La Finlande, une équipe en or

Photo Jonathan Vallat
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La grande finale oppose donc les deux équipes qui ont terminé en tête du groupe de Kosice. La Finlande avait battu le Canada 3-1 en match d’ouverture, mais la formation nord-américaine n’a plus grand chose à voir. Quelques renforts, beaucoup plus d’alchimie : le plan de match du maître tacticien Jukka Jalonen devra se montrer efficace…

Cette finale est aussi une revanche. À Moscou, en 2016, le Canada avait réussi le match parfait et muselé l’attaque finlandaise pour une médaille d’or, et un score de 2-0.

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Le Canada étouffe son adversaire

Le Canada entame en patron : une longue présence offensive, avec une circulation du palet précise et beaucoup de mouvement, des arrières – Nurse ou Severson – impliqués et distributeurs.

Cependant la première occasion revient à la Finlande. Une entrée en zone en plaçant en fond est suivie d’une récupération derrière la cage. Kiviranta reçoit le palet devant le but et Murray réalise la première parade.

Une mise en échec très appuyée d’Anttila sur Reinhart lui vaut deux minutes pour coup de coude. Sallinen intercepte et s’échappe. Thomas Chabot se jette au sol et touche le palet, mais sa crosse embarque aussi l’attaquant adverse. Le tir de pénalité est logique, et Jalonen choisit d’envoyer un défenseur, Oliwer Kaski. L’arrière échoue sur Murray.

Le reste du jeu de puissance ne donne rien. Et la bataille continue dans les enclaves, où l’espace disparaît en une fraction de seconde. Reinhart parvient toutefois à lancer en pivot et Lankinen répond présent. Il sauve ensuite une percée de Dubois.

À force de reculer, la Finlande craque. Mantha gagne un palet en entrée de zone dans les pieds de Rajala, et ouvre la porte à Shea Theodore. Le défenseur s’engouffre dans la brèche au milieu de trois Finlandais, et se présente seul devant Lankinen, qu’il efface en hauteur (1-0).

La nervosité monte d’un cran : Lindbohm et Nurse en viennent aux mains. Le Finlandais est puni de deux minutes, le Canadien de quatre. La pénalité est tuée sans peine, mais les esprits ne se calment pas. Un premier incident touche Dubois contre le banc, et, après un arrêt de Lankinen, Tyrväinen assène un coup de crosse envers McCann qui n’échappe pas aux officiels. Le jeu de puissance s’installe. Mikkola se sacrifie devant un tir de Mantha, et peine à finir sa présence avant que le palet sorte de la glace. La domination territoriale ne se traduit par aucun tir et la Finlande survit.

Le Canada maîtrise son sujet, grâce à des arrières mobiles, à la première passe ajustée, et qui n’hésitent pas à s’engager en attaque. Philippe Myers voit ainsi un espace, s’avance et, à peine franchi la bleue, expédie un tir puissant qui frappe l’angle du poteau.

Le Canada vire en tête à la pause sur ce but remarquable de Theodore, à l’issue d’un tiers accroché.

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Furia nordique

À la reprise, le Canada joue à sa main, à son rythme et semble sous contrôle. Sauf que Pesonen écarte vers Kakko, et le jeune talent se retrouve au sol, victime de la crosse de Theodore dans son patin.

Et le capitaine se transforme encore en héros du jour. Servi au cercle, Marko Anttila envoie un tir du poignet, qui passe entre les jambes de Matt Murray (1-1).

La Finlande prend feu et une déviation de Kuusela vient encore tester le gardien des Penguins.

Le jeu a changé de sens : la Finlande fait le jeu, joue en confiance et trouve enfin des solutions dans l’axe. Sur l’une d’elles, Anttila, encore lui, surgit et place sa crosse… Poteau !

Et les hommes de Jalonen enchaînent, avec une percée de Manninen vers Kakko, puis un tir de Pesonen, et Murray s’impose dans les deux cas. La Finlande pousse, portée par un public en fusion. Elle multiplie les tirs de l’aile gauche en cherchant à piéger Murray à son poteau, et obtient une chance forte de Manninen sur un revers en pivot.

Le combat est toujours aussi physique. À quatre minutes de la pause, Fabbro reste au sol après une lourde charge d’Anttila et rentre péniblement au banc.

L’interruption semble faire du bien au Canada, qui repart avec de meilleures intentions dans les dernières minutes, porté par le patinage de ses défenseurs – Myers, Theodore, Severson notamment, qui aident à de longues séquences offensives et une série de tirs, pas toujours cadrés.

Cette pression paie lorsque Cirelli est mis au sol de manière irrégulière par Hakanpää. Malgré quelques tirs, le score reste de 1-1 et le Canada dispose encore de 43 secondes de supériorité.

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Anttila, héros national

Bien installé, le Canada patiente mais ses tirs ne franchissent pas le rideau défensif. Lankinen n’a qu’un arrêt à effectuer, sur Chabot, à la dernière seconde de l’avantage.

Sauvée et revenue au complet, la Finlande fait plier son adversaire. Savinainen travaille derrière la cage. Severson perd sa crosse dans le duel, et l’attaquant sert en retrait Marko Anttila, qui place sa crosse au bon endroit (1-2).

Le schéma entrevu contre la Russie ressort des tiroirs de Jalonen. Le Canada prend le contrôle du palet, mais trouve un mur en face, avec des défenseurs aux crosses actives pour bloquer les passes et tirs.

La pression monte : McCann centre dans l’enclave et Mantha cherche la reprise. Lankinen a suivi et gèle le disque. Le gardien de Rockford, en AHL, repousse ensuite un tir de Dubois au cercle, après un gros travail de Stone. Le temps défile, la Finlande sort les barbelés. Lankinen, impérial, bloque sans rebond un nouvel essai de Reinhart du cercle gauche et, sur la mise au jeu qui suit, un slap terrible de Theodore, avant de contrôler de la mitaine le deuxième tir du défenseur de Vegas.

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On a l’impression d’un long jeu de puissance tant le Canada domine. À dix minutes du terme, le compteur affiche 14-2 aux tirs, avec un dernier lancer de Stone, servi en retrait par Marchessault. Pas mieux pour Chabot, infiltré dans l’enclave…

Le troisième tir finlandais est le bon. Sur une rare remontée de palet de Tyrväinen, Harri Pesonen reçoit le disque et lance à la cage du cercle droit. Murray, complètement masqué, n’esquisse pas le moindre geste (1-3).

Alain Vigneault n’a plus le choix. Il sort son gardien pour un attaquant à quatre minutes de la fin. La défense se sacrifie : Pesonen bloque deux volées de Severson, puis Lankinen capte de la mitaine la déviation de Mantha. L’entraîneur canadien pose son temps mort, pendant que le public, debout, scande « Suomi » à pleins poumons.

La Finlande déjoue tous les pronostics et remporte le troisième titre de son histoire, après ceux de 1995 et 2011 – ce dernier déjà sous les ordres de Jukka Jalonen.

Désignés joueurs du match : Shea Theodore (Canada) et Marko Anttila (Finlande)

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Commentaires d’après-match :

Sean Couturier (attaquant du Canada) : « C’est vraiment dommage. Nous avons pris l’avantage mais nous n’avons pas réussi à creuser l’écart. Leur gardien a fait de gros arrêts et ils ont capitalisé sur de petites choses, il faut leur donner du crédit. Ils ont verrouillé le milieu et c’était difficile de créer des occasions. Ils ont une très bonne équipe collectivement, bien organisée. Nous n’avons pas eu les rebonds favorables et c’est une défaite difficile à digérer. Nous avons bien joué, nous avons eu plus d’occasions qu’eux mais nous n’avons pas trouvé comment gagner. »

Miika Koivisto (défenseur de la Finlande) : « C’est incroyable ! Personne ne croyait en nous, même dans notre pays. Nous n’étions pas favoris mais nous avons bataillé les uns pour les autres. Nous savions que nous aurions nos chances pour décrocher un but et nous avons très bien défendu. Nous n’avions pas de joueurs aussi prestigieux que la Suède, la Russie ou le Canada, mais nous étions une équipe. »

Atte Ohtamaa (défenseur de la Finlande) : « Je suis un homme heureux ! Nous avons joué pour la fierté du maillot. Pour tous les partisans qui ont fait le voyage. C’était formidable de les entendre nous encourager, même des supporters d’autres pays qui nous ont encouragé. Nous avons beaucoup de chance. »

Petteri Lindbhom (défenseur de la Finlande) : « C’est la chose la plus importante du pays aujourd’hui, et demain tout le monde va fêter ça, au travail, à l’école… Nous fêterons cela avec eux en rentrant. Nous n’avons pas écouté les critiques. Ce qui comptait, c’était ce qui se passait dans le vestiaire. Nous avons joué les uns pour les autres, et tout a bien fonctionné pour nous. En Finlande, nous jouons pour l’équipe, toujours. Nous n’avions peut-être pas les meilleurs joueurs, mais nous avions la meilleure équipe. Anttila ? C’est un héros national maintenant ! C’est un capitaine incroyable. Jalonen ? C’est un grand coach. Il a su nous mener, nous pousser quand il le fallait, nous encourager quand il le fallait. Il est incroyable, et cette victoire nous l’avons obtenue ensemble. »

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Canada – Finlande 1-3 (1-0, 0-1, 0-2)
Dimanche 25 mai 2019 à 20h15 à la Ondrej Nepela Arena de Bratislava. 9085 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Björk (SUE) et Jeremy Tufts (USA) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Miroslav Lhotsky (TCH)
Pénalités : Canada 0′ (4′, 2′, 0′), Finlande 0′ (6′, 2′, 0′).
Tirs : Canada 0 (15, 8, 0), Finlande 0 (9, 10, 0).

Récapitulatif du score
1-0 à 10’02 : Theodore assisté de Mantha et McCann
1-1 à 22’35 : Anttila assisté de Manninen et Ojamäki (sup. num.)
1-2 à 42’35 : Anttila assisté de Savinainen
1-3 à 55’54 : Pesonen assisté de Tyrväinen et Hakanpää

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Canada

Attaquants :
Jonathan Marchessault (-1) – Pierre-Luc Dubois (-1) – Mark Stone (A, -1)
Anthony Cirelli – Sean Couturier (A) – Sam Reinhart
Jared McCann – Kyle Turris (C, +1) – Anthony Mantha
Adam Henrique – Dylan Strome (-1) – Mathieu Joseph
Tyson Jost

Défenseurs :
Darnell Nurse (4′, -1) – Damon Severson (-1)
Thomas Chabot – Troy Stecher
Shea Theodore (2′) – Dante Fabbro
Philippe Myers

Gardien :
Matt Murray

Remplaçant : Carter Hart (G). Réservistes : Mackenzie Blackwood (G), Brandon Montour (D, blessé), Tyler Bertuzzi (A)

Finlande

Attaquants :
Toni Rajala (-1) – Juhani Tyrväinen (2′) – Niko Ojamäki (-1)
Harri Pesonen (+1) – Sakari Manninen (+1) – Kaapo Kakko
Veli-Matti Savinainen (A, +1) – Jere Sallinen (+1) – Kristian Kuusela
Joel Kiviranta – Juho Lammikko – Marko Anttila (C, +1)

Défenseurs :
Mikko Lehtonen (A) – Atte Ohtamaa
Petteri Lindbohm (2′) – Henri Jokiharju
Niko Mikkola – Oliwer Kaski
Miika Koivisto (+1) – Jani Hakanpää (+1)

Gardien :
Kevin Lankinen

Remplaçant : Juho Olkinuora (G). Réservistes : Veini Vehviläinen (G), Arttu Ilomäki (A), Eetu Luostarinen (A, blessé au genou).

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