Les meilleurs ennemis du hockey se retrouvent pour troisième match du tournoi avec des ambitions légitimes. La Suisse compte cinq points après avoir battu la Slovénie et la Norvège, restant sur une prestation solide contre les Nordiques. La France a pour sa part bien réagi à sa défaite inaugurale en battant pour la première fois de son histoire la Finlande.
Les Tricolores ont donc retrouvé des couleurs et sont remontés comme des pendules pour ce match qui pourrait déterminer l’orientation du tournoi : maintien ou lutte pour les quarts. La Suisse n’est pas un adversaire facile pour les Bleus, qui ne l’ont battue que rarement aux Mondiaux : en 2000 (4-2) et 2012 (4-2).
Dave Henderson bénéficie du retour de Stéphane Da Costa – l’attaquant grippé était aux urgences dimanche matin – qui le contraint à modifier ses blocs. Le sniper du CSKA Moscou rejoint Fleury et Sacha Treille, pendant que Rech demeure aux côtés de Roussel et Bellemare. Teddy Da Costa en fait les frais et se retrouve treizième attaquant, laissant Bouvet en tribunes. En défense, Chakiachvili est lui aussi écarté. Huet fait son retour pour ce match toujours particulier pour lui.
La Suisse fait confiance à Leonardo Genoni dans les buts et aligne la même composition qu’en fin de match contre la Norvège, avec Ambühl au centre de la première ligne et Tanner Richard en troisième, aux côtés de Malgin et Suter soit… trois centres.
Un coup de chance précieux
L’affluence est un peu décevante et les chants suisses résonnent d’entrée. Les Bleus auront besoin de soutien pourtant, concédant rapidement un cinglage de Janil dans la neutre, qui cherchait à éviter un départ en deux-contre-un. Claireaux gagne un temps précieux en zone suisse, suivi de Bellemare qui décale Dame-Malka pour un tir hors cadre. Le penalty-kill tricolore bénéficie d’un bon coup de chance dans la foulée : Loeffel brise sa crosse à la pointe, Perret pousse le palet et Auvitu démarre en deux-contre-un. Le défenseur suisse ne peut rien faire. Genoni laisse échapper le tir d’Auvitu et le disque retombe sur… Loeffel, et tape le poteau rentrant (0-1). Le public français se fait enfin entendre !
Les Bleus insistent et un fore-check avec conviction de Bellemare et Roussel provoque une faute de Richard pour dureté. Le jeu de puissance ne parvient pas à creuser l’écart et n’obtient qu’un seul tir.
La Suisse repart à l’attaque et enfonce la ligne Meunier dans sa zone. Le changement de ligne bleu n’est que partiel et Ritz finit par être puni pour accrocher. Le jeu de puissance joue bien en triangle et Almond trouve Pius Suter dans le slot, mais sa déviation file hors cadre alors que la cage était ouverte. La pénalité se termine sans dommage. Huet, de son côté, reste serein et sa mitaine rassure la défense.
La Suisse a pris le jeu à son compte. Elle exploite un palet perdu dans la neutre. Meunier, en retard, est sanctionné pour faire trébucher. Toujours la mitaine de Huet…
La France a laissé passer l’orage et mène une belle attaque via Roussel et Bellemare, relayés par Rech. L’attaquant des Flyers est gêné par Suter, puni pour obstruction. Roussel essaie d’exploiter un rebond dans le slot et Genoni repousse la seule occasion française. Encore une fois, les plus beaux tirs sont suisses et Huet sauve une échappée d’Almond – qui avait un peu perdu le contrôle du palet, gêné par un défenseur – et un tir de l’aile. La France a tenu bon et mène toujours.
Les Bleus malmenés
Les Bleus entrent déterminés sur la glace et la ligne Fleury obtient deux bons tirs. Malheureusement, Praplan déborde sur l’aile droite, efface Perret et le relais de Hollenstein derrière la cage surprend Huet, qui a choisi le mauvais côté (1-1).
La France ne se démobilise pas. Lampérier entre bien en zone et trouve Ritz en retrait, qui lance et Genoni repousse de la botte. Le rebond est dégagé. La partie devient folle : Bellemare lance un contre mais sa passe échappe à Rech, qui doit foncer à l’opposée face à un contre de deux adversaires, qui cafouillent leur occasion. Mais la présence suivante paie pour la Nati. Le travail dans le coin libère le palet, Hollenstein et Haas combinent. Praplan finit par se trouver libre à l’opposée (2-1). Sonnés, les Bleus cherchent un soutien du public, dominé par le kop suisse. Stéphane Da Costa intercepte tout de même une mauvaise relance mais tire sur le plastron de Genoni.
La Suisse reçoit un jeu de puissance sur un faire trébucher de Bellemare dans la neutre. Un tir de la bleue file au ras du poteau mais le reste de l’avantage est plus serein pour la défense tricolore.
La partie s’équilibre et la France joue plus haut, au risque de subir les contres suisses. Le placement des défenseurs bleus est d’ailleurs parfois hasardeux, à l’image de Manavian, un peu perdu sur une présence. La ligne Fleury, centrée par Teddy Da Costa, obtient deux bonnes chances. Fleury, en pivot, voit le cadre se dérober, puis Genoni sauve un autre tir. La pression monte, avec un nouvel essai de Ritz après une interception.
Stéphane Da Costa, lui, passe sur la ligne Bellemare-Roussel, mais le trio doit défendre une longue séquence, où la ligne Haas, encore elle, manque une cage ouverte. Fleury repart et lance vers la cage où Teddy Da Costa dévie sans réussite. La fin de tiers résonne, avec une meilleure fin de période, et un but de retard.
Un final en montagnes suisses
La reprise manque de rythme, et une percée de Bellemare contraint Loeffel à la faute. Le jeu de puissance s’installe bien et Stéphane Da Costa s’avance au cercle droit. il expédie un tir laser et égalise, bien aidé par l’écran de Roussel (2-2). Les Suisses réclamaient une faute de Bellemare sur Almond en début d’action, mais les officiels valident bien le but, et relancent la partie après nettoyage d’une glace ensanglantée. L’animosité entre les deux camps monte d’un cran et les esprits s’échauffent dans le coin. Auvitu et Suter prennent deux minutes sur le coup. Le quatre contre quatre se révèle crispé et les deux équipes ne cèdent aucune chance.
Une énorme erreur d’Hecquefeuille offre un deux-contre-un aux Suisses juste devant le but et le défenseur se rattrape avec un accrochage. Sur le power-play, Huet sauve son camp lorsque Schäppi dévie juste devant lui. Quelques secondes plus tard, le palet brûle dans le slot, Huet se jette et les arbitres sifflent dans la confusion. La pénalité est tuée et les deux frères Da Costa, ensemble sur une présence, mettent le feu dans la défense, avec l’aide d’un Roussel déchaîné.
La tension monte d’un cran et les deux équipes se cherchent de plus en plus, avec un rythme complètement débridé. Huet sort la botte sur Furrer, mais la Suisse insiste et enferme les Bleus dans leur zone pendant une longue séquence. Le palet ne sort jamais assez loin pour changer tout le monde, et le changement de ligne hasardeux au bout de la deuxième entrée en zone profite à Ambühl, seul dans l’axe, qui fusille Huet (3-2).
La France cherche à réagir. Ritz s’engouffre et son tir percute le poteau ! La mise au jeu qui suit est remportée par Meunier, et Anthony Rech – apparu sur la troisième ligne – récupère, pivote et mystifie Genoni, inattentif et surpris (3-3). La Suisse a pris un coup sur la tête et, peu après, pose son temps mort alors que les supporters français ont pris le contrôle des tribunes.
La fin de match est haletante. Tendus dans leur zone, les Français finissent par obtenir deux minutes contre Praplan, coupable d’avoir fait trébucher Perret en zone française. Dave Henderson utilise son temps mort à 28 secondes de la fin. Les Bleus gagnent la mise au jeu mais ne parviennent pas à vraiment lancer. Genoni se jette sur le palet à la dernière seconde.
La prolongation débute avec 1’32 » de quatre contre trois. Roussel frôle la déviation, puis prend un rebond de Stéphane Da Costa et Genoni le bloque brillamment. Fleury, lui, manque le cadre de volée. La Suisse revient au complet et, à l’arrêt de jeu suivant, les deux équipes évoluent à trois contre trois.
Hecquefeuille s’octroie une énorme chance en deux-contre-un et Genoni sauve les meubles. Il bloque aussi Stéphane Da Costa en slalom et Diaz prend une pénalité. Insuffisant, car il ne reste que quelques secondes. La séance de tirs au but départagera les deux équipes.
Fleury débute la séance et tire sur Genoni.
Brunner échoue sur un Huet très patient.
Stéphane Da Costa caresse le palet jusqu’à la ligne de fond, juste au-dessus de la botte (1-0)
Huet sauve ensuite devant Praplan d’un solide poke-check.
Bellemare frôle le but « à la Forsberg » mais ça passe à côté.
Huet bloque Hollenstein, victoire française !
La France remporte donc deux points précieux dans la course au maintien, pas encore complètement acquis. Il aura fallu un énorme mental dans un match rempli de hauts et de bas, mais l’essentiel est là…
Désignés joueurs du match : Vincent Praplan (Suisse) et Yohann Auvitu (France)
Commentaires d’après-match
Damien Raux (défenseur de la France) : « Nous n’avons pas joué notre meilleur hockey au début et, à 1-0, on s’en sort bien. Il aura fallu du courage à la fin pour revenir. Le maintien reste l’objectif, après bien sûr qu’on rêve tous du quart de finale à domicile, ça serait top. Pour avoir une chance il fallait gagner. Nous avons progressé par rapport aux années précédentes, avec plus de solidarité, d’expérience. Nous avons appris à gérer des moments comme ça. C’est positif. Cristo a été au-dessus, on compte beaucoup sur lui. Et on essaie de lui apporter le maximum. il nous a tenu tout le match, et les pénaltys. »
Yohann Auvitu (défenseur de la France) : « Nous sommes dans une spirale positive et nous devons la continuer. Nous sommes capables de battre n’importe qui en restant sérieux. Il reste quatre matchs. C’est toujours spécial de jouer un derby contre la Suisse, et nous l’avons gagné avec les tripes. Ils nous ont mis en difficulté au deuxième tiers. Enfin je suis content, c’est rare que l’on gagne deux matchs de suite au Mondial contre des grandes nations. Le groupe a gagné en expérience depuis notre exploit contre la Russie, où nous n’avions pas su gérer la suite. Les joueurs ont beaucoup de matchs dans la saison, ils savent se remobiliser et être prêts physiquement et mentalement. Notre équipe a de plus en plus de qualités, nous jouons du bon hockey et cette image de hargne nous sert aussi dans les matchs difficiles. Le quart serait un bonus. Je fais un peu mon Guy Roux, mais l’important, c’est d’aller chercher le maintien. Contre le Canada, nous voulons être compétitifs et pourquoi pas chercher un troisième de suite ! Cela permettra de se comparer aux joueurs de NHL, je sais qu’on peut le faire. Cette année a été un peu avec des hauts et des bas, mais j’ai vu que je pouvais jouer à ce niveau. »
Dave Henderson (entraîneur de la France) : « Nous avons beaucoup reculer, car l’échec-avant suisse aux deux premiers tiers nous empêchait de construire. Rien n’allait, et, avant le troisième, nous avons demandé au joueur de mettre un sentiment d’urgence, de travailler plus fort et ça a fonctionné. Le troisième vient d’un jeune joueur, Anthony Rech, qui a fait une très bonne saison dans le championnat de France et est récompensé d’un bon Mondial. En tout cas, je pense que Pierre [Pousse] et moi on va pouvoir travailler la cardio, car c’était beaucoup d’émotions ! Il y a eu des hauts et des bas dans ce match. Le premier tiers n’était pas mal, le deuxième nous avons été malmenés par une Suisse plus intense, plus rapide et nous tardions à faire le jeu, manquons d’énergie. Après le deuxième, nous avons sorti les tripes et nous aurions même pu gagner en prolongation avec de bonnes chances de Kévin et Stéphane. La fusillade, c’est la loterie, il n’y a qu’un seul but de Stéphane, notre magicien du palet. Je suis satisfait, car nous ne les battons pas si souvent. C’est vraiment après ce deuxième tiers que nous manquions d’énergie, mais il n’y avait que 2-1 et nous pouvions encore revenir. Il fallait plus d’énergie, puiser dans les réserves, et toute l’équipe l’a fait. C’était difficile, mais je suis heureux. Toutes les équipes sont talentueuses et le maintien n’est pas encore acquis. L’an dernier nous avions aussi cinq points après trois matchs et après… Nous n’avons aucune marge, donc il faut chercher tous les points pour cet objectif maintien. »
Suisse – France 3-3 (0-1, 2-0, 1-2, 0-0) / 1-0 aux tirs au but
Mardi 9 mai 2017, 20h15. AccorHotels Arena de Paris. 6747 spectateurs.
Arbitres : Eduards Odins (LET) et Linus Ohlund (SUE) assistés de Lukas Kohlmüller (ALL) et Sakari Suominen (FIN)
Pénalités : Suisse 12′ (4′, 0′, 6′, 2′), France 12′ (6′, 2′, 4′)
Tirs : Suisse 26 (11, 5, 10, 0), France 24 (5, 9, 6, 4)
Récapitulatif du score
0-1 à 02’53” : Auvitu assisté de Perret (inf. num.)
1-1 à 21’22” : Praplan assisté de Hollenstein et Loeffel
2-1 à 23’48” : Praplan assisté de Hollenstein et Haas
2-2 à 43’02” : S. Da Costa assisté de Auvitu
3-2 à 53’14” : Ambühl assisté de Suter et Untersander
3-3 à 55’41” : Rech assisté de Meunier
Tirs au but :
France : Fleury (arrêté), S. Da Costa (réussi), Bellemare (à côté).
Suisse : Brunner (arrêté), Praplan (arrêté), Hollenstein (arrêté).
Suisse
Attaquants
Simon Bodenmann – Andreas Ambühl (A, +1) – Damien Brunner
Denis Hollenstein (+1) – Gaetan Haas (+2) – Vincent Praplan (2′, +1)
Pius Suter (4′, +1) – Denis Malgin – Tanner Richard (2′, -1)
Reto Schäppi (-1) – Cody Almond (-1) – Thomas Rüfenacht (-1)
Fabrice Herzog
Défenseurs
Raphael Diaz (C, 2′, -1) – Philippe Furrer (A, +1)
Dean Kukan (+1) – Ramon Untersander (+1)
Romain Loeffel (2′, +1) – Joel Genazzi
Christian Marti
Gardien
Leonardo Genoni
Remplaçant : Jonas Hiller (G). Réserviste : Niklas Schlegel (G).
France
Attaquants
Antoine Roussel – Pierre-Édouard Bellemare (A, -1) – Anthony Rech [puis S. Da Costa]
Sacha Treille (-1) – Stéphane Da Costa [puis T. Da Costa] – Damien Fleury (-1)
Florian Douay (-1) – Laurent Meunier (C, 2′) – Jordann Perret
Loïc Lampérier – Nicolas Ritz (2′) – Valentin Claireaux
Teddy Da Costa
Défenseurs
Yohann Auvitu (2′, +2) – Kevin Hecquefeuille (A, 2′, +2)
Antonin Manavian (-2) – Nicolas Besch (-1)
Olivier Dame-Malka (-1) – Jonathan Janil (2′, -2)
Damien Raux
Gardien
Cristobal Huet
Remplaçant : Florian Hardy (G). Réservistes : Ronan Quemener (G), Florian Chakiachvili (D), Maurin Bouvet (A).