Philippe Bozon, nouveau sélectionneur

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La Fédération française de hockey sur glace a officialisé ce dimanche la nomination de Philippe Bozon au poste de sélectionneur national pour la prochaine saison. Luc Tardif et Gérald Guennelon expliquent leur choix.

Dave Henderson a en effet annoncé son départ à la retraite, après treize ans à la tête de l’équipe nationale. Treize années de succès : arrivé en 2006, le duo Dave Henderson – Pierre Pousse a accompagné la progression des joueurs et maintenu l’équipe nationale au plus haut niveau.

Depuis 2008 en effet, aucune équipe nationale promue de Division 1 n’a réussi à se maintenir en élite. La France est la dernière à avoir réussi cet exploit, sous les ordres de Henderson.

Luc Tardif, président de la FFHG, et Gérald Guennelon, directeur technique national, nous ont accordé quelques mots.

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Interview de Luc Tardif

Il y a eu plusieurs articles de presse annonçant la nomination de Luciano Basile, et c’est finalement Philippe Bozon. Un commentaire à ce sujet ?

Ils se sont bien trompés, car, au moment du premier article qui annonçait cela, aucune décision n’avait été prise. Je ne sais pas quelles étaient leurs sources. Nous voulions annoncer notre choix avant le Mondial. Mais l’administration française nous a retardés.

Le contexte était difficile. Les deux finalistes étaient sous contrat encore un an. Nous avons ouvert des discussions préalables avec les deux. Une fois notre choix fait, nous avions un engagement avec le ministère à finaliser, car le contrat est atypique. Nous devions avoir une confirmation. Nous voulions déconnecter cette annonce du Mondial car le nom des deux finalistes était un secret de polichinelle.

Tous les deux étaient très motivés et très investis dans le projet. Cela a été difficile à départager. L’entente avec les deux clubs a été très bonne, il ne manquait que le cadre administratif.

Pourquoi cette annonce précoce, et non pas après le Mondial ?

Nous voulions préparer la transition le plus tôt possible, pour que les deux candidats puissent organiser leur vie professionnelle et personnelle au plus tôt. Et nous voulions que l’entraîneur soit là, ici, pour voir la sélection qu’il mènera. Cela ne servait à rien de vouloir le cacher ici… C’est une passation logique, il n’y a aucun psychodrame. Dave prenait sa retraite, donc il n’y a aucun mystère et rien à compliquer. Cela permettra une phase de préparation et le contexte, avec la victoire sur la Biélorussie, s’y prêtait. Mais, je reviens là dessus, nous n’avions vu aucun candidat avant l’article du Dauphiné Libéré !

La solution d’un coach étranger a-t-elle été étudiée ?

Il y a trois ans, avant le renouvellement de Dave, nous avions envisagé cela avec le DTN Gérald Guennelon. Et la recherche s’est avérée compliquée. Nous en gardons une expérience négative : nous avions plutôt à faire à des gestionnaires de contrats, qui avaient des exigences sur le planning, leur disponibilité… Là, Luciano Basile et Philippe Bozon ont montré énormément de motivation et de compétence.

Philippe Bozon sera sélectionneur à temps partiel, et entraîneur de Bordeaux. Ce temps partiel est-il lié à des considérations économiques ?

Non. Il était sous contrat en club, tout comme Luciano Basile d’ailleurs. Notre objectif c’est de développer le plus tôt possible un contrat à temps plein. Cela se joue aussi vis-à-vis du ministère. Nous sommes partis sur un engagement sur quatre ans, une olympiade, comme nous le faisons d’habitude, mais la nature du contrat changera en cours de route. C’est un peu nouveau pour nous, car c’est le premier changement de sélectionneur de notre jeune fédération, après treize ans formidables avec Dave, dont il faut vraiment souligner la qualité du travail.

Vous parlez d’olympiade, c’est vraiment l’objectif numéro 1 ?

Oui, c’est sûr. Nous partons sur une passation dans la sérénité. Dave et Pierre ont fait un boulot incroyable, surtout quand on voit les moyens qui étaient les nôtres au début. En 2006, l’objectif était d’élargir le groupe et de le rajeunir, après plusieurs années à faire l’ascenseur. Nous visions une montée en 2010, nous sommes montés en 2008 et nous avons gardé le cap au lieu de chercher de l’expérience quelque part. Et depuis, Dave et Pierre ont maintenu le groupe en élite, pendant onze ans.

Quel sera le staff de Philippe Bozon ?

Nous allons travailler sur le cadre administratif des adjoints, mais nous laissons passer le Mondial. Pierre Pousse reste bien sûr au sein de la fédération. Nous avons besoin de son expérience. Dave prend sa retraite mais… il est tatoué Bleu, et sera sans aucun doute associé dans un autre cadre.

Laurent Meunier était là cette année pour une raison précise. Vu le niveau très élevé des Championnats du monde – ceux qui le suivent depuis longtemps en sont bien conscients – nous sommes condamnés à avoir un certain degré d’appartenance, une fidélité à l’équipe de France, à une préparation encore plus grande que d’autres.

Nous sommes à la croisée des chemins. On voit ce qui est arrivé au basket avec la NBA, quand Tony Parker insufflait cette fidélité au maillot. Là, nous avons des joueurs NHL, maintenant, on voit ce que fait Pierre-Édouard Bellemare en ce moment. Nous avons des joueurs avec des contrats à l’étranger. Il faut resserrer les rangs. Avoir des joueurs fidèles dans le staff, comme Laurent, ce n’est donc pas anodin. Cela permet de transmettre des valeurs entre les générations.

Nous avons besoin de joueurs investis. On se souvient de 2009 à Berne, nous avions un rajeunissement en cours. Sébastien Bordeleau traînait des pieds pour venir, mettait du temps à répondre. Le staff a pris la décision à sa place en lui disant de ne pas venir, même quand Julien Desrosiers s’est blessé. Notre génération 1984-1985 a alors pris les choses en main et s’est qualifiée pour la deuxième phase…

Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en faveur de Philippe Bozon  ?

Il n’y a pas de point précis, unique. Dans nos grilles d’évaluation, les projets étaient si proches que nous n’étions pas plus avancés. Nous sommes à la croisée des chemins, comme je l’ai dit, et nous avions besoin de signes forts, donc peut-être l’aspect de la fidélité aux valeurs bleues, à l’histoire du maillot, que Philippe a porté très longtemps.

Je reviens sur Berne en 2009, mais c’est un peu pareil ici, nous avons des absents, des blessés. Et de la jeunesse, avec cinq joueurs qui participent à leur premier Mondial et deux à leur deuxième, sachant qu’ils ont plutôt été en tribunes au premier. Cela fait sept novices, et ce soir, contre la Suède, ça sera un gros test. Après le champion olympique en titre, la Russie, c’est le champion du monde en titre… Un baptême du feu !

Cela prend du temps pour être compétitif et ce mélange entre anciens et jeunes est important pour transmettre l’expérience et les valeurs de l’équipe. Nous visons encore le maintien bien sûr, mais nous jouerons les occasions à fond, match après match.

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Interview de Gérald Guennelon

Comment s’est passé le processus de sélection ?

Nous avons mené deux entretiens en présentant de manière très concrète notre réalité. Les deux candidats ont amené leurs projets. Ils étaient similaires, avec des approches en correspondance avec nos attendus. Ils étaient prêts à un niveau d’engagement et d’exigence dans la performance. Dans l’analyse globale, ils apportaient des qualités et des compétences différentes. Nous attachions de l’importance à la transmission des valeurs, car nous avons une nouvelle génération qui arrive. Cette jeune génération, nous la suivons depuis les catégories de jeunes, nous la connaissons bien, nous savons comment ils fonctionnent. Or, les valeurs de notre groupe, c’est d’agir ensemble, c’est de mettre en premier le groupe, puis l’individu. Ce sont ces valeurs que nous voulons transmettre aux jeunes.

Philippe Bozon a été sélectionneur des U20, cela a-t-il joué ?

Non. Le groupe élite, ce sont des hautes performances qui sont utiles. Un sélectionneur et un entraîneur, ce sont des métiers différents. Une sélection n’est pas un club, il y a quelques regroupements dans l’année. La question que nous nous posions, c’est qu’est-ce-que le sélectionneur peut apporter aux jeunes ?

Nous avons plusieurs retraités et il faut préparer l’avenir. On doit passer un cap. Les deux candidats apportaient un plus pour le passer. C’est un pari qui est fait, malgré le palmarès, car ce n’est pas la même dimension. Il y a quatre rendez-vous dans l’année puis la préparation aux Championnats du monde. Quelle influence a le sélectionneur sur ces séquences par rapport à l’entraîneur du joueur tout au long de l’année ? Nous partons sur un projet global, quoi de mieux qu’un tel profil pour structurer les choses.

N’avez-vous pas la crainte, avec cette double casquette, de la création d’une sorte de club ferme de l’équipe nationale ?

Non, ce n’est pas du tout l’objet car notre but, c’est de passer rapidement le contrat à temps plein. La situation fait que cette double casquette durera la première année. Mais de toute façon, Bordeaux a déjà recruté pour la saison prochaine. Et ce n’est pas un atout d’avoir les joueurs dans un seul club. Ni pour le club, qui a du coup du mal à se préparer pendant les regroupements internationaux – groupe réduit, risque de blessure -, ni pour les joueurs, qui ont alors le même entraîneur sur le dos tout au long de l’année !
En plus, la plupart de nos joueurs évoluent désormais à l’étranger, ou sont répartis dans d’autres clubs. On a vu récemment que deux d’entre eux avaient signé à Grenoble (Damien Fleury et Teddy Da Costa), d’autres sont à Rouen… Que ce soit à Gap ou Bordeaux, nous aurions été confronté au même phénomène, c’est le risque avec un entraîneur de club de toute façon. Le joueur peut certes solliciter le club mais ce n’est pas forcément une facilité, car finalement, la vision sur le joueur ne change pas, si l’entraîneur l’a sous les yeux toute l’année. Il n’y a pas de regard différent.

Vous parlez de préparer l’avenir. Il y a plusieurs jeunes cette année…

Oui, quand la fédération a été crée en 2006, nous avons mis en place un plan de formation national qui était axé sur la génération 1999-2000. Le projet visait les Jeux olympiques pour lesquelles Annecy était alors candidat. Nous avions positionné notre projet là dessus, pour avoir des jeunes performants à domicile. Ce projet a plutôt bien fonctionné, nous l’avons vu avec nos jeunes U18 dans le groupe élite cette année. La difficulté, c’est que la génération qui monte n’est pas celle qui joue en élite après. Là, cela nous a permis de voir l’écart très important avec le haut niveau, et donc de lancer un deuxième volet. Nous ramenons cette expérience avec nous, pour tirer le niveau d’exigence vers le haut vis à vis des entraîneurs de club.

Nous devons réussir chaque année à avoir une grosse génération en U18 et U20. Les clubs de Magnus doivent prendre le temps de laisser mûrir ces joueurs. Nous voyons déjà des jeunes en D2, avec du temps de jeu. Le but c’est de réussir à les voir en D1. C’est un travail de fond sur les 18-22 ans. On voit, quand on discute avec les DTN d’autres sports, que les problématiques sont semblables. C’est très marqué dans certaines disciplines, où il y a plus d’individualisme. Nous, nous souhaitons transmettre des valeurs dès le plus jeune âge, et que ces valeurs soient appliquées dans les clubs. Dès que le jeune joueur est dans notre plan de détection nationale, et même avant, nous l’amenons à l’amour du maillot, afin d’éviter l’individualisme, d’atténuer ce phénomène. Cela afin de faire les sacrifices pour l’équipe nationale. Ce sont ces valeurs qui ont permis au groupe de Dave de se maintenir au plus haut niveau, et que nous voulons conserver.

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