3 Bleues dans le tourbillon de la révolution

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Trois joueuses de l’équipe de France ont entamé leur saison en Suède, en SDHL. La ligue féminine locale, qui a débuté le 14 septembre dernier, connaît un développement sans précédent. Un joli pied de nez à des institutions encore loin du progressisme.

La grève en toile de fond

C’est dans un climat tendu que se meut le hockey suédois féminin. Depuis plus d’un mois maintenant, les hockeyeuses de la sélection nationale sont en conflit avec leur fédération, comme nous l’expliquions précédemment. Elles ont lancé le mouvement « För framtiden », pour l’avenir. 43 joueuses de la Damkronorna n’avaient daigné se déplacer en août lors du premier tournoi de la saison en Finlande, dénonçant leurs mauvaises conditions. Et le tournoi de novembre prévu à domicile, à Luleå, est d’ores et déjà annulé, faute d’accord.

L’association des joueuses (SICO) a dernièrement refusé la contre-proposition de la fédération suédoise. Si certaines exigences des grévistes, qui avaient soumis dix points à respecter, ont été acceptées, la rémunération des joueuses et les formalités d’assurance, deux questions fondamentales, sont encore occultées par la fédération suédoise. Une certitude pour le moment : la SHL, la ligue masculine, versera environ 40.000 euros par an pendant trois ans à la sélection nationale féminine. Une (trop) maigre consolation…

La SDHL sur un tremplin

Si la position de la fédération suédoise à ce sujet est risible, le championnat suédois féminin a repris ses droits, et dans une atmosphère positive puisque la SDHL a reçu de très bonnes nouvelles ces dernières semaines, ce qui va totalement à contre-courant par rapport au contentieux qui enlise la fédération et l’équipe nationale.

On savait depuis cet été que la ligue féminine allait bénéficier d’une large couverture, mais les conditions étaient jusque-là inconnues. Jusqu’au 6 septembre et à l’annonce des diffuseurs, qui ne sont rien de moins que CMore et SVT. Cmore, actuel diffuseur du circuit masculin SHL, est un réseau payant, qui a appartenu par le passé au groupe Canal+ et qui diffusera 195 matchs. SVT est en revanche le groupe généraliste accessible à tous, qui se chargera de diffuser l’affiche de la semaine, cinq matchs des quarts, les demies et la finale SDHL. Aucun investissement télévisé de cette envergure n’a été réalisé auparavant dans le hockey féminin suédois, et cette couverture régulière est suffisamment rare dans la sphère du sport féminin pour être soulignée.

Mais les bonnes nouvelles ne se sont pas arrêtées là puisque la SDHL bénéficiera de l’appui de deux sponsors, Norrlands Gold, une marque de bière bien répandue en Suède, et DHL Express. C’est ce dernier partenaire qui attire l’attention puisqu’il est étiqueté sponsor majeur. Le groupe allemand spécialisé dans la logistique et le transport est connu dans le monde entier, pour ses activités, pour son implication dans le sport aussi : formule 1, football avec Manchester United et le Bayern de Munich, et en rugby à l’occasion de la Coupe du monde dont celle qui se déroule actuellement au Japon. DHL a d’ores et déjà annoncé que 3 couronnes suédoises (30 centimes d’euro) seront versés à la SDHL pour chaque colis vendu en Suède, en plus de quelques récompenses individuelles pour les meilleures joueuses. Jamais dans l’histoire de la ligue féminine suédoise, et comme rarement dans un sport collectif féminin, il n’y aura eu autant de soutien en terme de sponsorship et de couverture médiatique.

En Amérique du Nord, l’avenir du hockey féminin demeure flou, entre l’extinction de la ligue canadienne (CWHL), sa concurrente (NWHL) qui peine à convaincre, et les stars du continent engagées dans leur mouvement « For the Game » et qui militent pour la création d’une vraie ligue pro de référence. Même si cela se déchire de l’autre côté de l’Atlantique, la SDHL a clairement le vent en poupe, et la ligue est devenue une alternative forte pour les joueuses au fil des ans.

Du bleu dans une ligue internationalisée

En plus des 137 joueuses suédoises inscrites pour la saison 2019-2020, on recense dix-huit autres nationalités en SDHL, dont 21 Canadiennes, 13 Finlandaises, 12 Américaines et 11 Norvégiennes, qui représentent les plus gros contingents. Cette forte internationalisation est d’ailleurs au cœur d’un débat, certains y voient un facteur de rayonnement, d’autres s’en inquiètent en pensant que cela pourrait affecter le développement des jeunes Suédoises. Rappelons que leur équipe nationale jouera le Mondial Division 1A à Angers.

Betty Jouanny

Une chose est sûre, le niveau est au rendez-vous (le plus haut dans une ligue féminine selon certains analystes). Et trois Françaises y participent.

Résidente de longue date en Suède, Betty Jouanny défend les couleurs de Leksand. L’attaquante de 27 ans a passé cinq saisons à Brynäs, avant de quitter le club de Gävle qui rentrait alors dans une crise sociale profonde, la section féminine ne recevant à l’époque que peu de considération. Après un passage à Björklöven (19 points en 7 matchs) et une fin de saison dernière au MODO, l’Annécienne rejoint une équipe jeune qui tentera de faire mieux que la quatrième place de la saison dernière. Et avec semble-t-il de la considération pour la section féminine, en témoigne le coup de gueule dans la presse du manager de Leksand Thomas Johansson : « J’en ai marre de tout ça. De ces organisations et de leurs fans qui parlent beaucoup de l’égalité. Mais ils parlent du problème et ils ne font pas grand chose… » Un message on ne peut plus clair. On espère désormais que Leksand ajoute les actions aux mots pour devenir un modèle d’exemplarité.

Örnsköldsvik et son cultissime MODO héberge deux autres membres de l’équipe de France féminine, Marion Allemoz et Lore Baudrit. Coéquipières par le passé à Montréal, dans l’équipe universitaire des Carabins puis aux Canadiennes, le duo bleu était déjà reformé en fin de saison dernière à « Övik ». La capitaine des Bleues Allemoz avait inscrit 23 points (13 buts, 10 assists) en 25 matchs avec MODO durant l’exercice 2018-2019 et, joli signe de confiance de l’organisation, elle a été nommée assistante-capitaine pour la saison à venir.

Lore Baudrit avait connu la même trajectoire que Betty Jouanny la saison dernière : un passage remarqué à Björklöven (50 points en 15 matchs) et une production poursuivie en SHL avec MODO, amassant 10 points en 10 matchs, fin de saison régulière et playoffs. Et une bonne connaissance de Marion Allemoz et Lore Baudrit à l’époque des Canadiennes est arrivée avec Katia Clement-Heydra. Une bonne chose alors que le club d’Örnsköldsvik, qui a atteint les demi-finales ces deux dernières années, devra tourner la page Michela Cava.

Maja Nylén-Persson (Photo Mats Bekkevold pour Hockey Archives)

Une concurrence féroce

La Canadienne Michela Cava était la meilleure marqueuse de la SHL 2018-2019, elle totalise d’ailleurs 133 points en 83 matchs lors de ses deux premières années suédoises. Mais Cava a désormais choisi de porter les couleurs de Brynäs, une équipe enfin encadrée plus respectueusement et qui nourrit désormais de fortes ambitions. Car à Cava se sont ajoutées Maja Nylén-Persson et ses 18 ans, probablement la défenseure suédoise la plus prometteuse de sa génération, et Lara Stalder, l’attaquante suisse qui a l’habitude d’empiler les points. La saison dernière, Stalder, meilleure buteuse 2017-2018, a connu une saison fractionnée en raison d’une épaule douloureuse. La vice-championne de Suède en titre avec Linköping est déjà à son aise à Gävle avec 9 points en seulement 3 matchs.

Brynäs sera l’un des grands outsiders face aux championnes en titre de Luleå. Le club du nord, outre ses deux titres consécutifs, peut se targuer d’avoir mis la main sur un titre « mondial » après avoir battu il y a un an les Metropolitan Riveters, club basé au New Jersey et représentant la NWHL. Les hockeyeuses de Luleå seront clairement candidates à leur propre succession avec un troisième titre de suite dans le viseur, disposant de pointures comme la gardienne Sara Grahn, la défenseure Jenni Hiirikoski, et les attaquantes Emma Nordin et Michelle Karvinen, pour ne citer qu’elles.

D’autres seront à surveiller. On pense notamment à Djurgården qui a de son côté recruté Jennifer Wakefield. À l’image de Stalder, la Canadienne de 30 ans a également vu la saison dernière se raccourcir en raison des pépins physiques, en l’occurrence une commotion cérébrale. Championne du monde et championne olympique avec le Canada, Wakefield, qui a connu des saisons à plus de 50 points en SDHL, sera un allié de poids, si elle retrouve toutes ses sensations sur la glace.

Comme Wakefield, Sidney Morin est l’une des grandes têtes d’affiche de la SDHL depuis plusieurs années. La défenseure américaine de 24 ans, qui a fait partie du triomphe des États-Unis aux Jeux olympiques de PyeongChang en 2018, est un pilier d’une équipe de HV71 en constante progression. Et qui a une une particularité, la titulaire devant le but est espagnole. Effaçons néanmoins de suite les préjugés puisque Alba Gonzalo, qui effectuera sa troisième année à Jönköping, est l’une des toutes meilleures à son poste dans la ligue. Une Barcelonaise de 22 ans prête à en découdre face à des pointures du hockey féminin, le symbole d’une SDHL suédoise désormais particulièrement attractive.

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