Présentation KHL 2018/19 (I) : une division avec que des cadors

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La KHL est la première ligue à démarrer, et on commence la présentation par la division Kharlamov, la seule qui ne compte aucune équipe faible. Le champion Kazan, dont l’entraîneur semble avoir pris ombrage d’un adjoint étranger, reste favori, mais il a des concurrents dans l’Oural avec Magnitogorsk qui aligne un étonnant duo père-fils et l’ambitieux Avtomobilist Ekaterinbourg de Stéphane Da Costa.

Il y aura aussi un intéressant changement de style de jeu au Traktor, un qui ne changera jamais (Nazarov) et les débuts dans un contexte difficile d’un ancien joueur de Morzine-Avoriaz au poste de directeur sportif !

 

ZARIPOV Danis-110512-522Champion en titre, Ak Bars Kazan figure forcément parmi les favoris à sa propre succession. Il ne bénéficiera certes plus de l’effet de surprise, mais a déjà fait ses preuves. L’entraîneur Zinetula Bilyaletdinov a un système rodé, et après avoir été très critiqué quand il était sélectionneur, il semble bien à ce qu’on lui attribue toute la paternité du succès. Les interviews accordées par l’entraîneur finlandais des gardiens Ari Moisanen après la victoire ont-elles été trop nombreuses pour le goût russe de la centralisation du pouvoir ? En tout cas, le club s’est séparé de lui, et le peu disert Bilyaletdinov a eu cette rare phrase cinglante : « Les étrangers aiment prendre notre bonbon, l’emballer dans un papier et dire qu’ils l’ont fait. »

Le « bonbon » en question, c’est Emil Garipov, meilleur gardien des play-offs avec des statistiques jamais vues en KHL. Le portier tatar a reconnu que Moisanen l’a fait progresser dans l’analyse du jeu et des adversaires, tout le travail préalable aux arrêts qui ne constituent que la dernière étape du rôle d’un gardien. Et le Finlandais n’a été viré qu’après la prolongation de contrat de Garipov, qui n’est toutefois pas du genre à faire de vagues ou à s’en plaindre publiquement. Ce qu’il a appris ne pourra pas en tout cas pas être désappris…

Deux défenseurs majeurs sont aussi partis. Atte Ohtamaa a été remplacé par le Canadien Paul Postma, un grand gabarit utilisé dans un rôle secondaire en NHL, mais qui patine bien et avait démontré son impact offensif en junior et en AHL. Bilyaletdinov voulait conserver Vassili Tokranov à tout prix, mais le SKA a joué la surenchère en doublant à la fois la durée de contrat (4 ans) et le salaire proposés par Kazan. Ak Bars devra se rabattre sur Andrei Pedan, né en Lituanie mais formé aux Krylia Sovietov de Moscou. Parti à 17 ans au Canada, il revient huit ans plus tard en n’ayant joué que 13 matches en NHL… en partie comme « attaquant bouche-trou » à Vancouver.

Avec un leader menacé par l’âge (Andrei Markov atteindra la barre symbolique des 40 ans en décembre), la défense de Kazan paraît donc individuellement moins forte. Mais la force des Tatars résidait dans l’équilibre de l’effectif, où tout le monde dépend. La troisième ligne offensive Lukoyanov-Burmistrov-Potapov s’est spécialisée la saison passée dans un rôle de neutralisation des trios adverses, donnant plus d’espace à un top-6 talentueux (Sekac-Malykhin-Azevedo et Zaripov-Tkachyov-Galiev). En se permettant d’avoir en quatrième ligne l’ancien joueur de NHL Rob Klinkhammer, Ak Bars garde une belle profondeur en attaque.

 

KULYOMIN Nikolai 120520 418Dans une KHL où les contrats sont plutôt en baisse, le Metallurg Magnitogorsk a beaucoup dépensé cet été, mais il n’aime guère qu’on lui fasse remarquer. Les trois quarts du budget du club viennent des deniers de Viktor Rashnikov, le patron du combinat métallurgique, et s’il y a une règle d’or au pied de l’Oural, c’est qu’il fait ce qu’il veut de son argent. En l’occurrence, après la prolongation de contrat de Sergei Mozyakin, des ponts d’or ont été offerts à deux joueurs formés au club qui reviennent de NHL : Viktor Antipin, qui avait manqué en défense l’an passé, et Nikolai Kulyomin.

L’ennui, c’est que Kulyomin a 31 ans et sort d’une saison presque blanche à cause d’une blessure à l’épaule. En NHL, il a mis sous le boisseau son talent pour devenir peu à peu un spécialiste de l’infériorité numérique et du travail défensif. Il avait envie d’ouvrir une nouvelle page en retrouvant un rôle offensif, qu’il avait tenu à merveille lors du dernier lock-out en 2012, sur un trio avec Mozyakin et Malkin. Le problème, c’est qu’il n’y a évidemment plus Malkin, ni même Jan Kovar, le centre numéro 1 des dernières saisons, parti tenter sa chance en NHL.

Il n’est pas évident de trouver un centre capable de faire briller le buteur Mozyakin. Les Canadiens n’ont pas la même culture et l’entente avec Matt Ellison avait déjà été tentée l’an passé sans trop de résultat. Reste Dennis Rasmussen, qui a certes des qualités techniques, mais qui les a rarement exprimées à un tel niveau. C’est une sacrée pression pour le Suédois, tout comme pour l’autre recrue étrangère Iiro Pakarinen, utilisé comme joueur d’énergie en NHL. Dans un club comme Magnitogorsk, les étrangers doivent être des leaders, mais ils ont souvent eu des missions défensives (comme la dernière recrue importante, l’international russe Roman Lyubimov). Le top-6 n’est pas évident à construire, et la pression va fatalement se reporter sur le nouvel entraîneur, le désormais ex-sélectionneur tchèque Josef Jandac.

Un étranger a un peu moins de pression : Maxim Matushkin. Et pour cause, ce fils d’un ancien international biélorusse (Igor Matushkin), même s’il a été formé en Suède et a la nationalité de ce pays, va être enregistré comme russe. Le club a préparé tous les papiers avec la fédération, qui s’en est assurée auprès du ministère. Comme il n’a pas représenté d’autre pays, il rentrera dans le champ des « sélectionnables », même s’il faudrait passer deux années complètes dans le championnat russe pour qu’il puisse vraiment l’être selon les règlements internationaux. Le Metallurg a préparé son coup depuis un an en suivant ce joueur, qui arrive avec le statut de meilleur marqueur des défenseurs en Liiga finlandaise. Mais en Suède, c’était un joueur de second plan qui n’avait presque pas joué en élite. On verra sur pièce ce que Magnitka a vraiment sorti de son chapeau.

Ce qui est certain en tout cas, c’est que Magnitogorsk continue de former de bons jeunes, et qu’ils auront leur chance. Yuri Platonov, 18 ans, débute ainsi… dans le même vestiaire que son père – précoce – Denis, 36 ans. Le duo père-fils, aligné côte-à-côte sur la même ligne en pré-saison, peut être une des belles histoires de la saison de KHL ! Et ce n’est peut-être pas le dernier tandem filial car on annonce que Mozyakin junior (17 ans) est lui-même très talentueux…

 

Dans une KHL où les budgets sont plutôt en repli et où la crise économique en Russe ne permet guère plus de folies, l’Avtomobilist Ekaterinbourg fait figure d’exception. Le club de l’Oural a un budget en hausse et des ambitions à l’avenant. Après le retour de Nikita Tryamkin, devenu pilier défensif et capitaine, la Russie s’attendait donc à ce que le plus grand hockeyeur jamais formé à Ekaterinbourg vienne y finir sa carrière avec une reconversion dans l’encadrement de l’équipe. Mais non, Pavel Datsyuk, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est toujours au SKA…

La politique de retour n’a donc pas concerné un joueur local, mais… un entraîneur formé au club, qui est aussi un ancien joueur de l’époque soviétique. Alors simple adjoint, Andrei Martyemanov avait eu sa première expérience d’entraîneur en chef à l’automne 2011 en prenant en mais une équipe de l’Avtomobilist totalement désargentée, qui avait fini dernière de la Conférence Est. Les finances du club ont fait du chemin depuis, et Martyemanov aussi. Il revient dans sa ville natale après avoir marqué les esprits la saison passée à Khabarovsk par son système de jeu agressif. Contrairement à son prédécesseur Krikunov, c’est quelqu’un qui communique bien avec les hockeyeurs étrangers, même si c’est via un traducteur.

Cela tombe bien car l’Avtomobilist s’est surtout renforcé avec trois étrangers de premier plan, qui connaissent très bien la KHL et y ont été très performants. Nigel Dawes et Stéphane Da Costa arrivent pour former avec le petit buteur maison Anatoli Golyshev un trio de très grande valeur technique, capable de mettre le feu dans les défenses. Dan Sexton, qui tournait à presque un point par match à Nijnekamsk depuis quatre ans, est aligné pour sa part aux côtés de Francis Paré. Vu que le trio Krikunov-Kucheryavenko-Chesalin a déjà fait ses preuves, l’attaque d’Ekaterinbourg, qui était déjà la meilleure à l’est, devient redoutable. Et comme le gardien tchèque Jakub Kovar est toujours présent dans les cages, on ne comprendrait pas que l’Avtomobilist ne passe pas au moins un tour de play-offs, ce qu’elle n’a encore jamais fait. Elle doit normalement viser bien plus haut.

 

397px-Traktor Chelyabinsk Logo.svgFinaliste de la Conférence Est l’an passé, le Traktor Chelyabinsk risque d’avoir du mal à répéter cette performance car son effectif semble un peu affaibli. Maintenant que Pavel Francouz n’est plus là, le gardien local Vassili Demchenko devra enfin régler ses problèmes de constance, et apprendre aussi à plus parler à ses défenseurs. Sinon, son nouveau concurrent Aleksandr Sudnitsin, plus affirmé et solide mentalement, peut constituer une alternative sérieuse. Nick Bailen se retrouve bien seul comme défenseur offensif (y compris après le départ d’Ivan Vishnevsky vers l’Avtomobilist), et le Traktor aura donc besoin que le vétéran Nikita Nikitin (32 ans) se prenne à rêver qu’il revit sa grande année 2012, quand il avait marqué 32 points en 54 parties avec Columbus et été champion du monde avec la Russie.

Si cette base arrière se voit demander plus d’activité, c’est aussi parce que le système de jeu va changer. Anuar Gatiyatullin (désormais adjoint de Vorobiev au SKA) avait mis en place un système très compact en zone neutre et dans sa zone, qui ne laissait que des tirs extérieurs, ce qui expliquait le pourcentage de réussite élevé des gardiens. Le nouveau coach German Titov, lui, ne veut en aucun cas subir le jeu : ses joueurs ont pour consignes d’être plus actifs sans palet, de sortir rapidement de leur zone défensive, et – si jamais ils s’y font presser et coincer – de partir au banc un à un pour changer pendant que les quatre autres font bloc.

Titov a aussi recommandé Ryan Stoa, qu’il avait déjà eu sous ses ordres au Spartak et auparavant à Novokuznetsk. Il y avait alors aidé à révéler le jeune prodige Kirill Kaprizov. L’Américain doit désormais tenir le même rôle auprès d’un autre espoir du hockey russe, Vitali Kravtsov, privé de son mentor de l’an passé Kruchinin (parti au SKA). Techniquement doué avec un patinage grandiose, Kravtsov doit encore travailler sa puissance et gagner en métier, car une éclosion printanière en play-offs ne suffit pas à faire un champion. Mais avec son caractère communicant et souriant, il s’est tout de suite bien entendu avec l’Américain, d’autant qu’il parle bien anglais. Si le duo fonctionne, il pourrait soulager un peu le premier trio étranger Bergström-Szczechura-Gynge du poids de l’offensive.

 

Bouche-trou officiel de la KHL, le Torpedo Nijni Novgorod a changé une énième fois de conférence et est « passé à l’Est ». Ce n’est franchement pas un cadeau, ni pour lui ni pour ses adversaires : la division Kharlamov a été amputée des deux moins bonnes équipes de la ligue (Lada et Yugra), et elles ont été remplacées par une équipe classée cinquième à l’ouest. Les six équipes de cette division ont tous fini dans les onze premiers de la KHL l’an passé ! Et elles vont donc toutes s’affronter quatre fois, au lieu de deux pour la plupart des autres adversaires, ce qui représente un petit handicap.

L’objectif officiel – accéder au deuxième tour des play-offs – paraît donc franchement irréaliste. Pour le Torpedo, il s’agira déjà de s’y qualifier. Le nouveau staff est totalement novice. Yan Golubovsky (oui, l’ancien joueur de Morzine-Avoriaz en 2011/12 !) démarre sa carrière de directeur général dans des conditions difficiles : le club a déjà eu du mal à finir de régler les salaires de la saison passée, et la potentielle meilleure recrue Jonathon Blum est repartie pendant l’été pour raisons familiales. Le Canado-Russe David Nemirovsky aborde lui une première expérience de coach en prenant la difficile succession de Peteris Skudra qui avait marqué l’équipe de son empreinte (mais qui est actuellement sans emploi parce que sa non-reconduction lui a été signifiée tardivement et parce que son caractère fait peur).

C’est plus ce contexte qui inquiète, car l’effectif garde quand même du potentiel. Le gardien Stanislav Galimov est toujours là et la défense a conservé ses cadres autour de Denis Barantsev. Le retour de l’ailier formé du club Mikhaïl Varnakov, cinq ans après son départ, apporte un ancrage d’expérience. Il complète bien le premier trio avec Vladimir Galuzin – qui n’a jamais quitté le club – et le toujours redoutable Denis Parshin.

Tout dépendra de la bonne adaptation du « deuxième cinq », unité constituée entièrement d’étrangers. Le Slovène Robert Sabolic est le seul à ne pas être nouveau, et surtout le seul à connaître la KHL. Ses compagnons de ligne nord-américains Andy Miele et Andrew Calof ont été champions de Suède avec Växjö. Les défenseurs Philip Holm et Mathew Bodie arrivent pour leur part d’AHL.

 

Le Neftekhimik Nijnekamsk a perdu à l’intersaison son meneur de jeu offensif Dan Sexton et son capitaine et géant défensif Oleg Piganovich, qui ne semblent pas vraiment avoir été remplacés. Même s’il se répand moins en déclarations fracassantes (ce qui ne signifie pas qu’il n’envoie plus certains joueurs sur la glace pour d’autres actions « fracassantes »…), on peut au moins reconnaître à Andrei Nazarov qu’il sait donner sa chance aux talents locaux, partout où il passe. Il a commencé le championnat avec un premier trio entièrement formé au club : le nouveau capitaine Emil Galimov, le plus inattendu Pavel Kulikov (plus habitué à la quatrième ligne) et même un junior de 18 ans, Bulat Shafigullin.

L’international tchèque Ondrej Nestrasil, absent en ce début de saison, viendra sans doute prendre place sur le premier trio dans un second temps. Pendant ce temps, on laisse le trio finlandais Joonas Nättinen – Mikael Ruohomaa – Juusi Puustinen prendre ses marques sur la deuxième ligne et découvrir la KHL. Néanmoins, Puustinen était le meilleur buteur de la Liiga la saison dernière et il est certain qu’on va lui demander des comptes, et de l’efficacité offensive. Nazarov, qui dispose d’une escouade de travailleurs énergiques, saura alors réattribuer les rôles à chacun. Peut-être même les rôles douteux qui ont moins à voir avec le hockey et plus avec la boxe…

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