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Quels sont les gardiens dominants de ce début de saison NHL ?

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Nier qu’un gardien est indispensable au succès d’une équipe de hockey serait comme d’argumenter que la deuxième trilogie de Star Wars est meilleure que celle d’origine… Au-delà des inepties, les cerbères font souvent la pluie et le beau temps en début de saison. Des performances sortant de l’ordinaire (en bien ou en mal) peuvent propulser ou enterrer une équipe sur un si petit échantillon de matchs, comme c’est aussi le cas en séries. Voyons donc quels gardiens se sont ainsi démarqués depuis le début du calendrier.

 

C’est le moment de le faire car, arrivé au quart de la saison, les faux semblants du début commencent justement à s’estomper. C’est tout simplement la loi des échantillons et ce pourquoi une saison de 82 matchs est particulièrement longue pour les gardiens. Ceux-ci peuvent très bien être en feu durant dix matchs avant de connaître un trou d’air, ou inversement. Mais, sur une saison complète, il est vraiment difficile de jouer au-delà de ses capacités naturelles.

Un regard pour le classement des gardiens pour le taux d’arrêts total nous montre justement une chose : dans le top10, on ne trouve que deux titulaires… Tous les autres ont joué moins de 10 matchs, de quoi échapper pour l’instant à la gravité terrestre.

Et pour les titulaires donc, seuls Bobrovsky, Crawford, Jones et Vasilevskiy possèdent encore un taux d’arrêts égal ou supérieur à 93% – rappelons que, depuis 2013, seuls Price et Bobrovsky ont signé des saisons au-delà de 93%. La régression naturelle a donc rattrapé le reste de la profession dès la fin novembre. Un exemple parmi d’autres concerne Jonathan Quick, dont la courbe du taux d’arrêts se rapproche irrémédiablement de sa moyenne en carrière.

 

Performance et utilité à son équipe

Deux statistiques sont essentielles pour analyser le travail des gardiens : le taux d’arrêts à 5 contre 5 et le nombre de buts sauvés. Celui-ci est obtenu en soustrayant les buts anticipés encaissés par l’équipe au nombre réel de buts encaissés. L’an passé, Bobrovsky avait ainsi sauvé 27 buts aux Blue Jackets, de quoi rapporter quelques victoires au classement !

Un simple coup d’œil suffit pour voir que le gardien russe se distance déjà du reste du peloton. Non content de posséder le meilleur taux d’arrêts de la ligue, Bobrovky a déjà épargné aux Jackets presque 12 buts ! À ce rythme-là, il pourrait exploser les records du genre, propriété de Tim Thomas avec 32 buts sauvés en 2010-11.

Derrière se profile un peloton assez dense au premier regard. Il semble cependant assez clair que Mike Smith et Brian Elliott sont en surrégime et devrait redescendre bientôt dans la hiérarchie. Ils sont néanmoins précieux depuis le début de saison pour garder leurs équipes dans la course. Ceux qui suivent sont davantage des habitués du haut de tableau. Corey Crawford est extrêmement régulier ces dernières années et si Chicago ne prend pas complètement l’eau, il en est en grande partie responsable. Cory Schneider est revenu à son meilleur niveau, possiblement en ayant retrouvé cet été son entraîneur de l’époque de Vancouver. Le début de saison des Devils lui doit aussi beaucoup, comme celui des Kings doit une fière chandelle à Jonathan Quick ou celui des Jets à Connor Hellebuyck. Andrei Vasilevskiy confirme son potentiel de titulaire avec le Lightning, Pekka Rinne et Jimmy Howard résistent au temps et Braden Holtby tient la barre malgré les souffrances continues de sa défense.

Au chapitre des déceptions, Ben Bishop est loin de livrer la marchandise pour les Stars, surtout sur la route. Même histoire pour Scott Darling en Caroline. Deux équipes qui pensaient avoir trouver la solution devant le filet mais qui restent sur leur faim. Matt Murray souffre de la défense gruyère des Penguins et s’est même blessé lundi soir. Cam Talbot ne coule pas mais ne répète plus les miracles de l’an passé à Edmonton, lui qui avait sauvé 23 buts en 2016-17. Craig Anderson ne sauve plus non plus les meubles chez les Senators, eux qui en ont pourtant bien besoin. À 36 ans, est-ce l’année de trop ? Il lui reste pourtant encore deux ans de contrat après cette saison.

Enfin, Tuukka Rask continue sa descente entamée maintenant il y a 3 ou 4 saisons, au point que son remplaçant Anton Khudobin a déjà joué 10 matchs en étant très solide (93,2% d’arrêts, 7 buts sauvés), sûrement trop solide pour être vrai… Et bien sûr Carey Price a connu le début de saison que tout le monde sait, jusqu’à ce qu’il avoue une blessure, lui qui devait en plus s’habituer à un nouveau système défensif devant lui. Revenu au jeu samedi dernier, il a arrêté 72 des 73 tirs dirigés contre lui en deux rencontres et dégage à nouveau cette impression de facilité et de calme à tout épreuve si caractéristique. Nul doute qu’il va rapidement améliorer ses statistiques.

Enfin, mention spéciale au pauvre Maxime Lagacé, appelé au chevet de Vegas et qui ne rentre même pas dans le graphique tant son taux d’arrêts est faible (87,8%).

 

Au révélateur de l’infériorité numérique

Un dernier élément d’analyse consiste à regarder les performances à 4 contre 5, moment où un gardien fait face aux chances adverses les plus nettes et doit sortir le grand jeu. Si les capacités de l’unité de Penalty Kill devant le gardien a un impact, les grands gardiens se démarquent toujours dans cette situation.

Malgré des performances moyennes à 4 contre 5, Bobrovsky ne saurait être détrôné à l’heure actuelle. Par contre, la hiérarchie derrière lui s’éclaircit considérablement. Crawford et Vasilevskiy sont parmi les meilleurs en infériorité, là où Elliott s’écroule, Smith, Schneider ou Holtby ne brillent guère.

Talbot et Darling s’illustrent une nouvelle fois et pas dans le bon sens. Jacob Markstrom, qui bénéficie du système très défensif des Canucks à 5 contre 5, peine à s’imposer face au danger du 4 contre 5.

 

Bobrovsky en route pour un second Vézina consécutif ?

Il est évidement trop tôt pour décerner le moindre trophée mais le gardien des Jackets, qui nous avait habitué à une carrière en dents de scie, pas aidé par les blessures il est vrai, semble sur son rythme de croisière de l’an passé. Au contraire d’autres homologues encore en surrégime, Bobrovsky est simplement à son niveau habituel, ou à peine au-dessus. S’il continue comme cela, il pourrait devenir le premier à conserver le Vézina deux saisons de suite depuis Martin Brodeur en 2007 et 2008. Restera à montrer qu’il peut aussi tenir le choc en séries.