HA
top

New Jersey à toute vitesse

133

Un changement d’attitude

Les Devils ont traîné leur misère tout au long de la saison 2016-2017. Après un départ canon (fiche de 9-3-3), ils se sont écroulés dès novembre et n’ont jamais repris pied. Les vingt derniers matchs calamiteux ont même propulsé l’équipe tout au fond du classement. L’équipe avait baissé les bras.

Le travail de Ray Shero et de l’entraîneur John Hynes a constitué à briser ce cercle négatif. Le directeur général, à l’aube de l’an III de son mandat, a poursuivi son travail de « ménage » dans l’effectif, et éliminé un certain nombre de boulets de fond d’alignement. Pour la troisième année de suite, il a procédé à un échange majeur. Après Palmieri et Hall, il a obtenu Marcus Johansson des Capitals contre des choix de draft, dont il disposait à profusion.

Les entretiens avec les joueurs furent honnêtes et de longue durée et tous ont eu à coeur de travailler plus fort à l’intersaison. L’équipe est arrivée au camp avec de l’envie, plus de concurrence et un état d’esprit transformé. Les bons résultats des matchs préparatoires peuvent se révéler illusoires, mais dans le cas de New Jersey, ils ont été suivis d’actes. Les Devils ont confirmé, au moins pendant ce premier quart de la saison.

Les chiffres

La première raison du succès ? Le poste de gardien. Cory Schneider restait sur la pire saison de sa carrière. Réuni avec son entraîneur de toujours, Roland Melanson, Schneider a travaillé sur son positionnement. Après 26 matchs, il a retrouvé son meilleur niveau avec 92% d’arrêts.

Le remplaçant, Keith Kinkaid, a lui aussi connu de bons matchs, même si ses statistiques actuelles ont été plombées par le dernier affrontement, une déroute 5-0 en Arizona, sans conteste le plus mauvais match de ses coéquipiers cette saison.

Au final, les Devils cumulent 34 pts (15-7-4), soit le 8e total de la ligue. Avec 80 buts pour et 80 contre, l’équilibre reste fragile. Ces 3 buts par match s’installent en milieu de tableau (12e attaque, 15e défense).

Le bilan est particulièrement bon à l’extérieur (9-3-2) et dans les situations de back-to-back (deux matchs en deux soirs), pourtant les rencontres les plus difficiles.

C’est dans l’adversité que l’on trouve souvent les meilleures équipes et, sur ce plan, New Jersey reste solide. Tenace après avoir ouvert le score (7-3-0 après 20 minutes, 11-0-1 après 40), ils figurent parmi les meilleures équipes une fois menés (2-4-1 après 20, 3-6-1 après 40).

Le reste des indicateurs ne brille pourtant guère. En milieu de tableau en équipes spéciales (21,7% en supériorité, 9e ; 81,3% en infériorité, 15e), l’équipe plonge dans les profondeurs du classement en possession.

New Jersey n’est que 25e en tirs cadrés pour (30,1) et 28e en tirs cadrés contre (33,7), clairement pas la recette gagnante pour aller loin. À l’indicateur des buts anticipés, qui allient quantité et qualité des chances, les Devils sont 20e, légèrement dans le négatif à 49%. Les performances de Schneider restent donc décisives. On ne peut s’empêcher de penser que la fragilité de l’équipe au centre gêne cette possession : 46,6% aux mises au jeu, soit le 29e total de la ligue…

Les joueurs

Dans ces conditions, d’où vient le succès ? Des individualités, principalement. A commencer par le meilleur joueur de l’effectif, Taylor Hall. A l’issue d’un long déjeuner estival avec Ray Shero, Hall a admis n’avoir joué qu’à 40% de ses capacités l’an dernier, encore perturbé par l’échange des Oilers. Désormais solidement ancré dans la banlieue new-yorkaise, plus à l’aise dans son environnement, Hall est en mission cette année. Sa vitesse enflamme nombre de défenses. Selon les données collectées par @ShutdownLine, seul Connor McDavid réalise plus d’entrées en zone offensive en possession de la rondelle dans la ligue que Hall.

Il vient également au 5e rang de la NHL pour la contribution aux tirs, soit en tirant lui-même soit en réalisant une des 3 passes précédents un tir. Il compte 8 buts et 27 pts et mène l’équipe avec 89 tirs.

Plus surprenant, l’identité des joueurs qui le suivent au classement des marqueurs. New Jersey s’appuie sur plusieurs rookies : au total, les quatre débutants de l’équipe cumulent 57 pts, soit le meilleur bilan de la ligue avec Boston.

Le numéro 1 de la dernière draft, Nico Hischier, a assumé le statut de centre n°1 en l’absence de Travis Zajac, blessé. Le jeune Suisse, plus jeune joueur de la NHL, compte 5 buts et 18 pts. Les missions défensives restent cependant compliquées pour lui.

Autre attaquant remarquable, l’improbable Jesper Bratt. A 19 ans, ce sixième tour de draft 2016 n’était pas du tout prévu dans les plans de l’équipe cette année. Il évoluait en deuxième division suédoise la saison dernière. Mais l’ailier droit fusée aux qualités techniques incroyables sur petit périmètre a gagné sa place au camp et évolue dans toutes les configurations : 8 pts en supériorité, 2 en infériorité. Bratt a rejoint Hall et Hischier en première ligne et compile 8 buts et 17 pts.

Dernier attaquant rookie, Blake Coleman, aperçu l’an dernier, et auteur de 4 pts en quatrième ligne – pas cher payé, car il est l’attaquant qui obtient le plus d’occasions après Hall. Enfin bien sûr, le quatrième rookie est le défenseur Will Butcher, 18 pts – nous reviendrons sur son cas plus loin.

Les trois attaquants rookies ont un point commun : la vitesse. Ajoutez au tableau le deuxième année Miles Wood, combinaison intimidante d’1m87 de pure vitesse et d’impact physique, et vous obtenez une équipe très compliquée à jouer. Les Devils vont vite, très vite.

Enfin, la plus grosse surprise reste sans conteste Brian Gibbons. L’éternel AHLer, 29 ans, ne comptait que 55 matchs en carrière pour 5 buts. Après 26 matchs cette année, il a déjà marqué 11 buts et 15 pts, mais il ne tiendra évidemment pas le rythme de ses 32,4% de réussite aux tirs. Gibbons illustre complètement la mentalité de l’équipe : de la vitesse, de l’opportunisme, un certain sens du sacrifice défensif, aussi.

En dépit des blessures de Zajac (9 matchs joués), Palmieri (13), Boyle (16) et Johansson (12), New Jersey a donc trouvé de nouvelles valeurs dans son top-6. Cela ne serait rien sans une défense plus mobile.

La saison dernière, on avait mis en avant dans ces colonnes les difficultés de la brigade d’arrières, notamment d’un Ben Lovejoy sur-utilisé. Le message a été entendu par Hynes, qui a placé Lovejoy en tribunes dès le début de saison et ne l’a utilisé que sporadiquement avant que les blessures ne viennent s’en mêler. Lovejoy évolue désormais en 3e paire avec quatre minutes de moins par match que l’an dernier.

Andy Greene, le capitaine, a retrouvé des couleurs et joue presque 22 minutes par match. Le staff a fait confiance à Damon Severson avec une prolongation de contrat cet été, et le jeune arrière relanceur compte 8 pts, même s’il a été mis en tribunes à une reprise. Il lui reste une marge de progression.

John Moore apporte 20 minutes plus solides que l’an dernier et reste une arme fatale en prolongations : 2 buts à trois-contre-trois cette saison (soit six en carrière). Enfin, Steven Santini, aperçu l’an dernier, apporte la caution physique et six points. Hynes surveille ses efforts et l’a reposé en tribunes à trois reprises.

Derrière ces joueurs « revenants », l’équipe a relancé Mirco Mueller. L’ancien premier choix des Sharks stagnait en AHL et, après un début poussif, semblait durablement s’installer avant qu’une fracture de la clavicule ne l’arrête.

La clé de la réussite de l’équipe vient cependant de Will Butcher, signé en agent libre après une saison remarquable en NCAA qui lui a valu le titre de joueur de l’année. A 22 ans, il mène toute l’équipe avec 18 pts dont 2 buts. Ses qualités de relance, sa vision du jeu en font une arme fatale en supériorité (10 pts). Hynes limite ses minutes avec des départs en zone offensive, un temps de jeu mesuré (16 minutes) mais qui va croissant au fil des matchs. Butcher joue de plus en plus, avec une certaine réussite.

Quel avenir ?

Ray Shero a décidé de continuer son plan : augmenter encore la vitesse et la mobilité de l’équipe. Pour cela, il a décidé de sacrifier Adam Henrique. Le centre, auteur de 30 buts en une saison il y a deux ans, a peiné à confirmer. Favori du public pour ses actions caritatives hors glace et son but historique contre les Rangers en finale de conférence 2012, Henrique quitte New Jersey pour Anaheim, en compagnie de l’espoir Joseph Blandisi, excellent passeur.

En retour, New Jersey obtient un défenseur de 26 ans, Sami Vatanen, aux qualités offensives reconnues. Excellent relanceur et habile en supériorité, il complète l’arsenal des Devils : plus rapides, plus mobiles, plus « cérébraux ».

C’est cette intelligence de jeu et cette justesse de choix qui caractérise désormais New Jersey et en fait l’une des équipes les plus spectaculaires de la ligue.

Pour autant, la qualification en playoffs est loin d’être acquise. Quelques matchs poussifs récemment, à commencer par la lourde défaite 5-0 contre les Coyotes samedi, témoignent que la balance est encore hésitante. Cette semaine, le back-to-back contre Columbus, leader de la division Métropolitaine, en dira beaucoup sur les chances de réussite.

Avec cette attitude de ne jamais s’avouer vaincu, tout est possible…