, à retardement, la crosse avant pour prendre Grenier par derrière pour que sa tête s’écrase contre la bande, tout est réuni pour que l’on qualifie cet acte d’attentat ! Pendant que le Québécois reste au sol, Carignan et surtout Courally viennent expliquer à Crête leur manière de penser. La bagarre est vite stoppée par l’intervention de M. Champion, mais on n’en reste pas là car Grenier, qui s’est relevé avec une lèvre éclatée sur l’impact, a bien envie d’en découdre lui aussi avec son agresseur. Ses coéquipiers l’en dissuadent. Le trio arbitral prend le temps de faire le point sur la situation et cela aboutit à la seule sanction possible : l’exclusion directe et définitive de Marc-André Crête qui rejoint le vestiaire tout surpris d’avoir été expulsé ! Mais il n’est bien sur pas le seul sanctionné : Nicolas Courally, pour s’être vengé, hérite de 2’+2′, alors que Gaëtan Portier s’en va jouer le rôle de substitut gargeois pour cinq minutes.
On pense que cela va avoir calmé les esprits mais c’était sans compter sur la volonté des Chiefs de pourrir un peu plus la rencontre. Une fois de plus, c’est sur une relance de l’arrière-garde bordelaise que se produit la nouvelle échauffourée. Alors que la défense a dégagé au loin, Sean Roche, lui, continue sa course et s’en va charger… Christophe Burnet ! Le portier bordelais était bien tranquillement dans sa zone quand il est percuté de plein fouet par l’attaquant des Chiefs. Sachant que Sean Roche était depuis le match aller dans le colimateur des Boxers pour ses phrases arrogantes et ses gestes dangereux, la situation a très vite dégénéré : Boubé se rue sur le 44 et lui assène quelques gentilles baffes ! Et après, c’est la mêlée totale, des duos de boxe de rue (ou plutôt de glace) s’improvisent : Carignan/Williams, Lafrancesca/Sallander, Majer?ák/Baslyk, tout le monde y va de bon cœur…

Le jeu reprend en quatre contre trois et le public, qui a beaucoup donné de la voix pendant les évènements, espère que cela va se calmer un peu. Dans cette configuration, les Bordelais sont les plus à l’aise : Grenier, à la pointe décale Savage qui change pour Carignan qui remet aussitôt à l’opposé à Lassalle qui propulse le palet dans la lucarne de Luker (2-0, 09’51 »). Bien entendu, après cela, le rythme paraît plus lent, mais les deux équipes ne ferment pas le jeu pour autant. Les Boxers sont toujours aux avant-postes mais Luker veille au grain. Et lorsqu’il lui arrive d’être en retard, ce sont les Bordelais qui manquent d’opportunisme comme quand Lambert rate le cadre en reprenant du revers une passe de Grenier. C’est encore le cas lorsque Lafrancesca intercepte un palet dans la neutre et fait parler sa pointe de vitesse pour se retrouver en break : il freine sur l’arrière des patins, feinte le portier mais manque le cadre grand ouvert ! Luker se reprend bien dans la foulée en repoussant le tir de Courally et le rebond de Lassalle. Inutile de préciser qu’à ce moment-là, les Chiefs ne restent dans le match que grâce à la performance de leur gardien.
La faute de Jan Majer?ák contrecarre les plans des locaux : Burnet maintient le double avantage en annihilant les tentatives de Jeannin, Baslyk ou Roche. La fin de tiers s’équilibre et les Gargeois se créent même les meilleures occasions. Ils auraient pu profiter d’une situation idéale lorsque Lafrancesca manque sa relance, permettant à Jeannin d’intercepter et de pouvoir se lancer seul à l’assaut de la cage de Burnet. Malheureusement pour lui, Lafrancesca est en grande forme et réalise un geste défensif de grande classe en plongeant pour contrer le palet dans la crosse du jeune espoir francilien. Sallander tentera bien quelques relances de l’arrière mais ces coéquipiers se heurtent au mur défensif bordelais. On finit le tiers avec un équilibre rétabli et une équipe gargeoise plus entreprenante. Si Sean Roche perd encore un peu plus de crédit en balançant Majer?ák la tête la première contre la bande, ses coéquipiers ont su se recentrer sur l’essentiel.
On attend de voir comment les deux équipes gèreront le deuxième vingt, une période souvent difficile pour les Boxers. Ils se doivent de maintenir la pression sur les Chiefs afin de continuer à fatiguer la défense qui a perdu gros lors de l’expulsion de Crête. Du coup, Stéphan Tartari insiste bien sur la nécessité de faire patiner les défenseurs adverses. Si les visiteurs sont plus prompts à se remettre à l’ouvrage, ni Jeannin, ni Jean-Bernard Aurouze ne parviennent à faire la différence. La première réaction locale est une fois de plus signée Lafrancesca : un petit pont suivi d’un dribble de côté lui permettent de se présenter face à Luker, mais celui-ci referme bien les jambes pour stopper la rondelle. Quelques secondes plus tard, les Gargeois se retrouvent de nouveau en infériorité numérique, ce coup-ci à cause d’un surnombre. Bordeaux ne sort pourtant de sa zone et Sallander, à la bleue, tente de trouver la lucarne de Burnet mais finalement, il ne trouvera que la tête de Jaros dont le casque lui sauve bien la mise !

Les minutes qui suivent vont permettre à Burnet de se mettre de nouveau en évidence : Larrieu puis Lafrancesca rejoignent en effet le banc des pénalités. Le premier gros shoot est enregistré dès la mise en jeu, mais le magnifique one-timer de Sallander est capté par la « mitaine-magique » de Burnet. Puis pendant trente secondes, il s’agira d’un remake de Fort Alamo pour la défense bordelaise : Pérez n’hésite pas à se sacrifier plusieurs fois en se jetant sur la glace, Wiart joue des coudes pour écarter le trafic devant un Burnet qui se déploie dans tous les sens pour empêcher cette rondelle de rentrer. Les pénalités se terminent mais les locaux n’ont pas le temps de se remettre en place qu’un tir masqué de David Sallander passe entre les jambières de Burnet (2-1, 30’30 »). Avec ce but qui relance Garges, on craint que Bordeaux ne retombe dans ses habituels travers et ne vive un deuxième tiers catastrophique.
Mais ces Bordelais-là en ont gros sur le cœur et ne tardent pas à réagir. Garges repart pourtant à l’attaque par l’intermédiaire de Roche qui envoie le palet au fond. Cyril Boubé est le premier sur la rondelle et voit arriver droit sur lui l’ailier gargeois. Connaissant le loustic, Boubé fait un pas de côté et laisse Roche s’écraser tout seul contre la bande. Sa relance trouve Courally qui perce sur la droite, remet au centre à Carignan qui décale Lafrancesca, seul au second poteau, qui marque (3-1, 11’02 »). Dans la foulée, Jean-Bernard Aurouze se rend coupable d’un accrocher. Ce dernier est vite défendu par son frère et voilà les deux frangins en train d’hurler après l’arbitre… Seulement, comme seul le grand frère est habilité à le faire, Jean-Bernard hérite en sus d’un dix minutes de méconduite. L’engagement se fait donc dans la zone gargeoise. Lassalle remporte l’engagement et passe derrière lui à Majer?ák. Celui-ci contrôle et arme son shoot. Luker semble sur la trajectoire mais la palette de Lassalle traine par là et envoie le puck dans les filets (4-1, 32’48 »). Voilà les Boxers de nouveau avec une marge de manœuvre.

Dans le couloir des vestiaires, les discours sont bien différents : si Roche se plaint auprès de son coach de l’arbitrage féminin (dans des termes que nous ne pouvons reproduire ici) du soir, les Bordelais tentent d’organiser leurs plans pour la dernière période. Éric Lamoureux demande à son joueur de se concentrer sur le match, rien que le match, mais son visage trahit de vives inquiétudes sur la capacité de son équipe à revenir dans le match. Si Stéphan Tartari apparaît plus détendu, il sait que tout n’est pas encore joué et qu’il va falloir maintenir la pression.
Et la pression, elle est mise d’entrée, y compris sur le plan physique. Dès la quarantième seconde, Majer?ák effectue une superbe mise en échec sur Sean Roche. Cette action a été saluée tel un but par le public bordelais qui a pris en grippe le 44 gargeois et le hue à chaque fois qu’il touche le palet… Le rythme est un peu retombé mais Lafrancesca, très en verve, accélère, lance Courally qui passe à Carignan dont le shoot flirte avec la lucarne de Luker. Courally est envoyé de nouveau en prison, sans conséquence. Ce sont même les Boxers qui se créent les plus belles occasions mais, encore et toujours, Luker multiplie les arrêts de grande classe !
Les Bordelais ont bien un frisson dans le dos à la mi-tiers lorsque Burnet relâche un palet qu’il avait très joliment capté avec la mitaine, mais il se reprend très vite en s’allongeant sur la rondelle. Le rythme retombe encore un peu et l’issue du match ne fait guère de doute. Pourtant les Bordelais continuent à aller de l’avant : Lambert intercepte une passe mal ajustée à la neutre et s’en va tromper subtilement Luker d’un revers à bout portant (5-1, 54’28 »). Les Chiefs baissent un peu plus les bras et lorsque Lafrancesca s’échappe une nouvelle fois, David Williams est contraint de le stopper irrégulièrement, entraînant un tir de pénalité. Lafrancesca veut se faire justice lui-même, il s’élance, et propulse le palet sous la mitaine de Luker (6-1, 55’20 »). L’écart de six buts du match aller n’est désormais plus loin et les dernières minutes se jouent sous les chants lancés depuis le kop de l’Esprit Boxers : « Il en manque un… Il en manque un… » Et ce but manquant, il interviendra à cinquante secondes du terme : Lambert gagne la mise en jeu passe derrière lui à Pérez qui décale Boubé. Ce dernier contrôle et envoie un missile haute précision en direction de la lucarne d’un Luker médusé (7-1, 59’10 »).

Côté bordelais, la troisième étoile est tombée dans l’escarcelle de Christophe Burnet qui a su tenir la baraque quand Garges a semblé reprendre du poil de la bête. Si l’inamovible Lassalle a encore été gratifié d’une étoile grâce à ses deux buts, il ne faisait aucun doute quant à l’identité du lauréat du match : Gautier Lafrancesca signe là un retour retentissant, lui qui a été stoppé deux fois dans sa saison à cause d’une crise d’appendicite puis d’un claquage. Avec un triplé et une activité de tous les instants dans les deux sens du jeu, il permet de lancer son équipe sur les bons rails pour cette année 2010.
On peut également tirer un grand coup de chapeau à Mlle Picavet et à ses deux assesseurs ! Ils ont su tenir un match qui aurait pu très vite partir dans une bagarre rangée. Les sanctions furent logiques des deux côtés même si tout le monde n’en est pas persuadé. Ainsi, Jean-Denis Aurouze, capitaine et manager des Chiefs, donnait sa vision toute particulière de l’arbitrage à la sortie du vestiaire : « Ils ont été meilleurs que nous mais… J’ai rien contre le fait que ce soit une femme… mais deux… pour arbitrer, non ! » Le demi-sexisme, une nouvelle théorie est donc née ce soir !
Bordeaux – Deuil/Garges 7-1 (2-0, 2-1, 3-0)
Dimanche 2 janvier 2010 à la patinoire de Mériadeck. 1420 spectateurs.
Arbitrage de Marie-Tjana Picavet assistée de Charlotte Girard et Vincent Champion.
Tirs : Bordeaux 52 (22, 14, 16), Deuil/Garges 23 (5, 10, 8).
Engagements : Bordeaux 27 (11, 6, 10), Deuil/Garges 36 (12, 12, 12).
Évolution du score :
1-0 à 04’16 » : Lafrancesca assisté de Grenier
2-0 à 09’51 » : Lassalle assisté de Larrieu et Savage (sup. num.)
2-1 à 30’30 » : Sallander assisté de Baslyk et Elfving
3-1 à 31’02 » : Lafrancesca assisté de Carignan et Courally
4-1 à 32’48 » : Lassalle assisté de Majer?ák (sup. num.)
5-1 à 54’28 » : Lambert
6-1 à 55’20 » : Lafrancesca (tir de pénalité)
7-1 à 59’10 » : Boubé assisté de Pérez et Lambert (sup. num.)
Bordeaux
Gardien : Christophe Burnet.
Défenseurs : Dave Grenier – Mickaël Wiart ; Jan Majer?ák (A) – Christophe Pérez ; Cyril Boubé.
Attaquants : Raphaël Larrieu (C) – Xabi Lassalle – Jean-François Savage (A) ; Alexandre Carignan – Nicolas Courally – Gautier Lafrancesca ; Cyril Lambert ou Romain Horrut – Vincent Cadren – Nicolas Mariage.
Remplaçants : Julien Leclerc (G), Alexandre Boirie, Thomas Giraudau, Jill Cauly.
Deuil/Garges
Gardien : Bryce Luker.
Défenseurs : Dave Williams – Petr Jaros ; David Sallander – Marc-André Crête ; Guillaume Langlois.
Attaquants : Sean Roche – Mike Baslyk – Gaétan Jeannin (A) ; Gustav Elfving – Jean-Denis Aurouze (C) – Jean-Bernard Aurouze ; Pierre Magnier – Damien Ilczyszyn – Florent Sorres ; Gaëtan Portier.
Remplaçant : Stephen Iborra (G).







































