La valse des entraîneurs

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Comme dans beaucoup de sports collectifs, lorsque les résultats sont mauvais, c’est souvent l’entraîneur qui paie la note. Los Angeles, Chicago, Edmonton, St Louis, sont les quatre premières franchises à avoir sauté le pas cette saison. Bons ou mauvais choix, seul l’avenir le dira, mais si c’était inéluctable pour certains, ce fut plutôt surprenant pour d’autres. Retour sur quelques jours mouvementés pour la profession. 

 

Petite devinette pour débuter. Depuis quelques jours en NHL, qu’est ce qui tombe plus vite que les gardiens de but ? Allez, on vous aide, la réponse est sur les bancs de touches. Oui, il s’agit bien des entraîneurs en chef. Chez les Kings de Los Angeles, les Blackhawks de Chicago, Oilers d’Edmonton, ou Blues de St Louis, les staffs aux fortunes diverses ont pris la porte, et les franchises ont choisi la solution de facilité pour tenter de remettre leurs équipes sur de bons rails.

 

Los Angeles Kings 

Au Staples Center, on vous l’avait annoncé en début de saison dans nos présentations, les Kings ne devraient pas effectuer une saison mémorable. Problèmes offensifs, gardiens pas en santé, et équipe vieillissante, seul un alignement des planètes permettraient aux Angelinos de retrouver le rôle du candidat au titre qu’ils avaient si bien joué lors des années précédentes.

Avec John Stevens à leur tête sur une petite centaine de matchs depuis avril 2017, les Kings auraient perdu la passion, et le sentiment d’urgence qui doivent animer une équipe qui se sait moyenne sur le papier. Rob Blake, déjà sur le qui-vive depuis la fin de l’été pour se séparer de Stevens à la première incartade, souhaitait un retour de l’émotion dans les yeux de ses joueurs.

Pour cela, c’est Willie Desjardins qui est nommé pour relancer les espoirs de la franchise californienne. Ancien des Canucks de Vancouver, le Canadien a pour mission première de rendre du punch à ses troupes. Bien conscient également qu’il doit recommencer à « gagner maintenant« , il « sait aussi pertinemment qu’il ne pourra pas tout changer brutalement« . Cela tombe plutôt bien, puisqu’excepté le néant qu’est l’attaque des Kings, Desjardins doit gérer les blessures de Jonathan Quick et Jack Campbell. Pas pratique de perdre ses meilleurs portiers pour une équipe dont l’atout majeur reste l’imperméabilité en défense.

Autre mouvement dans le staff, exit l’assistant coach Don Nachbaur, remplacé par une vieille connaissance, Marco Sturm. Sélectionneur national en Allemagne, Sturm y a acquis une très bonne réputation. De plus il est impatient de retrouver l’Amérique du Nord, et possède là un poste pour pouvoir faire ses armes tranquillement dans la ligue.

Avec la dernière attaque de la ligue, et à peine la 22e défense, leur corsi continue de baisser par rapport à l’an passé (48,84% contre 49,57%), et leur PDO à 98,14 (101 l’an dernier) s’explique en partie par une nouvelle baisse au taux de réussite aux shoots (6,99% contre 8,13%) malgré l’arrivée du Russe Ilya Kovalchuk dont les qualités devant le but restent reconnues. Les Kings sont donc rentrés dans une période de changements, à l’image de cet échange entre Tanner Pearson et Carl Hagelin, dont l’unique objectif est sans doute de faire de la place dans le cap space. Très révélateur des objectifs de fin de saison à Los Angeles.

 

Chicago Blackhawks

Après dix ans de bons et loyaux services à « Windy City », Joel Quenneville a été remercié il y a une dizaine de jours. Entraîneur emblématique, il peut se targuer d’avoir remporté 3 coupes Stanley, participé à 2 autres finales de conférence ouest, et placé les standards de la franchise « au delà de ce qui était espéré« , lorsqu’il arriva en lieu et place de Denis Savard.

Avec un bilan de 452-246-96, il a fait des Hawks une franchise référence dans la jungle de la conférence ouest. Du coup, il est légitime de s’interroger sur ce remplacement. Avec une fiche de 6-6-3 en ce début de saison, mais surtout une mauvaise série de cinq défaites de suite avant le limogeage, Quenneville était sans doute arrivé au bout de son cycle avec une équipe là-aussi vieillissante, et ne pouvant plus compter sur tous ses cadres.

Récemment contraint de se séparer de certains éléments qu’il appréciait particulièrement, comme Niklas Hjalmarsson, ou Artemi Panarin, Joel Quenneville avait senti que la place commençait à devenir instable. Pour le remplacer, les Blackhawks ont prévu un trentenaire du nom de Jeremy Colliton. Déjà dans la maison avec la gestion de l’équipe AHL des IceHogs de Rockford, Colliton a sa réputation qui le suit de près. L’organisation de la franchise le tient en grand respect, surtout depuis qu’il a porté les IceHogs en finale l’an passé.

Son chantier devra passer par le rajeunissement de l’effectif, la stabilisation d’une défense pas vive (27e de la ligue), la gestion d’une attaque pas géniale non plus (27e également). À l’instar d’un Kyle Dubas à Toronto, il semble incarner cette nouvelle génération de techniciens supposés apporter des idées fraîches, avec en tout premier lieu mettre en oeuvre des transferts, vider l’infirmerie, et faire évoluer les jeunes Brendan Perlini, Dylan Strome, ou Alex DeBrincat notamment. Il aura surtout comme difficile tâche de faire oublier son prédécesseur, adoré par le vestiaire, et très admiré au sein du reste de la ligue.

Tout comme les Kings, les statistiques ont également baissé. Chicago fait tout moins bien que l’an passé, déjà problématique par rapport à ses standards habituels. Si le recul sur le nouveau staff est du coup moindre, cela aura le mérite d’insuffler quelque chose de frais et nouveau.

 

St Louis Blues

Meilleurs ennemis des Blackhawks de Chicago, les Blues en viennent à imiter leur rival même dans le changement de staff. Mike Yeo, congédié après une nouvelle défaite, cette fois-ci contre les Kings, laisse sa place provisoirement à Craig Berube, qui va assurer l’intérim en attendant que Doug Armstrong ne choisisse le réel successeur.

Yeo, dont le sort était visiblement scellé entre la 2e et 3e période de la rencontre, n’a pas pu redresser la barre d’un navire qui avait bien commencé à s’égarer en fin de saison dernière. En fait, c’est même depuis fin 2017 / début 2018, que le bateau tangue dangereusement. On pensait que la ligne directrice, basée sur l’émergence des jeunes, pouvait redonner des couleurs aux Blues, mais la 28e attaque de la ligue n’a pas relancé le moteur.

Pour le moment, les choses ne se sont pas réellement coordonnées pour St Louis. De tradition depuis plusieurs saisons, les gardiens semblent être le talon d’Achille de l’équipe. Jake Allen, très irrégulier, vole des séries de playoffs (coucou Minnesota) mais ne confirme pas d’une année sur l’autre, et son taux d’arrêts était inquiétant lors des 10 premiers matchs (88,5%).

L’attaque des Blues, inoffensive cette année, ne rattrape pas le coup, handicapée par un jeu en supériorité numérique famélique depuis une dizaine de rencontres. Avec presque 30% de conversion en jeu de puissance au début de saison, on en est maintenant à 3/22, passant du 5e au 26e rang de la ligue en la matière. De meilleures stats dans les buts donc, mais des unités spéciales devenant déficientes.

Si Mike Yeo n’est bien entendu par responsable de tout cela, il est malgré tout redevable d’une ambiance générale, dans laquelle les joueurs ont perdu tout repère et confiance. C’est la mission de Craig Berube maintenant, en commençant par une atmosphère différente à l’entraînement, sessions durant lesquelles il souhaite « rendre les joueurs eux aussi redevables« .

Pour le futur, Doug Armstrong a déjà annoncé qu’il commencerait rapidement à prospecter pour trouver une solution durable. Profil jeune, ou expérimenté, rien n’est interdit. Craig Berube est même considéré comme une candidature possible. Mais compte tenu des entraîneurs libres actuellement, les rumeurs vont bon train. De Joel Quenneville lui même, à Alain Vigneault (les Blues auraient demandé aux NY Rangers l’autorisation de l’interviewer), la liste peut vite s’allonger.

 

Edmonton Oilers

Comment avoir le meilleur joueur du monde, encore jeune, prouvant chaque saison que l’avoir choisi n’était absolument pas une bêtise, mais rester médiocre au mieux. La réponse se nomme les Oilers d’Edmonton. Du coup, le manager de la franchise albertaine s’est chargé de faire sauter le plomb qu’il considérait le plus influent dans la non réussite de son équipe.

En remplaçant son entraîneur en chef Todd McLellan par le vieux de la vieille Ken Hitchcock, Peter Chiarelli tente de se munir de l’expérience personnifiée. Seul souci, il n’est pas certain que Ken Hitchcock soit le profil le plus adapté à une révolution dans une ligue jouant un hockey moderne. Attention bien entendu, cela peut fonctionner, l’ex des Blues, et des Stars de Dallas, sachant évidemment comment fédérer un groupe.

Mais pour bien faire, il serait plus à l’aise avec une forte assise défensive, et un solide gardien derrière. Le problème réside dans le fait que les Oilers n’ont ni l’autre ni (trop) l’autre. Cam Talbot et Mikko Koskinen n’ont pas de statistiques affligeantes, mais ne sont pas décisifs. leur taux de sauvetage moyen est bon, à 91,44 et 92,05%, mais ces taux s’effritent lorsque les chances de marquer deviennent plus sérieuses. Lâchés par leur défense principalement, ils retombent à des taux d’arrêts avoisinant les 75% pour les hautes chances de marquer adverses.

En tant que 20e attaque, et 25e défense de la ligue, rien n’apparaît transcendant en ce début de saison, hormis les deux principales menaces offensives de l’équipe, Connor McDavid, et Leon Draisaitl. Avec 13 buts et une trentaine de points au total, ils agissent comme de vraies locomotives pour le reste de l’équipe, mais comme l’an dernier, cela ne suit pas derrière excepté peut être Alex Chiasson. Ce manque d’activité offensive se reflète directement sur le PDO de l’équipe. Avec 98,3, la stat est affectée par la précision devant la cage (27e pourcentage de réussite de la ligue).

Todd McLellan n’était pas spécialement fautif, cherchant même à bouger les lignes pour trouver de l’alchimie quelque part, mais à l’instar de Mike Yeo aux Blues, il n’a pas pu trouver la solution et s’est donc retrouvé donc sur la sellette.

Ken Hitchcock a ainsi du pain sur la planche pour remotiver le reste des troupes, placer une système défensif assez bon pour isoler les menaces adverses, mettre leurs gardiens dans de meilleures conditions pour les amener à être plus décisifs, et remettre une attaque efficace en selle. Si un jeu en contre devrait être une arme récurrente dans les semaines à venir, Hitchcock est sorti de sa retraite pour ramener les playoffs dans une franchise qui n’a jamais pu surfer sur sa réussite d’il y a deux saisons. Pour le moment, ce n’est pas écrit que les deux profils sont faits pour s’entendre, mais l’alchimie peut prendre.

 

Sources: Nhl.com ; corsica.hockey ; sportsmockery.com (Crédit photo)

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