Rouen – Kärpät Oulu (CHL, groupe F, 4e journée)

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Dans la cour des (très) grands, un départ canon ne suffit pas !

Malgré deux défaites (encourageantes) lors desquelles Rouen a rivalisé contre des adversaires du haut du panier européen, Kärpät, les Finlandais d’Oulu, et le club tchèque de Hradec Králové, les Dragons ont toujours l’ambition de franchir ce premier tour. Cela passe ce soir par une victoire, même si ce sont les Hermines, sans doute la meilleure équipe (de club) jamais venue jouer sur l’île Lacroix, qui se présentent ce soir.

Mikko Manner, l’entraîneur des visiteurs, a choisi de de jouer ce soir avec quatre duos de défenseurs. Aleksi Mäkelä fait son entrée en CHL, sans que la sortie de Tino Metsävainio, l’attaquant encore à l’essai, ne modifie les trios offensifs classiques finlandais. C’est donc bien le top qu’affronteront les hommes de Fabrice Lhenry, qui a été contraint de recomposer toutes ses lignes offensives, car Joël Caron est absent après avoir subi une commotion dimanche dernier sur une charge de Piché, l’arrière canadien de Mountfield.

Dès le départ et pendant plus de dix minutes, le RHE 76 ne s’est pas privé de perturber le jeu des joueurs d’Ostrobotnie. Aleardi, servi par Ritz, obtient la première chance du match (1’04). Les deux nouveaux associés en attaque se retrouvent un peu plus tard pour l’ouverture du score. Cette fois l’Américain sert le joueur de centre du revers. À la pointe, Ritz trouve le haut des filets des poignets, pendant que Bedin prive Vehviläinen de ses yeux (1-0 à 4’08). Les champions nordiques ont beau mettre beaucoup de trafic devant Pintaric et aller à la cage, il faut tout le talent de leur capitaine Ohtamaa pour contrer un lancer de Thinel en bonne position (4’49). Preuve qu’Oulu n’est pas tout à fait serein, il va jouer une double infériorité numérique pendant 1’13. Lampérier (7’07), Miklik (8’35) et surtout Thinel (9’34) tentent leur chance, mais le gardien adverse, Vehviläinen veille au grain normand.

Du haut de leur expérience (Ohtamaa, Kukkonen, Kristof et Pyörälä ont joué les derniers JO), de leur talent (Kupari, 18 ans, drafté par les Kings, s’annonce comme une futur star en NHL) et de leur organisation, les blancs n’ont pas montré d’impatience. Ils ont toujours eu des occasions (Ohtamaa à 6’29, Humajola à 9’48) et surtout ils n’ont jamais paniqué lorsqu’ils ont tiré de l’arrière de deux buts ! Dans une phase de plus de cinq minutes où les Kärpät n’accédaient plus à l’enclave grâce à la grosse détermination des Seino-Marins, en contre-attaque, Guttig, après un tampon, parvient au bout de son effort, de tout son long, à prolonger la rondelle pour Deschamps sur sa gauche. Malgré l’extrême vitesse de jeu, qui a surpris Kristof, le Canadien avait pris l’information qu’au poteau droit, Miklik était démarqué (au contraire de Vehviläinen à qui l’information avait échappé). La passe transversale, au cordeau, de l’ailier, était reprise, plein de sang-froid, par la recrue slovaque dans une cage ouverte (2-0 à 18’15).

En six matches (3 de CHL et 3 amicaux), les joueurs de Mikko Manning n’avaient jamais été menés, même d’un seul (petit) but. Il faut remonter en avril 2018, pendant la finale de Liiga, contre Tappara pour voir Oulu mené de deux buts dans une rencontre ! Cet exploit a duré 20 secondes car les Kärpät mettent à profit le vieil adage qu' »au hockey on n’a jamais tort de lancer ». Lasu, double vainqueur de la CHL, tire sur la gauche. Langlais contre le tir du Suédois, qui a pour conséquence de convertir le lancer en passe latérale, reprise par Leskinen, dans une cage semi-ouverte par Pintaric, surpris par ce troc soudain (2-1 à 18’35). Les Finlandais, sur un coup d’arcade, remettent un peu les choses en place juste avant la première pause.

Le tiers médian ne sera pas du même acabit. Dérangés d’être menés, les Nordiques, après une chance de Lampérier (21’58), étouffent les Normands avec un énorme échec-avant et vont à la cage en grand nombre pour chercher et trouver les rebonds pendant 13’46… Pintaric retarde l’échéance. Il utilise sa mitaine (25’03), son bouclier (25’15), son corps (27’01). D’abord regroupés dans le slot, les coéquipiers de Roy résistent comme ils le peuvent. Ainsi rassemblés, ils combattent mais abandonnent la ligne bleue, et leurs possibilités de sorties de zone. Ils subissent ainsi continuellement le jeu. Mäkelä récupère un palet, écarte la boîte rouennaise en longeant la bande sur la droite puis délivre une incroyable passe, rapide, tendue et millimétrée à souhait, au milieu des lignes défensives, que reprend Heponiemi servi sur un plateau (2-2 à 28’29). L’alerte est donnée. L’alarme anti-intrusion du centre sportif Guy Boissière retentit. Mais cela n’arrête pas les coéquipiers d’Ohtamaa. L’arbitre français de la rencontre siffle un surnombre des joueurs locaux fébriles sous l’énorme pression adverse. Jusqu’ici, les Normands avaient su éviter les pénalités, ce qui apporte à leur crédit défensif. Kärpät est installé et utilise le lancer frappé assez impressionnant du Slovaque Kristof, aux rebonds, Lasu donne l’avantage aux Kärpät en supériorité (2-3 à 32’08).

Aussitôt, les champions finlandais réduisent leur échec-avant afin désormais de neutraliser la zone neutre. Cela laisse enfin quelques grosses miettes aux joueurs des bords de Seine. Les cinq dernières minutes sont un peu folles. Deschamps, après une accélération de Guttig, obtient un bon tir (35’44). De nouveau à l’offensive, les Normands se font surprendre et laissent Koblizek partir en échappée. Solide, Pintaric remporte le duel face au jeune Tchèque (37’49). Sur l’offensive suivante, les hommes de Mikko Manner marquent mais ce but est refusé car un finlandais (un peu poussé) se trouvait au sol dans le territoire du gardien (38’26). Monté aux avant-postes, Langlais a une occasion, mais sa déviation passe légèrement à côté du but de Vehviläinen (39’02). Dans la dernière minute, Rouen est pénalisé. Il termine en infériorité tant bien que mal et reprendra la dernière période dans la même situation.

À un homme de moins, les Rouennais annihilent leur pénalité à cheval, à la faveur d’un Pintaric attentif et placé devant Lindsten (41’04). Ensuite, les Dragons du premier tiers sont de retour et livrent une bataille assez formidable. Koivisto ne cadre pas (41’56). Guttig n’a pas d’automatisme alors qu’il a un bon coup à jouer avec Miklik, son nouvel ailier droit (42’49). Deschamps manque de précision lors d’un tir à ras la glace un peu trop à droite (47’30). Une nouvelle prison vient casser le rythme du RHE. Il y a beaucoup de trafic devant la cage de Pintaric, mais les noirs s’en sortent. Les locaux cherchent leur second souffle mais continuent de se projeter en attaque.

Les visiteurs en profitent pour retourner vers le but normand mais ils concèdent une pénalité pour une indiscipline qui montre au moins leur contrariété d’être contesté par les champions de France. Ceux-ci manquent totalement d’inspiration en avantage numérique. Par contre, à cinq contre cinq ils vont obtenir deux énormes chances d’égaliser face à un vrai « monstre » du hockey européen. Aleardi, d’abord, parvient à s’infiltrer, sur un exploit individuel, entre trois Finlandais à la ligne bleue et à aller provoquer en breakaway un gardien, très technique, qui se déplace sur sa gauche sans ouvrir ses jambières là où l’ailier voulait glisser le palet (55’37). Enfin, Koivisto, sur un service parfait venu de la gauche après une combinaison entre Lampérier et Thinel, manque, en déviation, une cage ouverte (56’07).

Lorsqu’Oulu est de nouveau pénalisé, pour la cinquième fois du match, alors qu’il reste moins de deux minutes à jouer, Fabrice Lhenry prend son temps-mort et remplace son gardien par un attaquant supplémentaire. Après la remise en jeu, Ohtamaa récupère le caoutchouc et parvient pour sortir de sa zone à trouver Lasu qui excentré à gauche peut ajuster le but vide (2-4 à 58’17).

En moins de 14 minutes, Kärpät Oulu a repris le contrôle des opérations et ne l’a jamais redonné. Rouen, assez magnifique, a mis ce petit grain de folie incroyable pendant 45 minutes devant une grande très grande équipe, la meilleure passée sur l’île Lacroix, qui aurait pu changer la face des choses. Mais le mal endémique de ce début de saison, le power-play, a persisté. Rouen a pourtant encore développé des solutions offensives à cinq contre cinq mais devra patienter pour enlever sa première victoire en CHL.

Étoiles du match : *** Nicklas Lasu (Kärpät Oulu), ** Ville Leskinen (Kärpät Oulu), * Atte Ohtamaa (Kärpät Oulu).

Commentaires d’après-match (dans Paris-Normandie et au micro de la CHL) :

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « Les cinq-six premières minutes étaient excellentes. On n’avait pas encore vu notre équipe à ce niveau-là cette année. Au deuxième tiers, on a commencé à perdre toutes les batailles, à être en retard un peu partout. On a eu du mal à changer et on a subi de très longs shifts. Ils ont aussi réussi à concrétiser leurs supériorités numériques, ce qu’on n’a pas fait ce soir. L’équipe a progressé par rapport à vendredi dernier contre Kärpät, c’est ce qu’on attend. On joue une des meilleures équipes d’Europe, il y a une différence, mais on peut rivaliser. Les coachs adverses nous ont dit qu’on a fait un bon match, mais c’est décevant de ne pas prendre au moins un point. On espère aller le chercher dimanche devant notre public qui nous aide et qui nous pousse. »

Mikko Manner (entraîneur de Kärpät) : « Le premier match contre Rouen aussi était dur même si gens voient seulement le résultat. Nous avons un gros respect pour Rouen, leurs fans et leur culture de la gagne. Nous avons besoin de construire notre caractère par ce genre de match. Les gens en Finlande ne comprennent pas toujours que le hockey européen est fort de nos jours. »

Nicolas Deschamps (attaquant de Rouen) : « C’est toujours ennuyeux de perdre un match comme ça. Surtout après un aussi bon départ. On a fait de très bonnes choses ce soir encore. Il faut être positif. On s’améliore de match en match. En face, ils ne sont pas champions de Finlande par hasard. C’est une équipe qui se passe bien la rondelle. S’ils ont accéléré après la première pause et sont revenus dans le deuxième tiers, on a limité les dégâts. À 2-3 au début du troisième tiers, ça restait serré. On savait qu’il fallait saisir les opportunités si on voulait revenir à la marque. On n’y est pas parvenu mais notre prestation reste encourageante. Maintenant, il faut absolument gagner dimanche si on veut rester dans la course. »

Rouen – Kärpät Oulu 2-4 (2-1, 0-2, 0-0)
Vendredi 7 septembre 2018 à 20h00 au centre sportif Guy Boissière. 2746 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Stricker (SUI) et Adrien Ernecq (FRA) assisté de Jérémie Douchy et Nicolas Constantineau (FRA).
Pénalités : Rouen 6′ (0′, 4′, 2′) ; Kärpät Oulu 10′ (6′, 0′, 4′)
Tirs : Rouen 27 (12, 5, 10) ; Kärpät Oulu 38 (11, 16, 11).
Chances : Rouen 9 (3, 3, 3) ; Kärpät Oulu 13 (4, 6, 3).

Évolution du score :
1-0 à 04’08 : Ritz assisté de Aleardi
2-0 à 18’15 : Miklik assisté de Deschamps et Guttig
2-1 à 18’35 : Leskinen assisté de Lasu et Heshka
2-2 à 28’29 : Heponiemi assisté de Mäkelä et Kupari
2-3 à 32’08 : Lasu assisté de Kristof (sup.num.)
2-4 à 58’17 : Lasu assisté de Ohtamaa (cage vide / inf.num.)

Rouen HE76 (2′ pour surnombre)

Attaquants :
Nicolas Deschamps – Anthony Guttig (A) – Michel Miklik (2′)
Joris Bedin – Nicolas Ritz – Alexander Aleardi (-1)
Loïc Lampérier (A, -2) – Juha Koivisto (-1) – Marc-André Thinel (-1)
Joran Reynaud – Fabien Colotti – Vincent Nesa

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (-1, 4′) – Mathieu Roy (C, -2)
Mathieu Brodeur – Atte Mäkinen
Kévin Dusseau (+1) – Chad Langlais (+1)

Gardien :
Matija Pintaric [sorti de 59’08 à 59’17 et de 59’34 à 60’00].

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Enzo Cantagallo et Julien Msumbu. Absents : Joël Caron (commotion).

Kärpät Oulu

Attaquants :
Jasper Lindsten (+1) – Nicklas Lasu (+2) – Ville Leskinen (A, +1)
Myka Pyörälä – Rasmus Kupari – Aleksi Heponiemi
Jari Sailio – Miska Humaloja (2′) – Otto Karvinen (-1)
Jasse Ikonen – Michal Kristof (-1) – Radek Koblizek

Défenseurs :
Atte Ohtamaa (C, +1) – Shaun Heshka
Lasse Kukkonen (A, +1) – Mikko Niemelä
Teemu Kivihalme – Jani Hakanpää (-1, 4′)
Taneli Ronkainen (2′) – Aleksi Mäkelä (+1, 2′)

Gardien :
Veini Vehviläinen

Remplaçant : Jussi Rynnäs (G). Absents : Jyri Junnila, Tino Metsävainio et Sami Anttila (?)

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